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Jusqu'en
1661
Le siècle s'inaugure
par de la petite politique et la poursuite des confrontations religieuses
entre protestants
et catholiques ,
entre protestants et protestants et entre catholiques et catholiques, etc..
Les jésuites
sont chassés d'Italie. Les Provinces-Unies arrachent à l'Espagne une
trêve de douze ans, qui est comme une reconnaissance implicite de leur
indépendance, Henri IV
aspire à un rôle encore plus grand en Europe : il veut fonder la paix
perpétuelle en abaissant la maison d'Autriche. Le coup de poignard que
lui porte Ravaillac
est la vengeance des ligueurs; la France retombe sous une régente italienne,
à côté d'un roi enfant, presque dans la même condition qu'après la
mort de Henri II.
En Espagne Philippe
III porte le titre de roi, le duc de Lerme gouverne; le faste de la
cour contraste avec la misère du peuple et la dépopulation des provinces,
surtout depuis l'expulsion définitive des Maures. La branche allemande
d'Autriche est sur le point d'être séparée en deux par l'ambition de
Mathias, qui s'irrite du long règne de son frère, l'impuissant Rodolphe
II; les états héréditaires sont ouverts, par les révoltes de la Hongrie
et de la Transylvanie ,
à l'invasion ottomane. La Suède protestante
rejette son roi légitime qui prétend rester catholique, et qui, a ce
titre, avait été appelé à la couronne de Pologne. Le Danemark est plus
heureux et plus sage sous Christian IV, qui
n'a passé encore que douze années d'un règne de soixante ans; des établissements
littéraires et des essais de colonisation aux Indes orientales donnent
a ce peuple la prospérité et la civilisation. Les Polonais; les Suédois
et les Danois ravagent à plaisir les provinces russes qui, depuis 1598,
subissent tout imposteur qui veut se donner pour héritier du trône, Michel
Romanov commence enfin une nouvelle dynastie nationale : c'est celle qui
régnera jusqu'à la révolution soviétique.
Aux frontières de
l'Europe, L'empire ottoman, qui profite
de la faiblesse militaire et des divisions intestines de l'Autriche, a
un plus redoutable voisin à l'est dans le shah de Perse ,
Abbas
le Grand, qui avait refoulé les Mongols
: Abbas est cruel, comme tant de princes illustres de l'Orient ( Le
déclin de l'empire ottoman).
L'attention du monde,
après la mort d'Élisabeth et de Henri
IV, se détourne de la France et de l'Angleterre pour se porter sur
l'Allemagne. Jacques IerStuart,
zélé anglican quoique fils de Marie
Stuart, compromet la paix religieuse en Écosse
comme en Angleterre, par son goût pour les controverses; catholiques et
puritains s'enhardissent contre un prince qui aime à formuler le droit
divin des rois et qui laisse cependant le parlement
attaquer la prérogative royale qui avait été sacrée sous les Tudors
: les griefs de la nation sont légitimés par les intrigues et les folies
du favori Buckingham, qui est cause d'une rupture avec l'Espagne. La défense
du parti protestant
sur le continent, une des gloires d'Élisabeth, est abandonnée par son
successeur.
La France s'éloigne
aussi des voies que lui a tracées Henri IV;
au milieu des nouveaux orages civils que soulève l'administration faible
et détestée du Florentin Concini, une infante
d'Espagne est demandée pour le jeune roi. Les États généraux de 1614,
les derniers jusqu'en 1789,
discutent toutes les questions qui touchent au pouvoir des rois, aux prétentions
du saint-siège sur les couronnes, aux privilèges et aux intérêts de
l'église nationale, aux besoins du tiers état; la justice, les finances,
le commerce, sont
l'objet de beaux plans de réforme, qu'on était impuissant alors à accomplir
: le bon sens pratique; une éloquence solide et nerveuse distinguent le
prévôt des marchands, Miron, qui tient tête aux orateurs de la noblesse
et du clergé.
De Luynes, le favori personnel de Louis XIII,
ne vaut pas mieux que le favori de Marie
de Médicis, qui tombe elle-même du pouvoir
et ne saura pas le reconquérir par des révoltes : le nouveau ministre
ne peut assouvir les ambitions féodales; connétable,
il portera mal l'épée de la royauté catholique contre les Huguenots.
Après une sorte d'interrègne, le gouvernement de la France passe enfin
aux mains de l'évêque de Luçon, qui ne sera pas longtemps reconnaissant
envers Marie de Médicis; à dater de 1624,
Richelieu
devient le maître du roi et du royaume. En Espagne aussi un nouveau ministre
entre au pouvoir : le comte d'Olivarès
est contemporain de Richelieu. On remarque à peine que l'indolent Philippe
III vient de mourir pour faire place à son fils; Philippe
IV a le mérite d'avoir choisi Olivarès.
L'intérêt, qui
s'attachait à la Hollande quand on doutait encore du succès de sa résistance
au gouvernement de l'Espagne, n'est pas entretenu par les querelles sanglantes
des arminiens et des gomaristes : sous prétexte d'hérésie, Maurice,
qui de stathouder veut se faire prince souverain, livre à la mort le grand
pensionnaire Barnevelt; ce vertueux citoyen, à qui l'on devait la trêve
et la liberté, n'aurait pas supporté un usurpateur. Même après cette
inique vengeance, Maurice n'ose pas dévoiler son ambition, et, quand il
meurt, son frère n'est comme lui que stathouder : la guerre a cependant
recommencé avec l'Espagne.
Ce n'est plus la
branche espagnole de la maison de Habsbourg
mais la branche autrichienne qui va avoir à défendre le principe catholique
contre les protestants
: du reste la guerre de Trente ans ne sera pas exclusivement une lutte
religieuse. Le désir de l'affranchissement politique arme les Bohémiens
et les Hongrois, sur lesquels veulent régner l'électeur palatin et le
prince de Transylvanie ,
le désir de conquête les rois de Danemark et de Suède; et ce n'est pas
pour ruiner la religion catholique, mais pour affaiblir une maison rivale
de la France, que le cardinal de Richelieu fait la guerre aux Autrichiens
dans l'empire, en Italie, en Alsace; aux Espagnols dans Les Pays-Bas, dans
le Roussillon
et sur les mers. Frédéric V, comte palatin, Christian de Danemark, Gustave-Adolphe
de Suède, la France avec Richelieu et Mazarin,
sont tour à tour les héros de ce grand drame : il se compose comme de
quatre drames distincts, qui ne se ressemblent ni par les motifs de la
guerre, ni par le théâtre des hostilités, ni par les résultats des
luttes partielles. Le Bavarois Tilly, le Bohémien Waldstein, sont les
généraux de Ferdinand II; le second mérita d'être assassiné par l'ordre
d'un prince faible qui craignait son ambition, comme le chef des ligueurs
par Henri III.
Ces quatre guerres
séparées n'ont un dénouement commun que six ans après la mort de Richelieu
: les succès militaires de Condé et de Turenne,
ceux des généraux suédois Banner, Torstenson, Wrangel, font conclure
la paix de Westphalie, qui règle les droits des puissances européennes,
détermine ceux des membres du corps germanique, et garantit aux protestants
d'Allemagne, calvinistes et luthériens, la liberté de leur culte. Malgré
les protestations d'Innocent X, qui voit les
riches domaines épiscopaux de l'Allemagne abandonnés comme indemnité
de guerre à des princes ennemis de l'Église, ce traité de 1648
devient l'une des bases du droit public de l'Europe. La science de la diplomatie
date de cette époque.
Gravure
symbolique composée à l'occasion du de la signature du Traité de Westphalie
pour célébrer la réconciliation des peuples, réunis - partie supérieure
- dans un festin et - partie inférieure - dans une contredanse. Chaque
couple, dont le nom est gravé au-dessus ou au dessous de lui, représente
un des belligérants. (Gravure anonyme). |
Le traité de Westphalie
reconnaît solennellement l'existence indépendante de la confédération
helvétique, fait accompli au moins depuis un siècle et demi; et celle
des Provinces-Unies, dont le territoire a été non seulement affranchi
pendant une nouvelle guerre de vingt-sept ans, mais s'est étendu par des
conquêtes : Maëstricht, le Brabant septentrional et les bouches de l'Escaut
sont aux Hollandais; avec leurs flottes, ils dépouillent aux Indes orientales,
au Brésil, et sur les côtes d'Afrique, les Portugais
qui sont encore, jusqu'en 1640,
les sujets de l'Espagne.
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Les outre-mers
Dès
les premières années de ce siècle, les Hollandais, les Anglais et les
Français paraissent dans les mers nouvelles. De 1607 à 1616,
les Anglais Hudson et Baffin
découvrent au nord-ouest de l'Amérique les deux grandes baies qui portent
leurs noms des Hollandais Lemaire et Schouten
traversent, près du détroit de Magellan ,
le long de la Terre de Feu ,
le détroit qui a reçu le nom du premier, et doublent le cap qui prit
le nom de Horn, emprunté à la patrie du second. Une vaste région apparaît
au sud de l'Asie, elle est appelée Nouvelle-Hollande (Australie) c'est
la portion la plus considérable du monde océanique.
Les
Hollandais vont surtout chercher les épices
dans les Indes orientales; leurs colonies ne sont que des comptoirs de
commerce.
Les terres de l'Amérique du nord ,
entre la Floride espagnole et le Canada ,
où s'étaient montrés les Français pour le commerce des pelleteries
et l'exploitation de, la pêche, servent de refuge à toutes les sectes
religieuses successivement persécutées en Angleterre : la foi et la liberté
animent ces populations nouvelles que le travail des grandes plantations
ou le commerce maritime élèveront à la richesse.
Elles
restent unies à la métropole, mais subissent peu les effets des révolutions
du continent. Les plus importantes des treize colonies, berceau primitif
de la grande nation américaine, sont fondées et constituent autant de
petites républiques indépendantes; la Caroline et la Pennsylvanie appartiennent
à la seconde partie du siècle. |
La révolution de
1640
place sur le trône de Portugal
Jean de Bragance, que le comte-duc d'Olivarès
combat vainement, rnême avec le concours des armes spirituelles de Rome.
Richelieu soutient les Portugais et les Catalans révoltés. Il conduit
Louis
XIII à la conquête du Roussillon .
Dans les Deux-Siciles ,
la sédition de Masaniello à Naples ;
la tentative du duc de Guise, issu des princes d'Anjou ,
que le pape a invité à soutenir ses droits sur ce royaume; des conspirations
à Palerme attestent la décadence de la puissance espagnole. Olivarès
a livré le fardeau des affaires, dans des circonstances bien critiques,
à son neveu don Luis de Haro, qui cependant a une administration plus
facile et plus paisible que l'Italien Mazarin,
successeur du triomphant Richelieu.
Un complot tramé
contre Richelieu au début de son ministère lui a fourni l'occasion de
réprimer les manoeuvres des grands, d'intimider Gaston d'Orléans,
frère du roi, de supprimer les dignités de connétable et de grand amiral,
qui étaient sans profit pour la nation. Vainqueur des protestants
de la Rochelle après un siège mémorable, il a eu la sagesse de conserver
aux réformés le libre exercice de leur religion. La noblesse fut épouvantée
par les supplices de Marillac et de Montmorency; Louis XIII ne put sauver
de la disgrâce ni sa mère, ni sa femme. Les seigneurs qui entreprennent
encore la guerre civile avec le pusillanime Gaston d'Orléans laissent
condamner à mort Cinq-Mars, le favori de Louis XIII , qui allait vendre
la France à l'Espagne. Ce ministre, inflexible, qui jusqu'au jour de la
mort dans son Palais-Cardinal disait n'avoir eu d'autres ennemis que ceux
de l'État, imposa le même niveau à tous; il courba devant lui les parlements,
il se rendit plus odieux encore en ne remettant qu'Ã des commissions extraordinaires
le soin de ses vengeances politiques. Sa mort permet à la France de respirer
plus à l'aise.
L'italien Mazarin,
ministre de .la reine mère Anne d'Autriche,
pendant que
Louis
XIV n'est qu'un enfant, paraît faible parce qu'il n'opprime pas violemment.
Les grands et le parlement ligués forment la faction mutine de la Fronde
qui, dans ses mouvements capricieux, semble n'avoir qu'un but bien constant,
c'est d'éloigner Mazarin des affaires. Gaston d'Orléans ne sait trop
a quel parti s'arrêter; Turenne et Condé sont quelquefois réunis, plus
souvent opposés, pour ou contre la cour; la galanterie ajoute à la frivolité
d'une guerre déjà ridicule dans son principe : le coadjuteur de l'archevêque
de Paris, qui devient le cardinal
de Retz, dénie fait pour les temps de troubles,
heureusement n'engage pas avec lui l'honneur de l'Église. Mazarin
s'enfuit, revient, se retire encore; il lasse enfin la Fronde, et, lorsqu'il
rentre pour rester le maître jusqu'à sa mort, il s'interdit toute vengeance
et gouverne nonchalamment un peuple frivole. La dernière tentative
de la féodalité
a avorté, et le parlement ne s'occupera plus que des affaires de la justice;
il est réduit au silence jusqu'à la fin du long règne de Louis XIV.
La guerre, continuée
avec l'Espagne depuis 1648,
était prolongée par les troubles civils qui vont opposer Turenne, chef
de l'armée française, à Condé, général des troupes espagnoles dans
les Pays-Bas. Le traité des Pyrénées, dernière oeuvre de Mazarin ,
assure la conservation des conquêtes faites sous Richelieu rend Condé
à la France et marie Louis XIV à l'infante Marie-Thérèse. Louis XIV,
à vingt-deux ans, se fait le successeur de son ministre, à partir de
1661
il entend régner par lui-même.
L'agitation parlementaire,
ridicule en France, enfante en Angleterre une révolution. Le parti de
la liberté publique, qui se forme dans la chambre des communes à la fin
du règne de Jacques Ier, résiste à Charles
Ier
et veut dominer. Occupé par des guerres avec la France, avec l'Espagne,
avec les Écossais révoltés, Charles Ier
est encore plus menacé par la lutte qui se déclare entre lui et les communes.
Il offense les parlements, il les casse, il les ménage. Irritée de ses
hauteurs, encouragée par sa faiblesse, la chambre des communes obtient
de lui la condamnation de Strafford, serviteur fidèle qu'il ne devait
pas abandonner; elle s'empare du pouvoir exécutif et lève une armée
: des manifestes proclament la guerre civile, elle éclate quand le roi
a quitté Londres. De nouvelles sectes religieuses
et politiques se sont formées, celles des Épiscopaux et des Presbytériens,
celle des Puritains, celle des Indépendants celle des Niveleurs;
Oliver
Cromwell est à la tête des indépendants qui ne veulent pas seulement,
comme une partie des presbytériens, des libertés constitutionnelles,
mais affichent déjà une ardeur hypocrite pour la démocratie
: et ce sont ces révolutionnaires qui laisseront prendre ou qui offriront
la dictature à Cromwell.
Les généraux du
parlement, Fairfax et Cromwell, remportent des avantages décisifs sur
le roi, qui se livre aux Écossais, comptant sur leur attachement traditionnel
à la maison des Stuarts, et est vendu par eux
à ses, ennemis. Cromwell, qui règne en maître dans l'armée, intimide
la partie encore saine du parlement; il fait juger et condamner à , mort
le roi son prisonnier : quelques commissaires, qui ne représentent pas
tout, le peuple, se chargent des fonctions de régicides. Cet épouvantable
arrêt, l'étrange apologie qu'en publia Milton,
les discours de Cromwell et tous les détails de ces horribles scènes
portent l'empreinte du plus cruel fanatisme. On se battait avec fureur
pour des intérêts de sectes religieuses : enveloppé dans les ténèbres
des opinions théologiques et mystiques, le sentiment de la liberté se
montrait à peine et ne s'éclairait encore d'aucune idée d'équité publique,
et d'aucune notion de sûreté personnelle. L'ambitieux Cromwell,
après avoir fait proclamer la république,
s'empresse de dissoudre le long parlement, qui ne consistait plus que dans
la chambre des communes. La répression sanguinaire de la résistance catholique
en Irlande, et du parti de l'indépendance et de la royauté en Écosse,
lui donne un titre à l'autorité souveraine.
Le protecteur sait
du moins rendre puissante la prétendue république anglaise; il obtient
pour elle et pour lui-même les hommages de la Hollande, de la Suède et
de la France; Mazarin le courtise et brigue son alliance. Mais à la mort
de Cromwell, son fils Richard trouve trop
pesant le fardeau des affaires. Le parti républicain ne peut se soutenir
avec les débris du long parlement, qui est flétri du nom de rump ou croupion
: la défection du général Monk
rétablit presque sans coup férir la royauté. Au nom du roi Charles
II Stuart, on condamne à mort les juges de Charles
Ier,
on dissout l'armée, on relève l'épiscopat; les pouvoirs publics sont
replacés dans la condition où ils étaient avant la révolution.
Le nom de république
qui n'a jamais convenu au gouvernement de l'Angleterre, même avant le
protectorat d'Oliver Cromwell, est porté
glorieusement par les Hollandais. La rivalité commerciale
a armé contre eux la Grande-Bretagne. Ils abolissent le stathoudérat
et se confient au patriotisme des deux frères de Wit chargés des fonctions
de grand pensionnaire et d'amiral.
La Suède et le Danemark,
que la guerre de Trente ans a associés aux grands mouvements de la politique
européenne, enfantent encore l'une un héros, l'autre un prince réformateur.
La fille de Gustave-Adolphe, Christine, pendant que ses armées continuaient
glorieusement la guerre de Trente ans, au sein de ses États paisibles,
encourageait et cultivait les sciences : Grotius
et Descartes ornaient sa cour. Le goût de
la philosophie et des lettres, peut-être
aussi celui des aventures, lui inspire le dessein d'abdiquer. Son cousin,
Charles-Gustave, à qui elle laisse le trône, ne règne que six ans, mais
il remue tout le nord par sa passion désordonnée des conquêtes : les
Russes, les Polonais, les Danois subissent ses menaces ou ses atteintes,
mais de pareils exploits épuisent l'État, et son fils Charles
XI, monarque plus habile, doit souscrire trois traités qui rendent
au moins le repos à la Suède. Le roi de Danemark, délivré de l'invasion
suédoise, met à profit l'antipathie de la bourgeoisie contre la noblesse
et le clergé, et, du même coup, rend le pouvoir royal absolu et héréditaire.
La Pologne s'affaiblit de plus en plus, Ã cause du pouvoir exorbitant
de la noblesse qui multiplie les entraves autour du trône électif, quoique
depuis 1587
elle soit fidèle à une même famille de rois, d'origine suédoise. Jean-Casimir,
le dernier roi de cette famille, ci-devant jésuite et cardinal, est pressé
par les Cosaques et par les Russes; la mort
de Charles-Gustave lui épargne une nouvelle invasion. Ces Cosaques sont
redoutables aussi à l'empire ottoman;
les guerres des Turcs sont fréquentes
contre eux, contre les Persans et contre les Vénitiens, qui ne doivent
pas conserver longtemps leurs possessions de l'île de Crète .
Les sultans ont moins de pouvoir que leurs vizirs : depuis le commencement
du siècle, les intrigues du sérail, les révoltes des janissaires
exposent les maîtres d'Istanbul Ã
la réclusion perpétuelle dans le château
des Sept-Tours, et même au fatal cordon.
La paix règne Ã
peu près partout dans le monde; les idées du droit divin et du pouvoir
absolu des rois sont comme une doctrine admise par plusieurs peuples de
L'Europe, lorsque paraît Louis XIV, qui qui
saura si bien masquer, par les armes et par les beaux-arts, la rudesse
de son le despotisme.
De
1661 à la fin du siècle
Louis
XIV gouverne. Pendant cinquante-quatre ans, l'Europe subira l'influence
de sa volonté, de son ambition, de ses succès, ou de ses fautes, punies
par de cruels revers. Ministres, généraux, hommes distingués en tout
genre, forment comme un cortège au roi qui sait choisir les instruments
de sa gloire. L'établissement monarchique de Louis XIV peut être défini
une royauté absolue et dispendieuse, sévère pour le peuple, hostile
envers l'étranger, appuyée sur l'armée, sur la police et sur l'orgueil
et la vanité d'un roi, seulement tempérés cependant par le besoin de
ménager pour la guerre et pour l'impôt le nombre et la fortune des sujets.
Il commence par disgracier
et livrer aux juges le surintendant Fouquet qui doit à ses malversations
une magnificence plus que royale. Colbert devient
contrôleur général des finances, et bientôt administrateur de la marine,
du commerce, des
bâtiments, et, à ce titre, des beaux-arts et des lettres : son ministère
est la plus belle partie du règne de Louis XIV. Grâce à lui, la France
accroît ses colonies aux Indes orientales et occidentales, et sur
les côtes d'Afrique. Louvois,
ministre de la guerre, est moins important parce qu'il est dominé par
le roi. La jeunesse du prince ne suffit pas à expliquer la conduite arrogante
qu'il tient à l'égard de la cour de Rome, pour l'insulte faite au duc
de Créqui, son ambassadeur; entiché de sa qualité
de roi, il fit plus d'une fois plier devant lui même le Pape. Le gouvernement
acquiert Dunkerque du roi Charles II
qui vend la conquête de Cromwell; entreprend
le canal du Languedoc ;
crée une marine qu'on oppose aux pirates d'Afrique, qu'on utilise pour
le commerce des colonies; publie de nouveaux codes, et améliore toutes
les administrations, sans oublier celle de la justice.
Vauban
fortifie les frontières. Des manufactures naissent dans les provinces.
La capitale s'embellit; la police sait en rendre le séjour plus sûr et
plus salubre; l'hôtel des Invalides
s'élève; la colonnade dessinée par Perrault
complète le Louvre. Versailles
devient digne du roi qui l'habitera : Mansart
construit la façade du palais qui regarde le parc et les jardins dessinés
par Le Nôtre; des eaux amenées de Marly ,
un nombre infini de statues de marbre et de bronze, réunissent les merveilles
de la nature et de l'art. Ch. Lebrun préside à la décoration des maisons
royales; il inspire même les statuaires, les Anguier,
Pierre Puget, Francis Girardon, Antoine
Coysevox, Nicolas Coustou, et les célèbres
fondeurs, les frères Keller. Le Napolitain L. Bernini,
dit le cavalier Bernin, exerça une moins heureuse influence.
La guerre n'amène
longtemps que des succès. Les Français contribuent à la victoire de
Saint-Gothard, gagnée par les Allemands sur les Ottomans;
il ne tient pas à eux que la Crète ,
la précieuse colonie de Venise ne soit sauvée
des coups de la Porte. A la mort de Philippe
IV, qui ne laisse qu'un roi enfant, Charles
II, l'Espagne continue une guerre malheureuse avec les Portugais ;
Louis
XIV prend la Flandre : Condé, Turenne,
Louvois
ont préparé la gloire du roi. Il ne craint pas d'envahir la Hollande,
qui a prouvé sa force sur les mers dans une guerre récente avec les Anglais,
mais que les frères de Witt, préoccupés surtout de la marine et du commerce,
n'ont pas mise en état de se défendre sur terre. La république menacée
de périr se sauve en inondant ses foyers; les deux frères de Witt, massacrés
malgré leur attachement sincère à la liberté publique, font place au
jeune Guillaume d'Orange, de la maison des stathouders, dont il reprend
le titre : la délivrance du pays justifie son ambition; il réunit l'Europe
contre Louis XIV. Les terres d'empire, surtout le Palatinat, la Franche-Comté
espagnole et les Pays-Bas, payent pour la Hollande. Une partie de la Sicile,
agitée par des factions, se donne au roi de France; l'Espagne a recours
aux Hollandais, dont la flotte commandée par Ruyter se mesure avec celle
de Duquesne dans les parages mêmes de la Sicile.
La guerre s'étend à l'électeur de Brandebourg ,
duc de Prusse ,
qui a des domaines près du Rhin; et, par contre-coup, à la Suède, notre
alliée qui peut menacer les possessions de l'électeur sur la Baltique.
C'est Louis XIV, malgré la mort de Turenne, et la retraite de Condé,
qui dicte à l'Europe les conditions de la paix de Nimègue, désastreuse
surtout pour l'Espagne, honorable pour la Hollande qui reste intacte.
Lorsque le titre
de Grand lui est solennellement décerné à l'hôtel de ville
(1680),
il cesse déjà de le mériter : la France est au point culminant de la
gloire, le despotisme de Louis XIV ne pourra
que la faire décliner. La contagion de l'absolutisme se fait sentir de
bien loin, chez les Suédois, alliés des Français : il semble que Charles
XI ait cherché à égaler Louis XIV, lorsqu'en 1680,
il a étendu l'autorité royale bien au delà des limites qui l'avaient
jusqu'alors resserrée.
Conquêtes injustes
en pleine paix, qui nous donnent près du Rhin l'importante place de Strasbourg,
jusqu'alors ville impériale; ardent débat au sujet de la régale avec
le pape Innocent XI, qui provoque en 1682
la fameuse déclaration de l'Église gallicane rédigée en quatre articles
par le clergé assemblé et défendue par Bossuet;
c'est par de tels faits que s'annonce la seconde partie du gouvernement
de Louis XIV. La mort de Colbert le laisse entre
les mains du chancelier Le Tellier, de Louvois, fils de ce chancelier et
ministre de la guerre, du jésuite
Lachaise, de Mme de Maintenon, toute-puissante
surtout après la mort de la reine Marie-Thérèse : Louis XIV, qui n'a
encore que quarante-cinq ans, cherche dans cette nouvelle affection, profonde
et sérieuse, le bonheur de la vie privée.
Le bombardement d'Alger,
le bombardement de Gênes, la condition humiliante faite au doge de venir
implorer la clémence du roi de France dans soit palais de Versailles,
dépassent les droits ordinaires de la guerre. Le roi de France était
moins généreux que le héros de la Pologne, le roi Jean Sobieski : quoiqu'il
eût à se plaindre de la maison d'Autriche, Sobieski délivrait Vienne
que les Turcs assiégeaient en 1683 ( le
déclin de l'Empire Ottoman); malgré l'ingratitude de ses concitoyens,
il a été chez eux le fidèle et le dernier garant de la liberté, de
l'ordre, et de la prospérité publique. La révocation de l'édit
de Nantes, contraire à la justice et à l'humanité,
en obligeant les protestants
par cent mille à sortir du royaume, est contraire aussi à la saine politique.
Les puissances protestantes, surtout la Hollande et la Prusse ,
profitent de ces fautes. Le saint-siège ne lui sait pas gré de tant de
rigueur parce qu'il soutient trop insolemment le droit de franchise, dont
jouissait son ambassadeur à Rome. Pour arrêter Louis
XIV dans ses prétentions de despotisme européen, le stathouder Guillaume
d'Orange commence à former la nouvelle ligue d'Augsbourg ;
de part et d'autre, on s'apprête. Le stathouder double ses forces en devenant
roi d'Angleterre.
La révolution qui
a coûté la vie à Charles ler
avait été un enseignement perdu pour les Stuarts;
ils n'avaient pas compris que le pays lui leur rendait la royauté voulait
des institutions libérales, la tolérance religieuse pour tous les cultes,
excepté pour le papisme ainsi qu'on appelait le catholicisme en Angleterre,
et au dehors une politique vraiment nationale qui assurât la prospérité
de la Grande-Bretagne. Les fils de Charles Ier ne
négligèrent pas la marine qui d'ailleurs se développait d'elle-même
et qui donna à l'Angleterre de nouvelles colonies importantes aux Indes
orientales, aux Indes occidentales et en Afrique. Mais Londreséprouve
en deux ans les horreurs des deux plus terribles fléaux, la peste et l'incendie.
La disgrâce du chancelier Clarendon inaugure de nouveaux malheurs, dont
le roi est responsable. Le parlement s'en prend aux catholiques, aux jésuites,
même au duc d'York, frère du roi. Du sein de la lutte parlementaire,
sort une loi, célèbre sous le nom d'Habeas
Corpus, qui garantit la liberté individuelle.
Les deux partis de
la cour et de la patrie se distinguent par les noms de torys
et de whigs : les tories dominent; une conspiration est étouffée
dans le sang de Russel, et du philosophe Sidney. Le duc d'York, que plusieurs
parlements ont déclaré inhabile à régner, succède alors sans opposition
à Charles II : Jacques Il n'épargne pas le supplice des traîtres au
fils naturel de Charles Il qui essaye de le détrôner; se croyant fort
des actes de cruauté ordonnés par l'horrible chef de la justice, Jeffreys,
il s'avoue franchement catholique, s'entoure de moines, et méprise la
colère du peuple. Son gendre Guillaume d'Orange n'a qu'à se montrer avec
une armée : Jacques II n'essaye pas de combattre; il fuit de Londres.
Le trône, d'abord déclaré vacant, est donné à la famille du stathouder,
après qu'on a déterminé les droits des citoyens et les pouvoirs de leurs
représentants, raffermi les garanties publiques et assuré la prérogative
royale en la circonscrivant par la déclaration des droits
de 1688.
L'Angleterre, et
la Hollande qui continue de laisser des. pouvoirs presque absolus à son
stathouder, maintenant roi de la Grande-Bretagne, l'empire, l'Espagne,
bientôt même le duc de Savoie, et la Suède, ordinairement alliée Ã
la France, sont conjurés contre Louis XIV.
Jacques Il ne sait pas reconquérir sa couronne, quoique l'Écosse et l'Irlande
arment pour lui, et que les flottes de la France combattent au service
des Stuarts : L'incendie du Palatinat, ordonné
une seconde fois par Louvois, est une tache à la mémoire de ce grand
ministre, dont la perte qui arriva alors fut sensible : son, fils Barbezieux
ne valait pas le brillant fils de Colbert, Seignelay,
dont s'honore la marine française. Le maréchal de Luxembourg gagne en
Flandre des victoires sur Guillaume d'Orange en personne; Guillaume ne
se lasse pas de courir de la Flandre en Irlande, de revenir de l'Irlande
sur le continent, pour défendre sa couronne, protéger les Hollandais
ou les Espagnols.
Les Anglais, vainqueurs
sur mer dans la journée de la Hogue, bombardent Dieppe
et plusieurs de nos ports de mer. Malgré les succès de Luxembourg, «
le tapissier de Notre-Dame, » que la France perd vers la fin de la guerre,
malgré les campagnes glorieuses de Catinat en Italie, Louis
XIV sacrifie ce qui a été conquis où confisqué, et signe les articles
de Ryswick qui sont loin de valoir ceux de Nimègue : le prince d'Orange
était reconnu pour roi légitime d'Angleterre. Louis XIV, qui a eu la
sagesse de vouloir la paix, accepte le testament de Charles
II, roi d'Espagne, qui lègue tout son héritage au duc d'Anjou, petit-fils
du roi de France : cette acceptation, contraire aux intérêts de l'Autriche,
et aux engagements que Louis XIV venait de contracter avec l'Angleterre
et la Hollande, entraînera une nouvelle guerre européenne.
La maison d'Autriche
n'a pas pu prendre une part bien active à la lutte contre Louis
XIV, la guerre étant incessante avec les Turcs, et avec la Hongrie
révoltée, contre laquelle l'empereur Léopold exerça de cruelles vengeances.
Le prince Eugène s'illustre sur le Danube; la paix de Carlowitz
humilie et affaiblit la Porte ( le
déclin de l'Empire Ottoman).
La paix, ainsi rétablie
aux deux extrémités du monde en Occident et en Orient, n'était pas encore
gravement troublée au nord. Sur le sol longtemps inculte de la Russie,
apparaît pour la haute figure tsar Pierre
Ier,
énergique initiateur des transformations que connaîtra la Russie
au cours du siècle suivant ( la
Russie au XVIIIe siècle). Il n'a pas supporté longtemps un collègue
impuissant, son frère Ivan; une conseillère ambitieuse,
sa soeur Sophie : Le Génevois Lefort lui apprend à avoir une armée et
une flotte; ses voyages en Hollande et en Angleterre doivent dorer la Russie
à la fois des arts de la guerre et de ceux de la paix; la milice des strélitz;
brisée violemment à , son retour, enseigné à tous qu'il fout obéir,
et trouver bonnes les réformes par lesquelles il veut régénérer la
nation ( l'Empire
de Pierre). Il conspire déjà avec le Danemark et la Pologne, qui
vient de passer à un prince saxon, contre le jeune roi de Suède, le fils
de Charles Xl, dont le génie entreprenant
n'était pas encore dévoilé. Entre les noms de deux grands princes absolus,
Pierre
Ier
et Louis XIV, l'un dans toute la plénitude
de sa force, l'autre touchant à son déclin, se place le roi constitutionnel
de la Grande-Bretagne qui ne survit pas longtemps à l'élévation d'un
prince Bourbon sur le trône espagnol.
La
vie intellectuelle
En Grande-Bretagne,
du temps de Jacques Ier, à la charnière
de la Renaissance et du XVIIe
siècle, Shakespeare
et Bacon composent une grande partie de leurs immortels
ouvrages; mais ce roi n'inspire ni ne seconde leur génie. Bacon, dont
la conduite politique fut tachée par des abus, ose tracer un plan pour
la réédification des connaissances humaines;
l'observation, l'expérience
et la réflexion sont les instruments que nous
offre la nature pour l'étudier elle-même. Bacon
esquisse un tableau provisoire de toutes les sciences,
même de celles qui n'existaient pas encore ( Le
Novum Organum et
La Grande Restauration des sciences ).
Le calcul acquiert alors un instrument qui allait
le rendre plus rapide et plus puissant : Neper
invente les logarithmes, dont il publie
le premier essai en 1614.
La médecine doit à William Harvey la grande
découverte de la circulation du sang qui subit un mouvement continuel
par le coeur, les artères et les veines.
En France, la poésie,
moins riche et moins téméraire qu'en Angleterre, continue à fixer sa
langue : Malherbe est à ce titre un grand poète.
Mais l'Espagne et l'Italie gardaient trop d'influence sur la littérature
française pour qu'elle affirme encore une véritable originalité; et
le cavalier Marin, devait à son Adone les faveurs de Marie
de Médicis. L'hôtel Pisani, Bien plus connu
sous le nom d'hôtel de Rambouillet ,
donne le ton à la conversation du grand monde; c'est une école d'esprit
et de beau langage, tendre et un peu maniéré : la fille d'Artenice, Mlle
de Rambouillet, deviendra la femme de l'austère Montausier. L'Astrée ,
d'Honoré d'Urfé, annonce un nouveau genre de romans, qui depuis a été
trop fécond. Le conseiller de Henri IV,
Olivier
de Serres, a déjà publié son Théâtre d'agriculture; Pierre
de L'Étoile rédige ses journaux; du Perron, d'Ossat, Jeannin, Mornay,
Sully, écrivent des, mémoires historiques; le
véridique et judicieux de Thou achève la rédaction
latine de son corps d'Annales, qui
s'étend de 1543Ã
1607.
La Hollande produit le grand publiciste Grotius,
ami de Barnevelt.
Ou connaît moins
Cluvier (Cluver), né à Dantzig, qui a étudié
la géographie ancienne de la Germanie, de l'Italie et de la Sicile. Le
nom de Kepler, Saxon de Wittemberg, fait époque
dans l'histoire de l'astronomie; il a trouvé
les lois-mathématiques
qui régissent les mouvements des corps célestes ( lois
de Képler) : il meurt dans la misère à Ratisbonne,
où il était venu solliciter auprès de la diète les arrérages d'une
pension mal payée. L'Espagne a encore son historien national, le jésuite
Mariana,
qui a traduit lui-même son texte latin en castillan; les romans
de chevalerie de la littérature espagnole sont tous dépassés par l'admirable
Don Quichotte ,
de Cervantes, qui a laissé en outre des contes
ou nouvelles et des pièces de théâtre.
La fécondité dramatique de Lope de Vega trouvera
un émule dans Calderon de la Barca, qui
perpétuera le genre des mystères, quoique
des sujets profanes soient déjà souvent mis en scène.
La langue italienne
s'honore du poète J.-B. Guarini et du prosateur
Davila,
historien partial des guerres civiles de France. Le Vénitien frà Paolo
Sarpi applique sa critique à l'Église dans son Histoire du concile
de Trente; le jésuite Pallavicini, cardinal,
a repris le même sujet vers le milieu du XVIIe
siècle. Le Pisan Galilée,
né avant Kepler, et qui doit vivre plus vieux
que lui et aussi malheureux, ose développer et confirmer par de nouvelles
expériences
la doctrine de Copernic,
qui parut une hérésie aux inquisiteurs de Rome : on lui doit d'autres
découvertes, desobservations sur la pesanteur
de l'air
et sur la chute
des corps graves; c'est à lui que remonte la physique
moderne. Torricelli, son disciple et Toscan
comme lui, invente le baromètre. L'académie del Cimento, fondée à Florence
en 1657,
se voue au développement des études naturelles.
Descartes
commence une nouvelle ère pour la philosophie
: il recommande à l'humain de douter, c'est-à -dire
de ne croire qu'après examen, de ne pas se laisser imposer par l'autorité,
de ne céder qu'à la lumière de la vérité;
son Discours sur la méthode est le premier grand monument de la
langue philosophique en France. Ses travaux mathématiques
suffiraient à sa gloire; il a perfectionné le calculalgébrique,
appliqué l'algèbre à la géométrie,
l'une et l'autre à la mécanique et à l'optique, toutes à l'astronomie.
Gassendi,
contemporain de Descartes, rajeunit, en l'étayant de preuves nouvelles,
la doctrine bien ancienne qui fait venir des sens
toutes les idées ( Sensualisme).
L'érudition s'enrichit
dans tous les pays : la chronologie doit beaucoup aux travaux du jésuite
français Petau (Petavius), de l'irlandais Usserius
(Usher); la critique historique et littéraire
au Hollandais Meursius, à l'Allemand Gérard-Jean Vossius, aux Français
André
Duchesne et Saumaise. La Hollande, la Suède, l'Angleterre, terres
protestantes ,
se disputent l'honneur de servir d'asile aux philosophes et aux savants
persécutés : cette munificence est la principale gloire de la fille de
Gustave-Adolphe.
Le cardinal Richelieu
avait protégé les lettres, mais quand sa conscience de prêtre et sa
vanité d'auteur n'étaient pas blessées. L'Académie
française lui doit ses statuts : Voiture,
Balzac,
Vaugelas, qui en furent membres, ont leur part
de gloire dans les progrès de la langue française. L'art dramatique moderne
est créé par Pierre Corneille : dès 1636,
il avait fait le Cid ,
un an avant la publication du Discours sur la méthode, et, dans
les années suivantes, s'avançant dans la carrière où il s'est annoncé
par un chef-d'oeuvre, il donne les Horaces,
Cinna,
Polyeucte, la Mort de Pompée, le
Menteur ,
Rodogune,
Héraclius. Après 1661il
ne produit plus rien d'aussi grand. Sertorius
sera suivi d'Othon, d'Agésilas et d'Attila
( les Huns).
La comédie peut
espérer déjà dans Molière, qui s'est fixé
à Paris en 1658;
les Précieuses ridicules sont de 1659.
Racine
et Boileau sont à peu près de l'âge du roi,
et leur illustration commencera en même temps ils vont, avec des titres
différents, marcher ensemble à l'immortalité.
Bossuet
et Bourdaloue sont bien jeunes encore dans la carrière de l'Église. L'affaire
du jansénisme
inspire à Pascal, en 1656, les Provinciales ,
qui ont d'un coup élevé la langue française presque au niveau des anciennes.
Arnaud et Nicole ont fondé à Port-Royal
une école de cartésianisme et de littérature.
Pour sa vie austère,
le grand peintre Lesueur peut être placé à côté de pareils noms. Nicolas
Poussin, son émule, assistera à la naissance
de l'école française de Rome dont il est le plus illustre, chef. Ils
sont devancés de quelques années par les plus célèbres artistes de
la Flandre ,
Rubens,
les deux
Teniers,
et Van Dyck, auxquels la Hollande va opposer
Rembrandt; ils ont pour contemporains les chefs
de l'école de Séville, Zurbaran et Velazquez,
un des maîtres de Murillo.
La seconde moitié
du siècle.
La seconde partie,
du XVIIesiècle,
remplie de tant d'agitations extérieures, est en même temps féconde
en travaux pacifiques, en productions littéraires : oeuvres d'imagination
et de raisonnement, éloquence de la chaire,
histoire,
critique, genre épistolaire, revêtent en France la forme de langage la
plus pure et la plus brillante. Les auteurs de langue française brillent
désoramis de tout leur éclat. Si Pierre Corneille
est presque épuisé quoiqu'il doive vivre encore vingt-trois ans, la littérature
française a encore le théâtre entier de Racine;
après quelques années de pieuse retraite, il ajoute à ses chefs-d'oeuvre,
inspirés surtout par l'antiquité grecque ou latine, Esther et
Athalie,
émules de Polyeucte. Les comédies de Molière
suffiraient à la gloire d'un siècle; elles sont classiques, comme toutes
les grandes compositions du genre humain qui, sans être imitées des anciens,
empruntent à leur beauté naturelle un vernis d'antiquité.
La critique des moeurs
du temps et la critique de l'art recommandent Boileau.
Le théâtre lyrique de Quinault,
qui partagea ses succès avec Lulli,
le musicien du roi, et les ouvrages de La Fontaine
qui n'eut de naïveté dans ses fables
qu'à force d'étude, montraient ce que l'on pouvait encore tirer des vieux
apologues hérités
de l'Antiquité. Un nouvel auteur dramatique, Regnard,
s'annonce par le Joueur, que suivra le Distrait. Les Caractères
de La Bruyère, postérieurs aux Maximes
de La Rochefoucauld, sont placés par Boileau
à côté des Provinciales .
Les romans de Mme de La Favette et les lettres
de Mme de Sévigné, parente de Bussy-Rabutin,
peignent une grande époque, dans laquelle tant de femmes furent célèbres,
Mme de Motteville, Mlle de Montpensier, Mme
de Maintenon; sa grâce et son esprit permettent de citer Ninon
de Lenclos.
Les Mémoires du
cardinal de Retz vivent encore à côté des oeuvres historiques de Bossuet
qu'inspira surtout la religion .
Le Discours sur l'histoire universelle, l'Histoire des variations
du protestantisme ,
la Politique tirée de l'Ecriture sainte, composés pendant l'éducation
du dauphin, furent peut-être écrits à la gloire du peuple juif
précurseur des chrétiens ,
mais sutout pour la défense des dogmes ,
et au profil du pouvoir absolu des rois, ministres de Dieu
sur la terre. Si Bossuet défend la déclaration gallicane, il continue,
en même temps que le savant Arnaud, contre Claude et Jurieu,
la guerre du catholicisme
contre la religion réformée. Il égale Bourdaloue dans le sermon; il
surpasse Fléchier
dans l'oraison funèbre
: la mort du grand Condé lui fournit l'occasion de son dernier triomphe
dans la chaire. Les débuts de Massillon annonçaient moins de vigueur;
mais il a répandu toutes les grâces de la diction sur une morale
douce, sensible et pénétrante. L'esprit de polémique emporta trop loin
l'évêque de Meaux dans sa lutte contre les
Maximes
des saints : Fénelon se soumit humblement
à la condamnation pontificale. Télémaque
vaudra des persécutions d'un autre genre au précepteur du duc de Bourgogne .
La fin du siècle
a produit des ouvrages moins distingués, mais qui ont joui d'une série
de popularité, les travaux demi-historiques et demi-romanesques de Saint-Réal,
les Révolutions de Portugal
et de Suède de Vertot, l'Histoire des Oracles
et les Entretiens sur la Pluralité des Mondes de
Fontenelle. L'Académie française venait
d'achever, en 1694,
son Dictionnaire
commencé en 1635,
et avait pu profiter, pour fixer la langue, des grandes productions du
siècle. Bayle publia en 1697,
à Rotterdam ,
son Dictionnaire historique et critique, savant recueil où une
érudition, riche et profonde, est souvent au service d'une critique acérée.
L'école de Port-Royal
s'était bornée à recueillir les leçons les plus immédiates de Descartes;
elle les appliquait à la grammaire,
à la logique, à la morale,
à la direction des études. Malebranche,
en creusant le cartésianisme, y avait
retrouvé la philosophie de Platon
( Platonisme),
et il y rallia la théologie
des premiers siècles chrétiens : il est le meilleur écrivain de tous
les métaphysiciens modernes, surtout dans
son ouvrage de la Recherche de la vérité; son art, son talent,
son savoir sont dans son enthousiasme.
Plus active que l'académie
des inscriptions, qui n'a presque rien produit jusqu'en 1700,
l'académie des sciences, instituée aussi
par Colbert en 1666,
s'est livrée aussitôt à des travaux utiles. On remarque dans son sein
l'astronome Cassini et le physicien Huygens
qui, par ses calculs, détruisait les tourbillons
et le monde de Descartes, perfectionnait les
horloges et pressentait l'attraction universelle .
L'Académie de Londres, née sous Cromwell,
appelée Société royale par Charles
II, s'occupe surtout de physique et de mathématiques.
Toutes tes connaissances humaines sont cultivées alors en Angleterre :
c'est le temps de l'audacieuse philosophie d'Hobbes,
des méditations politiques et de la proscription de Sidney; des travaux
historiques de Clarendon, des satires de Rochester, courtisan sans honneur,
que les débauches ont enlevé à trente-trois ans; des poésies de Denham
qui se distingua surtout dans le génie descriptif; de Roscommon, habile
traducteur et d'un goût pur; de Waller qui a loué en aussi beaux vers
Charles
Il et Cromwell; des productions dramatiques
d'Otway, d'abord acteur, auquel les Anglais donneront
le premier rang après Shakespeare.
Milton
n'a guère été célèbre de son vivant que comme pamphlétaire et publiciste;
ses premiers essais poétiques avaient plus d'agrément que de force. La
postérité a presque oublié en lui le courageux et persévérant défenseur
des idées de liberté, qui l'ont exalté jusqu'au
fanatisme; sa prose toute brillante d'imaginationet
souvent de saine raison est à peine connue. Le
Paradis
perdu ,
dicté par la poète aveugle à sa femme et à ses deux filles qui partageaient
sa pauvreté et sa solitude, vendu seulement quelques livres sterling,
est une des plus grandes gloires de la littérature anglaise. La poésie
s'est soutenue après lui : Dryden, qui approche de Milton pour le talent,
mérite les reproches de versatilité politique et de vénalité qu'ont
attirés sur eux la plupart des poètes contemporains de Charles
Ier,
de Cromwell, de Charles
Il et de Guillaume d'Orange. Cependant il ne sut pas plaire jusqu'au
bout au maître du jour et mourut dans l'indigence. Guillaume ne pardonna
pas au poète, qui avait débuté par des stances
à la louange de Cromwell, de s'être fait catholique sous Jacques Il.
Addison
commence sa réputation par un poème que paya le roi Guillaume. L'immoralité
plaît dans les livres comme au théâtre.
Locke,
de 1686
à 1690,
analyse l'Entendement humain, recherche les éléments des idées
générales, explique le système entier des
facultés de l'intelligence et des divers
genres de connaissances par la sensation;
il expose les principes constitutionnels de
1688.
Newton
publie, en 1687,
ses Principes mathématiques; il formule la grande loi
de l'univers, la loi de l'attraction universelle .
L'invention du calcul différentiel
est attribuée à la fois à Newton et à Leibniz;
les frères Bernoulli, Jean et Jacques, nés
à Bâle et associés à la fin du siècle à l'académie des sciences
de Paris, ont perfectionné cette nouvelle
analyse.
Les études de Leibniz ont une immense étendue;
il est en métaphysique le fondateur de
l'école allemande; son nom se retrouve dans les listes des théologiens,
des publicistes, des jurisconsultes, des érudits, même des compilateurs
de chroniques et d'antiquités: c'est l'écrivain qui honore le plus la
littérature de langue germanique, quoiqu'il ait aussi écrit en français.
L'Italie
a moins de noms célèbres, excepté pour les sciences exactes et les sciences
naturelles : les résultats des études de plusieurs savants ont été
publiés, en 1667,
par le secrétaire de l'académie florentine del Cimento. Les annales de
Venise
sont continuées, depuis 1613
jusqu'en 1671,
par Nani, qui ne manque pas de lumières politiques. En Espagne, Solis
abandonne sans dommage la poésie et le théâtre pour l'histoire; sa Conquête
du Mexique, partiale pour les conquérants, est écrite avec talent.
La Hollande, patrie littéraire de tous les écrivains persécutés dans
leur pays, sorte de tour de Babel
où s'impriment les ouvrages de toute langue, a alors son penseur original,
l'auteur de la doctrine du panthéisme, Spinoza,
disciple de Descartes, comme l'étaient Malebranche
et Leibniz, qui ne tiraient pas des mêmes principes
les mêmes conséquences...
Au XVIIe
siècle, m'imprimerie cesse d'être une
technique nouvelle, pour se convertir en industrie. L'art typographique
illustre ainsi plusieurs familles de Leyde, de la Haye, d'Utrecht ,
de Rotterdam ,
d'Amsterdam ;
les Elzévirs sont les plus célèbres, ils ont publié diverses collections
classiques. L'Angleterre a la belle imprimerie dont l'archevêque Sheldon
a enrichi l'université d'Oxford; les presses du Louvre
ont donné avant 1700la
collection des historiens byzantins ;
la typographie du Vatican, en revanche, rend
peu de services; les Aldes n'ont pas de successeurs en Italie. (A19).
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Pierre
Goubert, Splendeurs et misères du XVIIe siècle, Fayard,
2005.- C'est Pierre Goubert qui, en 1963, a mis fin
à l'expression voltairienne de « siècle de Louis XIV » : ne sous-entendait-elle
pas, en effet, que ce monarque seul - au demeurant roi de plein exercice
à partir de 1662 seulement - a édifié un monument équivalent à ce
qu'ont fait Périclès à Athènes et Auguste à Rome ? Il s'en faut, pourtant...
Louis XIV et vingt millions de Français a montré une fois pour toutes
qu'au XIIe siècle les misères l'ont plus d'une fois emporté sur les
splendeurs et aussi qu'il est de la plus élémentaire équité d'associer
vingt millions de sujets aux heurs et malheurs du royaume. En 1990, le
même historien a mis en évidence le legs décisif fait à son pays d'accueil
par un étranger, le complexe et fastueux... (couv.). |
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