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| L'histoire du commerce > Le commerce au Moyen Âge |
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Le commerce en Europe du Nord Pays-Bas, Angleterre, Allemagne, Hanse |
| Aperçu | Byzance | Arabes | Italie | Europe du Nord |
| Dès
la fin de l'Antiquité et pendant tout
le haut Moyen Âge, les côtes du Nord de l'Europe se transforment en espaces
d'échange où marins et marchands tissent des réseaux qui relient mers
Baltique À partir du XIIe siècle, l'organisation du commerce dans la région s'accélère et se structure autour de villes portuaires qui se spécialisent. Les cités flamandes et anglaises développent la draperie : Flandre (Bruges, Gand) transforme la laine anglaise en draps très demandés sur le continent. L'Angleterre se spécialise dans l'exportation de la laine brute et des longes de mouton, et importe des étoffes finies, du vin et des produits de luxe. Les marchands flamands et italiens établissent des relations commerciales intenses avec les ports du Nord, et les foires deviennent des lieux de rencontre internationaux. La mer Baltique devient progressivement le coeur d'un système commercial régional dominé par les marchands allemands et hanséatiques. Au XIIIe siècle, des bourgeois de villes marchandes comme Lübeck et Hambourg coordonnent leurs intérêts et forment des réseaux d'entraide et de réglementation qui prennent ultérieurement la forme de la Hanse. Cette organisation ne se présente pas comme un État mais comme une confédération de villes qui négocie privilèges, obtient monopoles et protège les routes maritimes. Des comptoirs ou « kontors » s'établissent à Bruges, Londres (le Steelyard), Bergen (Bryggen) et Novgorod, lieux où des communautés de marchands allemands exercent le commerce en dehors de leur territoire d'origine. Les routes baltico-maritimes voient transiter le grain, le bois, le poisson salé, le goudron, le chanvre, la cire, le miel et les fourrures vers l'Ouest; en sens inverse, on transporte draps, vins, sel, outils et métal. Les villes hanséatiques imposent leurs règles au commerce, arbitrent les litiges et maintiennent des flottes marchandes protégées. Les États scandinaves
tirent profit et pouvoir de ces échanges tout en cherchant à capter les
revenus : la Norvège et l'Islande
exportent le poisson séché (stockfish) vers l'Italie et l'Europe continentale;
la Suède se développe autour de l'exploitation du minerai de fer et du
cuivre, notamment dans les régions de Bergslagen, et exporte métal et
armes; le Danemark joue un rôle clé
par sa position au détroit de l'Øresund, où il prélève, au XVe
siècle, les fameux droits de passage qui enrichissent la couronne et lui
donnent un levier sur le trafic maritime reliant mer Baltique et océan
Atlantique À l'Est, les Républiques marchandes russes, et en particulier Novgorod, orientent le commerce intérieur et extracontinental. Novgorod achète des tissus, du vin et du sel et envoie des fourrures, de la cire, du miel et du bois. Les routes fluviales vers la Volga et la mer Noire connectent le nord de l'Europe aux marchés orientaux, et les monnaies d'argent européennes circulent largement. Quand Moscou étend son pouvoir au XVe siècle et intègre Novgorod (1478), la dynamique commerciale change : l'autonomie novgorodienne diminue, et l'État moscovite commence à restructurer les échanges et à taxer plus fortement les marchands. La technologie navale et les pratiques commerciales évoluent en parallèle. L'apparition du cog et l'adaptation de coques plus larges facilitent le transport de cargaisons volumineuses, et l'amélioration des techniques de montage des voiles et des instruments de navigation rend les traversées plus sûres. Les marchands développent des contrats écrits, des garanties et des formes primitives de lettre de change, ce qui réduit le risque et permet des échanges sur de plus grandes distances. Les foires, les bourses locales et les guildes commerciales réglementent qualité, poids et mesure, et limitent les fraudes. La peste noire (1347-1351) frappe durement l'Europe du Nord : la mortalité provoque un effondrement temporaire de la demande et des réseaux commerciaux, mais aussi une reconfiguration. Beaucoup de ports et de filières industrielles subissent des contractions; cependant, la raréfaction de la main-d'oeuvre augmente les salaires et pousse certains producteurs à améliorer la productivité. La Hanse, après un recul, retrouve de la vigueur au XIVe et XVe siècles, mais elle commence à faire face à une montée en puissance des États-nations qui cherchent à contrôler directement le commerce, à lever des taxes et à instituer des privilèges concurrents. Les Pays-Bas
et les villes flamandes connaissent une transformation économique majeure
aux XIVe-XVe
siècles : la route de Bruges attire capitaux et marchands, et la production
textile atteint une qualité et une échelle qui font de la Flandre l'un
des centres manufacturiers de l'Europe. Toutefois, les variations de l'hydrographie
portuaire et les conflits politiques poussent, Ã la fin du XVe
siècle, le centre névralgique du commerce vers l'Escaut L'Angleterre, après la Guerre de Cent Ans, voit son commerce se réorienter : l'exportation de laine reste essentielle, mais la ville de Londres gagne en importance dans le commerce international, accueillant communautés italiennes et hanséatiques et développant graduellement des institutions financières. Les relations maritimes entre Angleterre et Flandre restent intenses, car la draperie flamande dépend crucialement de la laine anglaise. La fin du XVe siècle marque des signes de basculement. Les grands voyages atlantiques des Portugais et des Espagnols commencent à réorienter progressivement les flux commerciaux européens vers l'Atlantique et les routes maritimes lointaines, même si, avant 1500, l'économie du Nord reste largement tournée vers la Baltique, la mer du Nord et le commerce continental. Les États émergents - Danemark, Angleterre, monarchies bourguignonnes et royaumes scandinaves - tendent à affirmer des politiques mercantiles qui concurrencent les réseaux privés de la Hanse. Les villes fondent des juridictions, signent des traités, négocient monopoles et cherchent à capter directement revenus et contrôles portuaires. Tout au long de cette période, les motifs de commerce restent sensiblement constants : produits alimentaires et vivres (grain de la région polono-prussienne vers l'Ouest), ressources de base (bois, résine, fer, cuivre), produits de la mer (poissons séchés, harengs), matières premières pour l'industrie textile (laine) et produits manufacturés (draps flamands, objets métalliques). Les flux de richesse circulent entre villes marchandes autonomes, cours princières et comptoirs, et ce tissu d'échanges forge graduellement un espace économique nord-européen intégré, qui favorise urbanisation, spécialisation et innovations financières, tout en préparant les tensions et les transformations majeures qui vont se déployer dès le XVIᵉ siècle. Le commerce des
Pays-Bas.
Ce système de commerce
passif, opposé à celui des Italiens ( « Nous ne dissimulerons pas, répliquait l'un d'eux à Edouard II, que notre pays de Flandre est en société avec le monde entier, et que l'accès en est libre à chacun. Nous ne saurions lui enlever un tel privilège sans préparer sa décadence et sa ruine. »Bruges. Le grand entrepôt de ce commerce fut Bruges qui avait accès sur la mer par l'Ecluse et Damme. Il y avait dans cette place seize comptoirs étrangers établis par les plus grandes villes, Venise, Gênes, Pise, Avignon, Barcelone, Lisbonne, Londres, Bristol, sans parler de celui de la Hanse; ces maisons tous les jours traitaient de grosses affaires entre elles ou avec les gens du pays; le papier sur Bruges était accepté partout, bien que le recouvrement fût gêné par l'abolition de la contrainte par corps; un corps de courtiers surveillait la bourse; des sociétés d'assurance, des banques existaient; les droits de douane et les impôts étaient minimes, la probité scrupuleuse, les successions et fonds de toute provenance étaient transmis sans obstacle à l'étranger; seuls les Juifs étaient hors du droit commun. La liste des articles d'échange sur le
marché de Bruges est longue. La grande industrie des lainages était pratiquée
dans toute la Flandre; on y ajouta la fabrication
de tissus mélangés de coton et de soie, la teinture, la tapisserie;
l'industrie du lin était considérable; de même celle du cuir; la métallurgie
du bassin de la Meuse Anvers.
Toutes les grandes compagnies ou maisons
de commerce avaient des succursales à Anvers; les Peruzzi de Florence,
les Spinola de Gênes, les Fugger et les Welser
d'Augsbourg, la Hanse, la société anglaise
de l'Entrepôt, etc. On évaluait le mouvement des marchandises à 500
millions de couronnes d'argent; celui des espèces était énorme; toutes
les grandes opérations se faisaient à Anvers
qui était le centre et le marché régulateur des affaires financières;
le taux de l'intérêt des lettres de change était pourtant de 12%, mais
un rentier ne pouvait demander que 9 1/3, un gentilhomme 6 1/4; constamment
les souverains empruntaient aux banquiers anversois qui étaient forcés
de prélever un plus fort bénéfice sur les particuliers. Il se faisait
à Anvers, dit Schiller; plus d'affaires en
un mois qu'à Venise en deux années. La cité
commerciale d'Anvers était au XVIe siècle
la plus grande ville au nord des Alpes Les provinces septentrionales des Pays-Bas,
Zélande,
Hollande,
Frise
pratiquaient l'élevage du bétail, la pêche et le commerce maritime;
leurs luttes avec l'Angleterre et avec la Hanse
ne les affaiblirent pas; la pêche du hareng dans la mer du Nord Le commerce de
l'Angleterre.
Avec la conquête normande en 1066, le pays entra dans un système plus structuré. Les rois normands encouragèrent la fondation de villes et de bourgs, qui devinrent des centres d'échanges régionaux. La mise en place de marchés sous charte royale, protégés par la loi et dotés de privilèges fiscaux, stimula la circulation des marchandises. Londres, déjà port actif sur la Tamise, devint le coeur commercial du royaume, accueillant des marchands venus de Normandie, de Flandre et du Saint-Empire. La laine anglaise acquit une importance capitale. Produite en abondance sur les pâturages des Midlands et des collines du pays de Galles, elle était réputée pour sa qualité. Dès le XIIe siècle, elle constituait l'une des principales richesses du royaume. Les marchands flamands l'achetaient pour alimenter leurs manufactures textiles, notamment à Bruges, Ypres et Gand. En échange, ils apportaient des draps finis, des vins, des épices et des produits de luxe. Ce commerce transmanche était si vital que les rois d'Angleterre l'utilisèrent souvent comme levier politique, interdisant ou favorisant les exportations selon les besoins du trésor royal. Les foires devinrent des points de rencontre essentiels pour ces échanges. Celles de St Ives, Winchester ou Boston attiraient des marchands de tout le nord de l'Europe. Des contrats y étaient conclus, des monnaies échangées, et les nouvelles des marchés étrangers circulaient. La vie économique prit un rythme plus régulier, scandé par ces grandes réunions commerciales. Au XIIIe siècle, l'Angleterre entra plus pleinement dans le commerce international. Les ports de la côte sud, comme Southampton et Sandwich, servirent de relais aux échanges avec la France, l'Italie et l'Espagne. Les marchands italiens, notamment les Lombards, s'installèrent à Londres. Ils introduisirent des pratiques financières nouvelles : lettres de change, prêts à intérêt dissimulés, comptabilité à double entrée. L'économie anglaise s'inséra ainsi dans un système européen de crédit et de circulation monétaire. Le commerce du vin, importé de Gascogne, prit une importance particulière après que cette région fut intégrée aux possessions anglaises par le mariage d'Aliénor d'Aquitaine et d'Henri II. Les navires anglais descendaient chaque automne vers Bordeaux, échangeant la laine et le plomb contre les barriques de clairet. Ce commerce dura plusieurs siècles et enrichit de nombreuses familles marchandes. Mais le commerce anglais connut aussi des crises. Les famines du début du XIVe siècle, puis la peste noire, bouleversèrent la production agricole et réduisirent les échanges. Beaucoup de terres furent abandonnées, la main-d'œuvre se raréfia, et les prix grimpèrent. Néanmoins, à long terme, cette contraction permit une restructuration de l'économie. Moins dépendants de l'agriculture, les Anglais se tournèrent davantage vers la production artisanale et le commerce maritime. À la fin du Moyen Âge, les villes portuaires, surtout Londres et Bristol, se transformèrent en véritables places marchandes. De nouvelles guildes s'organisèrent pour protéger les intérêts des marchands anglais à l'étranger. La Hanse germanique, très présente dans les ports anglais, perdit progressivement de son influence face à la montée d'un commerce national mieux structuré. Le royaume, autrefois exportateur brut de laine, commença à développer sa propre industrie textile, notamment dans les comtés de l'Est. Ainsi, de la société rurale et fragmentée du XIe siècle émergea, cinq siècles plus tard, un pays tourné vers la mer, vers l'échange et vers la production marchande. Ce long mouvement, fait d'adaptations et de crises, posa les bases de la puissance économique que l'Angleterre allait déployer à l'époque moderne. Le commerce de
l'Allemagne et de l'Europe septentrionale. La Hanse.
Lorsque la conquête carolingienne
eut organisé la barbare Germanie, par l'Elbe L'enrichissement de l'Allemagne, le mouvement suscité par les croisades, l'extension des relations avec l'Italie, l'exploitation des mines du Harz et de l'Erzgebirge, des salines de Bavière et de Halle, la fabrication des toiles et des lainages dans les villes souabes, dans celles de la Westphalie et de la Silésie développèrent les échanges; le manque d'une monnaie générale et de cours réguliers, la nécessité de peser et d'essayer les pièces d'or furent une grande gêne. Les empereurs favorisèrent le commerce autant qu'ils purent, conférant des franchises aux marchés, protégeant ceux qui s'y rendaient; on créa des maisons de vente et des dépôts publics dans les villes, et celles-ci trouvèrent dans les douanes et droits d'entrepôt des revenus appréciables. Souvent inquiétées dans leur commerce par les brigands féodaux, obligées d'organiser des convois de négociants et de marchandises bien escortés, les villes durent s'associer entre elles. Les plus puissantes de ces ligues furent celle des villes rhénanes, celle des villes souabes et bien au-dessus la ligue hanséatique. Le commerce des pays da Rhin Les villes commerçantes de la Souabe, à leur tête Augsbourg, Nuremberg et Ulm, étaient fort riches; Nuremberg vendait les produits de son industrie et le poisson de Hollande jusqu'en Pologne; elle conclut des traités de commerce avec la France, avec la Flandre. Augsbourg était la tête de ligne de la route du Brenner vers l'Italie orientale. Ses marchands, entre autres les Fugger, les Baumgartner, les Welser arrivèrent à des fortunes colossales, souscrivant, à l'occasion, des emprunts publics; le commerce d'Augsbourg comme celui d'Ulm consistait surtout en expédition et commission; les draps et la quincaillerie de la ville étaient peu de chose à côté des marchandises d'Italie et des Pays-Bas qui transitaient par la Souabe. On sait que la ligne des villes souabes, fondée pour maintenir un peu d'ordre, succomba aux attaques des princes, mais après avoir partiellement atteint son but. Dans l'intérieur de l'Allemagne
il faut nommer les places commerciales de Francfort
et d'Erfurt et Leipzig
dont les foires grandirent vite après le XVe
siècle et concentrèrent tout le commerce du
centre de l'Europe. La propriété commerciale de la haute Allemagne fut
à son apogée au XVe siècle. Liée Ã
celle des républiques italiennes, elle déclina au XVIe,
quand le grand commerce maritime fit une terrible concurrence aux transports
par terre et que les Turcs fermèrent
la voie du Danube La
ligue hanséatique.
Au milieu du XIVe siècle, la confédération de la Hanse, simple association commerciale, comme ce nom l'indique, s'étendait des îles de la Zélande à Réval (Tallinn) en Estonie. Elle s'engagea contre Waldemar III de Danemark dans une lutte d'où elle sortit victorieuse en 1370. Une assemblée tenue à Cologne dressa une sorte de constitution qui subsista dans ses ligues générales. La ligue avait pour but la protection et l'extension du commerce extérieur; les villes se promettaient assistance et défense mutuelle et se garantissaient l'égalité des droits et franchises; les querelles entre membres étaient tranchées par arbitrage pour assurer l'autonomie de la ligue. L'autorité suprême était l'assemblée des députés des villes tenue généralement à Lubeck, régulièrement tous les trois ans, en fait presque tous les ans. Lubeck eut une influence directrice. La Hanse se divisait entre quatre quartiers : le quartier wende, dont le centre était Lubeck; le quartier westphalien ayant pour chef-lieu Cologne; le quartier saxon, ayant pour chef-lieu Brunswick; le quartier prussien ayant pour chef-lieu Dantzig. A la fin du XVe siècle la Hanse comptait quatre-vingts villes, des provinces entières étaient ses protégées, la Prusse et la Livonie, le Holstein, Clèves, Juliers, etc. Son budget était alimenté par une contribution fixe et des droits; en cas de besoin, elle empruntait et trouvait aisément à le faire à 5 ou 6%, lorsque les souverains payaient le double. Sauf en cas de guerre, les dépenses étaient faibles. Cette confédération commerciale ne dévia jamais de son but primitif; exploitation aussi aisée et exclusive que possible d'un vaste champ de négoce, l'esprit mercantile prévalut toujours sur les combinaisons politiques; elle n'eut pas d'existence politique dans l'empire d'Allemagne, et vécut en dehors, uniquement préoccupée du commerce extérieur. Elle fit de grands efforts pour procurer la sécurité au commerce et à la navigation et faire prévaloir dans les affaires internationales des règles fixes : abolition du droit d'épaves, des confiscations abusives par le seigneur terrien, de la responsabilité collective de tous les compatriotes pour la dette de l'un d'eux, restitution des successions de ses nationaux morts à l'étranger, des objets trouvés ou volés; enfin liberté des neutres. C'est la Hanse qui la première établit vigoureusement le caractère cosmopolite du commerce. L'insuffisance du commerce de commission,
peu sûr parce que les juridictions étrangères étaient suspectes, décida
les Hanséates à fonder des comptoirs dans les pays avec lesquels ils
commerçaient. Ils surent se faire concéder par ruse ou par force une
situation privilégiée par rapport aux nationaux eux-mêmes; les monopoles
créés à leur profit exaspérèrent les indigènes et contribuèrent
beaucoup à la chute de la ligue. Elle avait en effet organisé dans tout
le nord de l'Europe une exploitation commerciale
très âpre, cherchant à empêcher tout autre commerce que le sien et
surtout à fermer la Baltique Il est remarquable de voir combien l'esprit de la Hanse était opposé à celui des Flamands; ceux-ci cherchent à attirer sur leurs marchés le plus de commerçants et de marchandises et leur accordent des libertés très étendues; au contraire, les Hanséates sont des courtiers qui tiennent à conserver leur monopole, à faire passer tout le commerce par leurs maisons, à opérer eux-mêmes tous les transports, n'accordant aucune réciprocité à leurs clients, cherchant partout à se constituer des privilèges qu'ils ne veulent partager avec personne. Il y a des uns aux autres la distance qui sépare « l'acte de navigation » du libre échange. Le premier marché des Hanséates était la Russie avec le comptoir de Novgorod auquel on accédait par trois routes : la Duna (la Narva et le lac Peïpous) la Néva et le Ladoga. On y portait les draps de Flandre, des poissons, du sel, les articles de luxe; on en tirait des cuirs, des pelleteries, des peaux, des cordages, du lin, des bois, de la cire, du suif; les indigènes demandaient du crédit, mais payaient mal. Ce commerce très lucratif est celui dont la Hanse tenait le plus à garder le monopole. Il fut détruit par les tsars après qu'ils eurent soumis Novgorod; en 1494 ils confisquèrent le comptoir hanséate. La jalousie des Russes contre les Polonais et les Suédois fit rendre à la Hanse quelques privilèges, mais à la fin du XVIe siècle elle avait perdu le marché russe. Les Anglais avaient ouvert en 1553 la route de la mer Blanche (Arkhangelsk) dont ils tirèrent quelque avantage; ils se firent donner par le tsar le droit d'entrepôt et l'immunité douanière. La Hanse faisait relativement peu d'affaires avec la Suède, pauvre et mal peuplée; les rois lui étaient favorables par hostilité pour le Danemark. Ils laissaient aux Allemands, à Stockholm et dans les villes, la moitié des fonctions municipales. Gustave Wasa s'affranchit de ce joug. La Norvège était le second grand marché des Hanséates et Bergen leur second grand comptoir. Ils y centralisaient le commerce du Nord, de l'Islande : poisson, huile de baleine, bois et planches, goudron, poix, fourrures, édredon, etc.; en échange ils apportaient des grains, des boissons, des étoffes. Bergen était une colonie allemande; le comptoir de la Hanse, très vaste avec ses vingt-deux cours, était desservi par des employés astreints au célibat et à une discipline monacale; capitaux et navires appartenaient aux Hanséates. La réunion de la Norvège et du Danemark fit perdre à la Hanse ce débouché; elle fut dépouillée de tous ses privilèges. Les Danois, ennemis séculaires de la confédération, commerçaient pourtant avec elle, lui vendant du bétail, des grains, du poisson, pour des draps et divers objets manufacturés. Nous avons déjà décrit le troisième grand marché hanséate, celui des Pays-Bas, où leur comptoir de Bruges (plus tard transféré à Anvers), les approvisionnait des produits du Midi et de ceux d'une industrie plus avancée, en échange des denrées alimentaires et des matières premières exportées des pays septentrionaux. Le quatrième grand marché était l'Angleterre,
le quatrième grand comptoir Londres. Depuis
les premières années du XIIIe siècle
les négociants allemands avaient obtenu des franchises en Angleterre;
la Hanse les accrut beaucoup et les rois virent avec d'autant plus de plaisir
ce trafic se développer qu'ils tiraient des douanes leur revenu le plus
considérable (après celui des domaines); les nobles et les paysans étaient
satisfaits de vendre leurs grains, leur laine, leurs cuirs, leur étain;
les villes seules étaient hostiles aux Hanséates. Les Anglais étaient
les grands producteurs de laine qu'ils fournissaient aux manufactures de
Flandre
pour racheter ensuite les draps.
Edouard
III comprit combien cette politique économique était absurde et,
provoqué par un différend avec la Flandre, il importa en Angleterre la
fabrication des draps. Les Hanséates laissèrent faire, n'y ayant nul
désavantage, ils tenaient seulement à garder le monopole des transports
vers le Nord, mais peu leur importait de vendre des draps anglais ou flamands.
En revanche, ils obligèrent le roi à diminuer les privilèges qu'il avait
accordés à des compagnies anglaises (confrérie de Thomas Becket, association
des marchands d'entrepôt, association des aventuriers marchands) ( En somme, la Hanse eut une influence bienfaisante par la répression de la piraterie, l'extension de la moralité dans le commerce international; elle s'efforça de créer un droit maritime international, soutint le principe de la liberté des mers, de l'inviolabilité de la propriété des neutres, du respect du pavillon neutre, n'excluant que la fourniture aux belligérants des munitions de guerre. Mais elle appliqua ces principes uniquement à son profit, maintint par la violence un monopole nuisible aux pays qu'elle exploitait, n'eut qu'une organisation médiocre du crédit, même pas de monnaie commune, se contenta du rôle d'intermédiaire et d'une industrie de transport sans produire ni développer la production dans les villes allemandes; quand les conditions politiques de ses tributaires changèrent, que le commerce maritime prit au XVIe siècle un incomparable essor, elle ne sut pas se plier à ces conditions nouvelles; sa domination maritime s'écroula et sa ruine économique suivit parce qu'elle fut incapable de perfectionner un mécanisme commercial très médiocre. La Hollande et l'Angleterre en héritèrent. Elle s'éteignit au XVIIe siècle; six villes seulement furent représentées à sa dernière diète (1669). (A.-M. B). |
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