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Les
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| Livre de Jérémie.
- L'un des plus importants recueils de prophéties contenu en la
Bible La persistance de Jérémie
à annoncer à ses concitoyens les effroyables châtiments
qui seront la peine de son apostasie à la fois religieuse et morale,
lui attire d'incessantes persécutions et jusqu'aux plus graves dangers.
C'est dans son livre qu'il faut chercher les détails des périls
auxquels il n'échappe momentanément que pour en courir de
nouveaux, que lui valent ses infatigables protestations. Non content de
flétrir le mal, il s'est tellement convaincu de l'inutilité
de la résistance aux Chaldéens L'intérêt religieux et littéraire qui s'attachait au livre de Jérémie a donc semblé se doubler d'un intérêt purement historique; c'est là un jugement quia été exprimé par bon nombre d'exégètes du temps présent. «De tous les livres qui ont été compris dans la collection prophétique, dit Reuss, il est le plus intéressant pour l'histoire. C'est que nous n'y rencontrons pas seulement des discours...; une partie notable du volume contient ce que nous appellerions aujourd'hui des mémoires, soit une relation de faits composée par un témoin oculaire. Aucun des prophètes dont il nous est parvenu des écrits ne paraît avoir été mêlé aux affaires publiques au même degré que le fils du prêtre Helcias, et si nous ne craignions pas de donner une fausse couleur aux choses en ne tenant pas assez compte de la différence des conditions sociales et politiques, nous dirions volontiers qu'il nous apparaît comme un orateur de l'opposition dans les graves conflits intérieurs qui précédèrent et hâtèrent la ruine de la ville et de la dynastie.»Cependant, quand on y regarde de près, on ne tarde pas à s'apercevoir que le livre de Jérémie répond médiocrement aux espérances qu'un premier examen avait fait naître. Sans parler de pages décidément inauthentiques, telles que le grand oracle sur Babylone Eh bien ! ce personnage du prophète-prêtre
Jérémie, les livres des Rois n'en soupçonnent même
pas l'existence pour les temps de Josias, de Joachim et de Sédécias;
son nom n'y est pas prononcé, ce qui ferait penser qu'il ne figurait
pas dans les sources qui étaient à la disposition du rédacteur
des livres historiques et qu'il a dû être emprunté,
comme ç'a été le cas pour le prophète Daniel,
à un cycle de récits et d'anecdotes de moindre autorité,
concernant les derniers temps de la royauté juive. Voici maintenant
une seconde réflexion, de plus de portée encore : le rôle
de Jérémie est éminemment paradoxal; c'est, quand
on y regarde de près, un personnage absurde, impossible. En pleine
guerre, il déclare que les ennemis de son peuple sont les instruments
des vengeances divines sur Israël et qu'il ne faut leur opposer aucune
résistance. Non seulement il décourage et énerve la
défense, mais il prêche la trahison. Ses compatriotes sont
furieux, mais, en dépit de quelques mauvais procédés
dont ils usent à son égard, lui laissent poursuivre jusqu'au
bout une campagne détestable. La question qui se pose ici est: N'est-ce
pas là un rôle tout artificiel; n'est-ce pas là l'expression
des vues auxquelles sont arrivés les docteurs du second Temple quand
ils ont cherché à se rendre compte des raisons profondes,
c. -à-d. théologiques, qui ont déterminé la
victoire des Chaldéens On arrive à ce même résultat
d'une composition pseudépigraphe du Livre de Jérémie,
si l'on discute les rapports de cette oeuvre soit avec le Deutéronome Quel que soit le parti auquel la critique juge à propos de s'arrêter après un nouvel et scrupuleux examen des documents, soit l'hypothèse d'un fonds ancien fortement remanié, soit la thèse d'une composition pseudonyme qu'on pourrait rapporter au une siècle avant notre ère, le Livre de Jérémie conserve sa place au premier rang des grandes oeuvres bibliques. Son inspiration, tour à tour tendre et passionnée, la large envolée de ses développements oratoires, la spiritualité singulièrement hardie de certains passages, dont le christianisme s'est emparé pour leur donner une forme définitive, tout cela contribue à maintenir sa situation traditionnelle. Quant à la personnalité de l'auteur, nous croyons qu'elle n'a rien à gagner aux essais récemment faits pour la dégager; un Jérémie, qui aurait été réellement le héros du livre de ce nom, serait un personnage éminemment paradoxal auquel, - à défaut de notre admiration, nous pourrions tout au plus accorder notre indulgence. En revanche, le livre contient, sous la forme arrangée et artificielle que les écrivains juifs de l'époque grecque pratiquaient de préférence, l'expression de sentiments très délicats et de vues de la plus grande élévation, document inestimable pour l'histoire des idées morales et religieuses. (M. Vernes). |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.