.
-

L'histoire de la Roumanie
Les premi√®res traces d'habitation humaine en Roumanie remontent au Pal√©olithique sup√©rieur, avec des sites arch√©ologiques tels que ceux de Pe»ôtera cu Oase, o√Ļ des restes humains datant de plus de 40 000 ans ont √©t√© d√©couverts. Le M√©solithique a √©galement laiss√© des traces √† travers divers outils et artefacts trouv√©s dans la r√©gion. Au N√©olithique (vers 5500-2600 av. JC), les communaut√©s agricoles se sont √©tablies dans la r√©gion. Les cultures n√©olithiques de la Roumanie, telles que la culture de Cucuteni-Trypillia (en Moldavie et en Roumanie du Nord-Est) et la culture de Hamangia (en Dobrog√©e), sont connues pour leurs √©tablissements s√©dentaires, leurs poteries d√©cor√©es et leurs artefacts √©labor√©s.

L'√āge du Bronze  (vers 2600-1200 av. JC) en Roumanie est repr√©sent√© par la culture de Wietenberg, qui a laiss√© des vestiges de villages fortifi√©s et des objets en bronze. Cette p√©riode a vu un d√©veloppement accru des comp√©tences artisanales et des √©changes commerciaux avec les r√©gions voisines. Des contacts avec les civilisations voisines, notamment avec les Thraces au sud et avec les cultures de l‚ÄôEurope centrale, ont apport√© des influences culturelles et technologiques dans la r√©gion. L'√āge du Fer (vers 1200 av. JC - 106 av. JC) est caract√©ris√© par la pr√©sence des Daces, un groupe ethnique indo-europ√©en qui s'est √©tabli dans la r√©gion correspondant √† la Roumanie actuelle.

Les Daces étaient une branche des Thraces et occupaient une grande partie de la Dacie, une région couvrant l'est et le centre de la Roumanie. Les Daces étaient organisés en tribus, chacune avec ses propres structures sociales et politiques. Ils construisaient des fortifications en montagne. Les découvertes archéologiques montrent des artefacts en or, des armes sophistiquées et des objets rituels. Les Daces avaient des relations variées avec leurs voisins. Ils avaient notamment des échanges commerciaux et des conflits avec les Grecs et les Scythes au nord et à l'est. Bien que la région n'ait pas été directement colonisée par les Grecs, les colonies grecques de la mer Noire, comme Tomis (aujourd'hui Constanța) et Histria, ont eu des contacts avec les tribus locales, favorisant des échanges commerciaux et culturels.

Vers la fin du Ier si√®cle av. JC, l'expansion romaine a commenc√© √† menacer la Dacie. Les Daces ont tent√© de r√©sister aux incursions romaines, mais ils ont finalement √©t√© confront√©s √† l'expansion continue de l'Empire romain. La conqu√™te romaine de la Dacie, dirig√©e par l'empereur Trajan, a commenc√© en 101 ap. JC et s'est poursuivie jusqu'en 106 ap. JC., lorsque la Dacie a √©t√© int√©gr√©e √† l'Empire romain comme province.  Les Roumains sont issus de la fusion de colons romains amen√©s par Trajan avec les populations locales. 

Il est probable que, durant les invasions des barbares en M√©sie, o√Ļ ils s'√©taient retir√©s, les Roumains se r√©fugi√®rent dans les montagnes, o√Ļ ils v√©curent pendant plus de dix si√®cles, se d√©robant ainsi √† l'histoire et s'organisant peu √† peu. La Valachie appara√ģt comme √Čtat en 1290; la Moldavie, en 1353. Les deux principaut√©s furent fond√©es par des colonies roumaines, venues de la Transylvanie. La Transylvanie, coeur de l'ancienne province dace, n'allait pour sa part rejoindre la Roumanie, avec d'autres territoires, plus petits, issus du d√©mant√®lement de l'empire austro-hongrois, qu'au lendemain de la Premi√®re Guerre mondiale. Auparavant, la Transylvanie, avait √©t√©, d√®s 1526, une principaut√© ind√©pendante; en 1867, les Autrichiens l'avaient r√©unie √† leurs possessions. 

Histoire de la Valachie
On ne sait si Badou Negrou, le fondateur de la Valachie, est un personnage purement l√©gendaire. La succession des premiers princes est assez embrouill√©e, et c'est seulement √† partir de 1325 que l'histoire roumaine prend quelque pr√©cision. A cette √©poque, le prince Alexandre Basarab (1325-1360) lutte avec succ√®s contre les agressions des Hongrois en leur enlevant le district de Severin. Son fils, Ladislas Basarab (1360-1372), continua la lutte contre les Hongrois, battit pr√®s de Tirgovichti l'arm√©e du roi Charles-Robert et enleva les duch√©s d'Amlach et de Fagarach. Le fr√®re et successeur de Ladislas, Radou Il (1372-1385), affranchit compl√®tement le pays de la suzerainet√© hongroise. Mais le vrai organisateur de la Valachie, celui des Basarab qui lui a donn√© le plus d'extension, est Mirtcha ou Mircea (1382-1418), fils de Radou. Apr√®s avoir tu√© son fr√®re Dan, qui ne r√©gna qu'un an, il s'allia aux Serbes contre les Turcs, qui mena√ßaient d'envahir l'Europe. Battu √† Cassovie (Kosovo) par les arm√©es d'Amurat et d√©tenu comme prisonnier √† Brousse, il fut forc√©, pour obtenir sa libert√©, de d√©clarer la Valachie tributaire (1391) de la Turquie. Mais, aussit√īt rentr√© dans son pays, il s'allia aux Polonais et peu apr√®s aux Hongrois contre l'ennemi commun. D√©fait √† la bataille de Nicopoli (1396), il ne tarda pas √† remporter, √† Rovine, une victoire brillante sur les arm√©es de Bajazet et soutint des luttes h√©ro√Įques contre les fr√®res de celui-ci. Micea avait annex√© une partie de la Bulgarie avec Silistrie et la Dobroudja. Sa premi√®re capitulation avec la Turquie portait que celle-ci ne pourrait s'immiscer dans les affaires int√©rieures du pays ni dans les √©lections des princes; mais, apr√®s sa mort, ses fils et ses petits-fils appel√®rent d'eux-m√™mes les Turcs pour soutenir leurs pr√©tentions respectives au tr√īne de Valachie. Ni Vlad l'Empaleur (1445-1462), ni Radou le Beau (1462-1474) ne purent les emp√™cher d'envahir le pays, et, quoique battus √† plusieurs reprises par Radou d'Affoumatz (1522-1529), ils r√©ussirent √† se rendre ma√ģtres de la principaut√©. La couronne devenait un objet de vente offert au plus fort ench√©risseur, lorsque arriva au tr√īne un autre Basarab, Michel le Brave, le h√©ros national de la Valachie (1593-1601). La d√©faite terrible qu'il infligea, √† Calougareni, aux arm√©es de Mehemet III jeta la terreur parmi les ottomans

Vainqueur de Sigismond et d'Andr√© Bathori, princes de Transylvanie, de J√©r√©mie Movila, prince de Moldavie, et des troupes imp√©riales allemandes command√©es par le g√©n√©ral Basta, il se fit proclamer, √† Karlsbourg; prince de Moldavie, de Valachie et de Transylvanie; mais, apr√®s la victoire de Goroslau remport√©e sur Sigismond avec l'aide de Basta, il fut assassin√© √† Tourda, sur l'ordre de celui-ci. Les successeurs de Michel le Brave ne furent pas de taille √† conserver ses conqu√™tes. Le plus remarquable est sans contredit Mathieu Basarab (1633-1654) (Les Basarab), qui r√©organisa le pays, le dota de lois et introduisit dans l'√©glise et l'√©cole le roumain au lieu du slavon, mais favorisa l'√©l√©ment grec contre lequel les principaut√©s eurent √† lutter jusqu'√† 1821. Sherban Cantacuz√®ne (1678-1688) et Constantin Brancovan (1688-1714), un autre Basarab, s'efforc√®rent de r√©agir, et le dernier risqua m√™me d'√™tre renvers√© au profit d'un Grec, Nicolas Mavrocordato, qui ne tardera pas √† occuper alternativement les tr√īnes de Moldavie et de Valachie. Les destin√©es des deux principaut√©s commencent √† se confondre.

La Moldavie
Laissant de c√īt√© la date de la fondation du vo√Įvodat moldave, qui change avec les chroniqueurs (1299, 1304, 1342), et sa l√©gende, nous d√©buterons au moment o√Ļ Bogdan, vo√Įvode originaire du Maramourech, et son fils, Latzcon (1370-1374), font des efforts pour soustraire la nouvelle principaut√© √† la suzerainet√© hongroise. A la mort de ces princes, la dynastie des Bogdan, qui avaient primitivement donn√© leur nom au pays, Bogdanie, s'√©tant √©teinte, les boyards demand√®rent un prince √† la famille r√©gnante des Basaraba de Valachie, qui leur envoya Pierre Monchate, le fondateur de la dynastie des Monchatechti. Le plus remarquable de ces princes est Alexandre le Bon (1401-1433), qui, tout en se reconnaissant vassal de la Pologne, s'effor√ßa d'organiser son pays. Alexandre ayant laiss√© plusieurs fils, tant l√©gitimes que naturels, ceux-ci, apr√®s la mort de leur p√®re, se disput√®rent le tr√īne en appelant les uns contre les autres tant√īt les Polonais, tant√īt les Hongrois. Nous voyons m√™me la Moldavie partag√©e entre deux et m√™me entre trois princes (1443-1447). La principaut√© allait sombrer lorsque parvint au tr√īne Etienne IV, surnomm√© Etienne le Grand (1457-1504). Pour obtenir la couronne, il avait, avec l'aide de Vlad l'Empaleur, renvers√© Pierre Avon, qui avait tu√© le p√®re d'Etienne, et que, pour cette raison, il poursuivit en Pologne d'abord, o√Ļ il s'√©tait r√©fugi√©, puis en Hongrie. 

A peine de retour en Moldavie, il bat Mathias Corvin, qui avait pass√© les Carpates, repousse une invasion des Tatars, an√©antit, √† Racova, une arm√©e de 120 000 hommes, sous les ordres de Soliman-pacha, et, en 1457, inflige une d√©faite terrible au roi Albert de Pologne. Son essai d'une ligue orientale contre les Turcs n'ayant pas r√©ussi, Etienne, avant sa mort, conseilla √† son fils, Bogdan III, de leur soumettre son pays. Apr√®s la mort de Bogdan III (1504-1517), l'autorit√© des Turcs se fit de plus en plus sentir, surtout du jour o√Ļ Soliman rempla√ßa de son gr√© Pierre Rarech (1527-1538 et 1541-1546) par Etienne Lacousta (1538-1541). D√®s lors, la Moldavie va de d√©ch√©ance en d√©ch√©ance, et nous ne la voyons revivre quelque peu que sous Basile le Loup (1634-1653), contemporain de Mathieu Basarab, et qui fut pour la Moldavie ce que celui-ci fut pour la Valachie. L'√®re des Phanariotes arrive. De 1658 √† 1685, onze princes se succ√®dent, dont huit grecs. Le vrai r√®gne des Phanariotes commence avec Nicolas Mavrocordato, de 1711 √† 1716 en Moldavie, et de 1716 √† 1730 en Valachie, et dure jusqu'√† 1821, quand la r√©volte des Roumains, sous Toudor Vladimiresco, chassa les hospodars grecs et fit r√©tablir les princes nationaux : Gr√©goire Ghyca  (Ghica) en Moldavie et Jean Sandou Stourdza en Valachie (1822-1828).

Histoire moderne des principaut√©s. 
La Russie, ayant d√©clar√© la guerre √† la Porte en 1828, commen√ßa par occuper les principaut√©s et y installa un gouvernement provisoire sous le comte Pahlen. Apr√®s la paix d'Andrinople (1829), il √©tait stipul√© que la cour imp√©riale russe garderait en d√©p√īt la Valachie et la Moldavie jusqu'√† l'acquittement de l'indemnit√© de guerre de 10 millions de ducats. Pendant cette occupation, qui dura six ans, les Russes travaill√®rent √† la r√©organisation des principaut√©s par l'introduction d'une constitution connue sous le nom de R√®glement organique. Alexandre Ghyca (1834-1842) et Georges Bibesco (1843-1848), en Valachie, et Michel Stourdza (1834-1849) en Moldavie, furent appel√©s √† appliquer la nouvelle constitution. Mais, comme celle-ci cherchait √† an√©antir toutes les aspirations nationales, une r√©volution √©clata le 7 juin 1848. R√©prim√©e facilement en Moldavie, elle s'√©tendit bient√īt dans toute la Valachie.

Eliade, Balcesco, Doliac, Tell Magheron, les Golesci, C.-A. Rosetti et les fr√®res Bratiano soulev√®rent les masses, qui entour√®rent le palais du prince r√©gnant, Georges Bibesco, et l'acclam√®rent comme chef du mouvement r√©volutionnaire contre le protectorat russe. Le prince fut m√™me forc√© de signer un projet de constitution abolissant le r√®glement organique et de nommer un minist√®re au soin m√™me du comit√© r√©volutionnaire. Le consul russe, √† la suite de ce coup d'Etat, quitta la Valachie. Bibesco abdiqua et se retira en Transylvanie, laissant les r√©volutionnaires ma√ģtres du pays; mais les arm√©es turco-russes entr√®rent de nouveau en Valachie (1849), et les deux puissances s'accord√®rent, par le trait√© de Balta-Liman, √† r√©installer le r√®gne de sept ans √† supprimer les assembl√©es et √† les remplacer par des divans nomm√©s par le prince. Une arm√©e de 25000 √† 30000 hommes devait occuper les principaut√©s jusqu√† leur pacification. Deux commissaires, l'un russe, l'autre turc, devaient assister de leurs conseils les princes dans leur travail d'organisation.

Les nouveaux princes institu√©s en vertu de la convention de Balta-Liman furent Gr√©goire Ghyca en Moldavie (1849-1856) et Barbon Stirbei en Valachie (1845-1856). Les r√©volutionnaires roumains, forc√©s de chercher un asile √† l'√©tranger, gagn√®rent √† leur cause bon nombre d'hommes politiques, dont l'empereur Napol√©on III. Le trait√© de Paris (1856) brisa le protectorat russe, et la convention de Paris du 19 ao√Ľt 1858 enleva √† la Porte le droit de s'immiscer dans les √©lections des hospodars et du divan. C'est alors que les Moldo-Valaques purent r√©aliser le r√™ve de l'unit√© nationale. Le grand √©v√©nement qui suivit la suppression du r√®glement organique et des ing√©rences turques fut l'√©lection d'un seul prince (Alexandre Couza) pour les deux principaut√©s (1859). Deux ans plus tard, Couza proclama l'union des principaut√©s avec une seule Chambre si√©geant √† Bucarest (1861).

Une √®re de r√©formes commen√ßa, dont la plus importante fut l'abolition du servage, au grand m√©contentement des boyards qui √† la faveur de la situation financi√®re et √©conomique, forc√®rent Couza d'abdiquer (1867). Le jour m√™me, la Chambre confia le pouvoir √† un gouvernement provisoire, compos√© de Golesco, Haralambic et Lascar Catargi, et qui, aussit√īt form√©, proposa le tr√īne de la Roumanie au prince de Flandre, fr√®re cadet du roi des Belges. Au refus de celui-ci, les Chambres, √† l'instigation de Napol√©on III, s'adress√®rent au prince Charles de Hohenzollern-Sigmaringen, qui accepta. Lorsque le prince re√ßut le d√©l√©gu√© qui vint lui notifier son √©lection, celui-ci, lui montra une carte des Balkans et des r√©gions danubiennes :

Voyez, dit-il, tous ces pays : Transylvanie, Banat, Bukovine, Bessarabie, peuplés de Roumains. Voilà l'avenir qui vous est confié.
Le souverain s'attacha √† r√©aliser ce programme national, par la diplomatie et par la pr√©paration militaire. Lascar Catargi, chef des conservateurs, pr√©sida son premier minist√®re; mais, r√©fractaire √† toute r√©forme, il dut se retirer et abandonner le pouvoir aux lib√©raux, dont le chef, Jean Bratiano, inaugura l'√®re r√©formatrice par la loi sur la construction des chemins de fer. La guerre russe-turco-roumaine (1877) fut l'√©v√©nement le plus d√©cisif de la Roumanie. Elle perdit la Bessarabie, qu'elle dut r√©troc√©der √† la Russie en √©change des marais de la Dobroudja, mais son ind√©pendance fut reconnue (1878) et, trois ans plus tard, la principaut√© √©tait √©rig√©e en royaume (1881). Par la suite, Charles Ier, continua de pr√©f√©rer confier le gouvernement aux lib√©raux, favorables √† sa politique militaire et √† l'influence allemande. Le minist√®re Bratiano gouverna ainsi jusqu'en 1888; il proclama l'ind√©pendance de l'√Čglise roumaine √† l'√©gard du patriarcat grec de Constantinople. Les conservateurs, sympathiques √† l'influence russe et √† l'influence fran√ßaise, exerc√®rent le pouvoir, sauf une courte interruption de 1889 √† 1906.

La Roumanie n'intervint pas dans la guerre balkanique de 1912 mais, en 1913, elle s'allia aux Serbes et aux Grecs attaqu√©s par les Bulgares. Le trait√© de Bucarest donna √† la Roumanie la forteresse de Silistrie sur le Danube, et une rectification de fronti√®re dans la Dobroudja. Charles Ier mourut en 1914 et le tr√īne passa √† Ferdinand Ier qui, au cours de la Premi√®re Guerre mondiale, rangea son pays dans le camp des Alli√©s en 1916. Le conflit occasionna pour la Roumanie de lourdes pertes humaines et territoriales.

La Roumanie depuis la Première guerre mondiale.
A l'issue du Traité de Saint-Germain (septembre 1919), la Roumanie reçut de l'Autriche-Hongrie l'ancien duché de Bukovine (Bucovine). Avec le Traité de Trianon (juin 1920), elle s'agrandit de la Transylvanie et d'une partie du banat de Tesmevar (Timisoara), puis de la Bessarabie, que lui attribua le traité du 28 octobre 1920, signé par la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon. Le pays doubla ainsi sa superficie et sa population, se trouvant de ce fait confronté à la contestation de ses frontières par ses voisins, et au problème des minorités (à peu près le quart de la population) : Allemands (750 000), Bulgares (près de 400 000), Hongrois (1,5 million), Russes (400 000), Serbes, Ukrainiens (600 000), ainsi que Tsiganes (260 000) et Juifs (plus de 700 000), particulièrement visés par le développement du racisme et de la xénophobie. La Roumanie parvint cependant à organiser une vie démocratique, qui pendant quelques années sembla pouvoir s'installer dans un fonctionnement régulier. Une nouvelle constitution fut adoptée en 1923, qui instaura le suffrage universel masculin. Le Parti paysan et les Libéraux alternèrent à la tête du gouvernement.

La mont√©e de l'extr√™me droite, nationaliste et antis√©mite, allait changer rapidement cette apparente r√©gularit√©. Elle allait b√©n√©ficier des effets d√©vastateurs de la crise √©conomique de 1929, mais d√©j√† aussi de la crise dynastique qui commen√ßa en 1927. Cette ann√©e-l√†, Ferdinand III d√©sh√©rita alors son fils Charles Ier pour donner le tr√īne √† son petit-fils Michel ler, qui n'avait que six ans. Trois ans plus tard, en 1930, Charles le renversa et r√©gna sous le nom de Carol II. Celui-ci accorda sa confiance √† Cornelius Codreanu, le chef d'un mouvement fasciste (les Gardes de fer), puis instaura, en 1937, une dictature personnelle. Le r√©gime ne put plus d√®s lors compter les alliances avec la France et le Royaume-Uni qui lui avaient assur√© une sorte de bouclier international depuis la Grande guerre, et qui d'ailleurs n'eurent plus de sens apr√®s les accords de Munich (1938). Subissant les convoitises de Hitler et de la Staline, li√©s par le pacte germano-sovi√©tique, la Roumanie perdit entre juin et septembre 1940  la Bessarabie, la Bucovine et la Transylvanie. En r√©action, l'arm√©e for√ßa en septembre le roi √† abdiquer en faveur de son fils Michel, dont le r√®gne devait √™tre seulement formel. Le pouvoir passa entre les mains du g√©n√©ral Ion Antonescu, qui, en 1941, rangea la Roumanie aux c√īt√©s de l'Allemagne contre l'URSS, et organisa la d√©portation de Juifs et de Tsiganes en Transnistrie (plus de 250 000 personnes qui seront tu√©es en majorit√©).

En 1944, un coup d'√Čtat renversa la dictature d'Antonescu et rendit le pouvoir au roi Michel, que l'occupation du pays par l'arm√©e sovi√©tique conduisit √† abdiquer peu de temps apr√®s que les communistes aient pris le pouvoir. La Roumanie, plac√©e sous la coupe de l'URSS, adopta alors les institutions de type sovi√©tique. La R√©publique populaire de Roumanie fut proclam√©e le 30 d√©cembre 1947. Jusqu'√† 1949, les pouvoir communiste se consolida par des purges au sein m√™me du Parti, dont le chef, Gheorghe Gheorghiu-Dej, devint premier ministre de la Roumanie en 1952. En 1955, la Roumanie adh√©ra au Pacte de Varsovie, et, en 1965, apr√®s la mort de Gheorghiu-Dej, Nicolae Ceausescu devint le nouvel homme fort du pays. La surexploitation des ressources du pays (bois, or, p√©trole, uranium) par l'URSS avait d√©j√† d√©cid√© son pr√©d√©cesseur √† prendre du champ par rapport √† Moscou, en rapprochant la Roumanie de la Chine. Ceaucescu poursuivit cette politique.  On retrouvera encore cette volont√© d'autonomie avec la d√©nonciation, en 1968, de l'invasion de la Tch√©coslovaquie par  les troupes du Pacte de Varsovie. Le r√©gime de Ceaucescu, s'appuyant sur sa police secr√®te, la Securitate, n'en restait pas moins hautement r√©pressif, et tout entier construit autour du culte de la personnalit√© du pr√©sident roumain, qui se faisait appeler en toute simplicit√© "le g√©nie des Carpates".

En d√©cembre 1989, un coup d'√Čtat renversa Ceaucescu. Apr√®s une parodie de proc√®s transform√© en macabre mise en sc√®ne t√©l√©vis√©e, le dictateur et son √©pouse Elena furent ex√©cut√©s le jour de No√ęl. Un front de salut national, dirig√© par Ion Iliescu ( un ancien dauphin d√©sign√© de Ceaucescu tomb√© en disgr√Ęce), fut √©tabli. Le multipartisme et une certaine d√©mocratisation eurent lieu. Mais le pouvoir r√©el ne changea pas v√©ritablement de main lors des √©lections qui se tinrent l'ann√©e suivante. Iliescu devint pr√©sident du pays en 1990. Des r√©formes furent engag√©es, mais l'√©volution vers l'√©conomie de march√©, qui se voulait progressive, se heurta  √† une s√©rieuse crise √©conomique (√† l'origine de mouvements sociaux importants) et √† la g√©n√©ralisation de la corruption. En 1996, les √©lections port√®rent au gouvernement une coalition de lib√©raux, sociaux-d√©mocrates et d√©mocrates chr√©tiens. Emil Constantinescu fut √©lu pr√©sident et Victor Ciorbea, puis, en 1998, Radu Vasile, et, l'ann√©e suivante, Mugur Isarescu, devinrent ses premier ministres. Iliescu fut de nouveau √©lu pr√©sident en 2000. Sous ce nouveau mandat, la Roumanie normalisa ses relations avec la Russie et surtout se rapprocha de l'Ouest : d√©marches en vue de l'adh√©sion √† l'Union europ√©enne, adh√©sion en 2004 √† l'Otan. A la fin de la m√™me ann√©e, une coalition centriste remporta les √©lections et Traian Basescu fut √©lu pr√©sident. Son mandat a √©t√© notamment marqu√© par l'autorisation donn√©e aux √Čtats-Unis d'utiliser les installations militaires roumaines (d√©cembre 2005) t par l'acc√©l√©ration des r√©formes en vue de l'entr√©e de la Roumanie dans l'Union europ√©enne. Cette adh√©sion a pris effet, en m√™me temps que celle de la Bulgarie, le 1er janvier 2007. 

Cette adh√©sion a entra√ģn√© des r√©formes √©conomiques et institutionnelles pour aligner le pays sur les normes europ√©ennes. Elle a aussi ouvert de nouvelles opportunit√©s √©conomiques pour la Roumanie, notamment l'acc√®s aux fonds europ√©ens pour le d√©veloppement. L'√©conomie roumaine a connu une croissance significative, bien que la crise financi√®re mondiale de 2008 ait eu un impact n√©gatif. Depuis, le pays a continu√© √† se d√©velopper, b√©n√©ficiant d'une augmentation des investissements √©trangers et d'une croissance soutenue du PIB.

La Roumanie a aussi traversé plusieurs périodes d'instabilité politique, avec de fréquents changements de gouvernement et des conflits entre les branches exécutive et législative du gouvernement. Des accusations de corruption et des manifestations publiques ont été récurrentes, avec des mouvements significatifs contre la corruption en 2017 et 2018. La lutte contre la corruption est aujourd'hui devenue un thème central de la politique roumaine. La Direction nationale anticorruption (DNA) a mené des enquêtes et poursuivi de nombreux hauts responsables politiques, parmi lesquels des anciens premiers ministres et ministres, ce qui a renforcé les institutions judiciaires et l'état de droit.

La soci√©t√© roumaine a √©volu√©, avec des am√©liorations dans les infrastructures, l'√©ducation et la sant√©, bien que des d√©fis subsistent, notamment les disparit√©s r√©gionales et la pauvret√©. La diaspora roumaine, qui compte plusieurs millions de personnes, joue √©galement un r√īle important dans le d√©veloppement √©conomique gr√Ęce aux envois de fonds.

La Roumanie a renforc√© ses relations internationales, en particulier avec l'UE et l'OTAN. Le pays a contribu√© aux missions de maintien de la paix et a √©t√© un acteur important dans la r√©gion des Balkans et de la mer Noire. La relation avec les √Čtats-Unis a √©galement √©t√© un pilier de la politique √©trang√®re roumaine, notamment en mati√®re de d√©fense et de s√©curit√©.

Les élections parlementaires de 2020 ont marqué un tournant avec l'émergence de nouveaux partis et une coalition gouvernementale centriste. Les débats politiques continuent de se concentrer sur la réforme judiciaire, la lutte contre la corruption et les réformes économiques nécessaires pour une croissance durable.



Trajan Sandu, Histoire de la Roumanie, Perrin, 2008. - L'auteur retrace la longue marche d'un pays vers son unit√© nationale ainsi que son int√©gration au sein de l'espace europ√©en. Il renouvelle l'historiographie roumaine classique qui a toujours eu tendance √† faire remonter dans un pass√© lointain et mythifi√© la naissance d'une nation qui n'existe en fait que depuis un peu plus d'un si√®cle. Il √©corne au passage l'id√©e commun√©ment partag√©e par les deux pays selon laquelle la Roumanie latine a toujours √©t√© une fid√®le alli√©e de la France. La p√©riode post-1989 est l'objet d'un traitement approfondi, l'√©clairage √©tant port√© sur la place de la Roumanie au sein de l'Europe. 
.


[Histoire politique][Biographies][CartothŤque]
[Aide][Recherche sur Internet]

¬© Serge Jodra, 2006. - Reproduction interdite.