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Les Méditations, de Descartes

Les Méditations ou Méditations touchant la première philosophie, où l'on démontre l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme, sont un ouvrage der Descartes (Paris, 1641). L'auteur y reprend l'exposition des points principaux de sa dortrine qu'il avait l'ait connaître par le Discours de la Méthode, publié en 1637. Ces Méditations forment un livre de peu d'étendue par lui-même, mais ensuite considérablement grossi par les objections de plusieurs métaphysiciens du temps,et par les réponses que Descartes fit à ces objections.

Le philosophe commence par expliquer pourquoi nous pouvons douter de toutes choses et particulièrement des choses matérielles, et comment ce doute nous est utile. Mais, si l'esprit peut douter de l'existence des choses, il ne peut contester qu'il existe lui-même; et il est amené à distinguer ce qui lui appartient et ce qui est du corps. Descartes développe ensuite son principal argument en faveur de l'existence de Dieu, établit que les choses conçues clairement et distinctement sont toutes vraies, traite de la différence qu'il y a entre l'entendement et l'imagination et conclut en montrant que l'âme est réellement distincte du corps, tout en lui étant unie et composant avec lui comme une même chose. 

Descartes publia les Méditations en latin,
 

« parce que, dit-il dans la préface, le chemin que je tiens est si peu battu et si éloigné de la route ordinaire, que je n'ai pas cru qu'il fût utile de le montrer en français et dans un discours qui pût être lu de tout le monde, de peur que les esprits faibles ne crussent qu'il leur fût permis de tenter cette voie. » 
En 1647, il en parut une traduction française de la main du duc de Luynes. Descartes revit cette traduction qui bientôt, pour le commun des lecteurs, fit disparaître l'original, et que l'on a substituée au texte latin dans les éditions publiées en France depuis le commencement du XVIIIe siècle. Descartes s'est chargé lui-même de faire une rapide analyse de ses six méditations :
« Dans la première, dit-il, je mets en avant les raisons pour lesquelles nous pouvons douter généralement de toutes choses, et particulièrement de choses matérielles, au moins tant que nous n'aurons point d'autres fondements dans les sciences que ceux que nous avons eus jusqu'à présent. Ce doute nous délivre de toutes sortes de préjugés et nous prépare un chemin très facile pour accoutumer notre esprit à se détacher des sens. 

Dans la seconde, l'esprit, qui, usant de sa propre liberté, suppose que toutes les choses ne sont point, de l'existence desquelles il a le moindre doute, recensait qu'il est absolument impossible que cependant il n'existe pas lui-même, ce qui est aussi d'une très grande utilité, d'autant que par ce moyen il fait aisément distinction des choses qui lui appartiennent, c'est-à-dire à sa nature intellectuelle, et de celles qui appartiennent au corps. 

Dans la troisième méditation, j'ai expliqué assez au long le principal argument dont je me sers pour prouver l'existence de Dieu. 

Dans la quatrième, il est prouvé que toutes les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies. 

Dans la cinquième, outre que la nature corporelle prise en général y est expliquée, l'essence de Dieu y est encore démontrée par une nouvelle raison. Enfin, dans la sixième, je distingue l'action de l'entendement d'avec celle de l'imagination; les marques de cette distinction y sont décrites; j'y montre que l'âme de l'homme est réellement distincte du corps, et toutefois qu'elle lui est si étroitement unie et conjointe qu'elle ne compose que comme une même chose avec lui. Toutes les erreurs qui proviennent des sens y sont exposées avec les moyens de les éviter. »

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Spiritualité du moi

« Pour ce que je sais que tontes les choses que je conçois clairement et distinctement peuvent être produites par Dieu telles que je les conçois, il suffit que je puisse concevoir clairement et distinctement une chose sans une autre, pour être certain que l'une est distincte ou différente de l'autre, parce qu'elles peuvent être mises séparément, au moins par la toute-puissance de Dieu; et il n'importe par quelle puissance cette séparation se fasse, pour être obligé à les juger différentes; et partant, de cela même que je connais avec certitude que j'existe, et que cependant je ne remarque point qu'il appartienne nécessairement aucune autre chose à ma nature ou à mon essence, sinon que je suis une chose qui pense, je conclus fort bien que mon essence consiste en cela seul que je suis une chose qui pense, ou une substance dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser. Et quoique peut-être, ou plutôt certainement, comme je le dirai tantôt, j'aie un corps auquel je suis étroitement conjoint; néanmoins pour ce que d'un côté j'ai une claire et distincte idée de moi-même, en tant que je suis seulement une chose qui pense et non étendue, et que d'un autre j'ai une idée distincte du corps, en tant qu'il est seulement une chose étendue et qui ne pense point, il est certain que moi, c'est-à-dire mon âme, par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement et véritablement distincte de mon corps, et qu'elle peut être et exister sans lui. »
 

(Descartes, Méditation VI).

Le livre des Méditations est, de tous ses écrits, celui que Descartes estimait le plus. Il croyait y avoir exposé le moyen de démontrer les vérités métaphysiques d'une manière plus évidente que les axiomes de géométrie. 

Les Méditations de Descartes donnèrent lieu à une foule d'objections, auxquelles l'auteur répondit séparément. Les objections les plus sérieuses lui furent adressées par le P. Mersenne, par Hobbes, Arnauld, Gassendi, Clersellier. Descartes les provoqua le premier, dans le dessein d'obtenir de plus grands éclaircissements sur un sujet si important et si difficile. Mersenne invita les docteurs de la Faculté de théologie de Paris à entrer dans les vues du philosophe. Antoine Arnauld, qui n'était encore qu'un jeune docteur, se rendit à cette invitation : ses objections furent très bien accueillies de Descartes, qui y répondit avec soin et avec des marques d'une estime distinguée pour leur auteur. Arnauld, gagné par ces réponses, se montra, jusqu'à la lin de sa vie, un zélé défenseur des Méditations. (PL / NLI).
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L'idée de l'infini ne peut avoir son objet en nous

«  Mais peut-être aussi que je suis quelque chose de plus que je ne m'imagine, et que toutes les perfections que j'attribue à la nature d'un Dieu sont en quelque façon en moi en puissance, quoiqu'elles ne se produisent pas encore et ne se fassent point paraître par leurs actions. En effet, j'expérimente déjà que ma connaissance s'augmente et se perfectionne peu à peu; et je ne vois rien qui puisse empêcher qu'elle ne s'augmente ainsi de plus en plus jusqu'à l'infini, ni aussi pourquoi, étant ainsi accrue et perfectionnée, je ne pourrais pas acquérir par son moyen toutes les autres perfections de la nature divine, ni enfin pourquoi la puissance que j'ai pour l'acquisition de ces perfections, s'il est vrai qu'elle soit maintenant en moi, ne serait pas suffisante pour en produire les idées. Toutefois, en y regardant un peu de près, je reconnais que cela ne peut être; car premièrement, encore qu'il fût vrai que ma connaissance acquît tous les jours de nouveaux degrés de perfection, et qu'il y eût en ma nature beaucoup de choses en puissance qui n'y sont pas encore actuellement, toutefois ces avantages n'appartiennent et n'approchent, en aucune sorte, de l'idée que j'ai de la divinité, dans laquelle rien ne se rencontre seulement en puissance; mais tout y est actuellement et en effet. Et même n'est-ce pas un argument infaillible et très certain d'imperfection en ma connaissance, de ce qu'elle s'accroît peu à peu et qu'elle s'augmente par degrés? De plus, encore que ma connaissance s'augmentât de plus en plus, néanmoins je ne laisse pas de concevoir qu'elle ne saurait être actuellement infinie, puisqu'elle n'arrivera jamais à un si haut point de perfection qu'elle ne soit encore capable d'acquérir quelque grand accroissement. Mais je conçois Dieu actuellement infini en un si haut degré qu'il ne se peut rien ajouter à la souveraine perfection qu'il possède. »

(Descartes, Méditation III).
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Dictionnaire Le monde des textes
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