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Mélite, de Corneille

Mélite est une comédie de Corneille. Représentée à Paris, en 1629, par Mondory, qui l'avait apportée de Rouen, Mélite ou les Fausses lettres, la première pièce de théâtre de son auteur, eut un succès prodigieux. Bien qu'il ne connut pas alors les fameuses règles, il avait trouvé lui-même, à la simple lumière du bon sens, l'unité d'action et l'unité de lieu. C'était la première fois qu'on les voyait à la scène. C'était aussi la première fois qu'on y entendait « la conversation des honnêtes gens ».

Dans son examen, l'auteur nous apprend quelle est la qualité qui frappa le plus ses contemporains : 

« La nouveauté de ce genre de comédie, dit-il, dont il n'y a point d'exemple dans aucune langue, et le style naïf qui faisait une peinture de la conversation des honnêtes gens furent sans doute la cause de ce bonheur surprenant. »
On sait comment l'idée lui vint d'écrire pour la scène. « Une aventure galante, nous dit son frère, Thomas Corneille, lui fit prendre le dessein de faire une comédie pour y employer un sonnet qu'il avait fait pour une demoiselle qu'il aimait ». Ce fut donc Mélite. Fontenelle, son neveu, a conté la même histoire, que les biographes, comme l'on pense, n'ont pas manqué d'enjoliver. Il suffira de dire ici, sans nous inquiéter autrement du vrai nom de sa demoiselle, si ce fut Marie Millet, ou Marie Courant, ou plus probablement Catherine Hue, que l'aventure paraît authentique en son fond.

L'intrigue de cette comédie est si compliquée que l'auteur lui-même n'a pas réussi à en donner, dans sa préface, une analyse plus claire que sa pièce. Au moins cette intrigue est-elle, tout au moins dans la première partie, assez ingénieuse,  et elle a été souvent reprise au théâtre. Eraste, amoureux de Mélite, conduit chez sa maîtresse Tircis, qui se fait aimer d'elle. Par dépit jaloux, Éraste adresse des lettres supposées de Mélite à Philandre, fiancé de Cloris, qui est soeur de Tircis. Tircis, ayant trouvé ces lettres, se désespère; et Mélite, qui le croit mort, est aussi malheureuse que lui. A la fin tout s'arrange : Tircis épouse Mélite, Éraste épouse Cloris. (H. Clouard).

Pour le style de Mélite, en voici un échantillon :

Une fille qui voit et que voit la jeunesse
Ne s'y doit gouverner qu'avec beaucoup d'adresse; 
Le dédain lui messied; ou, quand elle s'en sert, 
Que ce soit pour reprendre un amant qu'elle perd. 
Une heure de froideur, à propos ménagée, 
Peut rembraser une âme à demi dégagée, 
Qu'un traitement trop doux dispose à des mépris
D'un bien dont cet orgueil fait mieux savoir le prix... 
Si tu n'eusses jamais quitté cette leçon, 
Ton Éraste avec toi vivrait d'autre façon.
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Dictionnaire Le monde des textes
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