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L'art du meuble
Histoire de l'ameublement
Jalons chronologiques
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L'Antiquité
Le Moyen âge
La Renaissance
Le XVIIe siècle
Le XVIIIe siècle
Le XIXe siècle
Types de meubles
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Armoire, Bahut, Banc, Buffet,
Canapé, Cabinet, Chaise
Chaise longue, Coffre, Commode, Crédence, Dressoir, Divan, Fauteuil, Horloge, Huche, Lit, Secrétaire, Siège
Stalle d'église, Table, Trône, Tabouret
Le mot meuble s'est appliqué d'abord à tout ce qui est mobile, facile à déplacer, et qui a désigné ensuite tout objet garnissant un appartement ou servant à divers usages de la vie, comme les lits, tables, commodes, armoires, chaises, fauteuils, canapés, etc. Le terme d'ameublement désigne, quant à lui, l'ensemble des meubles destinés à garnir les d'habitations et auxquels s'ajoutent d'autres objets d'ornement tels que les tapisseries, les céramiques, les objets d'orfèvrerie, etc. (L'histoire des Arts décoratifs). L'ameublement reproduit toujours le caractère de l'architecture qu'il vient compléter. 

On a  fabriqué des meubles dès le Néolithique, parfois en pierre (lits, banquettes, étagères, etc.) comme en témoigne l'archéologie, mais déjà, peut-on supposer, en bois. En tout cas, cette matière, facile à travailler et généralement disponible en abondance, sera, tout au long de l'histoire, de l'Antiquité classique à nos jours, la plus utilisée pour la fabrication des meubles. Cette fabrication forme une partie importante de l'ébénisterie.

L'Antiquité.
Chez les peuples de l'Orient ancien (Mésopotamie, Perse, etc.), les meubles étaient incrustés d'or, d'ivoire et de matières précieuses; il y avait des tapis du tissu le plus fin, et sur lesquels on appliquait encore des lame d'argent et d'or. On retrouvera encore ce luxe dans les harems de la Turquie et de l'Inde. L'ameublement s'y résume en quelques portières, divans et carreaux. Les fabriques de ces somptueux tapis disparurent peu à peu avec le déclin des villes asiatiques, et ne se conservera guère qu'en Inde. 

Les Égyptiens étaient habiles à fabriquer des meubles (lits de toutes formes, fauteuils pliants, buffets, tables, etc.), et des nattes en joncs peints. Ils décoraient leurs palais de figures astronomiques, et d'hiéroglyphes sculptés en demi-relief et rehaussés d'or et de vives couleurs, qui représentaient les faits de leur histoire, les actes de leurs souverains (L'art dans l'Egypte ancienne).
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Tabouret romain.
Tabouret de bronze, époque romaine
(musée du Louvre).

Les Grecs, initiés au luxe de l'Orient vers l'époque d'Alcibiade (seconde moitié du Ve siècle av. J.-C),  apportèrent plus de goût et de pureté dans les formes. Les Romains donnèrent au luxe grec un plus grand développement :  leurs appartements furent décorés de stucs, de marbres précieux et de mosaïques; on y vit des meubles richement ornés; mais les tentures furent moins prodiguées et ne commencèrent à reprendre faveur que vers l'époque du Bas-Empire (L'art antique). 

Le Moyen âge.
Pendant le Moyen âge, l'ameublement suit les progrès de la civilisation générale, en même temps qu'un peu partout en Europe la maison se substituait à la hutte ou à la tente. L'armoire représente le premier et le principal meuble : c'est un objet en bois fortement charpenté et soutenu par des pièces de fer. Ses grands battants comportent un appareil de serrurerie massive.

Il ne faut pas oublier qu'à cette époque les habitations n'avaient pas, en dehors de ces armoires, de mobilier leur appartenant. Les meubles voyageaient avec leur propriétaire, selon qu'il changeait de châteaux dont les vastes salles restaient vides pendant son absence. Quand elles étaient habitées, on garnissait leurs murs de tentures, et, comme la plupart du temps elles servaient à loger un certain nombre de personnes, on formait des compartiments au moyen d'autres tentures que l'on suspendait à de grandes tringles de fer.
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Coffre du 13e siècle.
Coffre du XIIIe siècle (musée Carnavalet).

L'art de la tapisserie prend ainsi une importance spéciale. A l'époque gallo-romaine, Pontoise avait un centre de fabrication des nattes, et ses produits ne tardèrent pas à surpasser en beauté les nattes de l'Orient. Puis vinrent les étoffes byzantines, puis enfin les tissus de toute sorte, dont les manufactures surgissaient de tous côtés en Occident. Les tapisseries suivirent une progression continue, dont on peut mesurer les accomplissement par l'exemple que donne la Tapisserie de Bayeux.

Le mobilier proprement dit n'en est pas pour autant négligé. Certains meubles du XIVe siècle sont de véritables merveilles, et ceux du XVecomptent parmi les plus beaux travaux d'ébénisterie qu'on ait jamais exécutés. C'est qu'alors l'art de sculpter le bois atteignait sa perfection. On ne cherchait pas en dehors de la matière elle-même, sauf de rares exceptions, les éléments de sa parure (L'art médiéval).

La Renaissance
L'ameublement du XVIe siècle rentre déjà dans la tradition moderne : les meubles joignent le confort à la beauté, les formes se multiplient. De nouvelles techniques de menuiserie, telles que  l'assemblage à queue d'aronde et l'assemblage d'onglet, voient le jour. C'est l'Italie, où prend naissance le goût de l'art antique qui définit cette période dite de la Renaissance, qui donne le ton à toute l'Europe, à partir des années 1530. Les meubles commencent à ressembler à de petits monuments avec des façades dotées de médaillons, de frises, de frontons, de colonnes à chapiteaux, et diversement ornées (de scènes mythologiques sculptées, en particulier). Des variantes apparaîtront, au fil du temps et des pays :  des écoles se forment, comme celles de Flandre, d'Ile-de-France (J. du Cerceau), de Bourgogne (Hugues Sambin), etc.

Les tapisseries n'ont jamais été plus belles, et l'art du tapissier se combine avec celui du brodeur pour rehausser les tentures des fenêtres, des portes, des murailles. Mais celles-ci sont aussi très fréquemment habillées de cuir gaufré suivant la mode espagnole, ou bien elles disparaissent sous des lambris de bois sculpté. Comme l'art de la verrerie fait de grands progrès, les fenêtres deviennent de plus en plus grandes, et les vitraux enchâssés de plomb, deviennent moins une nécessité qu'un ornement; on commence à garnir les baies de rideaux artistement ajustés.

Le XVIIe siècle.
L'époque de Louis XIII représente une sorte de réaction contre les formes riches et moelleuses de la Renaissance l'ameublement prend un caractère de sévérité qui ne l'empêche pas cependant de gagner beaucoup, surtout vers la fin, en confortable. Les sièges, notamment, sont spacieux et commodes; c'est le véritable début du moderne fauteuil. C'est aussi l'époque de ces belles tapisseries d'ameublement, de ces verdures flamandes dont les tableaux des vieux maîtres nous montrent l'emploi.

Au temps de Louis XIV, on imagina fort peu de chose pour la commodité et l'agrément des habitations : Mme de Maintenon souffrait du froid dans sa vaste chambre à Versailles, faute de paravents qui, au dire du roi, eussent dérangé la symétrie. Une forme de sobrité dans l'ameublement  continua d'exister comme un écho aux tendances jansénistes de la société. Mais l'ameublement du règne de Louis XIV penche aussi et surtout vers l'exubérance du baroque : le style Louis XIV brille ainsi plutôt par le faste que par le bon goût. Car c'est à cette époque que disparaissent les principes de décoration qui prévalaient jusque là : on commence à dorer lourdement les meubles de bois, à en contourner les profils et les appuis, on dénature les lignes; le parti architectural cesse de présider à la construction des meubles.
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Meuble de Lepautre.
Meuble par Lepautre, XVIIe siècle.

Les XVIIIe siècle.
Il en est de même pour le règne de Louis XV, avec le passage du baroque au rococo. C'est la profusion de feuillages et de motifs floraux qui caractérisera ce style Louis XV, représenté par Charles Cressent, Mathieu Criaerdt, Jacques Dubois, etc. Et c'est pour réagir contre cet abandon de la ligne, que le style Louis XVI ou néo-classique se produisit avec ses pauvretés froides et mièvres, et ses timides essais de retour vers l'antique. Les tapisseries, à cette époque, passèrent de mode; on y substitua les tentures en damas, lampas et autres étoffes de Lyon : ou bien on boisa les appartements, et les boiseries, peintes en blanc, vernies, rehaussées de quelques sculptures dorées et de glaces, permirent toute espèce d'ameublement. 

Dès la fin du règne de Louis XVI, des meubles, comme l'armoire à bijoux de Marie-Antoinette (château de Versailles) par Thomire (1751-1843), offrent déjà les prémices de ce style qui plus tard deviendra le style Empire. Cette évolution dans la conception du mobilier se marque, on ne peut plus nettement, chez le plus grand ébéniste de l'époque révolutionnaire et impériale, Georges Jacob (1739-1814), ami de David, à qui il procura la mise en scène de ses tableaux ; il fut successivement le fournisseur des Bourbons, de la Convention et de Napoléon ler

Le XIXe siècle.
On n'observe donc pas de rupture dans le mouvement amorcé dès avant la Révolution, et qui ne fait que s'accentuer pendant celle-ci avant de précipiter l'art du meuble dans le style Empire  proprement dit (connu en Angleterre sous le nom de style Regency). Napoléon, qui se considérait comme le successeur des césars, se
garda de modérer l'engouement des artistes de son temps pour les Grecs et les Romains. Deux artistes remarquables préparent des projets dont l'empereur ne verra pas l'exécution. Percier (1764-1838) et Fontaine (1762-1853) gouvernent non seulement l'architecture, mais les arts décoratifs. S'ils ne sont pas les inventeurs d'un nouveau style, par leurs publications, ils fournissent un arsenal de modèles. En partie grâce à eux, l'art de cette époque s'enrichit d'éléments nouveaux, empruntés notamment à l'Égypte, conséquence d'une expédition récente. Parmi les principaux représentants de cet art, on citera : Brion, la firme Jacob-Desmalter, Heckel, Charles-Joseph Lemarchand, P. Marcion, Sinon Mansion, Papst, etc.
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Lit de Napoléon I.
Lit de Napoléon Ier(Fontainebleau).

Le meuble Empire survécut au régime dont il porte le nom, tant sur le continent qu'en Angleterre, toutefois avec des modifications qu'explique l'esprit économe de la bourgeoisie régnante, comme aussi la disparition des admirables ciseleurs qu'avait formés le XVIIIe siècle; ce style -  si l'on met à part les fantaisies gothiques, filles du Romantisme  -  se maintint, abâtardi, jusqu'à 1850, sous la forme de ce qu'on a appelé en France le style Louis-Philippe (ou Restauration) et en Allemagne le style Biedermeier. C'est un style calfeutré et morne. Mais une réaction commença à se produire.

Sous le second Empire, l'influence littéraire des Goncourt et le culte de l'impératrice pour Marie-Antoinette remirent plus franchement à la mode les styles Henri II, Louis XV  (néo-rococo) et surtout Louis XVI, que les ébénistes enrichirent par des ornements et des dorures de mauvais goût. Au début de la troisième République, on revint aux meubles de la Renaissance et au style Louis XIII; ce fut la période des tavernes à vitraux et des intérieurs sombres. L'art du XVIIIe siècle reconquit ensuite du prestige, la passion des collections se généralisant.

Le XXe siècle
Le début du XXe siècle, époque, éminemment éclectique, va chercher une formule de mobilier tout à la fois originale et pratique, où le confortable soit assuré, tout en respectant les lois de la décoration et de l'architecture. Vers la fin du XIXe siècle, on parlait déjà d'un art moderne (Arts & Crafts à partir de 1860, Art Nouveau après 1880), en même temps qu'on estimait injuste le rang secondaire attribué aux arts industriels, ou mineurs, par rapport aux arts dits majeurs. Chaque période, dans le passé, ayant eu son style propre, il était illogique que celle-là ne donnât pas sa note. On chercha donc à innover. Pour ce faire, on se mit d'abord à la remorque du Royaume-Uni, pays du pratique et du confortable et où florissait l'Ecole de Glasgow, autour de Mackmurdo et de Macintosh. Leur leçon parvint en France souvent déformée par la Belgique. L'influence propre de la Belgique (Van de Velde) apparaît dans ce style, tout en courbes et en sinuosités, qui, mises à part les oeuvres de certains créateurs de l'Ecole de Nancy comme Majorelle, paraît tellement dater. En 1910, à Paris, une exposition retentissante permit le contact avec l'art munichois où, à côté d'imitations de meubles anglais ou Louis-Philippe, figuraient des inventions lourdes et lugubres. 

Il faut attendre le lendemain de la Première Guerre mondiale pour qu'apparaissent de nouvelles orientations, qui vont s'insérer dans ce qu'on a appelé le style Art Déco (1920-1940). Des ébénistes d'avant-garde créaient des meubles qui vont chercher leur inspiration sur d'autres continents, dans l'art africain, par exemple. Des architectes comme Le Corbusier, Charlotte Perriand et  Marcel Breuer, ou divers autres créateurs gravitant, comme ce dernier, autour du Bauhaus , le mouvement architectural animé par Gropius, sont également à l'origine de nouvelles tendances dans l'art du meuble. Parallèlement, on assiste à l'apparition du mobilier fabriqué en série, que son prix rend accessible au plus grand nombre, mais sur lequel les artistes gardent aussi un oeil. C'est le cas, en particulier de Gerrit Rietveld, issu, aux Pays-Bas, du mouvement De Stijl mené par Pietr Mondrian. Cette période marque un retour à l'utilisation du métal pour les meubles d'intérieur (on l'utilisait seulement depuis le XVIIIe siècle pour les meubles de jardin). Jean Dunand et Eileen Gray suivent cette voie. Le bois reste cependant le matériau privilégié. Jacques-Émile Ruhlmann, par exemple, recourt aux bois précieux et exotiques, en même temps qu'il agrémente ses meubles d'ornementations métalliques, et surtout, l'industrialisation et les progrès techniques ouvrent au travail du bois de toutes nouvelles nouvelles possibilités. Le contre-plaqué est ainsi utilisé par un architecte et aussi créateur de meubles tel qu'Alvar Aalto (1898-1976), initiateur d'une École scandinave (ou finlandaise) de l'art du meuble. 

Le développement de la consommation de masse depuis la Seconde Guerre mondiale, a favorisé grandement cette dernière approche. La fabrication industrielle et la diffusion a bas prix (relatif) des meubles leur a imposé un style dépouillé et a poussé à leurs concepteurs à réfléchir à leur caractère fonctionnel. Une démarche qui existait sans doute déjà dès l'entre-deux guerres, fortement promue par le Bauhaus et déclinée de diverses manières dans style Art Déco, ou manifesté par l'émergence du style Paquebot (1930-1950), mais une démarche qui désormais peut prendre un essor particulier. Les matières plastiques, l'aluminium, l'acier et aujourd'hui les matériaux composites ouvrent des perspectives inédites aux designers. Le style n'est plus aujourd'hui celui d'un époque, mais celui d'un artiste, ou alors c'est seulement une mode. (E. L. / HGP / DV.).

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