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Une Chaîne, pièce de Scribe

Une Chaîne est une comédie en cinq actes et en prose de Scribe, représentée pour la première fois à Paris, sur le Théâtre-Français, le 29 novembre 1841. 

Emmeric d'Albret adore la musique et veut devenir un compositeur célèbre. Son oncle, le sieur Clérambeau, en honnête négociant qu'il est, s'oppose aux projets du jeune homme, attendu qu'il a pour tous les arts le plus souverain éloignement. Emmeric, qui fait des rêves de gloire, ne s'aperçoit pas qu'il a près de lui le bonheur tout trouvé en la personne d'une jolie cousine; il abandonne Bordeaux et vient a Paris. Malgré son enthousiasme, il comprend vite que dans cette ville, objet de convoitise pour toutes les il ne suffit pas pour parvenir d'avoir du talent, qu'il faut du savoir-faire, de l'audace, une opiniâtreté à toute épreuve et, par-dessus tout cela du bonheur. Ses romances ne trouvent pas d'éditeur, les orchestres restent sourds devant ses ouvertures, et il ne se trouve pas un poète qui consente à lui confier un livret d'opéra; si bien que, réduit au rôle désespérant de grand homme inédit, il ne tarde pas à se demander si, en définitive, il n'était pas né pour faire un négociant capable. Sa tête se perd, et, sous l'empire de ces pensées désastreuses, il apparaît un soir dans un bal étincelant, ou plutôt il s'y traîne, distrait et maussade, figurant assez bien le personnage du beau ténébreux. Mme de Saint-Géran, une femme de coeur, imagine quelque chagrin d'amour caché sous la mélancolique gravité de ce jeune homme qui ne danse pas; elle lui adresse quelques paroles gracieuses; fa conversation s'engage : Emmeric finit par avouer qu'il est triste parce qu'il ne peut se procurer le libretto que chacun refuse à son inexpérience, parce qu'il ne peut communiquer à la foule les mélodies qui le débordent. « N'est-ce que cela?-»  s'écrie la dame compatissante en souriant, et aussitôt elle dit à un homme de lettres, qui tout à l'heure encore lui parlait de son dévouement : «-Voici un jeune compositeur que vous ne connaissez pas... moi, je le connais, vous lui donnerez un opéra où vous songerez, non à vous, mais à lui... car il lui faut un succès ».  Le lendemain, Emmeric avait un libretto, et quelques jours après, un nom, de la gloire, de la fortune et un bel avenir, toutes choses beaucoup plus faciles à conquérir dans une comédie que dans la vie réelle, soit dit en passant. Comment ne pas s'éprendre instantanément d'une femme qui vous dote de cette façon? Aussi Emmeric devient-il amoureux de Mme de Saint-Géran, dont le mari, contre-amiral, voyage pour le quart d'heure. Mais, au bout de deux ou trois ans, il commence à trouver cette chaîne trop pesante, il rêve les douceurs de l'amour légitime; les périls d'une liaison adultère le fatiguent enfin, et la cousine de Bordeaux lui revient en mémoire; Aline, qu'il a laissée enfant, s'offre à lui parée de tous les charmes de la jeunesse. Il voudrait l'épouser; mais pour cela il faut rompre avec Mme de Saint-Géran, chose d'autant plus difficile que cette dernière est encore très belle. Emmeric met à briser la chaîne de fleurs qui l'enserre une brutalité désespérante. Comprenant qu'elle n'est plus aimée, la pauvre femme écrit une lettre dans laquelle elle renonce au coeur de l'ingrat. L'oncle, rassuré, brûle cette lettre aux bougies allumées pour la signature du contrat de mariage. Notre compositeur épouse sa cousine et part pour Bordeaux. Mme de Saint-Géran part avec son mari pour les colonies, après avoir signé audit contrat. L'action est traversée par un avoué ridicule, Hector Ballaudard, lequel a des bonnes fortunes assez suspectes, et finit néanmoins par être plus heureux que sage, ayant à son tour promesse de mariage de la part de Mlle Victoria.

Il y avait, comme dans le roman d'Adolphe, de Benjamin Constant, une magnifique analyse du coeur à tirer de cette pièce; elle eut pu être d'une haute portée philosophique; mais Scribe, selon son habitude, n'a fait qu'indiquer ce qu'un écrivain de génie eût abordé de front la curiosité semble avoir été, pour cette fois comme toujours, le seul mobile dramatique du célèbre faiseur. Arriver au fait à toute vitesse en passant par une foule d'incidents qui frappent l'esprit, le tiennent sans cesse en éveil et ne lui laissent pas le temps de réfléchir aux invraisemblances dont on use sans façon; poser le dénouement comme le mot d'une charade que l'on poursuit, avec intérêt d'ailleurs, pendant cinq actes, tel paraît être le but unique que se propose l'habile et fécond auteur d'Une Chaîne. Quant au style de l'ouvrage, il ne saurait effrayer ceux qui, lorsqu'ils lisent, sautent les descriptions, les réflexions, les analyses, pour savoir plus vite si l'amant épouse ou n'épouse pas, si l'héroïne est heureuse ou malheureuse. 

Cette comédie était jouée à l'origine par-: Menjaud, Saint-Géran; Rey, Emmeric; Mlle Plessy, Mme de Saint-Géran, et Mlle Doze, Aline. (PL).

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