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Ferdinand Fabre
est un écrivain français, né
à Bédarrieux (Hérault) en 1830. Fils
d'un architecte, il commença d'abord sous la direction d'un de ses oncles,
curé de Camplong, puis aux séminaires de Saint-Pons et de Montpellier,
ses études thélogiques qu'il interrompit, non sans de longues luttes
avec sa propre conscience. Cette crise lui a fourni plus tard le sujet
de la curieuse autobiographie intitulée : Ma Vocation (1889). Après
avoir définitivement renoncé à la vie ecclésiastique, il fut un moment
clerc d'avoué à Paris, publia les Feuilles de lierre (1853), poésies
qui passèrent inaperçues, et revint dans le Midi pour rétablir sa santé
compromise.
Sous le titre collectif de : Scènes
de la vie cléricale, il écrivit deux premières études de moeurs
: les Courbezon (1862) et Julien Savignac (1863), qui lui
valurent un prix à l'Académie française
et une mention flatteuse de Sainte-Beuve.
Dès lors, si l'on en excepte le Chevrier (1868), roman
rustique écrit dans la langue du XVIe
siècle, tous les autres livres de Ferdinand Fabre furent consacrés Ã
la peinture de la société au milieu de laquelle s'était écoulée sa
première jeunesse : Mademoiselle de Malavieille (1865); l'Abbé
Tigrane, candidat à la papauté (1875), plusieurs fois réimprimés;
le Marquis de Pierrerue, comportant deux épisodes : le Carmel de
Vaugirard et la Rue du Puits qui parle (1874, 2 voumes); Barnabé
(1875); la Petite Mère, grande étude divisée en quatre séries
: la Paroisse du Jugement dernier, le Calvaire de la baronne Fuster,
le Combat de la fabrique, Bergonier, l'Hospice des enfants assistés
(1876-1878, 4 volumes) abrégées et réimprimées depuis en un seul volume
sous ce titre unique : Madame Foster (1887); Mon oncle Célestin,
moeurs cléricales; le Roi Ramire (1884); Lucifer (1884);
Monsieur Jean (1886); Toussaint Galabru (1887); Norine
(1880); l'Abbé Roitelet (1890); Un Illuminé (1890); Xavière
(1890, illustré par Boutet de Monvel); Sylviane (1891); Germy
(1891).
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Le fifreur
« Une intelligence
surprenante - Dieu daigne souvent toucher du doigt sa créature la moins
parfaite - avait préservé Jean Maniglier, dit Branguibus, de la dégradation
où tombent les faibles sur notre terre de granit. Né en pleine paysannerie,
comme ses parents acharnés contre un sol ingrat, après avoir, dans les
années de son enfance maladive, gardé les ouailles à travers les prairies
et plus d'une fois, dans les forêts de chênes, au risque de se faire
dévorer, les truies avec leurs marcassins, vers dix-huit ans, il avait
essayé de se prendre à la terre. Impossible! Ses bras tremblants n'avaient
soulevé le pic qu'avec peine et avaient totalement manqué de puissance
pour peser sur l'oreillette de la charrue et enfoncer le soc dans les sillons.
Il fallut tourner
bride à un labeur qu'il eût aimé. Les champs, où il eût passé délicieusement
sa vie, lui devenaient inaccessibles. Il quitta les Aires tout honteux,
et, en pleurant, s'enfonça dans les Montagnes-Noires.
Certes, le dessein
de cet infortuné n'était pas de tendre la main aux portes des fermes.
Malgré le sac de toile de genêt que sa mère prudente lui avait passé
au col, il était déterminé, au contraire, à gagner son pain, à le
gagner sans s'avilir à la sueur ensemble de toute son âme et de tout
son corps. Cela était beau, et je le sais, moi qui, dans ces dernières
années, reçus les confidences de Branguibus, quelle intuition native
ce rustre avait de la noblesse humaine. Il entra, en qualité d'aide-berger,
de pillard, selon l'expression cévenole, à la borde des Quatre-Chemins,
non loin de Rieussec.
C'est dans les solitudes
de ce pays pauvre et morne jusqu'à la désolation que s'éveilla l'instinct
musical de Jean Maniglier. En un séchoir de châtaignes, où l'on passait
la veillée, ayant ouï un pâtre jouer un noël sur le fifre, il en rêva
plusieurs nuits et n'eut de cesse qu'il n'eût acquis, à Saint-Pons, l'instrument
auquel il avait dû des jouissances si pures, si inconnues.
Désormais, ce fut
pour lui comme une fête éternelle, à travers les garrigues. Ayant inspiré
quelque intérêt à l'éminent artiste du séchoir, frappé de ses dispositions
naturelles, il en reçut des leçons, et ne tarda pas à savoir guider
ses doigts sur les six trous. Quelle joie, quel enivrement, quand, un soir,
ramenant ses longues files de chèvres et de moutons aux étables, il modula
son premier accord! Cet enfant délicat et sensible, en qui la nature,
avare du côté du corps, avait déposé tous les trésors de l'âme, faillit
se trouver mal de plaisir. Les cieux venaient de s'ouvrir sur sa tête.
La voie de Branguibus
était trouvée. Il serait musicien. Comme le vieux pâtre de Rieussec,
lequel, depuis vingt ans, avait abandonné son premier métier, trouvant
plus lucratif et moins pénible d'aller sonner du fifre aux fêtes des
villages, aux noces, aux baptêmes, voire aux enterrements, lui aussi se
ferait
fifreur.
»
(F.
Fabre, Barnabé).
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La plupart de ces romans ont été plusieurs
fois réimprimés et quelques-uns en éditions de luxe. Il faut citer Ã
part le Roman d'un peintre (1878), histoire de la jeunesse et des
débuts de Jean-Paul Laurens, et l'Hospitalière, drame
rustique en cinq journées (1880), non représenté.
Ferdinand Fabre, à qui la Société des
gens de lettres a décerné, en 1891, le premier prix de la fondation Chauchard
(3000 F), a été nommé en 1883 conservateur à la bibliothèque Matarive,
en remplacement de Jules Sandeau, et il s'est
présenté contre Pierre Loti et Emile
Zola pour recueillir la succession académique d'Octave
Feuillet. (M. Tx.). |