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Le Temple, à Paris

Le Temple (la Maison du Temple), à Paris (IIIe arrondissement). - Le Temple était jadis un vaste domaine fortifié avec de nombreuses constructions dont les plus importantes étaient l'église, et le donjon élevé en 1212, qui renfermait les archives et les trésors de l'ordre des Templiers

On sait que les opérations financières étant au XIIIe siècle en grande partie aux mains des Templiers, le Temple de Paris, le principal de leurs édifices, fut ainsi le centre de l'administration des finances royales de Philippe-Auguste à Philippe le Bel et, sous saint Louis et Philippe le Hardi, le trésor du roi y fut déposé. mais il n'est que vraisemblable que ce fut la grosse tour même, succédant peut-être à la tour de César, qui reçut ce trésor, avec des pièces des archives royales, comme aussi le trésor de l'ordre, puis des valeurs confiées par le roi d'Angleterre et par de simples particuliers.

Henri III, roi d'Angleterre, avait habité le manoir du Temple, comme le « plus sûr séjour de Paris » et Philippe le Bel vint s'y réfugier pendant un soulèvement populaire. La puissance des Templiers, installés à Paris vers 1143, était très grande, et leur domaine dit du Temple fut saisi en 1307. Il passa aux mains de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, appelé plus tard ordre des chevaliers de Malte, qui le possédèrent jusqu'à la Révolution.
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Paris : le Temple au Moyen âge.
Le Temple en 1450 (reconstitution du XIXe s.).

Au commencement du XVIIe siècle, il ne restait plus de cette maison que quelques bâtiments et notamment les tours et la tour de César. Ce qu'on appelait les tours, c'était la grosse tour, de forme carrée et flanquée de quatre tourelles, puis un massif situé au Nord, sensiblement moins élevée et dit la petite tour; celle-ci avait également des tourelles, au nombre de deux. La grosse tour, ou donjon a dû être élevée vers 1265 ou 1270. Très postérieurement à sa construction on l'avait complétée par un comble rond et pyramidal haut de 15 m. Mais, à ce changement près, elle était restée pour ainsi dire intacte de son origine à la fin du XVIIIe siècle. La hauteur totale était de 50 m environ; les tourelles n'avaient que 45 m. Ses murs étaient extrêmement épais (2,27 m); la grande salle de chaque étage avait 30 pieds carrés. La petite tour, qui n'existait pas au Moyen âge, ne datait vraisemblablement que de la fin du XVIe siècle; elle avait environ 25 m de haut ou 35 avec les tourelles.

Le donjon renfermait quatre étages et la petite tour quatre de même, le premier et le deuxième de celle-ci n'ayant que la hauteur d'un étage de celui-là, mais les trois premiers seulement, dans l'un comme l'autre, ont été occupés. Les tours étaient environnées d'un fossé sans eau avec pont-levis d'abord, puis pont de bois au XVIIe siècle. Il ne faut pas confondre avec elles la tour qui était placée plus au Nord et dite du Colombier ou aussi de César, parce que l'opinion populaire la faisait remonter aux Romains, mais qui ne remontait peut-être qu'à 1200 environ. On doit la rappeler pour cette raison également qu'il peut se faire qu'elle ait été employée comme prison, de même que les autres tours. De forme carrée pareillement, elle avait probablement près de 100 pieds de hauteur; elle avait 30 pieds de largeur. Le Temple comprenait aussi une geôle qui disparut bien avant la Révolution. Il paraît qu'il y eut longtemps des souterrains dont un conduisait à la Bastille.-

Paris : Donjon du Temple.
Le donjon du Temple au XVIIIe s. 

En 1667 le Grand Prieur Jacques de Souvré, fit démolir les anciennes murailles, et vendit une partie des terrains au nord, terrains qui s'étendaient jusqu'au ruisseau de Ménilmontant et sur lesquels on ouvrit les rues de Malte, de Vendôme, d'Angoulême, etc. Il fit construire un nouvel et vaste hôtel, dit hôtel de M. le Grand Prieur, et le nouvel enclos fut entouré de murailles crénelées flanquées de tourelles. 

Cet hôtel du Grand Prieur fut le théâtre des plaisirs de Philippe de Vendôme, successeur de Jacques de Souvré. Des fameux dîners, égayés par l'abbé de Chaulieu, qui eurent lieu au Temple, vient l'expression : Boire comme un Templier. J.-J. Rousseau y logea en 1765, étant l'ami du Grand Prieur, qui était alors le prince de Conti. En 1781, le bailli du Temple, M. de Crussol, fit élever la Rotonde sur les dessins de Pérard de Montreuil. 

Le dernier titulaire du Prieuré fut le duc d'Angoulême, fils de Charles X, mais il n'eut pas le temps d'exercer ses fonctions. L'enclos était un lieu d'asile pour les insolvables et les criminels, et le Grand Prieur seul y exerçait la justice. On n'y payait pas d'impôts, ce qui explique pourquoi le Temple était devenu une véritable ville offrant mille avantages aux heureux habitants. De nombreux artisans, affranchis chu droit du maîtrise, s'y étaient installés peu à peu et c'est là que fut créé l'article dit de Paris. 

L'ancienne Commanderie s'était donc singulièrement modifiée, aussi est-il nécessaire de se figurer ce qu'était devenu en 1792 ce redoutable séjour qui tient une si grande place dans l'histoire de Paris. 

En 1792 l'enclos du Temple formait un vaste territoire de 125 hectares représenté à peu près aujourd'hui par le quadrilatère compris entre la rue du Temple à l'ouest, la rue de Bretagne au sud, la rue de Picardie à l'est, et au nord par une ligne fictive parallèle à la rue Béranger. Cette ligne suivrait l'axe de la rue de la Corderie, dans sa première direction, passerait par l'extrémité nord de la cité Dupetit-Thouars, et aboutirait à la rue dit Temple en face du débouché de la rue de Notre-Dame-de-Nazareth. On pénétrait dans cet enclos par une seule porte qui était située rue du Temple, vis-à-vis la rue des Fontaines, dans un angle rentrant de l'enceinte, entre deux grosses tours. Cette porte avait été reconstruite en 1650 et fut démolie vers 1810. On a retrouvé en 1906 les vestiges de ses fondations.

L'hôtel du Grand Prieur, attribué jusqu'en 1789 au comte d'Artois. occupait exactement l'emplacement de la partie ouest du square du Temple actuel, et s'ouvrait rue du Temple presque à l'angle de la rue de la Corderie (rue de Bretagne actuellement). Ce palais communiquait par un passage voûté avec la fameuse grosse Tour flanquée de quatre tourelles, contre laquelle était adossée la petite tour flanquée de deux tourelles. A la petite tour étaient appuyés les bâtiments du chapitre. Les bâtiments de l'ancienne commanderie comprenaient en outre une église, les restes d'un cloître, un cimetière oie avait été enterré le bailli de Suffren, et divers autres bâtiments. En plus de ces importantes constructions du balais pro prement dit, de ses dépendances, et des anciens bâtiments de la commanderie, l'enclos renfermait diverses propriétés particulières qui s'étaient élevées peu à peu sur ce territoire trop grand pour être utilisé par les seuls services du Grand Prieur. C'est ainsi qu'on y voyait l'hôtel des Bains, jadis du Poirier, l'hôtel du Bel-Air, l'hôtel de Rostaing, l'hôtel de Chabrillan, l'hôtel de Boisboudran, l'hôtel de Guise, l'hôtel de Boufflers, l'hôtel de Vernicourt qui était dans la cour du chapitre, la Rotonde, des jardins, des rues, des cours, un jardin public, une boucherie, des écuries, etc.

Le 13 août 1792, la famille royale, qui avait campé pendant trois nuits dans le couvent des Feuillants, fut amenée au Temple, escortée de Manuel, procureur de la Commune, et de Pétion, maire de Paris. Provisoirement la famille royale fut logée dans la petite tour adossée à la grande Tour. Cette petite tour servait depuis peu d'habitation à M. Barthélemy, secrétaire archiviste de l'ordre du Temple. Louis XVI ne fut transféré dans la grande Tour que le 30 septembre, et le reste de la famille le 26 octobre. On fit de grands travaux pour isoler la Tour et ce fut le citoyen Palloy, le démolisseur de la Bastille, qui fut chargé de ces travaux. Il établit un mur d'enceinte isolant la Tour des autres bâtiments du Temple. La Tour se trouvait exactement sur l'emplacement de la rue et des trottoirs de la rue des Archives, depuis l'aile nord de la mairie actuelle du IIIe arrondissement jusqu'à la grille du square du Temple. Pour une brève période, la dernière de son histoire, la Maison du Temple était devenue la Prison du Temple. (F. de Rochegude).

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Dictionnaire Villes et monuments
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