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Richard II
Pièce de Shakespeare
Richard II est un drame historique de Shakespeare. Cette tragédie a pour sujet l'exil de Bolingbroke, duc de Hereford, petit-fils d'Edouard III, qui revient à main armée détrôner son cousin Richard Il, le fait mourir et règne à sa place sous le nom de Henri IV. Les détails du drame ont été fournis par là chronique d'Hollinshed; les faits ne diffèrent en rien des récits historiques, si ce n'est sur le genre de mort qu'on fit subir à Richard; un seul personnage, celui de la reine, est de l'invention du poète. 

La tragédie ne comprend que les deux dernières années de la vie de Richard et ne contient qu'un seul événement, celui de sa chute, catastrophe à laquelle tout marche dès le début de la pièce. 

Shakespeare ne s'érige pas en professeur d'histoire. Il n'explique pas comment Bolingbroke est devenu roi; il n'indique pas comment s'est accomplie la chute de Richard. Au début, Richard paraît comme roi, et on le revoit signant sa propre déposition. Shakespeare a reproduit fidèlement les moeurs et les caractères du temps; il ne met en scène ni héros supérieurs ni victimes innocentes; les crimes et les qualités s'associent et se balancent; l'usurpateur a plus de mérite que le souverain de droit et n'a pas une physionomie plus odieuse. Richard Il n'est pas, au surplus, un tyran, mais un prince faible, irrésolu, présomptueux, confiant en autrui, bien qu'il n'ait pas un seul ami. Il ne conçoit pas la royauté autrement qu'absolue; il est roi, par cela même qu'il existe; c'est sa condition, sa destinée; il ne peut s'en dépouiller; il ne peut cesser d'en être digne. Oint du Seigneur, il est revêtu d'un caractère sacré. Sa faiblesse paraît dès qu'il entre en scène. Il ne sait pas prendre un parti énergique; il suit les entraînements de la passion; il n'ose pas empêcher ses favoris de gaspiller les finances de l'Etat. 

Obligé de recourir à de fausses mesures politiques, à des exactions et autres injustices, il offre un prétexte au retour de Bolingbroke; le duc exilé arrive de France, réclamant l'héritage paternel confisqué. Au lieu d'attaquer sans retard la rébellion, Richard, indolent et présomptueux, hésite, ajourne; l'occasion lui échappe. Sa torpeur lui fait perdre, sans coup férir, un secours de 12,000 hommes tout prêt à l'offensive. Bolingbroke s'avance et gagne la faveur du peuple et des grands. Richard se berce d'illusions puériles; le droit divin répond de sa sécurité; il laisse faire le ciel. Quand il se voit à le merci de son adversaire, il passe de l'excès de la confiance à l'excès de l'abattement; il n'a plus le force de lutter contre la destinée; il la subit tantôt avec résignation, tantôt avec colère.

Mais, au lieu d'agir, il se replie sur lui-même, se recueillant, analysant ses sentiments, se vengeant des hommes par des ironies. Quelquefois, il rougit de son humiliation et se juge sévèrement. Sa confiance, ébranlée par chaque revers, se raffermit un instant pour faire place ensuite à un complet abandon de sa volonté. 

Quand on oblige Richard à abdiquer et à choisir Bolingbroke pour son successeur, il se fait en lui un nouveau déchirement. Cette scène de l'abdication est pleine de résignation, de douleur, de dignité, de mépris pour les hommes. A la fin, quand tout espoir lui est interdit, l'excès du malheur l'étonne; il veut le comprendre, et il n'y parvient pas. En cessant d'être roi, il a perdu, dans son opinion, la dignité de sa nature; il n'est plus l'élu du Seigneur. 

La force faisait son droit. Dépossédé du titre de roi, il ne résiste à rien. Il faut qu'un danger soudain, pressant, provoque son énergie. Attaqué dans sa vie, entoure d'assassins au fond d'un cachot, il se défend et meurt avec courage. Son intelligence est-elle parfaitement saine? On peut en douter. 

Ce caractère, une des plus profondes conceptions de Shakespeare, est tourné et retourné entre ses mains comme une proie vivante entre les grilles d'un lion. Ce personnage devient attachant après sa chute; sa sensibilité attendrit. Le rôle de Bolingbroke est également un des plus intéressants et des plus profonds qu'ait tracés l'auteur. Il s'élève au trône par son adresse, par son habileté, par les fautes de son adversaire. Dès qu'il entre en scène, il gagne à lui tous les coeurs et il éclipse le faible Richard II. Assisté de son père, Jean de Gand, le plus brave et le plus célèbre des frères du prince Noir, il s'annonce avec dignité et avec énergie. Exilé, ses biens sont confisqués après la mort de son père. Cette injustice l'amène à revendiquer ses droits; déjà populaire, il réclame à main armée l'héritage paternel. Entrant aussitôt en campagne, il marche contre le roi.

Devenu maître de la situation, il commence par demander la restitution de ses domaines; puis, tout en protestant de son dévouement, il s'empare de la personne de Richard et, sans paraître user de violence, il le fait abdiquer en sa faveur. 
Les circonstances atténuent l'odieux de cette usurpation : Bolingbroke cède à la nécessité; il se présente au nom du principe sacré de l'hérédité; il tient à légitimer son pouvoir aux yeux du peuple. Il agit en roi; abus réformés, déprédateurs poursuivis, favoris châtiés, fermeté et indulgence raisonnées, punition et non vengeance, telle est sa règle de conduite. Après tout, l'usurpateur est un excellent roi et un fort habile politique. 

En développant ce caractère d'après l'histoire, Shakespeare, qui enregistre les événements sans les expliquer, a eu sans doute l'intention de démontrer que le mérite constitue le titre et que l'incapacité fait la déchéance. Il a exposé, par la bouche de Richard, la doctrine du droit divin; son impartialité est sauve. Au reste, il ne dissimule pas les défauts de Bolingbroke, ni sa perfidie, ni sa violence. Un roi détrôné est à craindre tant que sa vie dure. Henri IV ne veut pas précisément tuer Richard II, mais il désirerait le savoir mort; il laisse tomber une parole ambigüe, fatale. Exton comprend cet ordre discret et va poignarder le royal prisonnier. Son maître désavoue le crime et chasse le criminel; mais il se sent responsable de l'acte. En proie aux remords, il partira pour la croisade. 

Henri IV sera la suite de Richard II. Les deux drames s'interprètent mutuellement.

Shakespeare ne présente pas uniquement des types vicieux ou effrayants, comme ce duc d'York, si disposé à servir tous les pouvoirs. Quand les barons prononcent la déchéance de Richard, l'évêque de Carlisle parle en sa faveur et défend les idées de justice. L'épouse du monarque, longtemps négligée malgré sa jeunesse, reste fidèle à ses devoirs et annonce qu'elle ne pourra pas lui survivre. La duchesse de Glocester pleure son mari assassiné et poursuit vainement la vengeance de sa mort. Thomas Mowbray, duc de Norfolk, homme simple et loyal, représente le chevalier sans peur et sans reproche du Moyen âge. Le drame de Richard II, écrit tout en vers, est en grande partie rimé. (PL).

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