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L'éloge

Le mot Éloge, en latin elogium, désignait à Rome les inscriptions, ordinairement louangeuses, mises au bas des statues et surtout des tombeaux. Plus tard, ce mot a pris un sens beaucoup plus étendu, et désigne littérairement un discours à la louange de quelque personnage.

Dans l'antiquité grecque, l'éloge public et solennel des guerriers morts pour la patrie était une institution politique; tel est celui des soldats athéniens morts dans la 1re année de la guerre du Péloponnèse, prononcé par Périclès; celui des soldats athéniens morts à Chéronée, prononcé par Démosthène, et le Ménexène de Platon. Les citoyens qui avaient rendu à la patrie des services éclatants, comme Léonidas à Sparte, Harmodios et Aristogiton, Thrasybule à Athènes, étaient honorés d'un éloge anniversaire : on faisait celui d'Homère à Smyrne. Certains éloges politiques et historiques, comme l'Éloge d'Evagoraspar Isocrate, d'Agésilas par Xénophon, de Démosthène par Lucien, ont, avant tout, un caractère littéraire, et ne furent pas prononcés. II en est de même des deux discours d'Isocrate, le Panégyrique d'Athènes et le Panathénée (Panathénées). Les victoires des athlètes dans le stade étaient célébrées aussi par des éloges publics; mais les poètes en étaient plus habituellement chargés: telles sont les odes isthmiques, néméennes, pythiques, olympiques de Pindare (Epinicies).

Chez les Romains, l'usage des éloges funèbres s'établit dès les premiers temps de la République, en l'honneur des grandes actions ou des vertus d'un personnage illustre. On prononçait aussi l'oraison funèbre des femmes de distinction, pourvu qu'elles fussent âgées : tel est l'éloge de Julia prononcé par son neveu César. L'orateur était ou un membre de la famille ou un magistrat. Dans la 14ePhilippique, Cicéron a inséré un brillant éloge collectif des soldats de la légion de Mars, morts en combattant contre Antoine. Sous Nerva, Tacite prononça l'éloge funèbre de Virginius Bolus, homme de guerre illustre qui refusa l'empire. L'Éloge d'Agricola, le conquérant de l'île de Bretagne, par ce grand historien, est le chef-d'oeuvre des éloges historiques. De la fin du 1er siècle à la fin du VIe, les littératures grecque et latine abondent en éloges fastueux et parfois extravagants, composés par des sophistes, des sénateurs ou des courtisans en l'honneur des empereurs vivants. Le seul qui ait une valeur littéraire est le Panégyrique de Trajan, par Pline le Jeune. Cet usage de faire l'éloge des grands personnages politiques vivants s'était déjà introduit à Rome dans le dernier siècle de la République : tels sont les éloges de Pompée, de César, de Caton, insérés dans plusieurs discours de Cicéron.

Chez les modernes, les éloges consistent surtout en Oraisons funèbres, prononcées par les orateurs de la chaire, et en Discours académiques. L'oraison funèbre jette le plus vif éclat au XVIIe siècle avec Mascaron, Fléchier et surtout Bossuet. L'Eloge funèbre, par Voltaire, des officiers qui sont morts dans la guerre de 1741, se rapproche un peu du genre des éloges funèbres de l'Antiquité païenne. Les plus célèbres éloges académiques sont ceux de Fontenelle, au nombre d'environ 70, à l'Académie des sciences, généralement écrits avec finesse et d'une lecture agréable; ceux de D'Alembert, qui se distinguent par une plus grande solidité de jugement, par une rare justesse d'appréciation, et qui sont accompagnés de notes intéressantes; ceux de Boze à l'Académie des Inscriptions; les éloges de Corneille par Racine à l'Académie française, de Bossuet par La Bruyère, de Fontenelle par Duclos. On peut rattacher au genre académique les éloges historiques de Thomas, auteur aussi d'un estimable Essai sur le Éloges; les éloges mis au concours par les académies, comme l'éloge de La Fontaine par Laharpe ou par Chamfort, de Montaigne, de Montesquieu, par Villemain.

Les éloges de rois ou de grands personnages, de leur vivant même, sont fort nombreux dans les littératures modernes depuis le XVIe siècle. Un des morceaux les plus remarquables en ce genre est l'éloge en vers de Cromwell par le poète anglais Waller.

Certains écrivains ont composé des éloges burlesques, dont plusieurs furent de véritables satires; tels furent, au XVIe siècle, l'Éloge de la folie par Erasme, l'Éloge de l'ivrognerie par Hegendorf, l'Éloge de la Râpe par Claude Begotier (Lyon, 1540); au XVIIe, les écrits publiés par Daniel Heinsius sous les titres de Laus Asini et Laus Pediculi, au XVIIIe, l'Éloge des Perruques par Akerlio (Deguerle), l'Éloge de la goutte par Coulet, l'Éloge de l'Enfer par un anonyme, etc. P.

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Dictionnaire Le monde des textes
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