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Mab
est la reine des fées et la femme d'Obéron,
suivant Shakespeare et Wieland.
Suivant d'autres, elle était la fée des songes et la sage-femme des autres
fées. Certains spécialistes pensent qu'elle pourrait avoir des racines
dans le folklore anglais ou celtique antérieur, potentiellement liée
à des figures comme la reine irlandaise Medb (Maeve), associée aux mythes
et à la souveraineté. Elle incarne ainsi la reine miniature des rêves,
capricieuse et symbolisant la nature éphémère, fantastique et potentiellement
vide des désirs et des illusions humaines.
Elle est principalement
connue grâce à l'oeuvre de Shakespeare, et plus spécifiquement
à un monologue prononcé par le personnage de Mercutio dans la tragédie
Roméo et Juliette (Acte I, Scène 4).
Dans ce discours
mémorable, Mercutio décrit Mab comme une reine des fées minuscule, pas
plus grande qu'une agate au doigt d'un alderman. Elle est présentée comme
celle qui visite les esprits des dormeurs pendant la nuit pour leur apporter
leurs rêves. La description de son équipage est d'une fantaisie débridée
: son carrosse est fait d'une coquille de noisette vide, tiré par des
atomes invisibles, les brancards sont des pattes de sauterelles fines,
les traits des plus fines toiles d'araignées, les harnais des rayons de
lune. Son fouet est fait d'un os de cricket et la lanière de fil de la
plus délicate. Son cocher est un petit moucheron gris, pas même la moitié
de la taille d'un petit ver rond trouvé sur le doigt d'une servante paresseuse.
Selon Mercutio, cette
reine minuscule, montée dans son carrosse fait à la main par le charpentier
Écureuil ou le facteur Ver à bois, galope sur le nez et dans le cerveau
des gens endormis. En visitant les amants, elle leur fait rêver d'amour
; les courtisans de révérences ; les avocats de leurs honoraires ; les
dames des lèvres, qui rêvent alors de baisers ; les pasteurs de leurs
bénéfices ; les soldats de couper des gorges, de briser des lances, de
défier des formes, de grandes profondeurs, de pièges espagnols, et parfois
elle galope sur le cou d'un soldat, qui rêve alors de coupures étrangères.
Le monologue de Mercutio
sur la fée Mab commence sur un ton de merveille et de caprice, mais il
dérive progressivement vers une description plus sombre et désabusée
des rêves, qu'il finit par qualifier de "rien qu'une vaine fantaisie",
produit d'un cerveau oisif et engendré par rien de plus léger que l'air.
Il utilise cette figure féerique pour discréditer la signification que
Roméo accorde à ses propres rêves et présages.
Dans ce texte, la
fée Mab n'est pas un personnage qui apparaît ou interagit directement
avec les autres protagonistes de la pièce; elle est une figure évoquée
par un autre personnage, Mercutio, dans le cadre de son propre développement
thématique sur la nature illusoire et parfois trompeuse des rêves et
des fantasmes. |
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