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L'histoire de l'Afrique
De la Forêt équatoriale à l'Angola
On a réuni ici deux ensembles assez différents. La grande forêt équatoriale au Nord conserve son histoire bien à l'abri sous d'épaisses futaies. Du Gabon aux confins de l'Oubangui-Chari elle semble condamnée à n'être la plupart  du temps que le récit difficilement vérifiable de mouvements de population d'ailleurs confus. Au Gabon, c'est la piste des Fang que l'on parvient à suivre le mieux. Plus avant dans la forêt et dans ces lisières lointaines, se détachent les noms de populations comme les Azandé et les Pygmées, avec des récits qui s'adressent surtout  à  l'imaginaire, et sont peut-être aussi à l'origine de bien des clichés sur "l'Afrique sauvage",  et bien peu représentatifs finalement de l'histoire de ce continent. 

Beaucoup mieux documentée est, au Sud, l'histoire du puissant royaume du Kongo (Congo) et de ses rois très tôt christianisés, et  de quelques uns des remuants États qui se sont formés à l'intérieur des terres, tels les royaumes de Kuba, de Luba et de Lunda, même si leur passé se perd le plus souvent dans la légende. L'histoire des uns et des autres, en tout cas dès l'arrivée des Portugais à la fin du XVe siècle, qui établiront leurs avant-postes sur la côte angolaise, s'articulera à l'image de ce qui se passe dans le golfe de Guinée et dans la région des Grands lacs, autour d'une seule et impérieuse logique : celle d'une économie fondée sur la traite esclavagiste. Les nombreuses guerres menées par la suite, le seront  essentiellement pour  assurer la pérennité de ce commerce. 

Dates-clés :
1498 : Arrivée des Portugais à l'embouchure du fleuve Congo.

1568 : Les Jaga s'emparent de la capitale du royaume du Kongo. Début de la mainmise portugaise.

XVIIIe siècle  : Disparition de fait du Kongo. Apogée des royaumes de Luba et de Lunda.

1850 - Les Fang atteignent l'Ogôoué.

ca. 1854 : Livingstone découvre du pétrole en l'Angola.

Sous les obscures futaies de la forêt équatoriale...

La grande forêt équatoriale couvre le sud du Cameroun actuel, l'essentiel du Gabon et s'étend, par delà la Centrafrique jusqu'aux confins du Ruwenzori, dans la région des Grands Lacs. Elle n'a jamais été un obstacle infranchissable à la circulation, ni même au peuplement. Mais elle est souvent une terre de réfugiés. Ici, l'on découvre, par exemple, les Baya et les Mandjia, apparemment originaires du Cameroun, et qui auraient fui l'avancée des Peuls au  XIXe siècle pour s'installer dans les forêts de Centrafrique, repoussant à leur tour vers le Sud les Dzem, qui eux-mêmes provoquent le départ des Kwelé et des Kota. Là ce sont les Banda qui, sans doute à la même époque, ont établi leur domaine dans la vallée de la Kotto, puis dans le Mbomu, et qui auraient fait le chemin depuis le Bahr-el-Ghazal, cette fois pour fuir les trafiquants d'esclaves. Ailleurs, ce sont les Nzabi, les Téké ou le Mbamba poussé par l'expansion des populations du Congo qui prennent la route de la forêt. Sans parler des Fang et des Azandé que l'on découvre tardivement. Seuls les Pygmées semblent être là depuis la nuit des temps ou presque. Mais que sait-on de leur histoire? L'espace que couvre la grande forêt  et ses marges immédiates n'a vraisemblablement jamais abrité de structure politique aisément identifiable. Au mieux distingue-t-on le pays Mandja, entre le Chari, l'Oubangui, le pays Banda, dans la région du Kotto inférieur, et, au-delà, les pays Mangbetou azandé. Cela a pour corrollaire une histoire qui, au-delà du XIXe siècle, est difficile à reconstituer. Et quand parfois c'est le cas, malgré tout, elle reste très parcellaire. 

Les Azandé.
Peut-être  originaires de la région du lac Tchad, les Azandé (Zandé, au singulier) vivent aujourd'hui principalement au sud-ouest du Soudan et en Centrafrique, où ils ont formé à la fin du XVIIIe siècle une  fédération de chefferies autour du clan des Avungara, dans lequel était recruté le chef. Leurs  premiers contacts des trafiquants arabes remontent au milieu du XIXe siècle  et ont été rapidement placés sous le sceau de la traite esclavagiste : les Azandé, sous la conduite d'une aristocratie guerrière, procuraient à leur interlocuteurs ivoire et esclaves en échange d'armes à feu, vidant ainsi  peu à peu la région de l'Obangui et de l'Ouellé de ses habitants. Dans l'affaire, ils ont gagné en quelques décennies une redoutable réputation, accentuée par des rumeurs de cannibalisme. En 1879, ils accepteront  de se placer sous la souveraineté égyptienne, et après avoir combattu les Belges installés au Congo se soumettront à eux en 1896.

Attention, cannibales! S'il est un mythe dont on serait tenté de dire qu'il a la peau dure, c'est bien celui de l'anthropophagie des Azandé, dont certains groupes sont d'ailleurs connus sous le nom de Nyam-Nyam, une onomatopée plutôt parlante. Leurs dents taillées en pointe (une mode d'ailleurs partagée par d'autre populations voisines) n'ont rien arrangé. L'ethnologue Edward Evans-Pritchard (1902-1973) a montré dans un ouvrage devenu classique (Sorcellerie, oracles et magie chez les Azandé, 1937) que cette réputation n'avait pas de vrai fondement. Certes, il y a eu en certaines occasions (périodes de famine) consommation de chair humaine (guerriers ennemis tués au combat), expliquait-il, mais cela n'a jamais été une pratique reconnue et acceptée dans la société Azandé.
Les Pygmées.
La petite taille des Pygmées a fait attirer l'attention sur eux depuis très longtemps. Pépi II (= Neferkara), un pharaon de la VIe dynastie (2400 ans av. JC.), a ainsi reçu à sa cour de Memphis un Pygmée captif, ramené par une expédition que son prédécesseur, Merenrê,  avec envoyé à la découverte du "pays des Arbres", loin au Sud. Plus tard, Homère, au début du  livre III de l'Iliade mentionnera aussi des Pygmées. Encore convient-il de rester très prudent en ce qui concerne l'assimilation de ce peuple légendaire - qui peut avoir aussi été complètement imaginaire - avec les populations d'Afrique auxquelles on donnera plus tard le nom de Pygmées. On notera cependant qu'à l'époque, l'habitat des Pygmées avait peut-être  une extension géographique très  importante, qui pouvait justifier des contacts avec des populations de l'Afrique septentrionale. Les traditions locales de la Kassaï, du bas Congo et du Katanga, par exemple, ont conservé leur souvenir d'une population de "petits hommes", travaillant la pierre, qui auraient précédé les agriculteurs que l'on rencontre désormais dans ces régions. 

Aujourd'hui, les Pygmées se distribuent dans trois grandes zones, entièrement comprises à l'intérieur de la forêt équatoriale : au nord-est, dans la forêt de l'Ituri, les Mbuti conservent encore souvent un mode de vie nomade, fondé sur la chasse (arc et  javelot) et la cueillette, que l'on défini comme ancestral. Tout au contraire, les Twa, qui vivent, à l'Est, dans la région des Grands Lacs (Kivu et  Rwanda, notamment) sont bien intégrés aux autres populations, et partagent leurs modes de vie agricoles. Le métissage leur a fait perdre pour l'essentiel leurs caractères physiques. A l'Ouest, c'est-à-dire Cameroun, au Gabon et au Congo, se rencontrent les Binga, qui donnent l'exemple d'un mode de vie intermédiaire : ils sont sédentarisés, liés par des relations de "clientèle" (si ce n'est de servage) avec les Bantous, mais continuent semble-t-il de pratiquer la chasse à l'occasion. Il est a noter que ces différents groupes n'ont pas de langue commune (ils parlent les langues des populations avec lesquelles ils sont en contact direct). 

Les Pygmées et les voyageurs. - Les Pygmées, plus que toute autre population d'Afrique équatoriale, ont attiré l'attention des voyageurs européens du XIXe siècle, qui les ont le plus souvent désignés sous le nom d'Obongo, Bongo ou Babonko (noms de même sens en s'appliquant à des tribus dispersées dans des localités différentes). Auparavant, on connaissait les Matimbas mentionnés par Battell et les Bakkes-Bakkes de Dappe, et l'on a voulu en faire les ancêtres des Obongo. C'est Du Chaillu qui, le premier a parlé des Obongo. Il les a rencontrés chez les Achangos, à l'Est de la Ngujai. Un homme mesuré par lui avait 1,52 quatre femmes avaient 1,42 m; leur peau plus claire que celle des autres noirs (L'Afrique sauvage, 1868, p. 263). Les Babonko, à peu de distance au Sud, ont été étudiés par la mission allemande du Loango, Des photographies qu'en a prises Falkenstein, deux ont été publiées par la Revue d'ethnologie de Berlin pour 1874 (VI, p. 16) et deux par  Hartmann, dans son livre sur les Nigritiens (Die Nigritier, etc., 1876). Elles représentent deux adultes. Les Babonkos vivaient, apprenait-on dans leurs rapports, dispersés dans les forêts de l'intérieur du Loango, fuyant les autres Noirs, et les individus observés par les voyageurs étaient pour la plupart des esclaves. Dybowski avait pu en voir également plusieurs, et en avait pris des portraits. Ces photographies, furent présentées à la Société d'anthropologie en 1894. Chez les N'javis, dans les montagnes à  l'E. de la Ngujai, c.-à-d, dans la région où Du Chaillu avait vu les Obongos, Marche en rencontra également (Zaborowski).
Le Gabon dans l'histoire.
Plusieurs centaines de sites préhistoriques ont été découverts dans les savanes des environs de Libreville, de Franceville et de Mouila. Mais l'histoire ancienne du Gabon reste pour l'essentiel inconnue. Certaines des populations actuellement établies dans l'Ouest, tels les Mpongwé et les Oroungou sont considérées comme d'implantation ancienne. Les Portugais signalaient déjà la présence des Mpongwé à la fin XVe siècle sur l'estuaire du Gabon. Anciennement, les Mpongwé et les Oroungou  étaient respectivement des agriculteurs et pêcheurs. Mais ils ont aussi, au cours des premières décennies du XIXe siècle, joué un rôle important comme intermédiaires dans le commerce des esclaves. Ce fut une période faste, en particulier pour les Ouroungou qui se sont constitué un royaume à cette époque.  Les Fang (qui avec les Eton, les Ewondo et les Boulou forment le groupe dit pahouin, une qui leur vient des Mpongwé et signifie «barbares sauvages ») seraient originaires du Nord et leur implantation apparaît  plus tardive. 

Les Fang se divisent en trois tribus principales : les Majouna (Mazouna) ou Betchis,
les Makina ou Makeï (appelés Ossyeba par les peuples voisins), et les Makouna qui se rapprochent par leur langue des Bingom ou Akellés. Ces divisions sont tirées de leur manière de commencer le discours  : les mots ma-jou-na, ma-ki-na, etc., signitient : « je dis que ».D'ailleurs les idiomes dont se servent les trois tribus ne sont que des dialectes de la même langue, ne différant que très peu entre eux. 

Subissant la pression, semble-t-il, de l'avancée des Peuls ou de celle des Mvélé, ils ont quitté en même temps que les autres Pahouins les rives de la rivière Sanaga au XVIIIe siècle et ont progressé par vagues successives - guidés à travers la forêt par des Pygmées décrits comme des magiciens par leurs tradition, et précédés d'une réputation (peu fondée, mais utile quand vous voulez qu'on vous fiche la paix!) d'anthropophages -, jusqu'à atteindre, en 1850, le bas Ogôoué. Les Pahouins ont suivi dans leur migration les Bakota, qui les auraient précédés de quelques siècles et les Bamileké qui au XVIIe siècle auraient été repoussés dans la région par les Bamoum. 

La marche des Pahouins en avant du Nord-Est au Sud-Ouest. a été un fait observé par les Européens et confirmé par leurs traditions; mais la question de leur point de départ a longtemps été ouverte. Les Fang eux-mêmes désignaient les environs du « lac » Tem comme leur berceau; Crampel a suivi le cours d'une rivière de ce nom en 1888. Cette rivière se trouve aux environs des 10° de longitude Est et 2° de latitude Nord. Certains anthropologues et ethnographes ont relégué vers la même époque le pays d'origine des Fang beaucoup plus au Nord-Est, au voisinage des Nyam-Nyam (Azandé, ci-dessous) avec lesquels ils offraient, disaient les voyageurs, des ressemblances, aussi bien au point de vue physique qu'au point de vue des moeurs. Les Fang se limaient les incisives en pointe, tressaient de même manière leur chevelure et leur barbe, employaient des écorces battues comme vêtement, se servaient des mêmes armes de jet à plusieurs pointes, etc. Les hommes, peu ou point vêtus, étaient armés de fusils à pierre, de boucliers carrés, de lances et de flèches empoisonnées avec le suc d'une apocynée contenant de la strophantine et appelé onaï. Les femmes, aussi peu habillées que les hommes, étaient surchargées d'ornements de toute sorte, perles, plumes, verroterie, anneaux de cuivre très pesants, qui les empêchaient de se mouvoir librement. Les deux sexes avaient l'habitude de compléter leurs ornementations par quelques poils d'éléphant passés dans les narines.
Les Portugais avaient été les premiers Européens venus au Gabon. Ils furent suivis des Hollandais, et ce pays fut un foyer de traite jusqu'en 1839, époque à laquelle la Malouine, commandée par le lieutenant de vaisseau Bouët-Villaumez, est venue y mouiller. Divers traités, dont le plus important, signé en 1844, furent passés avec les chefs de cette région. Le Gabon devint en 1845 un point central de relâche et d'approvisionnement. Le Gabon a fait partie plus tard de la colonie de l'Ouest-Africain. En 1886, une séparation administrative a été opérée entre le Gabon et le Congo. Le Gabon fut dès lors administré par un lieutenant-gouverneur ayant sous ses ordres un commandant de la marine; un conseil d'administration du Gabon a été institué la même année. Enfin un décret du 11 décembre 1888 a réuni définitivement le Gabon et le Congo français sous l'autorité supérieure d'un commissaire général. La république gabonaise n'acquerra son indépendance qu'en 1960. Depuis son indépendance le Gabon a toujours été soumis à un régime autoritaire, d'abord sous la présidence de Léon Mba, puis, depuis 1967, sous celle d'Omar Bongo. Riche en pétrole, le pays a pu compter sur toute l'attention aussi bien de la France qui y maintient une présence militaire (elle a préservé Mba d'une mutinerie en 1964 et a aidé à la répression d'émeutes en 1990), que de celle d'autres pays occidentaux (Royaume-Uni, et, de plus en plus, Etats-Unis).

De l'Oubangui-Chari à la Centrafrique.
La République centrafricaine portait le nom d'Oubangui-Chari à l'époque coloniale, du nom des deux voies de pénétration empruntées par les européens pour y parvenir et dont le cours a servi à en tracer les frontières. Le Chari est un fleuve qui se jette dans le lac Tchad et dont le cours supérieur, sous divers noms, délimite en partie au Nord la Centratrique; l'Oubangui, qui formait jadis une des principales voies d'accès vers le centre de l'Afrique et du Congo vers les bassins du Nil et du Bahr-et-Gazal d'une part, du Chari d'autre part, en dessine une partie de la frontière au Sud.

L'Oubangui fut découvert sous le nom d'Ouellé par Schweinfurth, en mars 1870, dans le pays des Monbouttous, mais ce géographe le prit pour l'origine du Chari. Stanley l'identifia à tort avec l'Aroufrimi, ce fut Grenfell qui, le remontant jusqu'à Songo, conjectura que l'Oubangui était l'Ouellé de Schweinfurth (1885) et Van Gèle qui le démontra en 1890. L'année précédente, Albert et Michel Dolisie, partis eux aussi pour explorer le cours du fleuve, avaient fondé Bangui.
Dès cette époque, l'Oubangui forma la limite de l'État du Congo et des possessions françaises jusqu'au confluent du Mbomou, que suivait la frontière, le cours supérieur de l'Oubangui étant complètement congolais depuis la convention conclue avec la France le 4 août 1894. Lorsque la France entreprit de pénétrer dans ces régions, elle constitua un commissariat général du haut Oubangui à la tête duquel on plaça comme administrateur Liotardt, sous sa direction, il fut procédé à l'occupation du Chari et du Bahr-el-Gazal. Cette derniè re opération conduite par Zemio et Mechra-er-Rek, jusqu'à Fachoda, sur le Nil, grâce au commandant Marchand, aboutit à un conflit avec l'Angleterre victorieuse du Mahdi. La convention franco-anglaise du 21 mars 1899 fixa la frontière française à la ligne de partage des eaux du Nil et du Congo. Le territoire du haut Oubangui fut donc limité aux bassins de cette rivière et du Tchad (Chari).

Le régime colonial qu'impose la France en Oubangui-Chari va y être - au moins jusqu'au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale - l'un des plus oppressifs et destructeurs qu'ait connu l'Afrique. A causes des mauvais traitements et des des maladies apportées par les Européens, la moitié de la population disparaît en un demi-siècle. La situation s'améliore dans les années 1940-50 et l'indépendance est finalement acquise le 13 août 1960. Le premier président de la nouvelle République Centrafricaine est David Dacko. Il est renversé cinq ans plus tard par un ancien capitaine de l'armée française, Jean-Bedel Bokassa, qui se déclarera successivement président à vie, maréchal, puis empereur en 1976, à l'occasion d'un sacre imité de celui de Napoléon, et avec la complicité bienveillante d'une France qui ne lâche (sous la pression de l'opinion) le régime qu'en 1979, lorsque Bokassa se trouve impliqué dans diverses exactions (répréssions sanglantes d'émeutes, morts d'enfants emprisonnés, etc.). L'opération Barracuda lancée par Paris à la suite de ces événements met fin aux treize années de règne du dictateur. La république est restauré. Les civils retrouvent le pouvoir en 1993 sous la conduite du président Ange-Félix Patassé. Mais celui-ci est renversé par les militaires en 2003. Entre-temps, la France a évacué ses bases  de Bouar (1997) et de Bangui (1998).
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Esclaves en Afrque.
Convoi d'esclaves en Afrique.

Le Congo et l'Angola

Bien avant l'arrivée des premiers navigateurs européens à la fin du XVe siècle, les territoires de la région du Congo correspondant aujourd'hui à la République Démocratique du Congo et à la République du Congo, et de l'actuel l'Angola étaient le théâtre de dynamiques humaines, politiques et économiques complexes. L'histoire ancienne de cette vaste région d'Afrique centrale et australe est d'abord marquée par la présence de peuples autochtones, notamment les ancêtres des Khoïsans et des Pygmées, qui vivaient de la chasse, de la pêche et de la cueillette dans les savanes et les forêts denses. Cependant, le véritable tournant de cette histoire s'amorce avec la grande migration bantoue, un phénomène de plusieurs millénaires qui a commencé à redessiner la carte démographique et culturelle de l'Afrique subsaharienne.

Au fil des siècles, les populations bantoues, originaires des confins de l'actuel Cameroun et du Nigeria, ont progressé vers le sud et l'est, apportant avec elles des innovations majeures. L'introduction de l'agriculture, avec la culture de l'igname, du sorgho et du millet, ainsi que la maîtrise de la métallurgie du fer, ont bouleversé le mode de vie local. Le fer, utilisé pour forger des armes et des outils aratoires, a permis de défricher les zones forestières et d'accroître les rendements agricoles, favorisant ainsi la sédentarisation et la croissance démographique. Ces sociétés en expansion ont commencé à s'organiser en lignages et en clans, tissant des réseaux d'alliance qui reliaient les régions côtières aux terres de l'intérieur.

Les échanges commerciaux, bien avant tout contact avec l'Europe, étaient déjà très actifs et structurants. Le cuivre, extrait de mines dans la région du Katanga et du Kwango, était fondu pour former des croisettes ou des barres qui servaient de monnaie d'échange sur de longues distances. Le sel, le poisson séché, le fer, l'huile de palme et les tissus en raphia circulaient intensément entre les zones écologiques complémentaires. Cette prospérité économique a progressivement jeté les bases de formations politiques plus centralisées, marquant le passage de simples chefferies villageoises à de véritables royaumes.

C'est dans ce contexte qu'émergent, à partir du XIIIe et du XIVe siècle, les premiers grands États centralisés de la région. Le plus emblématique est le royaume du Kongo, fondé selon la tradition par le conquérant Lukeni lua Nimi. Ce royaume s'est développé autour de sa capitale, Mbanza Kongo, située sur les plateaux du nord de l'actuelle Angola. Le Kongo s'est doté d'une administration très organisée, divisée en provinces gouvernées par des représentants du roi, le Manikongo. La société y était fortement hiérarchisée, avec une noblesse, des hommes libres et des dépendants, et la succession royale obéissait à des règles matrilinéaires complexes, le pouvoir se transmettant souvent de frère en frère ou par les sœurs du roi.

Plus au sud, sur les hauts plateaux de l'actuel Angola, d'autres entités politiques prenaient forme, notamment le royaume du Ndongo, habité par le peuple Mbundu. Ce royaume était dirigé par un souverain dont le titre, Ngola, finira par donner son nom à l'ensemble du pays des siècles plus tard. Parallèlement, sur la côte atlantique au nord du Kongo, le royaume de Loango prospérait grâce au commerce côtier, à la pêche et à la production de tissus, tandis qu'à l'est, les influences des grands royaumes Luba et Lunda, situés plus loin dans les terres, commençaient à imprégner les sociétés de l'Angola oriental et du Kasaï.

Sur le plan culturel, ces sociétés partageaient une vision du monde profondément ancrée dans le lien entre les vivants, la nature et les ancêtres. La religion traditionnelle reconnaissait généralement l'existence d'un dieu créateur suprême, souvent considéré comme lointain, mais accordait une place centrale au culte des ancêtres et à l'intervention des esprits dans la vie quotidienne. Des objets rituels, les nkisi, étaient utilisés par des devins-guérisseurs pour soigner les maladies, résoudre les conflits, prêter serment ou protéger la communauté. L'art jouait un rôle essentiel dans cette cosmologie, comme en témoignent les tissus en raphia finement brodés, la sculpture sur bois et le travail des métaux, qui témoignent d'un haut niveau de raffinement technique et esthétique.

À la toute fin du XVe siècle, cette trajectoire historique autonome a été marquée par l'irruption européenne. En 1482, l'explorateur portugais Diogo Cão emboucha le fleuve Congo, érigeant ses padrão ( = bornes de pierre) et marquant le premier contact officiel entre le royaume du Kongo et l'Europe. Les deux puissances entamèrent d'abord des relations diplomatiques et commerciales basées sur un certain équilibre, les missionnaires et les artisans européens étant accueillis à Mbanza Kongo. Néanmoins, avant ce basculement du XVIe siècle et l'horreur de la traite transatlantique qui s'intensifiera par la suite, l'espace congolais et angolais abritait déjà des civilisations florissantes, maîtrisant leur environnement, structurées par des institutions politiques solides et intégrées à de vastes réseaux économiques continentaux.

Le Congo.
A l''arrivée des Portugais à l'embouchure du fleuve Congo en 1482, le Manikongo Nzinga a Nkuwu se convertit au christianisme, devenant João Ier, et son fils Afonso Ier tente de moderniser le royaume avec l'aide des Portugais. Très vite, la traite négrière atlantique devient la marchandise centrale, corrompant les structures du pouvoir. Malgré les lettres pathétiques d'Afonso Ier demandant au roi du Portugal de freiner le commerce d'êtres humains, les négriers portugais, attirés par la demande des plantations de São Tomé puis du Brésil, déstabilisent le royaume. Au XVIIe siècle, le Kongo, affaibli, affronte les Portugais à la bataille d'Ambuíla en 1665, où le Manikongo est tué, précipitant le royaume dans une guerre civile et un déclin irrémédiable.

Plus au nord, dans la forêt équatoriale de l'actuelle République du Congo, les royaumes de Loango et de Teke prospéraient également grâce au commerce, notamment celui du cuivre et des esclaves, mais avec une emprise européenne plus tardive. L'explorateur Pierre Savorgnan de Brazza, dans une course avec Henry Morton Stanley, signe en 1880 un traité avec le Makoko, roi des Téké, plaçant ces territoires sous protectorat français. Cela deviendra le Congo français, puis le Moyen-Congo au sein de l'Afrique-Équatoriale française, avec Brazzaville pour capitale. Pendant ce temps, sur l'autre rive du fleuve, le vaste territoire qui deviendra le Congo belge est reconnu comme la propriété personnelle du roi Léopold II de Belgique à la conférence de Berlin en 1885.

Ce qui suit est l'un des chapitres les plus sombres de l'histoire coloniale : l'État indépendant du Congo. Sous couvert de lutte antiesclavagiste, un régime de terreur est instauré pour maximiser l'extraction du caoutchouc et de l'ivoire. Les mutilations, les prises d'otages et les massacres de villages entiers réduisent la population de plusieurs millions de personnes. Le scandale international, dénoncé par des figures comme le diplomate britannique Roger Casement ou l'écrivain Joseph Conrad, force la Belgique à annexer le territoire en 1908, créant le Congo belge. La colonisation belge, bien que moins ouvertement brutale, reste profondément paternaliste et ségrégationniste, gérée par une trinité État-Église-grandes entreprises qui exploitent les richesses minières du Katanga et du Kasaï. La lutte pour l'indépendance est fulgurante et chaotique. En 1959, des émeutes à Léopoldville précipitent les événements. 

Le 30 juin 1960, le Congo devient indépendant avec Joseph Kasa-Vubu comme président et Patrice Lumumba comme Premier ministre. Le discours incendiaire de Lumumba le jour de l'indépendance, dénonçant les humiliations coloniales devant le roi Baudouin, met le feu aux poudres. En quelques jours, la Force publique se mutine, la riche province minière du Katanga fait sécession avec le soutien de la Belgique, et Lumumba fait appel à l'ONU puis à l'Union soviétique, plongeant le pays dans la guerre froide. En janvier 1961, Lumumba est assassiné au Katanga avec la complicité des services belges et de la CIA. Après des années de rébellions et de chaos, Joseph-Désiré Mobutu prend le pouvoir en 1965, instaurant une dictature de plus de trente ans. Il rebaptise le pays Zaïre, mène une politique d'authenticité africaine et de zaïrianisation des entreprises, mais son régime devient l'archétype de la kleptocratie, ruinant le pays tout en étant soutenu par l'Occident comme rempart anticommuniste. Sa chute est provoquée par le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, qui déstabilise toute la région des Grands Lacs

En 1996-1997, Laurent-Désiré Kabila, soutenu par le Rwanda et l'Ouganda, renverse Mobutu et rebaptise le pays République démocratique du Congo. Mais une nouvelle guerre, dite "guerre mondiale africaine", éclate en 1998, impliquant neuf pays africains et une multitude de milices, se nourrissant du pillage du coltan, de la cassitérite et de l'or. Cette guerre et ses suites font des millions de morts, principalement de maladie et de famine, faisant de ce conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale. Laurent-Désiré Kabila est assassiné en 2001, et son fils Joseph Kabila lui succède, menant le pays vers des accords de paix fragiles et des élections souvent contestées. 

Sur l'autre rive, la République du Congo vit une décolonisation plus calme avec l'indépendance en 1960, suivie de l'instauration d'un régime marxiste-léniniste par Marien Ngouabi en 1969, qui donne au pays le nom de République populaire du Congo. Après l'assassinat de Ngouabi en 1977, Denis Sassou-Nguesso prend progressivement le contrôle, dirigeant le pays de manière quasi continue depuis 1979, entre guerres civiles sanglantes dans les années 1990, élections contestées et une forte dépendance aux revenus du pétrole offshore, faisant du Congo un modèle de régime autoritaire stable et opaque au coeur de ce qui a été la Françafrique.

L'Angola.
L'Angola a eu une relation encore plus directe et violente avec la puissance coloniale portugaise. Après la dislocation du royaume Kongo, les Portugais se concentrent sur la côte et fondent Luanda en 1575, qui devient la plaque tournante de la traite des esclaves vers le Brésil.  Pendant plus de deux siècles, l'Angola est littéralement un réservoir d'esclaves. On estime qu'environ quatre millions de personnes y ont été déportées de force. L'intérieur des terres est le théâtre de guerres incessantes alimentées par cette demande. Des royaumes comme celui de Matamba, dirigé par la célèbre reine Nzinga Mbande au XVIIe siècle, résistent farouchement à l'avancée portugaise. Nzinga, figure légendaire, use de diplomatie, de guerre et d'alliances avec les Hollandais pour préserver son pouvoir, avant de se convertir au christianisme et de négocier une paix fragile. Sa résistance symbolise la lutte contre la pénétration coloniale. 

Après l'abolition de la traite au XIXe siècle, le Portugal, en retard dans la course à l'Afrique, change de stratégie et organise des campagnes militaires de "pacification" pour occuper effectivement le territoire, comme l'exigeait la conférence de Berlin. Ce n'est que dans les années 1920 que la résistance des peuples de l'intérieur, comme les Ovimbundu, est écrasée par une guerre brutale. Le régime colonial portugais, sous l'Estado Novo de Salazar, transforme l'Angola en une colonie de peuplement et d'exploitation intensive. Un système de travail forcé, à peine déguisé en contrat, est instauré, poussant les Africains vers les plantations de café et de coton des colons blancs, dont le nombre atteint plusieurs centaines de milliers.

Le vent des indépendances africaines de 1960 ne touche pas l'Angola, le Portugal de Salazar s'obstinant à considérer ses colonies comme des provinces d'outre-mer. La lutte armée éclate en 1961, mais elle est immédiatement fragmentée par des divisions ethniques et idéologiques. Le MPLA (Mouvement populaire de libération de l'Angola), dirigé par Agostinho Neto, est d'obédience marxiste et trouve son soutien principal parmi les citadins et l'ethnie Ambundu autour de Luanda. Le FNLA (Front national de libération de l'Angola) de Holden Roberto, basé au nord, recrute chez les Bakongo. L'UNITA (Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola) de Jonas Savimbi, implantée au centre et au sud, s'appuie sur les Ovimbundu et adopte une rhétorique maoïste avant de se tourner vers l'Occident et l'Afrique du Sud de l'apartheid

La révolution des Oeillets au Portugal en 1974 renverse la dictature et précipite la décolonisation. Les accords d'Alvor, en janvier 1975, prévoient un partage du pouvoir entre les trois mouvements, mais la guerre civile éclate avant même l'indépendance, prévue pour le 11 novembre 1975. Chaque mouvement est lourdement armé par des puissances étrangères : le MPLA par l'URSS et surtout par Cuba, qui envoie des troupes; le FNLA par les États-Unis et le Zaïre; l'UNITA par les États-Unis et l'Afrique du Sud, dont les troupes envahissent le sud du pays. La bataille de Kifangondo, remportée par le MPLA et les Cubains, scelle le sort de Luanda. À minuit le 11 novembre, Agostinho Neto proclame l'indépendance de la République populaire d'Angola sous le MPLA, tandis que le FNLA et l'UNITA proclament leur propre république à Huambo. 

Le pays sombre dans une guerre civile qui va durer vingt-sept ans, faisant des centaines de milliers de morts. Le conflit devient une guerre par procuration de la Guerre froide. Les Cubains, dont l'effectif monte jusqu'à 50 000 hommes, sauvent le régime du MPLA face aux offensives sud-africaines, notamment lors du siège de Cuito Cuanavale en 1987-1988, tournant décisif qui conduit au retrait des troupes cubaines et sud-africaines et à l'indépendance de la Namibie. La fin de la guerre froide tarit les soutiens extérieurs, mais la guerre continue, Jonas Savimbi refusant obstinément la paix. 

Ce n'est qu'après sa mort au combat en 2002 que l'UNITA dépose les armes et que la paix s'installe enfin. Depuis, le MPLA, sous la présidence de José Eduardo dos Santos de 1979 à 2017, puis de João Lourenço, a abandonné le marxisme pour embrasser une économie pétrolière dominée par une élite corrompue, tandis que la majorité de la population reste dans une pauvreté extrême, héritage d'un pays dont le sous-sol est parmi les plus riches d'Afrique, mais dont le corps social a été brisé par cinq siècles de violence ininterrompue.

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