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Beauvais

Beauvais (Civitas Bellovacorum, Caesaromagus, Belvacum, Bellovacum) est une ville du département de l'Oise, sur le Thérain  qui s'y divise en plusieurs bras, et au-dessous du confluent de cette rivière avec l'Avelon, à 72 kilomètres au Nord de Paris par la route; 55 700 habitants. 

La ville a vu naître Vincent de Beauvais, Villiers de l'Ile-Adam, Lenglet-Dufresnoy, Dubos, Restaut Vaillant, d'Agincourt, etc. (Beauvaisis).

Histoire.
Beauvais a toujours été une des localités les plus importantes de la Gaule du Nord. On a trouvé dans ses environs immédiats de nombreux vestiges de l'âge de la pierre et de celui du bronze. Avant la conquête de notre pays par César, cette ville était la capitale de la cité des Bellovaques, une des tribus les plus considérables de la Gaule, à laquelle on a attribué avec une grande vraisemblance des monnaies d'or et de potin, d'un type particulier. Ces peuples, renommés pour leur vaillance, soutinrent pendant douze ans, contre les Romains, une lutte acharnée, et leur soumission définitive, vers l'an 46 av. J.-C., entraîna la soumission de la Belgique entière. 

L'oppidum gaulois, nommé Bratuspentium, qui paraît avoir été la principale place d'armes des Bellovaques, avait succombé vers l'an 57 avant l'ère chrétienne. On a beaucoup et longuement discuté pour savoir si ce lieu devait être placé à Gratepanche, dans l'Amiénois, ou sur le territoire de Vendeuil-Caply, canton de Breteuil (Oise). Quoi qu'il en soit de ce petit problème historique, l'emplacement même de Beauvais, déjà certainement habité aux époques antérieures à la conquête, devint, après l'établissement des Romains, le siège d'une ville fortifiée avec des temples, un théâtre et des arènes, dont on a retrouvé les restes au lieu dit le Mont-Capron; cette ville reçut le nom de Caesaromagus; mais ce nom imposé par les vainqueurs tomba en désuétude et fut remplacé, dès la fin de l'occupation romaine, par une appellation dérivée de l'ethnique des Bellovaques, modifié sous la forme Belvacus, ou Belvagus, d'où Beauvais.

Cette ville fut au nombre des quarante-neuf cités qui, aux IVe et Ve siècles, formèrent la grande confédération des Bagaudes pour résister aux abus d'autorité de la Rome impériale. Vers 434, elle tomba au pouvoir des Francs, conduits par Clodion. Suivant quelques historiens, elle aurait été incendiée par les hordes d'Attila, mais le fait paraît plus que douteux. Elle fut prise par Chilpéric vers 471, puis comprise dans le royaume de Paris, échu à Childebert ler après la mort de Clovis. On connaît des triens d'or portant le nom Bellovaco et frappés probablement à la fin du VIe siècle. Depuis ce moment jusqu'au règne de Charles le Chauve, nous ne trouvons dans les historiens le souvenir d'aucun fait particulier à la ville de Beauvais. Ce souverain traversa Beauvais, puis Compiègne et Soissons, lorsqu'il se rendait à Langres, pour y retrouver le roi de Bavière, son frère. C'était déjà l'époque où les Vikings, remontant la Seine, rançonnaient toutes les villes de l'ancienne Gaule Belgique. Beauvais leur paya, en 845, une forte somme pour se racheter du pillage.
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Beauvais : murailles gallo-romaines.
Vestiges des murailles gallo-romaines, derrière la cathédrale.
En bas à droite, la statue de Racine.

Depuis ce moment jusqu'au traité de Saint-Clair-sur-Epte, en 911, Beauvais fut sans cesse exposée aux attaques des Vikings. En 850, ils brûlèrent la ville; en 859, ils massacrèrent l'évêque Hermenfride dans son palais; en 881, ils dévastèrent la ville à deux reprises différentes et en firent une place de sûreté qu'ils ne quittèrent qu'en 883, après l'avoir pillée de nouveau. En 886, nouvelle invasion à la suite de laquelle la malheureuse cité fut presque entièrement brûlée. En 923, les Vikings, déjà fixés dans la Neustrie, font une nouvelle irruption, mais, cette fois, ils sont repoussés et quand ils reviennent, deux ans après, les Beauvaisins, enfin aguerris et aidés par les Parisiens, se jettent sur la Normandie qu'ils ravagent à leur tour. Les Carolingiens frappèrent plusieurs monnaies d'argent qui portent le nom de Beauvais.

En 1015, le comté de Beauvais fut, par échange, uni à l'évêché, dont le titulaire devint ainsi seigneur temporel de la cité. Ce fut l'origine de tous les conflits survenus depuis, entre les bourgeois et l'autorité épiscopale. Les habitants de Beauvais avaient, en effet, reçu une charte de commune du roi Louis le Gros. Louis le Jeune ayant confirmé en 1144 ces privilèges, des difficultés ne tardèrent pas à s'élever entre le prélat et la ville, au sujet de la portée de cet acte, en ce qui concernait l'exercice de la justice. Le roi vint en personne à Beauvais pour terminer le différend et se prononça en faveur des prétentions de l'évêque; mais les bourgeois se soulevèrent, et le roi suspendit pendant quelque temps le droit de commune. Malgré cette intervention royale, Philippe-Auguste fut encore obligé de venir à Beauvais en 1202, pour apaiser de nouvelles discordes entre la commune et l'évêque, qui était alors son neveu Philippe de Dreux. Sous saint Louis, de nouvelles difficultés surgirent à propos de l'élection du maire; le roi crut les trancher en élevant à cette dignité un bourgeois de Senlis; mais les Beauvaisins se révoltèrent, assiégèrent le nouvel élu et ses pairs dans leurs maisons qu'ils incendièrent, et plus de cinquante personnes furent tuées ou blessées dans cette sédition. Le roi vint donc en personne à Beauvais pour examiner l'affaire; mais l'évêque Miles de Nanteuil protesta, prétendant être le seul juge du cas, comme seigneur temporel de la ville; il excommunia à la fois le maire, les échevins et les officiers du roi, qui passa outre néanmoins, bannit les auteurs de la révolte et fit démolir leurs maisons, au nombre de quinze. 
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Beauvais : maisons du Moyen âge.
Maisons médiévales, rue Racine, à Beauvais.

Cette affaire donna lieu à six conciles provinciaux qui se tinrent à Noyon, Laon, Senlis et Saint-Quentin, et à l'interdiction du diocèse; mais le prélat, effrayé par la fermeté de saint Louis, s'enfuit à Rome, où il mourut en 1234; l'interdit ne fut levé que vers 1239, sous l'épiscopat de Robert de Cressonsacq. Ces querelles perpétuelles entre le pouvoir épiscopal et les habitants - querelles qui avaient presque toujours pour prétexte l'exercice de la justice - continuèrent ainsi pendant plus d'un siècle, et amenèrent de nouveau l'intervention personnelle de saint Louis en 1265 et de Philippe le Hardi en 1273 et 1277, En 1307, des contestations relatives au droit de banalité, dont l'évêque jouissait comme comte, amenèrent le pillage et l'incendie du palais épiscopal par les bourgeois qui furent ensuite battus, excommuniés et contraints de payer au prélat, entre autres indemnités, une amende de 8000 livres parisis, qui servit à construire les deux grosses tours qui défendent encore l'entrée de l'ancien palais. Ce fut la dernière sédition de la ville contre son évêque; les contestations se renouvelèrent souvent encore depuis cette époque, mais elles furent toujours réglées désormais par la voie judiciaire.
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Beauvais : Fontaine Greber (la Naissance de Vénus).
Beauvais : Fontaine.
Fontaines de Beauvais.

La guerre étrangère remplaça dès lors les querelles civiles. Le 23 août 1346, les Anglais essayèrent d'enlever de vive force la place de Beauvais, mais ils furent repoussés et se retirèrent après avoir brûlé les faubourgs (La Guerre de cent ans). Malheureusement, trois jours après, à la bataille de Crécy, les troupes communales fournies au roi par les Beauvaisins tombèrent dans une embuscade et perdirent, avec celles de Rouen, plus de 10,000 hommes. La ville de Beauvais échappa à la Jacquerie de 1358, mais tout le pays fut saccagé, tant par les paysans révoltés que par les pillards anglais et autres brigands. A ces calamités vinrent se joindre celles provenant de la lutte qui surgit au XVe siècle, entre les maisons d'Orléans et de Bourgogne. La ville de Beauvais y demeura d'abord étrangère, gardant sa fidélité au seul roi de France; mais le duc de Bourgogne, allié aux Anglais, étant devenu maître de presque toute la Picardie, les Beauvaisins entrèrent en négociations avec lui, et le reçurent dans leurs murs avec de grands honneurs.

En 1418 et en 1422, le faible Charles VI, devenu le jouet des Bourguignons, vint à Beauvais, qui était alors place frontière, et, dans la seconde de ces visites, il y trouva pour évêque le  célèbre Pierre Cauchon; c'est à l'influence de celui-ci que le roi d'Angleterre, Henri V, qui prit à la mort de Charles VI (octobre 1422) le titre de roi de France, dut de se voir reconnu en cette qualité par les Beauvaisins. Cette défaillance ne fut pas, d'ailleurs, de longue durée, et la ville de Beauvais fut une des premières à se déclarer pour Charles VIl, après le sacre de 1429. Aussi ce prince signa-t-il immédiatement à Compiègne des lettres d'abolition par lesquelles il pardonnait aux habitants de Beauvais leurs précédentes relations avec les Bourguignons et les Anglais. 
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Beauvais : rue Gambetta.
La rue Gambetta, à Beauvais.

Pierre Cauchon était alors en fuite et les revenus de son évêché sous séquestre. Aux mois de mai et de juin 1433, les Anglais tentèrent encore à deux reprises de surprendre la ville qui ne dut son salut qu'au dévouement héroïque de Jacques de Guehengnies. On craignit alors de voir se renouveler les horreurs du temps passé et un vieux livre d'heures beauvaisin de cette époque peint naïvement cette crainte en ajoutant aux paroles des litanies des saints cette supplication : 

A crudelitate Anglorum litera nos, Domine.
Pendant la Ligue du Bien public, Beauvais demeura fidèle à la cause royale : assiégée en 1472 par Charles le Téméraire en personne, elle repoussa victorieusement l'armée ennemie, forte de quatre-vingt mille hommes, et la força à se retirer après plus d'un mois d'infructueuses et sanglantes tentatives. Les femmes se montrèrent, en cette circonstance, aussi courageuses que les hommes et leur héroïsme a pris corps dans l'histoire sous le nom de Jeanne Hachette. C'est en leur honneur que fut instituée la fête de l'Assaut, qui se célèbre encore chaque année, le dernier dimanche de juin. Louis XI et Charles VIII, qui savaient toute l'importance de Beauvais, devenue alors un des boulevards de Paris, y firent de nombreux et longs séjours; leurs successeurs immédiats, Louis XII et François Ier, les imitèrent et augmentèrent considérablement les fortifications de la ville. Henri Il, lors d'un de ses voyages à Beauvais, accorda à la commune l'institution d'un franc-marché.

Les luttes religieuses qui ensanglantèrent la fin du XVIe siècle eurent leur contre-coup à Beauvais, dont l'évêque Odet de Coligny, cardinal de Châtillon, avait passé, secrètement d'abord, puis ostensiblement, aux protestants. Dès 1561, une sédition avait éclaté contre ce prélat, et plusieurs huguenots avaient été massacrés. Néanmoins, aucun meurtre ne fut commis dans la ville lors de la Saint-Barthélemy, quoiqu'il y vécût bon nombre de réformés; on se borna à prendre contre eux des mesures de précaution. Cela ne les empêcha pas d'essayer au mois de novembre 1579 de livrer la ville au prince de Condé; mais ils échouèrent dans leur tentative, et, expulsés de la cité, ils furent contraints d'aller S'établir à Mouy et à Troissereux. La ligue fut signée à Beauvais le 21 janvier 1589 et, le 26 février suivant, le duc d'Aumale y fit une entrée solennelle. 
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Beauvais : lycée Félix Faure.
Beauvais : monument des Maréchaux.
L'entrée du lycée Félix Faure, à Beauvais. Le monument des Maréchaux.

L'évêque, Nicolas Fumée, après avoir juré l'Union, s'enfuit effrayé à son château de Bresle, et le maire Godin, fougueux ligueur, profita de cette fuite pour inaugurer un régime de terreur qui conduisit ses administrés au dernier degré de misère, et qui ne prit fin que par la réduction de la place en l'obéissance du roi Henri IV alors à Amiens, en 1594. Le calme se rétablit alors dans cette ville depuis si longtemps agitée par toutes les passions, et sa tranquillité ne fut plus troublée jusqu'à l'époque de l'invasion de la Picardie en 1636 par les Impériaux que les Beauvaisins contribuèrent à chasser en envoyant une partie de leur milice au siège de Corbie. La ville ne souffrit pas des désordres de la Fronde, et, à part les luttes théologiques de Port-Royal et l'affaire de la bulle Unigenitus que Beauvais prit tout à fait à coeur, on ne retrouve plus aucun fait important à signaler dans les annales de cette ville jusqu'à la Révolution. Par la suite, l'histoire de la ville de Beauvais se confond avec celle du pays environnant. Elle fut occupée par les Allemands en 1870-1871 et frappée d'une amende considérable par son préfet Schwartz-Koppen, à la suite du combat de Formerie. La ville a eu ensuite à souffrir de graves destructions lors de la Seconde guerre mondiale.

La ville et ses anciennes institutions.
Beauvais avait le titre de comté; la première mention en est faite dans un capitulaire de Louis le Débonnaire, de 822; c'était probablement alors une simple division administrative. A la fin du IXe siècle, le comté de Beauvais appartenait à la maison de Vermandois, Herbert Il, comte de Vermandois, l'ayant donné en apanage à sa fille Leutgarde, celle-ci l'apporta en mariage vers 943 à Thibaut Ier dit le Vieux ou le Tricheur, comte de Blois. Leur fils, Eudes ler, comte de Blois et de Beauvais, mort en 995, laissa trois fils, dont l'aîné, Thibaut Il, mourut en 1004 sans postérité. Son frère Eudes Il lui succéda. Quant au troisième, Roger de Blois, ayant été élu l'an 1000 évêque de Beauvais, il échangea avec Eudes le château de Sancerre dont il était seigneur, contre la portion du comté de Beauvais qui appartenait à son frère. Cette transaction fut ensuite confirmée par une charte du roi Robert qui accorda que le comté fût transporté héréditairement à l'église de Beauvais, c.-à-d. aux évêques qui portèrent, à partir de cette époque, le titre de comtes. Le comté de Beauvais tenait dans sa mouvance 450 fiefs ou arrière-fiefs. 

A côté du comte se trouvait le châtelain qui était dans l'origine le commandant militaire de la cité. La châtellenie devint ensuite un simple fief dont les détenteurs prirent et portèrent du XIIe au XVe siècle le nom de Beauvais, ce qui a fait croire à tort à l'existence d'une ancienne maison de seigneurs de ce nom. La châtellenie, après avoir appartenu successivement aux familles Le Clerc, d'Estouteville, de Mouy-la-Meilleraie et de Lorraine, fut réunie à l'évêché en 1627, par l'acquisition qu'en fit l'évêque-comte Augustin Potier à Henri de Lorraine, comte de Chaligny.

A la suite des luttes intestines amenées par la réunion du comté à l'évêché, les habitants recoururent, vers 1122, au roi Louis le Gros qui leur donna une charte de commune confirmée ensuite par Louis le Jeune, en 1144, et par Philippe-Auguste en 1182. Les évêques n'acceptèrent jamais complètement la situation qui leur était faite comme seigneurs temporels, par cette charte de commune, et leur résistance amena les luttes, quelquefois sanglantes, que nous avons rappelées plus haut. 

Le sceau de Beauvais portait une ville avec ses monuments et son enceinte fortifiée avec le mot CIVITAS en haut du champ et pour légende : 

Sigillum Belvacensis Communie; 
au contre-sceau, l'écu de France. Les armoiries de la ville sont : de gueules, au pal d'argent, avec la devise suivante ajoutée en mémoire du siège de 1472 : 
Palus ut hic fixus, constans et firma manebo;
Gens burgunda ferox, anglaque testis erit.
La ville de Beauvais était le chef-lieu d'un bailliage et siège présidial d'une maréchaussée, d'une élection, d'un grenier à sel et d'une juridiction consulaire. Le bailliage avait été institué par Henri III et comprenait dans son ressort, outre la ville, 197 villes, bourgs ou villages, dont 66 furent distraits du ressort de Senlis, 40 de celui d'Amiens, 91 de celui de Montdidier. La dignité de grand-bailli fut occupée jusqu'à la Révolution par des membres de la famille de Boufflers. Beauvais formait aussi un gouvernement particulier, dépendant du gouvernement général de l'Île-de-France. L'élection appartenait depuis Louis XIII à la généralité de Paris; elle comprenait 159 bourgs ou villages. Le grenier à sel avait la même circonscription. La juridiction consulaire, établie par un édit de juin 1563, se maintint jusqu'en 1789, malgré l'opposition de l'évêque.

Conciles de Beauvais.
Plusieurs conciles se tinrent à Beauvais; au mois d'avril 845, le célèbre Hincmar y fut élu archevêque de Reims en présence de Charles le Chauve, puis sacré le 3 mai suivant dans la cathédrale; il fut aussi question dans ce concile des usurpations de biens d'église, sous prétexte d'échange ou de précaire. C'est par erreur que quelques auteurs ont prétendu qu'il avait été tenu un autre concile à Beauvais en 1034. En décembre 1114, concile national présidé par Conon, légat du Saint-Siège, dans lequel furent excommuniés l'empereur Henri V, à l'occasion de la querelle des investitures, et Thomas de Marle, sire de Coucy, pour ses sacrilèges et ses exactions contre les églises et les populations des diocèses de Reims, de Laon et d'Amiens; il y eut une seconde réunion en 1120. En 1124, le légat Pierre de Léon présida un autre concile dans la même ville. En 1131, le pape Innocent Il, réfugié en France, fut reçu à Beauvais avec de grands honneurs. Il se tint encore dans la même ville, en 1161, suivant certains auteurs, une assemblée générale du clergé pour discuter sur le choix du pape à reconnaître entre les deux concurrents élus, Alexandre et Victor. Le roi Louis le Jeune assistait à ce synode qui se prononça en faveur d'Alexandre III. Le cardinal Odet de Châtillon, évêque de Beauvais, tint deux synodes dans sa ville épiscopale, en 1554 et 1557. Augustin Potier, Nicolas Choart de Buzanval et les évêques qui occupèrent depuis le siège de saint Lucien tinrent dans cette ville plusieurs autres synodes, en diverses occasions.

Monuments.
En dehors des restes assez considérables de son enceinte gallo-romaine datant probablement du IIIe siècle et des vestiges de la même époque dont nous avons déjà parlé et qui couvrent les pentes du Mont-Capron, la ville de Beauvais possède des monuments très remarquables. 

La Basse-Oeuvre.
La Basse-Oeuvre, ancienne basilique que la tradition veut avoir été un temple païen, mais que les auteurs les plus recommandables ne font pas remonter plus haut que le VIe et peut-être le VIIIe siècle, forme aujourd'hui (une partie ayant été détruite pour la construction de la cathédrale) un rectangle large de 22 m sur une hauteur de 16 m jusqu'à la base du fronton et de 22 m jusqu'à l'arête du toit. L'intérieur est divisé en trois nefs dont celle du milieu est le double en largeur des latérales, desquelles elle est séparée par cinq piliers carrés à angles tronqués, ayant un mètre de côté, supportant des arches en plein-cintre qui soutiennent les grands murs. Il n'a jamais existé de voûtes, ni dans la nef centrale, ni dans les bas-côtés. La construction est en petit appareil traversé par des bandes horizontales de briques; les claveaux des fenêtres en plein-cintre sont également séparés par deux ou trois briques cimentées. Un cordon horizontal, formé de briques accouplées, court d'une fenêtre à l'autre au niveau des impostes et dessine l'archivolte
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Beauvais : la Basse-Oeuvre.
Notre-Dame de la Basse-Oeuvre, au pied de la cathédrale de Beauvais.

La porte de la façade est en plein-cintre, large de trois mètres et accostée à droite et à gauche de deux portes plus petites; au-dessus de la porte principale se trouve une fenêtre en hémicycle avec une large archivolte chargée d'une broderie de chevrons croisés et encadrés, disposés symétriquement sur quatre rangs concentriques; et plus haut sont deux corniches, l'une profilée en briques, ornée de lignes ondulées, et la deuxième de billettes, à la base du fronton qui porte une croix ancrée accompagnée, dans sa partie supérieure, de deux trous ronds dans la maçonnerie. Toute cette partie supérieure de la façade est très certainement postérieure au reste de l'édifice contre lequel elle est comme plaquée et paraît remonter seulement au XIe ou même au XIIe siècle. Au-dessus de la fenêtre qui surmonte la porte principale se trouvent trois statuettes grossièrement sculptées en relief qui proviennent peut-être d'un édifice antérieur et dans lesquelles on a voulu voir Adam et Eve comparaissant devant Dieu après leur péché. La Basse-Oeuvre, d'abord cathédrale, puis église paroissiale, vendue en 1793, a été rachetée par l'Etat en 1840 et classée comme monument historique. 

La cathédrale Saint-Pierre.
A l'Est de la Basse-Oeuvre se trouve la Cathédrale, consacrée à saint Pierre, qui s'appela d'abord la Haute-Oeuvre et fut commencée au Xe siècle. Il ne reste rien de cette construction primitive détruite par des incendies, et l'église actuelle, demeurée, d'ailleurs, inachevée, appartient exclusivement aux XIIIe et XIVe siècles. La partie qui sert de choeur et qui est la plus ancienne de l'édifice, commencée en 1247, fut terminée en 1272 et s'écroula partiellement en 1286. Le désastre fut pénibIement réparé au cours du XIVe siècle, et c'est alors qu'on intercala de nouveaux piliers entre ceux des trois travées primitives; l'on songea en même temps à compléter la cathédrale et à construire une nef. Des travaux préparatoires furent entrepris au début du XIVe siècle, et l'on commença par élever des transepts (de 1500 à 1556); mais en présence des sommes énormes qu'eût coûté la construction d'une nef, on se décida à renoncer à ce travail pour consacrer toutes les ressources à l'élévation d'une Pyramide sur la partie de l'église déjà terminée. L'oeuvre fut achevée en 1568, et la pyramide, élevée, dit-on, de 146 m (la croix était à 154 m) au-dessus du sol, c.-à-d. le plus haut monument du globe avec la grande pyramide de Gizeh (Égypte), était un admirable chef-d'oeuvre d'élégance et de hardiesse; malheureusement, construite en mauvais matériaux, elle manquait complètement de solidité, et le 30 avril 1573, elle s'écroula tout à coup en entraînant dans sa chute une partie des gros piliers et en écrasant les transepts. L'argent manqua pour la reconstruire dans de meilleures conditions de durée, et on se contenta de réparer le mieux possible les dommages causés à l'église par ce désastre et de la rétablir dans l'état où nous la voyons aujourd'hui. 
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Beauvais : cathédrale Saint-Pierre.
La cathédrale de Beauvais.
Beauvais : chevet de la cathédrale.
Beauvais : transept Nord de la cathédrale.
Chevet de la cathédrale. Le transept septentrional.
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Beauvais : nef de la cathédrale.
Beauvais : horloge astronomique de la cathédrale.
La nef (en travaux). L'horloge astronomique.

La cathédrale de Beauvais a 72,50 m de longueur, 68 m de hauteur au-dessus du niveau d la place et 48,18 m de hauteur sous voûtes. Tout incomplète qu'elle soit, on la considère comme un des plus beaux édifices religieux du monde chrétien; le choeur, surtout, est une des merveilles de l'art gothique. Un grand nombre de détails de cette église méritent d'attirer particulièrement l'attention. Les deux piliers qui forment la façade sont garnis de niches fieurdelysées, de fines colonnettes et de couronnes royales; les vantaux des portes offrent des motifs de sculpture qui ont été, à tort, attribués à Jean Goujon, mais qui sont de Jean Lepot, artiste beauvaisin du XVIe siècle; dans le tympan du portail Nord se trouve un Arbre de Jessé gracieusement sculpté; on remarque dans le choeur le tombeau du cardinal-diplomate de Forbin-Janson, évêque de Beauvais, par Nicolas Couston. Les verreries de la chapelle de la Vierge sont probablement du XIIIe siècle; celles du choeur du commencement du XVe; les admirables vitraux des transepts passent pour être l'oeuvre d'Angrand Leprince, de Jean ou de Nicolas Leprince et de Nicolas Lepot, frère du sculpteur que nous avons nommé plus haut. Enfin, on peut encore citer de magnifiques tapisseries des XVe, XVIe et XVIIe siècles et des boiseries du XVIe. La sacristie de la cathédrale appartient au XIVe siècle et contient des émaux de la même époque. A côté se trouvent un ancien cloître du XIIIe siècle et une salle capitulaire du XIVe

L'église Saint-Etienne.
L'église Saint-Étienne (mon. hist.), commencée au Xe siècle, fut reconstruite en partie au XIIIe; la nef, qui en est la portion la plus ancienne, a été élevée du Xe au XIIIe siècle et les transepts appartiennent à la même époque; la porte latérale du Nord est très remarquablement décorée, et la rosace du même côté est célèbre par ses sculptures allégoriques. C'est au pied de ce transept qu'était placée la tribune en pierre qui servait à l'installation des maires. Le choeur et la tour sont du XVIe siècle.
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Beauvais : l'église Saint-Etienne.
L'église Saint-Etienne. Avec son architecture composite, elle réunit le style
entre le roman (nef ci-dessus) et le style gothique (chevet, ci-dessous).
Beauvais : chevet de l'église Saint-Etienne.

L'église Saint-Etienne renferme, outre des stalles richement sculptées, de beaux vitraux des verriers de Beauvais, Engrand et Jean Leprince et Nicolas Lepot, des tableaux sur bois du XVIe siècle, un autel en bois sculpté de la même époque et de curieuses pierres tombales. 

Les autres monuments.
L'église de la Madeleine et celle de l'ancienne collégiale Saint-Barthélenmy, aujourd'hui propriétés privées, montrent quelques restes intéressants Nous ne parlerons que pour mémoire des vestiges des églises Sainte-Marguerite et Saint-Thomas. 
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Beauvais : l'entrée du musée.
Le musée départemental de l'Oise (ancien palais épiscopal). Ci-dessus, les tours médiévales entre lesquelles se trouvent l'entrée principale; ci-dessous, la façade Renaissance.
Beauvais : cour intérieure du musée de l'Oise.

L'ancien palais épiscopal (mon. hist.), reconstruit, au XVIe siècle, sur l'emplacement de l'ancien château des comtes de Beauvais dont il reste une tour du XIe siècle bâtie elle-même sur les soubassements d'une ancienne tour de la cité romaine, est entouré de fossés et de hautes murailles; l'entrée est flanquée de deux grosses tours bâties en 1306. Ses bâtiments ont abrité aussi le Palais de Justice. C'est aujourd'hui le musée départemental de l'Oise.

On peut encore citer à Beauvais l'Hôtel de ville, construit, en 1754, sur la belle place au milieu de laquelle on a élevé, le 6 juillet 1851, une statue en bronze de Jeanne Hachette, par Dubray. On montre encore dans une des salles de l'hôtel de ville un drapeau qui passe pour être celui qui fut conquis par cette héroïne sur les Bourguignons, mais il est très certainement postérieur. 
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Beauvais : Hôtel de ville.
Façade de l'Hôtel de Ville. Photos : © Serge Jodra, 2009.

La Préfecture occupe aujourd'hui les anciens bâtiments de l'abbaye de Saint-Quentin. 

Les vieux remparts ont été remplacés par de jolies promenades qu'embellissent encore les nombreux bras du Thérain qui les sillonnent. On peut encore voir la tour Boileau (1489) et la tour Vauban (XVIIe siècle), qui avaient été construites pour consolider les remparts.

Enfin, on remarque à Beauvais un certain nombre de vieilles maisons, parmi lesquelles nous citerons seulement celle située au coin de la place Saint-Pierre et de la rue du Prévôt, qui montre des parties romanes et que l'on prétend avoir été le palais épiscopal antérieurement à la réunion du comté à l'évêché; une autre maison romane dans la rue Saint-Antoine; une maison gothique, rue Sainte-Véronique; enfin de nombreuses maisons à façades en bois avec pignons sur rue, étages à encorbellement, ornées de sculptures et datant la plupart du XVIe siècle. A l'extérieur de la ville, dans le quartier de Voisinlieu, subsistent encore les bâtiments de l'ancienne maladrerie (léproserie) Saint-Lazare. (Caix de saint-Aymour).

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Dictionnaire Villes et monuments
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