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La langue auvergnate
L'ancienne Auvergne se divisait en Basse-Auvergne ou Limagne, au Nord; et Haute-Auvergne au Sud, séparées l'une de l'autre par la crête des monts Dore. La langue fut d'abord la même sur Ies deux versants de cette chaîne; jusqu'au XIIe siècle, toute l'Auvergne fit partie de la France méridionale, et fut une province de la langue d'oc par l'idiome, les lois, les coutumes, la manière de vivre et de se vêtir. Un grand nombre de Troubadours fleurirent dans ce pays : il y eut une école d'Auvergne, comme une école de Limousin; plusieurs de ces Troubadours étaient de Clermont ou des environs. Mais la Basse-Auvergue était placée entre le comté de Poitiers, dont elle relevait, et le royaume de France, qui la convoitait: les comtes de Poitiers étant trop éloignés et ayant à parcourir des pays trop difficiles pour la secourir à temps, elle tomba de bonne heure sous la domination royale. Dès qu'elle eut été ainsi détachée du faisceau méridional, la langue d'oïl y gagna de jour en jour sur la langue d'oc. L'auvergnat existe cependant encore.

C'est une langue sourde, gutturale. Elle appartient au groupe des langues d'oc par la composition d'un certain nombre de mots; mais c'est un occitan depuis longtemps modifié par le français. Peut-être sa dureté, qui l'a fait appeler, par plaisanterie, charabia, onomatopée qui en exprimé la cacophonie, vient-elle du celtique, dont l'usage s'est prolongé assez avant durant le Moyen âge dans l'Auvergne. Le dialecte de la Basse-Auvergne n'est nullement entendu au premier abord par les habitants du midi de la France; Il n'en est pas de même du dialecte de la Haute-Auvergne, qui appartient bien franchement à l'Occitan; et qu'on trouve déjà dans le village du Mont-Dore. Sa pureté fait qu'on l'entend facilement depuis les monts Dore jusqu'aux Pyrénées. 

Le dialecte de la Haute-Auvergne renferme un plus grand nombre de mots celtiques que les autres dialectes romans; ce qu'il doit, semble-t-il, à certaines légendes; traditions et superstitions galliques, qui ont persisté dans le pays et ont disparu dans les contrées du midi de la France. Tel est le mot dra qui répond exactement à la reine Mab des Bretons-Anglais, génie familier, qui emmêle, la nuit, les crins des chevaux, la quenouille de la fileuse, etc.  Une autre particularité de ce dialecte, c'est son analogie avec celui du Haut-Périgord : La peste noire ayant ravagé ce pays au milieu du XIVe siècle, une colonie d'Auvergnats y fut appelée pour le repeupler. Quant aux analogies prétendues entre le dialecte auvergnat, le castillan et le catalan, elles ne signifient autre chose que la ressemblance générale qui unit les langues d'Oc à toutes les langues autres du midi de l'Europe, excepté le basque : les dialectes de l'Agénais du Limousin, de la Gascogne, etc., peuvent avec tout autant de titres prétendre aux mêmes analogies.

Jadis langue littéraire, l'auvergnat est tombé à l'état de patois. Il existe cependant quelques productions dans cette langue : mais elles ne se font pas remarquer par la vie, l'énergie, l'originalité. Nous nous bornerons à citer les suivants : Noëls, par François Pesant, Clermont, 1739 Recueil de Poésies auvergnates, par l'abbé Caldaguès, Clermont, 1733; Poésies auvergnates de Joseph Pasturel, Riom, 1733; la Henriade de Voltaire, mise en vers burlesques par Faucon, Riom ; 1798; le Conte des deux perdrix; par le même; la Paysade, poème héroïque, par Ravel; la Parabole de l'enfant prodigue, en patois auvergnat, par l'abbé Labouderie, Paris, 1825; le Tirage, poème, par Roy de Gelles, Clermont, 1836; le Maire compétent, par le même; Clermont, 1841, etc. 

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