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Zend-Avesta,
collection des écritures sacrées des Parsis ou Guèbres,
qui en attribuent la rédaction à Zoroastre .
Une partie de cette collection, le Vendidad ,
fut apportée en Europe en 1723, et déposée à
la bibliothèque d'Oxford, où elle demeura sans pouvoir être
lue de personne. Ce fut pour en étudier la langue et en donner la
traduction qu'en 1754 Anquetil-Duperron
entreprit le voyage de l'Inde, d'où il rapporta, entre autres livres,
le texte du Zend-Avesta, avec une traduction française publiée
en 1771. L'Avesta se compose de deux ordres d'ouvrages : le Vendidad-sadé
et le Boundehech. Le Vendidad-sadé
comprend lui-même
trois écrits : le Vendidad proprement dit, le Yaçna
nommé en persan Izeschné, et le Vispered; à
ces livres fondamentaux sont annexés les Iechts et les Sirouzé.
Le Vendidad-sadé
est écrit en langue zende. Le Boundehech ,
beaucoup plus récent, est en pehlvi; mais il passe, assertion douteuse,
pour être la traduction d'un livre zend dont l'original n'existe
plus.
Quel que soit le temps où l'on fasse
vivre Zoroastre et où l'on reporte la rédaction définitive
de l'Avesta, il est certain que les doctrines contenues dans ces
livres étaient admises dans l'Asie centrale à une époque
fort reculée et longtemps avant Darius,
fils d'Hystape; les Mages, qui étaient les prêtres de cette
religion, sont de beaucoup antérieurs à la dynastie Achéménide
: Zoroastre n'est donc pas l'auteur premier des dogmes iraniens, mais on
peut dire qu'il les coordonna et leur donna un ensemble définitif.
Les croyances de l'Avesta n'étaient pas seulement celles
de la Perse, ni même de la Médie; elles étaient, sauf
les points de dissidence, communes à la plupart des peuples de l'Asie
centrale situés à l'Ouest de la Bactriane ,
et elles s'étendirent à presque toute l'Asie Mineure : croyances
pleines de grandeur et de pureté, dont la connaissance nous montre
dans les Perses, non des barbares, mais des peuples doux et pieux, parvenus
à une haute civilisation. Dans la suite, les doctrines de l'Avesta
se divisèrent et s'amoindrirent, abaissées par les superstitions
populaires; et lorsque le monde romain, las d'un polythéisme
usé, chercha dans l'Orient des dogmes réparateurs, il n'emprunta
de la Perse qu'une partie de la religion de Zoroastre, le culte de Mithra .
Le nom des Mages ne vient pas du sanscrit
mayâ
(illusion magique); les Mages n'étaient pas des magiciens : leur
nom dérive de Mazda, nom zend d'Ormuzd
(Ahuramazda), lequel paraît signifier la Suprême Intelligence.
Quant au nom de Zoroastre, en zend Zarathustra, le sens n'en est pas encore
éclairci; mais à coup sûr il ne signifie pas astre
de vie.
Les éléments dont se compose
la doctrine du Mazdéisme
ou Magisme ne sont pas empruntés aux livres hébreux, comme
on a pu le croire au XVIIIe siècle,
dans un temps où ni l'Inde ni ses livres sacrés n'étaient
connus : les traits de ressemblance entre le Mazdéisme du Vendidad
et
le Judaïsme, traits d'ailleurs fort rares, sont tout extérieurs,
et n'atteignent le fond des doctrines que si on les dénature par
des interprétations systématiques. Les anciennes croyances
de l'Iran, de la Perse, de la Médie et des autres contrées
où s'étendit le Mazdéisme, tirent leur origine de
la Sogdiane
et de la Bactriane ,
et elles ont, comme le Brahmanisme, leur point de départ et leur
point d'appui dans le Véda ;
non seulement la langue zende est venue de la langue védique comme
le sanscrit, mais la plupart des êtres divins, des dogmes et des
usages religieux contenus dans l'Avesta descendent directement de
ceux qui sont célébrés dans les Hymnes védiques.
Le Zend-Avesta roule principalement
sur le dogme et sur le culte : il ne contient pas, comme les lois de
Manu ,
toute une organisation sociale, politique et civile; il n'y est parlé
de la royauté, des castes et des autres éléments de
la société iranienne que par allusion et comme de faits existants
et non contestés; c'est donc la religion des anciens Perses et des
peuples voisins que l'on y doit chercher avant tout. Malgré l'obscurité
qui règne sur beaucoup de points, on peut dire que cette religion
n'est pas le dualisme, comme ont pu le faire croire et le culte de Mithra
qui en descendait, et le Manichéisme ,
véritable Mazdéisme réformé. Mais nous admettons
moins encore qu'elle soit analogue à la doctrine chrétienne,
et qu'elle pose comme son point de départ le dogme de la création.
Le Zervane-akerene, premier principe des choses, n'est pas un être
vivant et agissant, comme le Dieu
des Juifs et des Chrétiens; c'est une conception toute métaphysique;
qu'on lui donne le nom d'Éternel, d'Infini ou d'Être absolu,
il n'arrive à produire quelque chose qu'en se développant
sous une forme définie et personnelle, que les peuples de langue
zende nommèrent Ahura-Mazda (Ormuzd) et qui est le véritable
créateur. II n'y a dans cette doctrine encore vague que le pendant
de la doctrine indienne des deux Brahma ,
c.-à-d. le fond même du panthéisme; et si l'on demande
l'origine cette première idée qui de la Perse s'étendit
dans l'Asie Mineure et dans la Grèce et vint revivre dans Platon,
il la faut chercher dans le Rig-véda. Mais on doit observer
en même temps que le principe abstrait des êtres ne paraît
presque jamais dans les livres saints de l'Iran, qu'on ne lui offre aucun
sacrifice, qu'on ne lui adresse aucune prière; culte inutile, en
effet, puisque ce principe, absolument immuable, n'est là que pour
expliquer l'existence du créateur Ormuzd.
Ormuzd est le premier être issu du
principe éternel, et, par conséquent, n'est pas l'être
absolu lui-même. Il n'est pas non plus le feu ni le soleil, comme
on l'a dit, et c'est une erreur de regarder les anciens Perses comme des
adorateurs du Feu .
Ormuzd est le premier des Amschaspands
(Amscha-çpenta, Saints immortels), le seigneur de la science, la
principe actif de tout bien et l'origine de la vie; s'il a pu être
pris pour le Soleil ,
c'est qu'en effet cet astre
est son emblème, puisque de lui émanent la lumière
qui donne la connaissance des objets et la chaleur qui nourrit les êtres
vivants; aussi Ormuzd est-il appelé seigneur de la lumière,
et dit-il de lui-même qu'il était avant que le ciel
fût, avant le feu ,
l'eau, la terre, les arbres
et les troupeaux, avant l'humain, avant les esprits purs et les esprits
impurs. Cet agent suprême de la création est véritablement
le principe de tout le bien qui s'y trouve, bien physique et bien moral;
non seulement il est l'auteur de la lumière et de la vie, mais il
est le foyer d'où émanent, àvec la science, la bonté
et la sagesse, la loi, la pureté, le bonheur et la vie éternelle.
Ahriman, né en même temps
qu'Ormuzd, est son plus pulsant ennemi, mais non son égal. A ce
dernier trait, on reconnaît une doctrine qui n'est pas absolument
dualiste, puisque la lutte des deux principes n'est ni égale, ni
éternelle. Le nom d'Ahriman (Aghrô-mainyas) signifie proprement
Esprit malin, et n'a, par conséquent, aucune analogie avec le nom
védique d'Aryaman. L'Esprit mauvais des Iraniens est, au moral,
la cause active de l'ignorance et de l'erreur, de la malice et du mensonge,
du vice et du crime; c'est le tentateur; au physique, il est l'auteur de
tout ce qui souille, attaque ou détruit, les humains, de leurs souffrances
et de leurs malheurs. Quand Ormuzd créa le paradis, Ahriman fit
l'hiver, quand Ormuzd créa la Sogdiane
et son fleuve
purificateur le çugda, Ahriman y produisit les émanations
pestilentielles, les insectes malfaisants, les animaux impurs et les plantes
vénéneuses. C'est pour que l'humain put soutenir la lutte
contre cet ennemi puissant qui parcourt la terre de l'Iran, qu'Ormuzd a
donné primitivement à Djem-schid (en zend Yima-khchaêtô,
qui est Yama, fils de Vivaswat) les livres de la Loi et lui a enseigné
le sacrifice (yaçna).
Au-dessous d'Ormuzd sont les six autres
Amschaspands, dont il est à la fois l'auteur et le chef. Ces esprits
célestes le secondent dans l'oeuvre du bien et dans la lutte contre
le mal. Le créateur a partagé entre eux la terre et le temps;
ils protègent la terre, et président aux différentes
parties de la durée, comme aussi aux organes du temps, qui sont
les astres; par eux arrivent aux êtres d'ici-bas les biens de toute
sorte dont Ormuzd est la source première, biens de l'âme et
du corps; ce sont eux aussi qui dirigent les grandes révolutions
périodiques du ciel, les mouvements du Soleil ,
de la Lune 
et des planètes ,
la distribution de la chaleur et de la lumière dans l'espace, les
jours, les mois, les années; les sept premiers jours du mois
leur sont consacrés. Les Amschaspands
ont pour rivaux les Darvands, dont Ahriman est le chef, darvand lui-même
: à chaque oeuvre bonne que les grands Esprits célestes accomplissent,
les Darvands opposent une oeuvre mauvaise; les désordres de la nature,
dont l'humain et les êtres purs sont les victimes, la nuit ,
l'hiver, le froid, les guerres impies, les grands crimes, tous ces maux
sont suscités par les Darvands, sous la direction d'Ahriman.
Ormuzd préside à toute une
hiérarchie d'esprits célestes, et Ahriman à une hiérarchie
d'esprits mauvais : les Amschaspands ont en effet pour ministres les Izeds
(en zend Yazatas, c.-à-d. à qui l'on sacrifie), dont le nombre
est plus grand et l'empire moins étendu; et les Izeds ont eux-mêmes
pour les seconder la foule immense et variable des Ferouers (en zend Fravachi),
types divins des êtres intelligents et anges
gardiens de chacun d'eux. Tous ensemble ils forment une milice céleste,
dont plus d'une religion et plus d'une philosophie
nous offrent l'analogue; elle sert, dans la cosmogonie iranienne, à
expliquer cette variété infinie de biens dont la nature est
remplie; la hiérarchie des chefs, obéissant à l'ordre
suprême de la première intelligence, Ormuzd, en explique l'harmonie
et l'unité. Mais de même qu'à chaque bien moral ou
physique est opposé un mal, Ahriman, pour le produire, a mis sous
l'empire des Darvands la troupe innombrable des Dews (en zend Daêva).
Tel est l'ensemble de la cosmogonie contenue
dans l'Avesta. Le culte rendu aux esprits célestes y est
également exposé et presque interprété. Ce
culte, qui consiste, avant tout, dans le sacrifice (yaçna),
est donné dans l'Avesta, non seulement comme enseigné par
Ormuzd à l'antique Djem-schid (Yama), mais comme pratiqué
par Ormuzd lui-même et par les esprits célestes. C'est le
sacrifice védique dans son essence: il consiste dans une offrande
présentée à la divinité, consommée par
la bouche du prêtre et de l'assistance, et accompagnée de
prières liturgiques. Le lieu du sacrifice (qui n'est jamais un temple),
les jours et les heures, sont fixés d'avance; le feu sacré
destiné à préparer le corps de l'offrande, les ustensiles
et vêtements nécessaires pour la cérémonie,
sont entretenus par les prêtres, qui sont en même temps les
défenseurs et les interprètes de la loi, les chefs des fidèles
et les ministres du sacrifice. Le corps de l'offrande, créé
jadis par Ormuzd, représente la double source de la vie matérielle,
le suc des plantes et la chair des animaux. Le sacrifice védique
du cheval, l'antique asvamêdha, nous montre peut-être l'origine
de l'offrande de chair dans les cérémonies iraniennes; mais
ce qui est certain, c'est que l'offrande du hôm (en zend, haôma),
prescrite par l'Avesta, n'est autre que l'offrande védique du sôma,
suc de l'asclépiade acide : le nom, la préparation, les instruments,
le vase de l'élévation, les vertus mystiques de cette liqueur,
tout est identique dans les deux religions issues du Véda.
Cette pensée même que le hôm est offert dans le ciel
par les plus grands esprits divins n'appartient pas moins à l'Inde
qu'à l'Iran, car elle fait partie essentielle des institutions religieuses
du Véda.
Le feu fait aussi partie du sacrifice,
non pas seulement comme purificateur, rôle qui appartient surtout
à l'eau bénite, mais parce qu'il est l'instrument du sacrifice
et
l'agent réel de la vie. Fils d'Ormuzd, et produit dès l'origine
des choses, il servit à Vivangham, père de Djem-schid (Vivaswat,
père de Yama), à préparer le corps du sacrifice, c.-à-d.
le hôm et les gâteaux sacrés. Mais ce feu avait été
lui-même précédé par la prière nommée
honover, qui est la propre parole d'Ormuzd. Aussi, de même que le
hôm et le reste de l'offrande, la prière exerce pour le bien
des humains une influence toute-puissante. La prière s'adresse à
chacun des esprits célestes, mais elle commence et finit toujours
par une invocation à Ormuzd, dont ils ne sont que les agents, et
auquel on demande la pureté de pensée, de parole et d'action,
l'obéissance à la loi et le ciel, l'éloignement d'Ahriman
et des ministres du mal. La prière peut se réciter ailleurs
qu'au jour et au lieu du sacrifice; elle embrasse toute la vie du Parse;
l'Avesta contient des prières pour toutes les circonstances
importantes de la vie, et pour celles qui reviennent périodiquement
chaque jour, chaque mois, chaque année; c'est à ce titre
surtout, et pour sanctifier la vie entière, que la loi de Zoroastre
attache une si grande importance aux divisions du temps : à chacune
d'elles est attaché un esprit divin, Amschaspand, Ized ou Ferouer,
et à chacune se rapporte une prière; le Parse prie à
son lever, avant et après son repas, à son coucher; la naissance,
le mariage, la mort, ne s'accomplissent point sans un acte pieux; on prie
pour les morts, et l'Avesta dit que cette prière allège pour
eux les peines de l'autre vie, hâte leur résurrection bienheureuse,
et prépare la conversion d'Ahriman. La pureté en toutes choses
est le but moral qui semble avoir le plus préoccupé le législateur
de l'Iran; à cette pensée se rattachent non seulement beaucoup
de vertus admirables qu'il exige des fidèles, mais une foule de
pratiques purificatoires dont il donne les règles.
La religion de l'Avesta reconnaît
pour son point de départ géographique la Sogdiane ,
d'où elle s'est répandue dans l'Iran et dans une grande partie
de l'Asie occidentale. La montagne sainte, oeuvre et séjour d'Ormuzd,
autour de laquelle gravitent les astres, organes du temps, est appelée
Bordj ou Albordj par les Persans, et en zend
Berezat, d'où les Grecs ont tiré le mot Bérécynthe.
Cette montagne fait partie de la grande chaîne de l'Elbourz, à
laquelle se rattachent vers l'est le Mérou et l'Himalaya, et qui,
vers l'ouest, se termine au grand Olympe. C'est sur ces sommets purs et
exempts des intempéries d'ici-bas, que, chaque jour, Mithra, Ized
du Soleil, offre le sacrifice éternel; c'est là qu'Ormuzd
l'a établi pour être le médiateur entre les humains
et lui-même. De là découle la source sainte Ardviçur,
origine des fleuves purificateurs. Là doivent se réunir,
au jour de la grande résurrection, les justes conduits par les Izeds;
ils y seront suivis par les méchants que le feu et la douleur auront
purifiés; Ahriman lui-même, avec les Dews et les Darvands,
offrira le sacrifice; tous les êtres entoureront le trône d'or
d'Ormuzd à côté des Amschaspands; et de ce jour le
monde purifié commencera une nouvelle existence. (Em.
B.).
 |
En
bibliothèque - Anquetil-Duperron,
traduction du Zend-Avesta, Paris, 1771; le même, trois
Mémoires dans le Recueil de L'Académie des Inscr.
et belles-Lettres, t. XXXIV, XXXVII et XXXVIII; l'abbé Foucher,
Traité historique de la religion des Perses, dans le même
recueil, t. XXV, XXVII et XXIX; Pastoret, Zoroastre Confucius et Mahomet,
1787, in-8°; Eug. Burnouf, Commentaire sur le Yaçna,
Paris, 1833, 2 vol. in-4°; Reynaud, art. Zoroastre, dans l'Encyclopédie
nouvelle; Pavie, Mémoire sur les Parsis, dans le t. 1er
du Recueil de la Société ethnologique de Paris; De
Hammer, Mémoire sur le culte de Mithra, publié par
J. Spencer Smith, Paris, 1833, in-8°; Lajard, Recherches sur le
culte public et les mystères de Mithra, Paris, 1847-48, in-fol.
et in-4°. Des éditions complètes du texte original de
l'Avesta ont été commencées avec traduction
anglaise par Westergaard (Copenhague, 1852), et avec traduction allemande
par Spreger (Leipzig, 1853). Olbausen a publié le Vendidad,
et Müller une traduction du Boundehech.
En
librairie - Zoroastre, Avesta,
le livre sacré des anciens perses, Sand-Tchou, 1996. - Anquetil-Duperron,
Voyage en Inde, Maisonneuve et Larose, 1997. |
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