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Mainet

Mainet est une chanson de geste qui appartient au groupe des romans carolingiens. L'ouvrage traite de l'enfance et de la jeunesse de Charlemagne, qui s'y trouve désigné sous le nom de Charles le Mainet, c.-à-d. le Petit. 

Brouillé avec son père Pépin, Charlemagne va se mettre, avec un grand nombre de guerriers, au service d'un roi sarrasin de Tolède, Galafre, dont la fille, Galiane, lui inspire une vive passion. Mais il lui faut disputer cette princesse à Bramant, autre roi de l'Espagne musulmane : il le met en déroute, enlève Galiane, l'emmène en France, la fait baptiser et l'épouse. 

« Les fragments du Mainet justifient les regrets qu'avaient déjà fait naître, sur la perte dit poème entier, les diverses imitations qu'on en connaît. Ils appartiennent encore (au moins par le fond et par l'allure générale du style) à la bonne époque de l'épopée carolingienne. Le récit en est vif et mouvementé, les descriptions brillantes et les caractères bien tracés. Les situations surtout et les aventures sont héroïques, intéressantes et bien enchaînées. A défaut de l'ouvrage entier, qui se retrouvera peut-être un jour, nous sommes heureux de posséder ces restes qui, copiés par un scribe intelligent et soigneux, nous donnent de l'ensemble une idée très favorable. » (L Pannier).
Ce texte, dont la composition remonte au XIIe siècle, a été développé en prose italienne dans le 6e livre du recueil de fictions chevaleresques in titulé Dei Reali di Francia. On en trouve un extrait moins détaillé et plus libre, en prose castillane, dans la Chronique générale d'Espagne composée sous Alphonse X

Analyse du Mainet.
Heudri et Hainfroi, fils de la fausse ou de la Serve, ont empoisonné Pépin et Berte. Pépin, en mourant, a confié à Hainfroi la garde du royaume et l'éducation du jeune Charles, son fils légitime. C'est ce Charles que les Serfs vont songer à faire périr. Mais un serviteur fidèle, du nom de David, va déjouer leurs projets en feignant d'entrer dans leurs complots et en se faisant leur confident intime. Description d'une fête où Charles et ses amis se déguisent en fous; Charles s'empare, à la cuisine, d'une broche que lui donne son ami fidèle, le cuisinier Mayugot, et en frappe très rudement Hainfroi; puis, il s'esquive, lui et ses amis. C'est seulement le lendemain, au matin, que les Serfs s'aperçoivent de cette fuite. Ils s'y résignent, et, pour mieux assurer leur nouvelle royauté, font de la popularité. On les voit protéger les petits, les vilains, les pèlerins.

Bref, ils réussissent et, pouvant tout se permettre, emprisonnent leur beau-frère, Milon d'Anglant. Cependant Charles et David sont arrivés à Bordeaux; puis, à Cri (?). C'est là qu'ils se décident à aller demander l'hospitalité au roi païen de Tolède, à Galafre. Ils passent la Sorge à Sainté Jean, traversent les ports de Sizre et arrivent à Pampelune. Grâce à un interprète, du nom de Macabrin, ils peuvent enfin arriver à Tolède. Or, Galafre se trouve alors en un très grand embarras; il est assailli par de puissants ennemis, et l'une de ses villes, Monfrin, va peut-être tomber en leur pouvoir : « Sauvez-moi; dit-il aux Français, et je ferai votre fortune ».

Après les péripéties les plus diverses d'un long combat, Charles et ses Français décident de la victoire en faveur de Galafre. Du reste, la naissance de Charles n'est encore connue de personne, si ce n'est de David et de quelques Français, et il portera désormais le nom de « Mainet ». Rien, d'ailleurs, n'est plus triste que son équipage et son armure : il est monté sur un mauvais cheval et porte un pieu suspendu à son cou. Mais David, qui a pris le nom d'Esmeré, le revêt bientôt d'armes magnifiques, et l'un des capitaines de Galafre lui fait présent du bon cheval Afilé. Alors Mainet s'élance de nouveau dans la mêlée, et tue successivement Caïmant, le roi d'Odiene et le gonfalonier du roi païen Braimant; puis le roi Cayfer; puis le roi Almacu. 

Cela fait, il entre triomphalement dans la ville de Monfrin, et revient à Tolède, après avoir refusé la royauté que lui offraient les principaux habitants de Monfrin. C'est alors que la fille de Galafre, Orionde Galienne, se prend pour lui du plus vif amour. Elle n'hésite pas à répéter tout haut qu'elle l'épouserait volontiers : « Si j'en avais un fils, dit-elle, il tiendrait le royaume d'Espagne au lieu de mon frère Marsile, qui ne vaut rien-». Cour tenue par Galafre où il déclare qu'il est prêt à armer Mainet chevalier, à lui donner une partie de son royaume, et même sa fille Galienne qui est demandée par trente rois. Parmi ces prétendants, il n'en est pas de plus terrible que Braimant, lequel fait la guerre à Galafre parce que Galienne se refuse à l'épouser. 

Sur l'heure, on fait venir Mainet et on le met en demeure d'apporter à Galafre la tête de Braimant. Mainet s'y engage, et s'arme de la fameuse épée Joyeuse. Puis, il part, tue Braimant et s'empare de l'épée Durandal. Durant toutes ces batailles, on lui avait confié le commandement d'un corps d'armée composé de Syriens : ceux-ci, pleins d'admiration devant le courage de leur jeune capitaine et jugeant par là que son Dieu devait être bien au-dessus de Mahomet, se convertissent en masse. Le chapelain Solin en baptise dix mille. 
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Extrait du Mainet

[Les trois feuillets du Mainet qui ont été si heureusement retrouvés renfermaient 996 vers; mais ce n'est là qu'une partie de ce poème, dont il est difficile de préciser la véritable étendue. Ces vers sont des alexandrins; les laisses féminines sont assonancées et les laisses masculines rimées. Pour en donner une idée au lecteur, nous allons en transcrire ici un des plus curieux couplets. Il s'agit du jeune Charlemagne et de l'épée Joyeuse; la scène se passe à la cour de l'émir Galafre où le fils de Pépin a reçu l'hospitalité :]

« Ensi com je vos di, a li rois creanté : 
Mainet donra sa fille et sa grant roiauté;
Mais k'il li ait le cief de Braimant aporté 
« Sire », respont li enfes, « çou est du tot en Dé. 
Ne prendrai vostre espée, ne me vient pas à gré; 
Car j'en ai une vielle de l'ancien aé : 
Isaac, li bons fevres, qui sor tos ot bonté, 
La forga et tempra ens el val Josué;
Et fu le premier roi qui tint crestienté,
Cloovi le courtois, le chevalier membré,
Qui fit levés en fons et créï Damedé;
Elle a à non Jaiouse, molt est de grant biauté; 
Une grant toise est longe, s'a demi pié de lé;
Celi ne ruis cangier, ele m'est bien à gré;
Or le m'aportés cha, sire maistre Esmeré,
Si le verra mes sires et si roi couroné. »
Et cil respondi Sire, à vostre volenté. »
Lors s'en torne Davis, n'i a plus demoré,
Et deffrema un coffre c'uns muls ot aporté :
N'i ot or ne argent ne paile ne cendé,
Mais autels et reliques de molt grant sainteé.
Fors en a trait l'espée qui fu de grant biauté;
Puis refrema le coffre et si l'a commandé 
Solin le capelain c'o aus ot amené, 
Qui nés ert de Paris la nobile cité. 
Esmerés tint Joiouse au fourel d'or olvré; 
Il le tendi Mainet, et l'enfes l'a miré. 
Li rois le traist du fuerre, s'a le bran regardé : 
Li brans trait à verdor de l'achier bru....;
Un des dens saint Jehan le benoît ami Dé
Avoit ens el pumel par maistrie enserré; 
Si ot de saint Pancraise et de saint Honeré, 
Et du digne sepulchre Jhesu de maïsté. 
Les reliques fremirent et poing d'or noielé;
Très par mi le cristal où sont enseelé, 
Les puet on bien veoir en l'or transfiguré.
Quant le voit l'Amiraus, tos s'en a desperé.
Il en crolla le cief, s'esgarda son barné,
Et le dist à ses rois qui Ii sont au costé : 
« Molt me vient à merveille, par Mahon le mien Dé,
Dont cis hon est venus ne de quel parenté. » 

(Mainet).

Retour du vainqueur à Tolède; conspiration de Marsile contre Mainet. Galienne révèle à son père tout le complot. Galafre prend la défense de Mainet et menace de mort ses fils eux-mêmes, s'ils lui font le moindre mal. Nuit sensuelle passée par les Français auprès de leurs amies; mais Mainet, lui, ne veut pas toucher à Galienne « parce qu'elle est encore païenne ». Nouvelle conjuration des partisans de Marsile contre la vie de Mainet. Ils surprennent la bonne foi de Galafre lui-même et lui persuadent que Mainet veut se mettre à la tête de ses fidèles Syriens et détrôner le père de Galienne. Galafre se laisse prendre à ces mensonges, et entre lui-même dans le complot. Mainet semble perdu, et va tomber dans une embuscade où il trouvera la mort, mais Galienne est magicienne et lit dans les astres le sort qui attend le jeune Français. Vite, elle l'avertit et le sauve.

Mainet s'embarque avec ses Syriens et fait voile vers l'Italie : il entre dans le Tibre au moment même où les païens vont tenter un suprême effort contre le Pape. Mainet les attaque et les bat. Mais ce n'était la qu'un de leurs corps d'armée : l'Amiral est averti de leur défaite et entre en ligne avec toute une armée. Grande bataille sur les rives du Tibre. 

C'est ici que s'arrêtent les fragments retrouvés du Mainet. Il est facile de les compléter avec le Charlemagne de Girard d'Amiens : le fils de Pépin, l'hoir légitime de France, sera vainqueur des Sarrasins dans ce nouveau combat. Il rentrera victorieusement en France, y vaincra les deux serfs, et se fera couronner roi. (L. G).

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