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Méditations poétiques, de Lamartine

Méditations poétiques (1820 , 2 volumes) et Secondes Méditations poétiques (1832, 2 volumes), sont des recueils de poésies de Lamartine

Ces premiers recueils de vers du grand écrivain eurent un tel retentissement, que Lamartine acquit d'un seul coup la plus éclatante renommée; les autres travaux de toute sa vie ont été comme éclipsés par la splendeur de ces débuts, et, pour une génération entière, il fut "le chantre des Méditations".  Ces beaux vers, par la perfection et l'harmonie de la forme, la pureté des sentiments, la nouveauté des images, l'ampleur du style, méritaient certainement un tel enthousiasme, et ils sont encore les meilleurs titres de gloire du poète. Au fond, ils s'inspiraient du Génie du christianisme et du vif sentiment de la nature dont Jean-Jacques Rousseau avait empreint quelques-unes de ses pages; la nébuleuse poésie d'Ossian, si fort à la mode sous l'Empire, ne leur était pas non plus étrangère; mais tout cela était fondu dans une puissante inspiration personnelle, et Lamartine, sans avoir la moindre prétention d'un chef d'école, avait trouvé la formule d'un art nouveau. 

On était las de cette prose rimée, de ces imitations d'imitations que les écrivains de l'école impériale affirmaient être de la poésie, de ces pauvretés données sous le nom d'épîtres, d'idylles ou de poésies diverses, de ces fadeurs érotiques où s'était réfugiée la dernière expression du sentiment intime. L'art des vers semblait irrémédiablement perdu entré les mains des versificateurs plus ou moins habiles qui remplaçaient l'inspiration par le métier, la vérité par la convention, et l'on ne fut pas médiocrement surpris d'entendre tout à coup une voix inconnue parler une langue nouvelle, faire entendre les accents de la passion, de la mélancolie ou de la douleur, retracer, en s'affranchissant des périphrases classiques, les grands spectacles de la nature. Au milieu des productions de l'art factice qui régnait alors, c'était une véritable étrangeté que cette poésie musicale et limpide, reflétant les impressions les plus fugitives, les lueurs de l'aube, les tristesses du soir, le murmure des eaux, des bruits du vent. Un savant illustre, Cuvier, dans sa réponse au discours de réception de Lamartine à l'Académie française, exprima ainsi l'enthousiasme général, qu'il avait lui-même partagé : 

"Lorsque, dans un de ces instants de tristesse qui s'emparent des âmes les plus fortes, un promeneur solitaire entend par hasard résonner de loin une voix dont les chants doux et mélodieux expriment des sentiments qui répondent aux siens, il est comme saisi d'une sympathie bienfaisante et sent vibrer de nouveau ses fibres, que l'abattement avait détendues; et si cette voix qui peint ses souffrances y mêle par degrés de l'espoir et des consolations, la vie renaît en quelque sorte en lui. Déjà il s'attache à l'ami inconnu qui la lui rend; déjà il voudrait le serrer dans ses bras, l'entretenir avec effusaion de tout ce qu'il lui doit. Tel a été l'effet que produisirent vos premières Méditations sur un grand nombre de cas êtres sensibles
que tourmente l'énigme du monde, et qui, dans cette profonde nuit où la Providence a jugé à propos de laisser la raison humaine sur notre origine, sur notre nature et notre destinée, éprouvent sans cesse le besoin d'un guide, mais d'un guide qui les arrache à ce noir labyrinthe du doute et les transporte vers des régions de lumière et de sécurité... En vous, monsieur, ils ont salué le chantre de l'espérance! "
Lamartine, en effet, se posait en face de Byron et de l'école "satanique" comme un poète religieux et plein de foi; mais on sent qu'il a plus de regrets que d'espoir, et s'il regarde constamment le ciel, c'est avec un scepticisme assez mal déguisé : il remplace le doute railleur par le doute mélancolique, mais c'est toujours le doute. Ces vagues aspirations d'âme en pesine vers les calmes régions de la foi, ce désir de retour aux croyances perdues sont le caractère distinctif des Méditations, en tant que manifeste religieux. Ce mysticisme vague, allié à des peintures d'amour chaste et à l'idéalisation des plus purs sentiments, lui acquit toutes les femmes. Lamartine, en maître habile, faisait vibrer dans ces deux volumes tout le clavier des émotions poétiques : dans l'Isolement, cette mélancolie sans nom qui envahit l'homme aux approches du soir; dans l'Epître à lord Byron, l'effroi que le doute cause aux croyants; dans le Lac, les tristesses de l'amour qui se croit éternel et qui ne dure qu'une heure; dans le Crucifix, les sanglots de l'amant au lit de mort de sa maîtresse; il s'élevait aux plus hautes conceptions lyriques dans l'Ode à Bonaparte; rivalisait de scepticisme avec Byron lui-même dans le Désespoir, et, dans les Etoiles, trouvait, pour idéaliser l'amour purement humain, une surabondance d'effusions et d'images qu'aucun poète avant lui n'avait encore rencontrée. 

Nous réunissons à dessein dans une même notice les plus belles pièces des deux séries des Méditations; les deux recueils, quoique parus à douze ans d'intervalle, sont les produits de la même inspiration. Le premier est terminé par une imitation du Phédon, la Mort de Socrate, poème d'un genre à part, dont les beaux vers ne réussissent pas à rompre la mortelle monotonie; la second a pour complément le Dernier chant du pèlerinage de Childe-Harold, où Lamartine, en racontant la mort de Byron à Missolonghi, a essayé d'achever l'oeuvre du poète anglais. Ces deux compositions, malgré leurs beautés de détail, montrent assez l'infériorité de Lamartine aux prises avec un sujet précis et limité-: il lui faut l'air, l'espace, le plein ciel pour qu'il se déploie à son aise. (PL).

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Dictionnaire Le monde des textes
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