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Théâtre
La pantomime
La pantomime constitue un genre particulier de pièces de théâtre, dans lequel les acteurs s'abstenant du secours de la parole traduisent les diverses péripéties du drame par les gestes seuls. Quelque imparfaite et conventionnelle que puisse paraître et que soit en effet cette manière de s'exprimer, il faut convenir que les mimes habiles arrivent de la sorte à une expression fort exacte des divers sentiments qu'ils doivent rendre. Ajoutons que la musique de scène est indispensable dans la pantomime : il faut qu'elle souligne continuellement les intentions de l'acteur, et qu'elle pose en quelque sorte le décor du drame intérieur, soit qu'elle règle avec une extrême précision les attitudes et les mouvements, soit qu'elle traduise simplement le sentiment général de la scène.

Ce genre, qui fut longtemps négligé ou relégué parmi les spectacles grossiers des forains est cependant fort ancien. Si les Grecs semblent l'avoir peu ou pas pratiqué, les Romains de l'époque impériale l'appréciaient fort, à ce point que la pantomime, à Rome, en vint à supplanter peu à peu la tragédie et la comédie parlées. Deux acteurs célèbres du temps d'Auguste la portèrent à sa perfection : Bathylle, affranchi de Mécène, qui excellait dans les pièces gracieuses et comiques, et Pylade, dont le jeu était, au contraire, grave et pathétique. On ne saurait, sans le témoignage des contemporains, se douter du point jusqu'où cet art parvint alors. Les situations les plus délicates et les plus difficiles à traduire étaient figurées avec une vérité saisissante. Il y avait des acteurs tragiques qui mimaient la tragédie (saltare tragaediam). La mise en scène la plus riche rehaussait encore ces pièces, qui devaient assez ressembler aux grands ballets de nos jours. En effet, la danse était alors inséparable de la pantomime-: aussi, quand beaucoup plus tard, vers la fin du XVIe siècle, les ballets de cour vinrent à la mode, ils participèrent, dans une large mesure, du caractère de la pantomime antique. Toutefois, ils admettaient aussi les récits et les choeurs chantés, et contribuèrent grandement ainsi à préparer l'avènement de l'opéra dont beaucoup de ballets ne diffèrent guère, si ce n'est que l'action y est moins exactement suivie, et que l'auteur s'occupe plus de la beauté et de la variété du spectacle que de la vraisemblance et de l'unité.

A mesure que le chant prenait plus d'importance le rôle expressif de la mimique diminuait. Il semblait plus naturel de confier à la voix les parties dramatiques de l'oeuvre. Quand l'opéra est fondé, le rôle des mimes s'est entièrement confondu avec celui des danseurs proprement dits, et cette danse elle-même n'a plus rien, à vrai dire, d'expressif. De belles attitudes, des mouvements nobles et, élégants, des tableaux décoratifs, vivifiés par un rythme précis, voilà tout ce que l'on demande désormais au ballet ; la pantomime n'en fait plus partie. Le ballet dit d'action, que nous avons vu refleurir à l'époque moderne et contemporaine, n'est encore qu'une pantomime affaiblie. Les gestes y jouent sans doute un certain rôle : il y a là un drame qui, quoique fort simplifié et rudimentaire, veut cependant être exprimé; mais le caractère conventionnel de cette mimique en ôte tout l'intérêt, et, en somme, ce sont encore les ensembles chorégraphiques, amenés souvent un peu au hasard, qui font la part principale du spectacle. Il est à croire d'ailleurs qu'au XVIIe et au XVIIIe siècle le talent des mimes était médiocre. S'il en eut été autrement, on n'aurait pas eu besoin de combiner, comme on le fit alors, des costumes qui étaient de véritables rébus, commentaires détaillés du personnage qui les portait et qui la faisaient reconnaître du premier coup d'oeil. Ces costumes allégoriques représentant, à grand renfort d'attributs, des personnages symboliques comme la musique, le feu, le monde, le soleil, etc., furent longtemps en faveur: souvent l'usage du masque, incompatible avec la vraie pantomime, s'y joignit. Ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle que le chorégraphe Noverre les fit supprimer, sans que d'ailleurs l'art du geste y gagnât rien.

A partir du XIXe siècle, toutefois, la pantomime véritable, expressive et apte à rendre toutes les passions et tous les sentiments, a été vraiment remise en honneur. On a renoncé généralement, dans ce genre, aux pièces à grand spectacle où apparaît une figuration nombreuse, pour donner plus d'importance au jeu de quelques acteurs et mettre en relief leur expression particulière. Gaspard Debureau, qui fut un mime de premier ordre, contribua surtout, dans les années 1840, à cette transformation originale. Le premier, il eut l'idée d'incarner en un type nouveau, Pierrot, le génie même de la pantomime. Ce personnage n'était à l'origine qu'un des types traditionnels de l'ancienne comédie italienne (commedia dell'arte), et même l'un des plus effacés. En en faisant le personnage indispensable de toute pantomime, Debureau lui a donné une importance tout autre. Son caractère est en quelque sorte universel : il représente, sous une forme réduite, l'humanité tout entière avec ses passions, ses vices, ses faiblesses. Par une convention ingénieuse, il reste toujours, quel que soit le sujet, l'acteur principal; son blanc costume se mêle aux types de la vie moderne ou aux personnages plus ou moins historiques qui l'entourent, selon que l'auteur a conservé les anciennes figures de la comédie italienne, ou qu'il a placé son sujet à une époque ou en un lieu de fantaisie.

G. Debureau, et après lui Ch. Debureau et Paul Legrand ont, aux Funambules, donné à Pierrot son aspect quasiment définitif (le personnage de Bip, créé en 1947 par le mime Marcel Marceau en est une variante). La casaque blanche fait ressortir les attitudes ou les gestes; la face rasée et enfarinée, toute blanche aussi, met merveilleusement en valeur les jeux de physionomie, moyen d'expression plus nécessaire là que partout ailleurs. C'est un trait caractéristique de le pantomime moderne, que l'emploi obligé de cette figure singulière. Le talent remarquable des acteurs que nous avons cités mit ce genre de spectacle singulièrement en vogue : le théâtre des Funambules où ils exerçaient leur art connut le succès. Des littérateurs éminents y prirent un vif intérêt : J. Janin, Ch. Nodier, Th. Gautier, Champfleury. Gautier ne dédaigna pas d'écrire un scénario de pantomime : Pierrot posthume; Champfleury en a laissé un grand nombre Pierrot valet de la mort (1846); Pierrot perdu (1847), etc.

Après la mort de ses interprètes favoris, ce genre fut un peu délaissé. Mais il suffit qu'un acteur, avec quelque talent, s'y consacre pour que la pantomime retrouve ses succès d'antan. Ajoutons qu'aujourd'hui la partie musicale a pris une importance beaucoup plus grande : les artistes les plus en vue à la fin du XIXe siècle n'ont pas dédaigné d'écrire pour des pantomimes. Aussi certaines de ces pièces sont-elles de véritables oeuvres d'art. Citons, en particulier, celles de Paul Margueritte : Pierrot assassin de sa femme et Colombine pardonnée. L'Enfant prodigue, le Docteur Blanc, 'Chand d'habits (ces deux dernières de Catulle Mendès) ont en un grand nombre de représentations. (H. Quittard).

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Dictionnaire Musiques et danses
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