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Le Médecin de campagne, d'Honoré de Balzac

Le Médecin de campagne est un roman d'Honoré de Balzac, qui, dans la Comédie Humaine, est rangé dans les série des Scènes de la vie de campagne

Le docteur Benassis, dont il nous raconte l'histoire, est installé dans un canton lointain du Dauphiné. Il s'est voué au relèvement matériel et moral d'une population à demi-abrutie par la misère. A la fois idéaliste et pratique, il a fait oeuvre d'économiste, sans attendre les directions d'un gouvernement centralisé à l'excès, et incapable de se rendre compte des besoins locaux ni des méthodes qu'ils réclament. Cette âme citoyenne est ennemie de l'étatisme. Appuyé sur l'autorité morale d'un prêtre, aidé de quelques individualités qu'il a suscitées en les intéressant à son oeuvre, il a réussi à rendre merveilleusement prospère, en quelques années, son pays d'adoption.

Le Médecin de Campagne est construit sur un plan très souple. Avec l'exposé des doctrines du docteur Benassis et l'historique de son oeuvre, on y trouve une succession d'épisodes où Balzac a représenté divers aspects de la vie campagnarde et des types populaires fort curieux. Le fil qui les rattache est une promenade que le docteur fait faire à son hôte, le commandant Genestas, ancien officier de l'Empire demeuré au service de la Restauration; - il donne des consultations, il console, il exhorte; nous le voyons dans son apostolat, et nous rencontrons avec lui des types de résignation paysanne, un braconnier, d'anciens soldats de Napoléon, un usurier de campagne (cf. Les Paysans), etc., toute une galerie très riche en observations exactes, quelquefois mêlées de romanesque sentimental. Il semble que dans la Fosseuse, - jeune paysanne très romantique, à demi-déclassée, victime sociale, indolente et rêveuse, avec un grand fond de tendresse qui ne sait où se prendre et d'où naît un amour silencieux pour le docteur, - il semble que Balzac ait voulu peindre une femme qui l'aima lui-même d'un amour semblable. L'élément autobiographique pénètre dans presque toutes ses oeuvres.
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La Comédie humaine : le docteur Benassis.
Le docteur Benassis.

Il fallait raconter les antécédents du docteur Benassis. Balzac, vers la fin du volume, lui a fait faire toute une confession de sa première vie; ce récit achève le sens du livre, il en fait un précieux document sur la génération de 1820 à 1830. Benassis a eu la maladie du siècle, il s'est guéri et converti après de grandes épreuves, qui ont aiguisé en lui le sentiment de ses fautes, et amené à la lumière sa noblesse intime. 

Ainsi ce livre qui était déjà, dans d'humbles proportions, une épopée de l'industrie rurale et un résumé d'économie sociale, devient un roman intime et un manuel de vie intérieure à l'usage des enfants du siècle. Nulle part on ne saisit mieux la façon dont Balzac, tout en acceptant l'héritage romantique des René, des Adolphe et des Obermann, l'adapte aux besoins de sa nature active et avide de réalisations. Aux immenses ambitions législatrices qui faisaient rêver les disciples de Rousseau d'un peuple primitif à modeler, se substitue l'ambition plus simple de relever son propre pays, sa commune. (Cf. au même moment l'appel que fait Augustin Thierry aux désespérés, à ceux qui croient leur mal moral incurable, en leur offrant le remède du labeur scientifique). Balzac croit à la nécessité d'hommes supérieurs, faisant le don entier de soi, et qui ne se croient pas des Messies opérant par un prestige, mais qui agissent pratiquement. C'est une façon toute neuve d'entrer en religion, que Balzac oppose à la solution, encore entachée de romantisme, préconisée par Charles Nodier, dans un article contemporain qui concluait ainsi : 

« Cette génération se lève et vous demande des cloîtres. »
Balzac exprime dans ce roman, pour la première fois sous une forme systématique, son credo politique et social. De l'attitude d'observation et d'attente qu'il avait adoptée après juillet 1830, il passe délibérément au légitimisme (vers lequel le poussent d'anciennes influences familiales et ses relations nouvelles avec la marquise de Castries et le duc de Fitz-James), et au catholicisme, où il reconnaît le système le plus complet de discipline sociale. Il n'est et ne sera jamais orthodoxe ; c'est un « catholique positiviste-».

On ne peut suivre ici dans le détail la série des hésitations de Balzac jusqu'au jour où elles se résolvent en une doctrine définie. Dans le parti royaliste, il était d'ailleurs pour le mouvement; la vieille noblesse a fait son temps, il le dit; il n'y a plus qu'une aristocratie ouverte; il faut infuser un sang frais à l'ancienne classe des privilégiés, qui ne peut jouer son rôle de tutelle et d'initiative sociales que par l'accession d'hommes nouveaux, véritables missionnaires sociaux, à l'image du Dr Benassis, par le talent et par la valeur morale. Ainsi se concilie le conservatisme et le libéralisme dans la pensée de Balzac.

Balzac fondait de grands espoirs sur ce roman; il a voulu faire une oeuvre populaire, et qui pût aller entre toutes mains, quelque chose qui se vendît comme l'Evangile ou l'Imitation (à Mame, 30 septembre 1832). Paru en septembre 1833, Le Médecin de Campagne n'obtint ni le prix Montyon, que Balzac avait ambitionné, ni l'éclatant succès qu'il avait espéré. Les journaux dont il escomptait l'appui, La Quotidienne, par exemple (légitimiste) l'accablèrent « d'un torrent d'injures », inondant de leur mépris « l'homme et l'oeuvre » (à Mme Carraud, 5 octobre 1833). Il eut des compensations. La duchesse de Berry lui fit écrire « des choses touchantes ». - Plus tard l'ouvrage se releva, et il demeure l'un des plus lus et es plus estimés qu'ait ecrits Balzac. (NLI / Joachim Merlant).
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Portrait du docteur Benassis

[ Le commandant Genestas est venu consulter le docteur Benassis; il le trouve dans une chaumière de paysan. Voici le portrait du docteur, tel que le voit Genestas, à la lueur d'un feu de sapin : ] 

 « Benassis était un homme de taille ordinaire,mais large  des épaules et large de la poitrine. Une ample redingote verte, boutonnée jusqu'au cou, empêcha l'officier de saisir les détails si caractéristiques de ce personnage ou de son maintien; mais l'ombre et l'immobilité dans laquelle resta le corps servirent à faire ressortir la figure, alors fortement éclairée par un reflet des flammes. Cet homme avait un visage semblable à celui d'un satyre; même front légèrement cambré, mais plein de proéminences toutes plus ou moins significatives; même nez retroussé, spirituellement tendu dans le bout; mêmes pommettes saillantes. La bouche était sinueuse, les lèvres étaient épaisses et rouges. Le menton se relevait brusquement. Les yeux, bruns et animés par un regard vif auquel la couleur nacrée du blanc de l'oeil donnait un grand éclat, exprimaient des passions amorties. Les cheveux jadis noirs et maintenant gris, les rides profondes de son visage et ses gros sourcils déjà blanchis, son nez devenu bulbeux et veiné, son teint jaune et marbré par des taches rouges, tout annonçait en lui l'âge de cinquante ans et les rudes travaux de sa profession. L'officier ne put que présumer la capacité de la tête, alors couverte d'une casquette; mais, quoique cachée par cette coiffure, elle lui parut être une de ces têtes proverbialement nommées têtes carrées.

Habitué, par les rapports qu'il avait eus avec les hommes d'énergie que rechercha Napoléon, à distinguer les traits des personnes destinéecs aux grandes choses, Genestas devina quelque mystère dans cette vie obscure, et se dit en voyant ce visage extraordinaire :

- Par quel hasard est-il resté médecin de campagne? »
 

(H. de Balzac extrait du Médecin de campagne).
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