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Charon
est un statellite de Pluton, avec laquelle il
forme un couple de planètes naines. Découvert
en 1978 par J. W Christy et R. S. Harrington (US Naval Observatory
de Flagstaff), il constitue, par sa taille exceptionnelle,
un cas unique parmi les satellites naturels du Système
solaire. Avec un diamètre d'environ 1212 kilomètres, il est si grand
par rapport à Pluton, qui mesure 2377 kilomètres de diamètre, que le
système est souvent qualifié de planète binaire, les deux corps orbitant
autour d'un barycentre situé en dehors de la surface de Pluton. Cette
particularité, couplée à la proximité de leurs masses
(Charon possède environ un huitième de la masse de Pluton), en fait un
système exceptionnel dont l'étude, révolutionnée par le survol de la
sonde New Horizons en juillet 2015, a profondément renouvelé notre compréhension
des petits corps glacés aux confins du Système solaire.
La genèse de ce
système binaire est aujourd'hui largement attribuée à un scénario de
collision géante, similaire à celui ayant présidé à la formation de
la Lune terrestre. Il y a plusieurs milliards d'années,
un objet de taille conséquente, dont le diamètre est estimé à environ
1750 kilomètres, serait entré en collision avec Pluton à une vitesse
relativement faible, d'environ 1 km/s. Ce choc, modélisé comme un impact
rasant, aurait projeté en orbite une quantité considérable de débris
provenant des manteaux glacés des deux corps précurseurs, ces derniers
n'étant vraisemblablement que partiellement différenciés en un noyau
rocheux et un manteau de glace à ce stade précoce de l'histoire du Système
solaire. L'étude fine des densités respectives de Pluton et Charon, désormais
connues avec une grande précision, soutient cette hypothèse. En effet,
bien que Pluton et Charon soient tous deux composés d'un mélange de roches
et de glaces, le satellite est environ 10% plus glacé que sa planète
hôte, ce qui est cohérent avec l'idée que l'impact ait arraché une
partie significative du manteau de glace du proto-Pluton pour former Charon,
laissant le corps plus riche en roches.
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| Détails
de l'hémisphère sud de Charon. - Sur
l'image prise par la sonde New Horizons, le 13 juillet 2015, alors
qu'elle se trouvait au plus près du couple planétaire, soit à environ
500 000 km, Charon révèle une surface très jeune et variée. Une longue
bande de fractures et de canyons, créant des dénivelés de l'ordre de
7 à 9 km, partage en deux l'hémisphère visible. Au Sud, on aperçoit
une grande plaine portant des cratères et des rainures. Au Nord, le paysage
semble tout différent, à la fois plus montagneux et mois cratérisé.
Dans la région du pôle Nord, on remarque une grande tache sombre (de
couleur rouille sur l'image) : elle a provisoirement été surnommée le
Mordor... |
La surface de Charon,
révélée par New Horizons, offre un contraste saisissant avec celle de
Pluton. Là où Pluton exhibe une géologie jeune et dynamique, dominée
par les glaces volatiles de méthane et d'azote,
Charon présente une surface ancienne et géologiquement morte, recouverte
presque exclusivement de glace d'eau cristalline. Cette glace, d'un albédo
élevé, est parsemée de cratères d'impact, témoignant de l'âge vénérable
de sa croûte. Cependant, l'absence d'une activité de surface récente
n'implique pas un passé géologique monotone. La sonde a mis en évidence
un vaste réseau de failles d'extension et de canyons, dont le plus spectaculaire,
nommé Serenity Chasma, s'étend sur plus de 1800 kilomètres de long,
suggérant une période ancienne de dilatation et de fracturation de la
croûte, probablement liée au refroidissement et à la cristallisation
d'un océan interne aqueux primitif. L'un des traits les plus intrigants
est la calotte polaire rougeâtre qui coiffe le pôle nord de Charon. Sa
composition, riche en matière organique complexe (tholins),
proviendrait de la capture et du traitement par le rayonnement ultraviolet
du méthane qui s'échappe de l'atmosphère de Pluton et se condense aux
pôles de Charon durant les longs hivers polaires, un phénomène unique
dans le Système solaire.
Les récentes observations
du télescope spatial James Webb (JWST) ont apporté des informations supplémentaires
cruciales sur la composition chimique de Charon, révélant pour la première
fois la présence de dioxyde de carbone (CO2)
et de peroxyde d'hydrogène (H2O2)
à sa surface. La détection du peroxyde d'hydrogène confirme que la surface
glacée de Charon est activement modifiée par l'irradiation due aux rayons
cosmiques et au vent solaire, un processus de météorisation spatiale
qui altère la glace d'eau pure. Quant au dioxyde de carbone, sa présence
en surface pourrait ne pas être le fruit d'un dépôt externe, mais plutôt
révéler des remontées de matériaux de l'intérieur du satellite, exhumés
par les impacts de cratères. Cette découverte
suggère que le CO2, présent dans le disque protoplanétaire
originel, a été piégé dans l'intérieur de Charon lors de sa formation,
offrant un aperçu rare sur la composition de la nébuleuse primitive.
Enfin, l'identification d'espèces d'ammoniac
hydraté sur sa surface, dont l'existence était suspectée depuis les
observations terrestres, a été confirmée, ajoutant une autre couche
de complexité à la composition chimique de ce corps à la croisée des
mondes des comètes et des planètes
naines. |