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L'allégorie
dans la littérature
L'allégorie (du grec allos = autre, agoreuô = je dis) est métaphore continuée, disant une chose pour en faire entendre une autre : c'est une figure d'un bel effet dans l'éloquence et dans la poésie, lorsque le sens est parfaitement clair, et que les rapports ne sont ni trop multipliés ni appelés de trop loin. Cicéron, rappelant à Pison, un de ses ennemis politiques, les troubles et les dangers qui avaient rendu son consulat si difficile, lui dit : 
" Non, non, je n'ai pas été assez timide, moi qui avais dirigé le vaisseau de la République au milieu des vagues soulevées par de violentes tempêtes et l'avais ramené au port sans aucune avarie, pour redouter les faibles nuages de ton front menaçant ou le souffle empesté de ton collègue. J'ai vu d'autres vents j'ai pressenti d'autres tourmentes, je n'ai point cédé à d'autres orages suspendus sur ma tête, mais je les ai, seul, affrontés pour assurer le salut de tous les citoyens. " 
Dans Racine, Mithridate compare la puissance romaine à un torrent, et il dit (acte III, scène 1) :
Ils savent que sur eux, prêt à se déborder, 
Ce torrent, s'il m'entraîne, ira tout inonder;
Et vous les verrez tous, prévenant son ravage, 
Guider dans l'Italie et suivre mon passage.
On appelle aussi allégorie une fiction poétique où des êtres moraux sont personnifiés, comme l'Envie dans la Henriade, la Chicane et la Mollesse dans le Lutrin, les Prières du repentir dans l'Iliade, et toutes les fables emblématiques des Grecs. Boileau a dit (Art poétique, ch. III) :
Ce n'est plus la vapeur qui produit le tonnerre, 
C'est Jupiter armé pour effrayer la terre;
Un orage terrible aux yeux des matelots, 
C'est Neptune en courroux qui gourmande les flots;
Écho n'est plus un son qui dans l'air retentisse, 
C'est une Nymphe en pleurs qui se plaint de Narcisse.
Les anciens poètes français ont fait beaucoup d'allégories de ce genre. Ainsi, dans le Roman de la Rose, on voit en scène des personnages appelés Jalousie, Faux-Semblant, Bel-Accueil, etc.

Souvent l'apologue n'est aussi qu'une allégorie, surtout lorsque la moralité n'est pas exprimée, comme la fable de La Fontaine, le Chêne et le Roseau.

Les paraboles de l'Evangile et de l'Ancien Testament sont des allégories morales, et la poésie orientale fait de cette figure un usage continuel. L'ode 14 du 1er livre d'Horace (O navis, referent in mare te novi fluctus), l'idylle des Moutons dans Mme Deshoulières, plusieurs comédies d'Aristophane (les Oiseaux, Plutus, les Guêpes , par exemple), quelques personnages du poète tragique Eschyle (comme la Force et la Violence dans le Prométhée enchaîné), doivent être classés parmi les allégories. Les proverbes sont parfois aussi allégoriques, comme ceux-ci : 

Tant va la cruche à l'eau, qu'à la fin elle se brise; 

Petite pluie abat grand vent; 

Prendre la balle au bond;

Mettre de l'eau dans son vin;

Pêcher en eau trouble, etc.

Enfin, il y a des allégories en action; par exemple, Tarquin le Superbe abattant, en présence de son fils, dans son jardin, les têtes des pavots les plus élevés, pour lui indiquer qu'il faut frapper les principaux citoyens de Gabies; ou encore, les Scythes envoyant à Darius Ier cinq flèches, un oiseau, une souris, une grenouille, afin de lui faire comprendre qu'il n'échappera pas à leurs flèches, s'il ne fuit comme l'oiseau dans l'air; comme la souris dans la terre, ou comme la grenouille dans l'eau. (P.).
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Dictionnaire Le monde des textes
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