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Corde

Corde, n. f. - Fil de boyau, de soie, de métal ou autre substance flexible, lequel, convenablement tendu sur une caisse de résonance et mis en branle par choc, pincement ou frottement, rend un son musical proportionnel à sa longueur et à son diamètre.  C'est par l'étude de la corde vibrante que les physiciens, depuis l'Antiquité, ont mesuré les intervalles musicaux, dénombré les vibrations, observé la formation des noeuds et des ventres dans les ondes sonores, etc. L'appareil servant à leurs expériences a été primitivement le monocorde, remplacé par le sonomètre.

Les phénomènes observés se formulent en lois, qui trouvent leur application pratique dans la fabrication et l'accord des instruments :

 1°. Loi des longueurs; le nombre des vibrations de la corde est en raison inverse de sa longueur; réduite à la moitié, au quart, etc., de sa longueur, elle rendra des sons deux fois, quatre fois, etc., plus aigus, produits par un nombre double, quadruple, etc., de vibrations. 

2°. Loi des diamètres; le nombre des vibrations est en raison inverse du diamètre; une corde deux fois, quatre fois plus grosse rend, dans les mêmes conditions de longueur et de tension, des sons deux fois, quatre fois plus graves.

3°. Loi des tensions; le nombre des vibrations de la corde est directement proportionnel à la racine carrée des poids tenseurs, les conditions de longueur et de diamètre restant identiques; le nombre en sera doublé, quadruplé, etc., et le son sera deux fois, quatre fois plus aigu, si le poids tenseur est porté au double, au quadruple, etc

4°. Loi des substances; le nombre des vibrations de la corde est en raison inverse  de la racine carrée de sa densité, les conditions de longueur, diamètre et tension restant identiques; une corde plus dense produira moins de vibrations. Les matières classiquement employées sont : 

a) les boyaux, de mouton, pour les cordes mi, la et ré du violon, la et ré du violoncelle

b) les boyaux entourés d'un fil de cuivre ou d'argent infiniment ténu, qui en augmente la densité, pour les cordes sol du violon, sol et ut du violoncelle; ce sont les cordés filées;

b) le fil d'acier, pour les sons aigus du piano et de la harpe, et pour la mandoline, la zither, etc.; 

c) le fil d'acier entouré d'un fil de cuivre, pour les sons graves du piano et de la harpe. 

On a fabriqué des chanterelles (corde mi) de violon en fil d'acier fin; leur son grêle et l'usure qu'elles déterminaient des crins de l'archet, ont mis obstacle à leur emploi. 

Parmi les instruments anciens, le luth était monté partie de cordes de boyau et partie de cordes métalliques; les premiers clavicordes avaient des cordes de boyau; on en construisit un pour Philippe Il (1602), dont les cordes étaient en or; les cordes filées en argent étaient connues vers 1620 et servaient au luth, au théorbe, à la pandore, etc. Sainte-Colombe, violiste célèbre à Paris dans le milieu du XVIIe s., passe pour les avoir le premier employées pour la basse de viole

La qualité d'une corde est essentielle à la pureté du son; elle doit être parfaitement cylindrique et homogène sur toute sa longueur; étant donné que le son en sera d'autant plus beau que sa tension la fera approcher davantage du point de rupture, son degré de résistance doit être soigneusement éprouvé. D'après les calculs de Durutte, le diamètre et le poids des quatre cordes du violon, en monture ordinaire, dite faible, doivent être :

Diamètre pour la corde mi, 0,6 mm; la, 0,9 m; , 1,35 m; sol, corde filée sur une corde de la

Poids pour le mi, 0,128 g; la, 0,288 g; , 0,648 g; sol, 0,288 g pour la corde la, + 1,197 g pour le fil d'argent ou de laiton qui la recouvre,
1,485 g. 

La tension supportée par les cordes du violon, exprimée en kilogrammes, est de 9,30 kg pour la chanterelle, ou corde mi; 8,32 kg pour le la; 7,34 kg pour le ; 6,36 kg pour le sol. Ensemble : 31,32 kg. 

On appelait autrefois corde avalée celle dont l'accord était baissé intentionnellement au-dessous, « en aval », du son normal. 
La corde à vide est celle que, dans un instrument à manche, on attaque sans que la pression des doigts de la main gauche sur la touche en modifie la longueur. Certains instruments, l'archiluth, le théorbe, etc.,. formés par l'agrandissement d'un type antérieur, comprenaient, outre les cordes passant sur le manche, plusieurs cordes montées sur un cheviller spécial, tendues en dehors du manche, et sonnant à vide. 
Les cordes sympathiques, par lesquelles se caractérisent la viole d'amour et le baryton, sont des cordes de laiton, tendues sous la touche, inacccessibles à la pression des doigts et qui vibrent d'elles-mêmes, en vertu du phénomène de la résonance sympathique, lorsque le son qui leur est propre se trouve émis par l'une des cordes frottées. 
On désigne souvent, par abréviation, sous le nom général de « cordes », le groupe des instruments à cordes, à archets, qui s'oppose dans l'orchestre aux groupes des « bois » et des « cuivres », soit des instruments à vent en bois ou en cuivre. On désigne également sous le nom de « quatuor à cordes » la réunion des quatre parties d'une composition écrite pour deux violons, alto et violoncelle, ou le groupe formé ar ces quatre instruments dans orchestre ou la musique de chambre. 
Le langage usuel donne au mot corde un sens, figuré, en disant d'un chant qu'il est écrit « dans les cordes » aiguës ou graves, ou qu'il n'est pas « dans les cordes » de tel chanteur, c'est-à-dire dans le registre favorable de sa voix. La terminologie spéciale au chant liturgique donne le nom de corde dominante à la note sur laquelle la voix s'arrête ou revient le plus souvent dans le cours d'une mélodie.
Le nom de cordes vocales est donné aux replis membraneux qui bordent la fente de la glotte et qui, pendant l'acte de la phonation, se rapprochent et s'écartent; on a appellé « vraies cordes » les replis inférieurs, « fausses cordes », les supérieurs mais ces dénominations ont été repoussées par certains physiologistes. (Michel Brenet).
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Dictionnaire Musiques et danses
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