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La langue espagnole
L'espagnol est une langue indo-européenne qui appartient à la famille des langues italiques modernes (langues néolatines). L'espagnol standard correspond au castillan, qui est le principal dialecte de cette langue. C'est une langue qui ne fut, pendant longtemps, qu'un des idiomes néo-latins parlés dans la péninsule ibérique, et devint la langue dominante de l'Espagne lorsque ce pays n'eut plus d'autre capitale que Madrid. 

Si l'on remonte encore plus loin, il ne paraît pas que la Péninsule ibérique, antérieurement à la conquête romaine, aient possédé une langue unique. Un écrivain du VIIIe siècle, Luitprand, parle de dix idiomes que l'on aurait parlés encore au temps de l'empereur Auguste. Il ne cite que le cantabre, le celtibérien, et l'espagnol ancien; mais on ne saurait dire si le cantabre est reproduit sans beaucoup d'altérations dans le basque, et si, sous le nom d'espagnol ancien, il faut entendre le turditain, le bastule ou tout autre dialecte. Le phénicien et sa variante carthaginoise durent influer plus ou moins sur les idiomes primitifs de l'Espagne; mais à la suite de la conquête romaine, la division même de ces idiomes, qui n'avaient ni la force d'un lien social, ni l'intérêt d'une littérature, favorisa les progrès du latin, qui ne tarda pas à les supplanter. Toutefois, ils ne disparurent pas complètement dans la population indigène, puisque l'on trouve, sur certaines médailles de l'Empire romain, le bastule employé concurremment avec Ie latin. 

Les Suèves, les Alains, les Vandales et les Wisigoths, en envahissant l'Espagne au commencement du Ve siècle de l'ère chrétienne, apportèrent avec eux leurs langues germaniques : les trois premiers peuples s'étant assez promptement effacés, et le quatrième ayant eu plus d'inclination à prendre les moeurs et la langue des vaincus qu'à leur imposer les siennes, le latin demeura, malgré l'introduction de quelques éléments tudesques, le langage dominant du pays. Les Arabes exercèrent une influence beaucoup plus considérable : lors de leur arrivée, au VIIIe siècle, ils possédaient déjà une langue cultivée et une littérature pleine d'avenir. L'arabe se répandit rapidement dans toutes les parties de l'Espagne; dans les villes soumises à la domination musulmane, il fut compris et parlé par les indigènes et, même dans les États chrétiens une  foule de médailles du Moyen âge présentent des légendes tantôt latines et arabes, tantôt entièrement arabes. Cette langue, qui reçut le nom de romanzo, est une des langues romanes ou néo-latines : comme les autres idiomes du même groupe, elle s'est formée du latin, qui en est le fond principal, et de quelques éléments germaniques; mais elle a pour trait distinctif l'addition d'un élément arabe. Parlée d'abord en plusieurs dialectes, elle n'est devenue langue nationale qu'après la réunion des divers États chrétiens en un seul.

En général, le castillan s'éloigne moins de la langue latine que l'italien : la plupart de ses mots ne présentent qu'une modification légère du latin, selon des lois très faciles à saisir. Par exemple, dans les radicaux, e se change en ie (tiempo; temps; de tempus); o en ue (bueno, de bonus; c en g seguro, de securus ); f en h (hacer, de facere; p en b sobre, de supero); t en d (vida, de vita); cl, pl et fl en Il (llamar, do clamare; lleno, de plenus; llama, de flamina); li en j et en g (hijo, de filius; mujer, de mulier). Tandis que l'italien a rejeté à peu près complètement les consonnes finales du latin, et que le français, tout en les conservant dans l'orthographe, les a fait disparaître dans la prononciation, l'espagnol les a mieux gardées, dans la conjugaison surtout : ainsi, des mots fuimus, fuistis, fuerunt, il a fait fuimos, fuisteis, fueron. Mais, tout en laissant subsister en grande partie la conjugaison latine, l'influence germanique a amené la suppression de la voix passive, et, dans la déclinaison, l'emploi des prépositions à la place des flexions casuelles.

Le castillan a reçu, en outre, un grand nombre de mots arabes. Ce sont, en général, des noms de fonctions (alcalde, de el caïd; alguacil de el ghazi, etc. ), et des expressions qui tiennent à l'agriculture et aux arts. On distingue encore dans le lexique de cette langue un petit nombre d'expressions ibériennes et germaniques, ainsi que des termes qui appartiennent à des idiomes aujourd'hui perdus.

Au nombre des particularités grammaticales de l'espagnol, il faut mentionner l'existence de doubles auxiliaires, ser et estar (être), haber et tener (avoir). Entre les deux premiers, il y a la différence qui sépare l'essence et l'actualité : « soy bueno, je suis bon, d'un bon naturel; estoy bueno, je suis bien, en bon état de santé-» . La nuance entre les deux seconds se déduit de la règle qui fait accorder ou non le participe : « yo he escrito, ou bien yo tengo escrita la carta, j'ai écrit la lettre. » 

C'est encore le propre de l'espagnol d'employer la préposition a avec le complément direct des verbes transitifs, quand ce complément est un nom d'être : « Cain mato a Abel, Caïn tua Abel. »

La construction de l'espagnol est directe; il n'y a inversion que dans certains cas, comme en français. Quant à la prononciation, on remarque dans l'espagnol une aspiration gutturale fréquente, transcrite par le j (jota), comme dans hijo (fils), et par le g, comme dans girasol (tournesol). Cette aspiration est regardée par les uns comme une importation arabe, par les autres comme un vestige du ch allemand; beaucoup de raisons font penser qu'elle est indigène, et antérieure à toute conquête de la péninsule ibérique par des étrangers. On doit encore observer que le z a le son du th anglais; que la double l (ll) a le son de notre I mouillée; que la lettre n accentuée (ñ) répond à notre nasale gn dans bagne, digne, etc.

La langue castillane est remarquable par sa richesse, sa gravité, son énergie qui n'exclut pas la grâce. Moins sourde que le français, elle n'a pas la mollesse un peu fade de l'italien. On peut lui reprocher la redondance, en poésie comme en prose. Ce n'en est pas moins un très bel idiome, longtemps en faveur en France dans les hautes classes de la société. Depuis Henri II jusqu'à la mort de Marie-Thérèse d'Autriche, femme de Louis XIV, il fut de mode en France de connaître la langue et la littérature de l'Espagne. On sait le parti qu'en a tiré Corneille. Il existe 7 ou 8 grammaires castillanes qui datent de cette époque. La plupart des ouvrages espagnols se traduisaient alors presque aussitôt en français. Parlé jadis à Naples et à Milan, le castillan l'est encore dans la moitié de l'Amérique. (B).

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