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Grenade

Grenade (en espagnol Granada). - Ville de l'Espagne méridionale, en Andalousie, chef-lieu d'une province du même nom, à 700 kilomètres au Sud de Madrid, à une altitude moyenne de 686 m au-dessus du niveau de la mer, au pied du versant septentrional de la sierra Nevada, sur les bords du Genil (affluent de gauche du Guadalquivir); environ 240 000 habitants (2007). Vue des hauteurs qui l'environnent, Grenade présente un aspect merveilleux. Dans le cirque des montagnes bleues qui l'enferment, elle étale une « vega » éclatante de verdure au milieu de laquelle se détache un amas de maisons blanches. C'était pour les Maures la «-reine des cités-», « le Damas de l'Occident », « une partie du ciel tombée sur la terre », et chez les Espagnols a cours le proverbe :
Quien no ha visto Granada
No ha visto nada.
« Qui n'a pas vu Grenade n'a rien vu. » 
Le climat est particulièrement salubre, frais en été, parce que la sierra Nevada la défend contre les vents du Sud; les rivières qui viennent de ces monts y entretiennent la fraîcheur et une verdure éclatante, alors que la plaine andalouse est partout ailleurs brûlée par le Soleil. C'est alors que la vega est véritablement un manteau vert à passementeries d'argent.
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Grenade.
Grenade vue depuis l'Alhambra. Photos : The World Factbook.

La ville étage ses maisons sur trois collines en amphithéâtre, qu'on a comparées aux quartiers ouverts d'une grenade, d'où serait venu, à ce qu'on dit, le nom de la cité. Elle se compose de trois quartiers : Grenade proprement dite à l'Ouest, Antequeruela au Sud, près du Genil, et Albaïcin au Nord-Est; ce dernier quartier qui doit son nom à ses anciens habitants, les Maures de Baeza, est situé au Nord du Darro, un affluent du Genil; des faubourgs se rattachent encore à la cité. Les rues, même les plus larges, sont tortueuses, sauf dans les quartiers modernes; les vieux quartiers ont un réseau inextricable de ruelles arabes, larges de trois à quatre pieds et dont le passage est impossible aux véhicules; elles sont bien pavées en général et bordées parfois de trottoirs de marbre. Beaucoup de maisons ont conservé la disposition mauresque, avec une vaste entrée, un vestibule, un patio agrémenté de fontaines et de fleurs, avec de gracieuses sculptures; un escalier conduit à l'étage supérieur. Dans la partie basse, entre les collines, les voies sont plus droites et plus spacieuses et les maisons ont un aspect tout moderne. 

La ville paraît avoir été fondée par les Phéniciens sous le nom de Karnattah;  les Ibères bâtirent à peu de distance Elybirge ou Illiberi (Ville-Neuve), qui devint une importante colonie romaine. Les deux villes passèrent en la puissance du calife de Cordoue, que les Omeyyades renversèrent; les Almoravides et les Almohades donnèrent à la cité sa prospérité la plus grande : ses hautes murailles étaient flanquées de 1030 tours et sa population était de 430 000 âmes sous Abou-l'Hadjaj. 
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Chapelle des Rois catholiques, à Grenade.
La chapelle des Rois catholiques, à Grenade.

Le royaume de Grenade fut le dernier morceau de l'Espagne que possédèrent les Maures; les compétitions des tribus principales : les Zégrîs et les Abencérages, l'agitèrent et l'affaiblirent et le roi de Castille imposa en 1460 sa suzeraineté et un tribut annuel au souverain grenadin; sous différents prétextes, il lui enleva son territoire, lambeau par lambeau, jusqu'à ce que Ferdinand et Isabelle vinssent en personne mettre le siège devant les murailles, en avril 1491; Boabdil, dernier roi maure de Grenade leur livra la cité le 2 janvier 1492 et les vainqueurs allèrent, quatre jours plus tard, prendre en grande pompe possession de l'Alhambra et y arborer l'étendard de Castille; ils y reçurent, peu de temps après, Colomb qui allait ajouter à leur couronne un splendide fleuron. Les Maures, d'abord retenus par les privilèges, ne quittèrent pas Grenade; mais les vexations qu'ils eurent à subir les fit se soulever en 1571; la sédition fut réprimée, et Philippe III chassa, en 1610, les derniers restes de cette population qui faisait la fortune de la ville. L'armée française occupa Grenade pendant les guerres de l'Empire (Napoléon).

Les enfants les plus illustres du pays sont : l'historien Diego Hurtado de Mendoza (1503-1575), Luis de Grenade (1504-1588) tant vanté par ses compatriotes, (peut-être) le grand poète lyrique Luis de Léon, mort en 1591, Eugénie de Guzman y Portocarrero (1826-1920, épouse de Napoléon III, ou encore le poète Federico Garcia Lorca (1895-1936), assassiné par une clique de Franquistes (L'Espagne depuis 1898).
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L'Alhambra, à Grenade.
Porte de la mosquée de l'Alhambra, à Grenade.

L'orgueil de Grenade est le palais de l'Alhambra, qui forme une véritable ville sur la colline, entre le Darro et l'Antequeruela; il doit son nom, corruption du mot arabe qui signifie « rouge », à la coloration vermillonnée que les oxydes de fer donnent aux murailles. Ce palais est entourée de murs, flanqué de tours et terminé à l'ouest par la vieille citadelle ou alcazaba; un groupe d'habitations bordant une place à laquelle on accède par une vingtaine de marches et une église sont construits dans l'enceinte. Les parties les plus fameuses du palais sont : la cour des Lions avec ses admirables portiques, ses ogives, ses galeries aériennes et sa fontaine; la salle des Ambassadeurs, la plus belle de toutes, avec son plafond de cèdre ciselé d'un prix incalculable et la merveilleuse décoration de ses murs; la cour du Mezouar avec son bassin rectangulaire pour les bains des femmes; la sala de las Ninfas, etc. Outre ce palais féerique, on voit un palais inachevé, commencé par Charles-Quint, des ruines, des jardins, etc.
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Photo de la Cour des Lions dans l'Alhambra.
Alhambra de Grenade : la Cour des lions.

Le Generalife, situé au delà du beau ravin de los Molinos, est un autre assemblage de constructions arabes, offrant de nombreux jets d'eau et des cascatelles dans ses vastes jardins, qui font tout le charme du lieu; c'était le château de plaisance des rois maures.

Photo des jardins du Generalife, à Grenade.
Les jardins du Generalife.

Les tours Vermeilles (las torres Bermejas) s'élèvent sur une colline qui porta les premiers édifices phéniciens.

Ces murailles, qu'inonde le Soleil de l'Espagne et derrière lesquelles les montagnes neigeuses de la Sierra Nevada forment un fond digne du tableau, contrastent singulièrement aussi avec les rochers abrupts des environs.
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Eglise Sainte-Anne, à Grenade.
Eglise Sainte-Anne, à Grenade.

Il y a encore nombre d'autres monuments intéressants à Grenade. Citons :

La cathédrale, avec une tour haute de 56 m, commencée en 1529 par Enrique de Egas puis par Diego de Siloé, mais inachevée, au centre de la ville; c'est un monument gothique à cinq nefs, très orné et possédant des vitraux admirables, une très belle Vierge sculptée d'Alonso Cano, une statue bizarre de bois représentant un guerrier à cheval, une toile splendide attribuée à Alonso Cano : la Virgen de las Angustias, et d'autres tableaux de Ribera, de Juan de Sesilla, etc.; les chapelles sont décorées somptueusement et l'une d'elles, !a capilla Real, offre les tombes de Ferdinand et d'Isabelle et le mausolée de Philippe Ier et de Jeanne la Folle. 

L'université, datant de 1236 et définitivement établie en 1531 par Charles-Quint; elle est installée dans l'ancien couvent des jésuites et vient, en Espagne, après celles de Madrid, Barcelone, Valence et Séville pour le nombre des étudiants. Elle a une riche bibliothèque, et des académies de médecine et de chirurgie lui sont adjointes. 

Et aussi : L'église San Jeronimo, près de l'université; l'église Sainte-Anne, au pied de l'Albaicin, édifice Renaissance avec un beau portail plateresque; le palais de la chancellerie (Audencia), le quartier gitan du Sacro Monte, avec ses habitations troglodytiques, etc. (E. Cat.).
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Grenade en 1640.
Grenade vers le milieu du XVIIe siècle.
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Dictionnaire Villes et monuments
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