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Heber
Doust Curtis est un astronome
né le 27 juin 1872 à Muskegon (Michigan),
mort à Ann Arbor (Michigan) le 9 janvier 1942. Il entreprit d'abord des
études classiques à l'Université du Michigan, où il obtint son diplôme
en 1892 et une maîtrise en 1893. Il s'installa ensuite en Californie
où il devint professeur de latin et de
grec au Napa College. C'est là que son
intérêt pour l'astronomie s'éveilla, probablement
en tant qu'amateur, au point qu'il changea radicalement de voie. Après
la fusion de son établissement avec l'Université du Pacifique, il devint
professeur de mathématiques et d'astronomie
entre 1897 et 1900. Désireux de se former sérieusement, il reprit des
études et obtint un doctorat en astronomie à l'Université de Virginie
en 1902.
Sa carrière professionnelle
débuta la même année à l'observatoire Lick, en Californie, où il travailla
jusqu'en 1920. Il y poursuivit le relevé systématique des nébuleuses
initié par James Edward Keeler. De 1905 à 1909,
il dirigea la station sud de Lick au Chili,
avant de revenir prendre la responsabilité du télescope Crossley. En
1912, il fut élu président de la Société astronomique du Pacifique.
C'est à Lick qu'il effectua l'une de ses observations les plus remarquables
: en 1918, en étudiant la galaxie M87 (nébuleuse
alors considérée comme une simple nébuleuse spirale), il fut le premier
à remarquer un étrange jet polaire émanant de son noyau, qu'il décrivit
comme un "rayon droit curieux, apparemment relié au noyau par un mince
filet de matière". Ce jet, observé bien avant que l'on comprenne sa nature
(un jet relativiste alimenté par un trou noir
supermassif), reste l'une de ses découvertes personnelles majeures.
Curtis est surtout
passé à la postérité pour son rôle dans le Grand Débat qui l'opposa
à Harlow Shapley le 26 avril 1920 à l'Académie
nationale des sciences de Washington. Ce débat, dont le format était
initialement pressenti par George Ellery Hale, fut
organisé autour de la question de l'échelle de l'univers et de la nature
des nébuleuses spirales. Chaque astronome disposait de quarante minutes
pour exposer sa thèse, avec une possibilité de réplique. Curtis, s'appuyant
sur son étude des novae dans la nébuleuse d'Andromède
(dont il observa qu'elles étaient beaucoup plus nombreuses que dans notre
propre galaxie), défendait l'idée que ces nébuleuses étaient des univers-îles,
c'est-à -dire des galaxies indépendantes situées bien au-delà de la
Voie lactée. Il notait également leurs grandes
vitesses radiales, incompatibles avec une liaison gravitationnelle à notre
galaxie. Il estimait la distance de la galaxie d'Andromède
à environ 500 000 années-lumière. En revanche, il plaçait le Soleil
au centre de notre propre galaxie, une position qui s'avérera erronée.
Shapley, à l'inverse, défendait une Voie lactée immense (300 000 années-lumière
de diamètre) au sein de laquelle ces nébuleuses n'étaient que des objets
périphériques, mais il avait correctement relégué le Soleil en périphérie
de notre système stellaire. Si aucun vainqueur ne fut officiellement désigné
ce soir-là , l'histoire donna raison à Curtis sur le point essentiel :
l'univers est bien composé de multiples galaxies.
En 1920, la même
année que le débat, Curtis fut nommé directeur de l'observatoire Allegheny
de l'Université de Pittsburgh. Il y inventa
vers 1925 un type de comparateur de plaques photographiques novateur :
au lieu de placer les clichés côte à côte, il les superposa sur deux
platines alignées et utilisa un jeu de prismes pour les comparer. L'appareil,
d'une taille très réduite (60 × 51 cm), fut décrit dans les Publications
de l'observatoire Allegheny. En 1930, Curtis fut nommé directeur des
observatoires de l'Université du Michigan, son alma mater, où
il succéda à un autre astronome renommé. Il retourna ainsi à Ann Arbor,
mais la Grande Dépression qui sévissait
alors l'empêcha de construire le grand télescope réflecteur qu'il avait
conçu. Il contribua néanmoins au développement de l'observatoire privé
McMath-Hulbert à Lake Angelus, dans le Michigan. Curtis participa à onze
expéditions scientifiques pour observer des éclipses
solaires à travers le monde, ce qui témoigne de son goût pour l'observation
directe. Il était par ailleurs connu pour son scepticisme à l'égard
de certaines théories nouvelles, notamment la relativité
générale d'Albert Einstein, qu'il rejetait.
Heber Doust Curtis s'éteignit en 1942, à l'âge de soixante-neuf ans,
alors qu'il devait prendre sa retraite en juin de la même année. |
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