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Sophie
Germain
est une mathĂ©maticienne, nĂ©e Ă
Paris le 1er avril 1776, et morte le 27
juin 1831 dans cette même ville. Sa contribution au dernier théorème
de Fermat, notamment, est fondamentale et l'on reconnaît aujourd'hui l'importance
des « nombres premiers de Sophie Germain » et du théorème associé
pour la progression vers sa démonstration finale. Son œuvre en élasticité
jette les bases de la théorie mathématique de l'élasticité.
Fille d'un marchand
de soieries devenu député du Tiers État puis administrateur de la Banque
de France, elle grandit dans un milieu bourgeois où l'accès à l'éducation,
bien que théoriquement réservé aux hommes, se trouve facilité par la
richesse familiale et l'atmosphère intellectuelle post-révolutionnaire.
Durant les troubles de la Révolution,
contrainte de rester confinée chez elle, elle trouve refuge dans la vaste
bibliothèque paternelle. C'est là qu'elle découvre l'histoire des martyrs
de la science, notamment celle d'Archimède,
assassiné par un soldat romain alors qu'il médite sur des figures géométriques,
ce qui éveille en elle une passion dévorante pour les mathématiques.
Malgré l'opposition
initiale de ses parents, qui voient d'un mauvais oeil cette inclination
pour une discipline jugée peu convenable pour une jeune femme, elle s'initie
seule aux fondements de l'arithmétique,
de l'algèbre et du calcul
différentiel. Elle étudie les oeuvres des grands maîtres, d'Euclide
et Newton Ă Euler et
Lagrange,
apprenant le latin et le grec
pour accéder aux textes originaux. La fondation de l'École Polytechnique
en 1794 représente une avancée majeure dans l'enseignement scientifique,
mais l'admission y reste interdite aux femmes. Sophie Germain contourne
cette difficulté en se procurant les notes de cours de Lagrange et en
lui soumettant ses propres réflexions et démonstrations
sous le nom d'un ancien élève, « Monsieur LeBlanc ». Cette ruse lui
permet de bénéficier des conseils avisés de l'un des plus éminents
mathématiciens de son temps sans être immédiatement jugée sur son genre.
Lagrange, impressionné par l'originalité et la profondeur des travaux
qu'il reçoit, demande à rencontrer son correspondant fictif. Devant l'insistance,
Sophie Germain doit révéler sa véritable identité. Loin de se formaliser,
Lagrange reconnaît son talent et devient un précieux mentor.
C'est toutefois sa
correspondance avec Carl Friedrich Gauss, qui marque
un tournant décisif. Inspirée par ses Disquisitiones Arithmeticae,
elle lui écrit à partir de 1804, toujours sous le pseudonyme de M. LeBlanc,
pour lui présenter ses recherches sur la théorie des nombres, et plus
particulièrement sur le dernier théorème de Fermat.
Elle développe une approche novatrice, parvenant à démontrer le premier
cas de ce théorème (celui où l'exposant n
ne divise pas le produit xyz) pour une catégorie spécifique de nombres
premiers p, ceux tels que 2p+1 est également premier (ce que l'on appellera
plus tard les nombres premiers de Sophie Germain). Leur échange est riche
et stimulant, Gauss ignorant l'identité de son correspondant jusqu'en
1807. Le contexte est celui de l'invasion prussienne par les troupes napoléoniennes.
Craignant pour la sécurité de Gauss à Brunswick, Sophie Germain contacte
un général français, ami de sa famille, pour lui demander de s'assurer
qu'il ne lui arrive rien. Le général, étonné de cette sollicitude pour
un mathématicien, mentionne le nom de Sophie Germain à Gauss, qui découvre
ainsi qui se cache derrière M. LeBlanc. Sa réaction est empreinte d'admiration,
qu'il exprime dans une lettre célèbre :
« Mais
comment vous décrire mon admiration et mon étonnement en voyant mon respectable
correspondant M. LeBlanc se métamorphoser en cette illustre personne […].
Le noble courage, les talents extraordinaires, la profondeur de l'esprit
: voilà un spectacle tout à fait admirable. »
Il salue la difficulté
des obstacles qu'une femme doit surmonter pour se consacrer Ă de telles
recherches et juge son travail sur les nombres comme étant d'une qualité
exceptionnelle. Cette reconnaissance par Gauss constitue l'un des moments
les plus gratifiants de sa vie.
Parallèlement Ă
ses recherches en théorie des nombres, Sophie Germain s'attaque à un
problème d'une nature radicalement différente : la théorie de l'élasticité
et la vibration des plaques métalliques, rendues visibles par les figures
de Chladni. L'Académie des Sciences de Paris
propose en 1809 un Grand Prix pour une explication mathématique de ces
phénomènes. Bien qu'elle n'ait aucune formation formelle en physique
ou en mĂ©canique, elle se lance dans ce dĂ©fi ardu. Elle est la seule Ă
soumettre un mémoire en 1811, mais sa proposition, bien qu'ingénieuse,
s'avère incomplète et critiquée pour son manque de rigueur physique,
notamment dans la dérivation de l'équation des vibrations à partir des
principes fondamentaux de la mécanique. Un second mémoire en 1813 ne
convainc pas davantage. Elle persévère avec une détermination remarquable,
guidée par son sens mathématique et un travail acharné. Finalement,
en 1816, son troisième mémoire obtient le prix, bien que l'Académie,
et notamment Poisson, continuent d'émettre des
réserves sur la justification de l'équation qu'elle utilise, dérivée
empiriquement plutĂ´t que rigoureusement des principes variationnels comme
le feront plus tard Lagrange ou Cauchy. Malgré
ces critiques, elle est la première femme à recevoir un prix de l'Académie
des Sciences de Paris et obtient ainsi le droit d'assister à ses séances,
un honneur rarissime pour une femme à cette époque.
Ses travaux sur l'élasticité
(qu'elle publiera en 1820 sous le titre de Recherches sur la théorie
des surfaces élastiques.), malgré leurs limites initiales, sont pionniers
et ouvrent la voie à des développements ultérieurs essentiels pour l'ingénierie
et la physique des matériaux. Elle continue ses recherches dans divers
domaines, notamment sur la courbure des surfaces, échangeant avec des
savants comme Legendre, Cauchy et Navier. Elle
publie également des réflexions philosophiques sur la science. Toute
sa vie, Sophie Germain doit naviguer dans un monde académique largement
fermé aux femmes, ne bénéficiant jamais d'un poste universitaire ou
d'une reconnaissance institutionnelle formelle comparable Ă celle de ses
homologues masculins. Gauss lui-mĂŞme, peu avant sa mort, avait l'intention
de proposer qu'une médaille d'honneur lui soit décernée par l'Université
de Göttingen, un geste qui aurait symbolisé
une reconnaissance académique de premier plan, mais il décède avant
de pouvoir le faire.
Sophie Germain succombe
à un cancer du sein en 1831, à l'âge de 55 ans, dans l'indifférence
quasi générale. Son acte de décès la qualifie de « rentière », ignorant
complètement ses contributions scientifiques majeures. Il faut attendre
plusieurs années après sa mort pour que ses travaux soient pleinement
appréciés. |
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