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Manon Lescaut, de l'abbé Prévost

Marion Lescaut est un roman de l'abbé Prévost, son chef'd'oeuvre, qui parut en Hollande en 1731 (Histoire du chevalier Des Grieux et de Marion Lescaut), puis en France, où il fut saisi (1733), et qui n'était originairement qu'un épisode des Mémoires d'un homme de qualité (1723-1729-1731). 

L'aimable chevalier des Grieux et la séduisante Manon se rencontrent par hasard, s'éprennent d'une vive passion l'un pour l'outre, et abandonnent leur famille pour fuir ensemble, sans se douter qu'il y ait autre chose que l'amour. Tombés bientôt dans la misère, l'une prend le parti de faire commerce de ses attraits, tandis que l'autre apprend à friponner au jeu. Comment ces deux personnages inspirent-ils un intérêt si vif, porté à la fin au plus haut degré? C'est qu'il y a de la passion et de la vérité; c'est que cette femme, toujours fidèle au chevalier Des Grieux, même en le trahissant, qui n'aime rien tant que lui, qui mêle un si grand charme à ses infidélités, dont l'imagination voluptueuse, les grâces, la gaieté ont pris un si grand charme sur son amant, qu'une telle femme est un personnage aussi séduisant dans la peinture que dans la réalité; c'est que l'enchantement qui l'environne, sous le pinceau de l'écrivain, ne la quitte jamais, pas même dans la charrette qui la transporte à l'hôpital. Et qu'arrive-t-il à le fin? Que cette femme si aimable, jusque dans ses égarements, devient ensuite admirable par sa constance et sa tendresse; que les erreurs d'une imagination ardente font place aux vertus d'une âme sensible; qu'après avoir été une maîtresse adorable, elle devient une amante héroïque; que cette femme si délicate, si amollie par l'habitude du plaisir, préfère la pauvreté à une riche alliance, consent à fuir dans un désert avec celui qu'elle aime plutôt que de s'en séparer, et trouve enfin la mort auprès de lui. On éprouve rarement un attendrissement aussi douloureux qu'au dénouement de cet ouvrage.

La peinture de la passion.
Prévost a mis beaucoup de lui-même dans Manon. Il y raconte les aventures d'un chevalier, des Grieux, qui s'éprend d'une folle passion pour une jeune femme indigne, Manon Lescaut, et descend pour elle aux plus honteuses complaisances et aux pires vilenies.

C'est une histoire d'une vérité douloureuse et poignante, car des Grieux souffre à la fois dans son amour et dans sa conscience. Comme il le dit à son ami Tiberge :

Votre compassion doit être excessive, mon cher Tiberge, si vous m'assurez qu'elle est égale à mes peines. J'ai honte de vous les laisser voir, car je confesse que la cause n'en est pas glorieuse : mais l'effet en est si triste qu'il n'est pas besoin de m'aimer autant que vous faites pour en être attendri. (1re partie).
Il est curieux de trouver esquissé dans ce roman, dont La Nouvelle Héloïse
viendra en droite ligne, un rêve de vie à la Rousseau.
Je formai là-dessus, d'avance, un système de vie paisible et solitaire. J'y faisais entrer une maison écartée, avec un petit bois et un ruisseau d'eau douce au bout du jardin; une bibliothèque composée de livres choisis, un petit nombre d'amis vertueux et de bon sens, une table propre mais frugale et modérée. (Ibid., p. Ill).
Nous n'avons pas à insister sur cet écrivain, peu « classique ». Disons seulement que Manon Lescaut a pris rang parmi les chefs-d'oeuvre de la littérature passionnelle, et peut-être le premier rang. La sincérité de l'analyse est remarquable.

Ce roman montre qu'on commençait à passer de la sensibilité maniérée à la sensibilité vraie. Et Prévost eut, ou devait avoir, une grande influence.  En outre, sous l'influence des romans anglais traduits par Prévost la transformation ne va cesser de de se consolider, et Rousseau la rendra définitive. Manon contient d'ailleurs en germe la passion de la Nouvelle Héloïse et peut être considérée comme le modèle des principaux romans du XIXe siècle.Toutefois immédiatement après Marivaux et Prévost, le roman se charge de philosophie, mais devient plus preste; Voltaire et Crébillon fils (1707-1777) adoptent la forme du conte. A l'art «-sensible » se substitue l'art licencieux, dont on trouvait déjà quelques exemples dans les Lettres Persanes et la théorie dans Marivaux (Le Paysan parvenu, IVe partie). (E. Abry / PL).

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Dictionnaire Le monde des textes
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