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Agrigente

Agrigente (Akragas en grec, Agrigentum en latin, auj. Agrigento (Girgenti, jusqu'en 1927) a été une grande et riche ville de la Sicile ancienne (Grande Grèce), sur la côte méridionale, près de la rivière d'Acragas (fiume di Girgenti). On y élevait des chevaux qui disputaient les prix aux jeux olympiques

Fondée presque en même temps que Marseille par des Doriens de Géla (vers 582 av. J.-C) (Les colonies grecques) elle fut soumise à la tyrannie de Phalaris (566), qui, selon la légende, faisait brûler ses ennemis dans un taureau d'airain, puis à celle de Théron ( 488). Elle reçut sa constitution du philosophe Empédocle et s'enrichit très vite par un important commerce de vins et d'huile avec Carthage, en même temps qu'elle passait au pouvoir des Syracusains.

Elle fut prise et détruite en 406 par les Carthaginois, relevée par Timoléon,  et encore pillée par les Romains (262 av. J.-C.) avant de se soumettre à eux à la fin de la Seconde guerre punique (210) comme le reste de la Sicile (L'Italie Antique). A partir de cette époque Agrigente ne fut plus qu'une ville de deuxième ordre. L'insécurité des côtes méditerranéennes pendant tout le Moyen âge força les habitants d'Agrigente de reculer vers l'intérieur du pays. La ville appartint alors tour à tour aux Arabes, aux Normands, aux Français, aux Aragonais et, enfin, aux rois de Naples.

La moderne Agrigente (60 000 habitants) est bâtie sur un petit plateau de 275 m d'altitude, où était située jadis l'acropole et n'occupe qu'une très faible partie de l'ancienne cité. L'industrie est de peu d'importance et la population vit principalement du tourisme et des autres services. Des ruines imposantes subsistent, dispersées entre les bosquets d'oliviers, qui  témoignent de la noblesse de l'antique cité. 

Les ruines d'Agrigente.
Cette ville, dont les monuments furent élevés pendant le Ve siècle av. J.-C., dans la période la plus florissante de l'art grec, était une des plus opulentes du monde ancien. Il ne reste rien des habitations, qui devaient être somptueuses, à en juger par cette parole d'un auteur :

Les habitants d'Agrigente bâtissaient comme s'ils devaient vivre éternellement, et mangeaient comme s'ils devaient mourir le lendemain. 
Mais on trouve encore les ruines des principaux temples, et les découvertes archéologiques permettent de les reconstituer. Les noms qu'on leur donne habituellement, sont en général conventionnels; ils mêlent d'ailleurs assez arbitrairement les références grecques et romaines. Les archéologues préfèrent les désigner par des lettres. Sur un plateau situé à l'Est de l'Akragas et bordé au Nord par les collines de l'Acropole et de la roche Athénienne, étaient les temples d'Hercule (temple A), de la Concorde (temple F), qui a servi d'église au Moyen âge, d'Héra ou de Junon Lucine (temple D), des Dioscures (temple I), de Vulcain (temple G), et de Zeus Olympien (temple B). 

Le temple d'Hercule (A).
Le temple dit d'Hercule, presque égal en étendue et supérieur en élévation au Parthénon d'Athènes, se trouvait dans la partie méridionale de la ville. Il était d'ordre dorique, et hexastyle périptère  : il avait 6 colonnes à chaque façade, et 15 de chaque côté, lesquelles formaient un ptéron ou colonnade ouverte. Il s'élevait sur 4 socles, et on y montait par 7 marches. La pierre, poreuse de sa nature, était recouverte d'un stuc fin et poli, sur lequel on a trouvé la trace d'enluminure bleue et vermillon. La cella, qui paraît avoir été hypèthre, c.-à-d. à ciel ouvert, était précédée d'un pronaos ou vestibule; elle contenait sans doute cette célèbre statue en bronze du dieu, que Verrès voulut ravir, et dont la bouche et le menton avaient été usés, dit-on, par les baisers de ses adorateurs. Le même sanctuaire devait renfermer l'Alcmène du peintre Zeuxis. Au fond du temple était un posticum, reproduisant la disposition du pronaos. De tout le monument, quelques tambours sont seuls restés debout.
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Agrigente : le temple de la Concorde.
Le temple F d'Agrigente, dit temple de la Concorde.

Le temple de la Concorde (F).
Le temple dit de la Concorde, de moitié moins grand que le précédent, et aussi d'ordre dorique, était dans la même région de la ville. Il est presque complètement conservé, sauf le stuc colorié que le temps a fait disparaître. Les blocs de pierre, de très grande dimension, sont assemblés sans mortier ni ciment, et avec tant de précision, qu'on a peine à distinguer les joints des assises. La cella était couverte. Au-devant de la façade, il y avait un vaste péribole, sorte de parvis où s'élevaient des autels.
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Agrigente : le temple d'Héra.
Le temple D d'Agrigente, dit temple d'Héra.

Le temple de Junon Lucine (D).
Du temple dit de Junon Lucine ou d'Héra, il ne subsiste plus que des colonnes en partie renversées et brisées, et quelques murs où l'on voit encore des traces d'incendie. Il est possible que la cella était ornée de l'image fameuse de Héra, peinte par Zeuxis, selon la tradition, d'après les cinq plus belles jeunes filles d'Agrigente. 
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Agrigente : le temple des Dioscures.
Le temple I d'Agrigente, dit temple des Dioscures. Photos : © Thierry Labat, 2009.

Les temples des Dioscures (I) et de Vulcain (G).
Le temple dit des Dioscures (ou de Castor et de Pollux) et celui dit de Vulcain sont également en ruine: ils étaient hexastyles, périptères et hypèthres. Dans un vallon compris entre ces deux temples, était un immense bassin de pierre et de marbre (7 stades [1295 m] de circonférence et 20 coudées [9,26 m] de profondeur) que les Agrigentins avaient fait construire pour y nourrir des poissons destinés aux repas publics, et dont l'eau se répandait dans la ville par des phéaques, canaux ainsi nommés de l'architecte Phéax, qui en était l'auteur. 

Le temple de Zeus olympien (B).
Le temple le plus important était celui de Zeus Olympien (celui-ci réellement dédié à ce dieu), dans la partie de la ville opposée au temple d'Hercule; il était colossal et le plus grand de l'Antiquité : il avait environ 133 m de longueur, 53 m de largeur, et 40 m de hauteur sans le soubassement; un homme pouvait se tenir dans une cannelure de colonne. Et en effet, les bases des quelques colonnes qui existent encore aujourd'hui mesurent 4,22 m de diamètre; c'est 0,32 m de plus que la colonne de la place Vendôme, à Paris. Une des figures colossales d'Atlantes qui paraissent avoir surmonté les pilastres de la cella, a 8 m de hauteur, et d'autres fragments de figures humaines et de lions, provenant des sculptures des frontons, ont les mêmes dimensions extraordinaires. C'est ce qui fit donner à ces ruines, pendant le Moyen âge, le nom de temple des Géants

Le temple de Zeus Olympien était pseudo-périptère : on comptait 6 colonnes engagées sur la façade principale, 7 sur la façade opposée, et 14 sur chacune des faces latérales. La hauteur du soubassement exigeait 20 marches pour arriver au temple. Sur le côté occidental de l'édifice, on avait sculpté le combat des Géants (la Gigantomachie); à l'orient, la prise de Troie. L'intérieur du temple était divisé en 3 nefs : celle du milieu, ou la cella, était précédée d'un pronaos et suivie d'un posticum. Il ne reste de ces magnifiques constructions que les murs du soubassement, quelques bases et assises de colonnes et de pilastres, plusieurs chapiteaux d'ordre dorique, et des moulures ornées d'oves et de perles : le môle actuel d'Agrigente, à 5 km de l'ancienne cité, a été construit avec les matériaux du temple.

L'acropole et les autres monuments anciens.
Dans l'acropole d'Agrigente, on voit les débris d'un temple hexastyle de Zeus Polyen. Sur la roche Athénienne, il y avait des temples de Zeus Atabyros et d'Athéna; l'extrémité occidentale de cette roche offre encore des murailles d'un temple à antes, qui était consacré à Déméter et à Perséphone. La nécropole contenait un autre petit temple à antes d'Asclépios, dont les colonnes avaient les proportions de celles du Parthénon et des Propylées d'Athènes, et où l'on voyait, dans la cella, un Apollon en bronze, portant incrusté en argent sur une cuisse le nom de Myron, son auteur. Citons enfin un édicule improprement appelé oratoire de Phalaris : les 4 colonnes de la façade principale offraient cette particularité curieuse, que la base était attique, le chapiteau'ionique, et l'entablement' dorique.

Sur l'emplacement d'Agrigente on peut encore signaler de nombreux monuments funéraires. Tantôt ce sont des enfoncements creusés dans le roc, la plupart cintrés, destinés à recevoir des corps entiers, et dont on fermait sans doute l'entrée au moyen de dalles en pierre et en marbre ou de tables de métal. Tantôt ce sont des tombeaux souterrains, composés de plusieurs salles carrées ou circulaires, et qui appartenaient vraisemblablement à de grandes familles : de là ont été tirés les deux sarcophages en marbre de la cathédrale d'Agrigente, l'un, de style grec, décoré de peintures et de sculptures, et l'autre, d'origine romaine, couvert de bas-reliefs qui représentent la mort d'Hippolyte. Un monument de forme carrée, connu sous le nom de tombeau de Théron, présente les mêmes dispositions que le célèbre tombeau de Mausole : il se compose d'un socle, d'un soubassement avec base et corniche, d'un étage de colonnes ioniques engagées, supportant une architrave et une frise' doriques; mais il n'a plus son recouvrement pyramidal, qui eut complété la ressemblance. (B. / H. Vast).

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Dictionnaire Villes et monuments
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