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Sens

Sens (Agedincum, Senones) est une commune de France, dans le département de l'Yonne, sur la rive droite de l'Yonne, en avant du confluent de la Vanne; population : 27.000 habitants.

Histoire.
Sens s'élève sur l'emplacement de la ville gauloise d'Agedincum, capitale des Sénons. Après la défaite d'Arioviste par César, les Sénons se montrèrent d'abord favorables aux Romains, et quand, en l'an 57 av. J.-C., les peuples de la Belgique se préparèrent à résister aux troupes romaines, ce fut aux Sénons que César s'en remit pour le tenir au courant de ce qui se passait en Belgique. Mais les choses changèrent quand les Gaulois eurent compris que les Romains poursuivaient la conquête de leur pays. César avait imposé comme roi aux Sénons un certain Cavarinus; les Sénons se soulevèrent contre lui et résolurent de l'assassiner; celui-ci prit la fuite (54 av. J.-C.). Les Sénons envoyèrent des députés auprès de César pour se justifier; celui-ci prétendait que leur sénat tout entier se rendit auprès de lui; les Sénons refusèrent. Ils s'allièrent aux Carnutes et au trévire Indutiomar pour résister à César. Après la mort d'Indutiomar, le proconsul convoqua l'assemblée générale des cités de la Gaule; les Sénons s'abstinrent d'envoyer des représentants. Ils étaient alors dirigés par Acco, qui organisa la résistance. César s'avança contre eux avec une telle rapidité que, pris au dépourvu, ils durent implorer la paix. Grâce à l'intervention des Eduens, leur territoire ne fut pas dévasté. Le proconsul se contenta d'exiger l'extradition d'Acco, cent otages et toute la cavalerie du pays. Mais après la défaite des Ménapes et des Trévires, César fit mettre à mort Acco. Il envoya deux légions hiverner à Agedincum. L'an 52, les Sénons adhérèrent à la ligue formée par Vercingétorix. Lors du siège d'Alésia, ils lui envoyèrent un contingent de 12.000 hommes. Vercingétorix abattu, d'autres chefs gaulois tentèrent un nouveau soulèvement, et parmi les premiers le Sénonais Drappès qui, vaincu et fait prisonnier, se laissa mourir de faim.

Sous l'empire, Agedincum, qui au IVe siècle prit le nom du peuple dont elle était la capitale, Senones, devint la métropole de la IVe Lyonnaise. Ce fut, pendant les deux premiers siècles après J.-C., une ville florissante. Des édifices de dimensions considérables y furent élevés, des temples, des thermes, un amphithéàtre. Mais les premières incursions des barbares nécessitèrent la réduction du périmètre de la cité qui, au IIIe siècle, fut entourée d'une forte muraille dont les assises inférieures furent construites avec les restes des édifices tombés en ruines. En 355, Julien vint hiverner à Sens; il fit réparer l'enceinte et soutint le siège pendant un mois contre les barbares. Ce n'est qu'au IIIe siècle que le christianisme semble avoir fait son apparition à Sens et que l'église de Sens fut constituée. On ne trouve qu'au IXe siècle la première trace de la tradition qui fait de saint Savinien, premier évêque de Sens, l'un des soixante-dix disciples et un envoyé de saint Pierre.

Dès l'époque mérovingienne, deux grands monastères furent établis à Sens : l'un, dans le bourg plus tard appelé, du nom de l'abbaye, Saint-Pierre-le-Vif (S. Petrus de Vico), fondé par Théodechilde, fille du roi Thierry; l'autre, sous le vocable de sainte Colombe, à 1 km au Nord de la ville. Après la mort de Clovis, le territoire de la cité fut compris dans le lot de Clodomir; lors du partage des Etats de Clodomir entre ses trois frères, une portion du territoire fut attribuée au roi d'Austrasie, et l'autre au roi de Paris. Après la mort de Clotaire, la cité de Sens fut comprise dans le royaume de Gontran.

Dès lors, la cité suivit le sort de la Bourgogne. Les Vikings vinrent assiéger Sens en novembre 886. Défendue par son évêque, la ville résista plusieurs mois. Richard le Justicier, duc de Bourgogne et abbé de Sainte-Colombe, s'empara de la ville le 9 juin 895. Richard transmit le comté de Sens à son fils, le roi Raoul, mort en 936 et enterré à Sainte-Colombe. Les Hongrois, au Xe siècle, poussèrent leurs incursions jusqu'à Sens dont ils firent le siège en mars 937. Quelques années plus tard, en 959, une troupe de Saxons menaça la ville, mais elle fut battue par l'archevêque Archambaud et le comte Rainard ler à Villiers-Louis. Plus tard, le comte Rainard Il, ayant outragé l'archevêque, fut assiégé dans sa ville par le roi Robert en 1015; il fut obligé d'abandonner son comté, moitié au roi, moitié à l'archevêque; il en garda toutefois l'usufruit sa vie durant. A sa mort, en 1055, le roi Henri Il, entra en possession du comté de Sens qui fut ainsi réuni au domaine royal.

En 1146, les bourgeois de la cité de Sens se constituèrent en commune. Mais dès 1447, sur la plainte de Herbert, abbé de Saint-Pierre-le-Vif, le roi Louis VIII supprima la commune. Les bourgeois s'insurgèrent et massacrèrent l'abbé Herbert. Plusieurs des meurtriers de l'abbé furent précipités du haut le la tour du roi à Sens. Cependant la commune se reconstitua; on constate son existence en 1186. Elle obtint une charte du roi Philippe-Auguste en 1189. Le corps municipal comprenait un maire assisté de douze pairs ou jurés, changés tous les ans à l'octave de la Saint-Jean. En 1235, le roi Louis VIII confirma et amplifia les privilèges de la commune. Celle-ci, à la demande des habitants, fut supprimée en février 1318. Les bourgeois conservèrent cependant le droit d'élire des magistrats chargés d'administrer a ville et de représenter la communauté.

Les rois Philippe VI et Charles VII leur reconnurent le droit de s'assembler et de nommer des procureurs. En 1474, Louis XI établit à Sens l'échevinat comprenant le maire, 4 échevins, 4 conseillers, 1 procureur ou clerc de la ville, choisis par le roi sur une liste de notables désignés par l'assemblée de la communauté. En 1483, Charles VIII réduisit à 6 le nombre des officiers municipaux : 1 maire, 4 échevins, 1 procureur et 1 receveur. Pendant les guerres le religion, Sens resta attachée au parti catholique. En 1590, la résistance des habitants obligea Henri lV à lever le siège; la ville n'ouvrit ses portes au roi qu'en 1594. En 1814, défendue par le général Allix contre les Württembergeois, la ville ne fut prise que grâce à une trahison. En 1870, les Allemands entrèrent à Sens le 12 novembre et l'occupèrent jusqu'au 25 mars 1871.

Les armoiries sont : D'azur à la tour d'argent, maçonnée de sable, accompagnée de six fleurs ale lis posées 3, 2, 4.

Il sont nés à Sens.
Sens est le lieu de naissnace de l'écrivain Nicolas Coëffeteau, l'historien Dom Mathoud, l'érudit Pascal Fenel, Louis, Fauvelet de Bourrienne, secrétaire de Napoléon Ier, l'imprimeur Théodore Tarbé, l'archéologue Victor Petit, Adolphe Vuitry, le Dr Dechambre, Edouard Charton, etc.

Comtes de Sens.
Magnerius, mort en 836; Donat, sous Charles le Chauve; Gilbert, en 884; Garnier, chassé en 895; Richard, duc de Bourgogne; Fromond Ier, 941-951; Rainard Ier, fils du précédent, mort en 996; Fromond II, mort en 1012; Rainard Il, mort en 1055.

Monuments romains.
De la muraille d'enceinte gallo-romaine, dont le périmètre est indique par les boulevards actuels, il ne reste que quelques pans de la courtine et trois tours; les parties les mieux conservées se trouvent sur le boulevard du Quatorze-Juillet. La muraille se composait d'une assise inférieure formée d'énormes blocs empruntés à des édifices détruits (la face sculptée ou inscrite tournée à l'intérieur), sur lesquels repose un blocage d'environ 3 m d'épaisseur, revêtu d'un petit appareil régulier, interrompu de place en place par des cardons de briques. La partie supérieure avait été refaite au Moyen âge. Les portes, reconstruites au Moyen âge, ont été détruites. Il n'en reste qu'une seule, de la fin du XIIIesiècle, connue sous le nom de poterne.

Sur la rive gauche de la Vanne, près du confluent de cette rivière avec l'Yonne, dans la plaine Champbertrand, restes d'un édifice romain. Des fouilles pratiquées en 1845 ont mis au jour une muraille, ayant la forme d'un rectangle long de 396 met large de 198 m, avec une saillie circulaire à l'Ouest; la face orientale présentait trois murs parallèles. Au centre, au lieu dit la Motte-du-Ciar, l'on a retrouvé un édifice dont les fondations occupent, une superficie de 64,60 m de large et 76 m de long. L'on a recueilli de nombreux fragments de marbres de toute espèce.

Monuments religieux.
La cathédrale, dédiée à saint Étienne, s'élève sur l'emplacement de trois églises dédiées à saint Etienne, la Vierge et saint Jean-Baptiste. Elle date dans son ensemble du XIIe siècle. La construction fut commencée par l'archevêque Henri Sanglier (1122-1142) et continuée par Hugues de Toucy (1142-1168). Le 19 avril 1164, le pape Alexandre III consacra l'autel des saints Pierre et Paul. La cathédrale se compose d'une nef accostée de bas-côtés, d'un transept sur lequel s'ouvrent un choeur et deux chapelles; le choeur est entouré d'un déambulatoire sur lequel s'ouvraient, au XIIe siècle, trois chapelles absidales. La façade principale est percée de trois portes et flanquée de deux tours. La porte principale, de la seconde moitié du XIIe siècle, est ornée de sculptures. représentant les travaux des mois et les arts libéraux; sur le trumeau central, la statue du diacre saint Etienne. La tour du Nord, du XIIe siècle, ornée d'arcatures, était couverte d'une toiture en plomb, démolie de 1845 à 1848. La tour méridionale, du XIIIe siècle, dans ses parties inférieures, n'a été achevée qu'en 1535. A l'intérieur, nef de sept travées, voûtées sur plan carré, les piliers recevant les arcs doubleaux et les ogives, alternant avec des colonnes accouplées recevant les arcs de renfort; au-dessus des grandes arcades, triforium; plus haut, fenêtres amorties en arc brisé; l'élévation du choeur est la même. Les murs des bas-côtés étaient primitivement ornés d'arcatures aveugles en plein cintre; à partir du XIIIe siècle, on y ouvrit des chapelles, démolies par Viollet-le-Duc et remplacées par des chapelles basses. Le transept a été construit de 1490 à 1520; les fenêtres au-dessus des portails sont ornées de magnifiques vitraux. Sur le transept Nord s'ouvre la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, voûtée en cul-de-four du XIIe siècle.
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Sens : la cathédrale.
La cathédrale de Sens.

Les chapelles qui ouvrent sur le déambulatoire ne datent que du XIVe au XVIe siècle, à la réserve de la chapelle absidale construite en l'an 1206. Dans le déambulatoire, au Nord, vitraux du XIIIe siècle représentant la Vie de saint Eustache et le Martyre de saint Thomas Becket; belle statue de saint Thomas, du commencement du XIIIe siècle, retrouvée en 1897 dans le mur d'une maison de l'ancien cloître. Dans la nef; appuyé contre le cinquième pilier, retable de pierre au-dessus d'un autel, restes du monument funéraire élevé en 1515 par l'archevêque Tristan de Sallazar à son père et à sa mère. Dans une chapelle, derrière le sanctuaire, deux statues en marbré blanc des cardinaux Jacques et Jean du Perron; bas-reliefs du tombeau du cardinal Duprat; tombeau de Louis dauphin, fils de Louis XV, mort en 1765, et de Marie de Saxe, sa femme, morte en 1767, oeuvre de Coustou fils, jadis au milieu du choeur. Le trésor est particulièrement riche en objets anciens : tapisseries, parmi lesquelles un parement d'autel du cardinal de Bourbon (Adoration des mages), un parement de retable du même cardinal (Couronnement de la Vierge, Couronnement de Bethsabée, Couronnement d'Esther), une tenture aux armes du cardinal Wolsey; riche collection de tissus du VIe au XVe siècle, les vêtements liturgiques, dits de saint Thomas Becket; parmi les ivoires : pyxide antique, peigne de saint Loup, coffret byzantin avec l'histoire de Joseph; la sainte coupe, ciboire de vermeil de la fin du XIIe siècle, etc.

Relié à la cathédrale, au Sud, le bâtiment de l'Officialité du XIIIe siècle, restauré par Viollet-le-Duc. Trois étages; aux étages inférieurs, anciens cachots; salles voûtées, converties en musée de l'oeuvre ou ont été réunis les débris de sculpture provenant de la cathédrale, et des monuments détruits lors des restsurations à l'étage supérieur, une seule salle voûtée d'ogives, où l'on a formé un musée diocésain. 

Au Sud de la cathédrale, palais de l'Archevêché; bâtiment reliant le palais de l'Officialité au corps principal du logis : la partie touchant à l'Officialité, reconstruite en 1683 à la suite, construction de l'archevêque Etienne Poucher, de l'an 1520, dont le premier étage, démoli en 1832, a été reconstruit, partie sous Napoléon III, partie en 1897 par les soins de l'archevêque Ardin; le corps de logis principal, parallèle au bâtinrent de l'Officialité, construit en 1557 par le cardinal Louis de Bourbon.

Eglise Saint-Savinien, au faubourg de ce nom, édifice roman du XIe siècle, avec tour carrée du XIe siècle; crypte, dans les murs de laquelle sont enchâssées trois inscriptions du XIe siècle relatives au martyre de saint Savinien. - Au même faubourg, église Saint-Jean, autrefois église de l'abbaye du même nom, aujourd'hui chapelle de l'Hôtel-Dieu; église à trois nefs du XIIIe siècle, remaniée au XVIIe siècle; choeur et sanctuaire du plus beau style gothique. - Eglise Saint-Pierre-le-Rond, à deux nefs, dont l'une voûtée en bois; tour du XVIe siècle. - Eglise Saint-Maurice, sur la rive gauche de l'Yonne, en tête du pont, à trois nefs, du XIIe siècle, remaniée au XVIe siècle. 

Monuments civils.
Maisons du XVIe siècle, spécialement au coin de la rue d'Alsace et de la rue Jossey, une maison dite d'Abraham, à l'angle de laquelle est sculpté en bois un arbre de Jessé. 

Hôtel de ville, maison bourgeoise sans caractère, dans laquelle sont établis le musée et la bibliothèque. Le musée est particulièrement remarquable par sa riche collection de bas-reliefs et d'inscriptions de l'époque romaine, provenant des soubassements du mur d'enceinte. On remarquera l'inscription d'un monument élevé en l'honneur de la maison d'Auguste par le famine Magilius Honoratus, une inscription en l'honneur de Caius César, fils adoptif d'Auguste, des bas-reliefs provenant de la frise d'anciens thermes, des stèles funéraires, des fragments de colonnes de proportions colossales, etc. Le musée contient en outre des collections de silex taillés, d'objets en bronze et en terre cuite trouvés à Sens, le manuscrit du Missel de l'âne ou des fous, avec sa reliure formée d'un diptyque romain en ivoire représentant le triomphe de Bacchus et celui de Diane, une matrice de sceau en ivoire de l'église cathédrale, etc.; comme objets artistiques, des maquettes des oeuvres du sculpteur Peynet, quelques bons tableaux, une collection paléontologique et minéralogique. (GE).

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Dictionnaire Villes et monuments
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