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La Place Royale, de Corneille

La Place Royale ou l'Amoureux extravagant, est une comédie de Corneille, en cinq actes et en vers. Représentée pour la première fois en 1635, c'est une pièce bizarre et raffinée. Alidor aime Angélique, qui le lui rend bien; mais c'est précisément ce dont il se plaint; un amour aussi fidèle, un pareil excès de soumission lui semble une atteinte portée à sa liberté. Il conçoit autrement l'amour :
 « L'amour d'un honnête homme doit être toujours volontaire; on ne doit jamais aimer en un point qu'on ne puisse n'aimer pas; si on en vient jusque-là, c'est une tyrannie dont il faut secouer le joug; et enfin la personne aimée nous a beaucoup plus d'obligation de notre amour, alors qu'elle est toujours l'effet de notre choix et de son mérite, que quand elle vient d'une inclination aveugle (Dédicace). » 
Alidor craint donc de trop aimer à son tour et d'aliéner son indépendance. Il fait part de son projet de quitter Angélique à son ami Cléandre. Justement Cléandre adorait en secret Angélique. Joie d'Alidor, devant cette occasion de briser ses chaînes et d'obliger son ami. Il fait donc remettre à Angélique une fausse lettre qui le convainc de légèreté et parle d'elle en termes assez méprisants. Par malheur Angélique dans sa colère accepte les avances d'un autre soupirant.

Pour parer à ce contretemps, Alidor feint de revenir à ses anciennes amours et décide Angélique à se laisser enlever le soir même. A la faveur de l'obscurité, Cléandre se substituera à Alidor et le tour sera joué. Mais le projet échoue, Cléandre enlève Phylis, amie d'Angélique, et se décide à l'épouser. Angélique refuse l'inconstant Alidor et se retire dans un cloître. Alidor, ce singulier héros de la volonté, demeure célibataire et s'écrie :

C'est de moi seulement que je prendrai la loi.
La Place Royale fut vivement discutée dans les salons et eut beaucoup de succès à la scène. Il plaisait fort aux spectateurs de se voir transportés dans un endroit qu'ils fréquentaient d'ordinaire : la place Royale (auj. place des Vosges, à Paris) était en effet, à cette époque, la promenade à la mode, le lieu de réunion de la société la plus brillante, le centre des rendez-vous et des intrigues amoureuses. Le grand défaut de la pièce est dans cette duplicité d'action que nous avons signalée; on y trouve aussi une extrême préciosité qui lui valut d'ailleurs le suffrage des salons. Ecoutez Angélique parlant de son miroir (ac. II, sc. II) :
S'il me dit mes défauts autant et plus que toi,
Déloyal, pour le moins il n'en dit rien qu'à moi
C'est dedans son cristal que je les étudie; 
Mais après il s'en tait, et moi j'y remédie;
Il m'en donne un avis sans me les reprocher, 
Et, me les découvrant, il m'aide à les cacher.
Cléandre dit à Phylis au sujet de son portrait (ac. III, sc. I) :
En ce point il ressemble à ton humeur volage, 
Qu'il reçoit tout le monde avec même visage;
Mais d'ailleurs ce portrait ne te ressemble pas, 
En ce qu'il ne dit mot et ne suit point mes pas.
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