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Le Passé de la Terre
Le Jurassique

Aperçu
Le Jurassique est la période géologique du Mésozoïque; comprise entre le Triassique et le Crétacé. Le terrain jurassique tire son nom des montagnes du Jura qui sont exclusivement composées des roches qui le caractérisent. Il présente une quantité considérable d'assises qui se sont déposées les unes après les autres dans des mers très calmes, et il est remarquable par l'absence complète de roches éruptives

Si l'on embrasse d'un coup d'oeil l'ensemble des formations jurassiques, on reconnaîtra que, pendant l'immense laps de temps qu'elles ont mis à se déposer au sein des mers, l'Europe formait une agglomération d'archipels composés de grandes îles séparées par des détroits de faible largeur.  Vers la fin de cette période, ces détroits ont été comblés et les lacs se sont multipliés. La France ne formait alors qu'un continent avec l'Angleterre; mais à la place occupée par la Manche, il existait un grand lac d'eau douce, et des lacs semblables couvraient différentes parties du Jura. Au début de la période, le Massif Central était encore une île isolée au milieu des mers jurassiques; à la fin de cette même période, cette île se trouvait soudée à la Vendée par le seuil du Poitou, et au Nord-Est elle était réunie aux Vosges. Tout le Nord de l'Europe prenait un aspect continental, et l'étendue de ce continent devait continuer à s'accroître pendant les époques suivantes. 

Les terres scandinaves déjà émergées depuis le Carbonifère sont encore au-dessus des eaux; une terre assez vaste s'étend de l'est à l'ouest sur l'emplacement actuel de la République Tchèque, de l'Autriche septentrionale, de la Saxe, de l'Allemagne rhénane jusqu'à Zurich, de l'Alsace de la Lorraine et de la Belgique. Un large bras de mer sépare de cette grande île  une autre terre qui se développe de Poitiers à Saint-Malo, remontant d'une façon continue jusqu'à l'Irlande et l'Ecosse orientale. En même temps, d'autres terres plus circonscrites se montrent dans la France centrale, entre Lyon, Clermont, et l'emplacement actuel des Pyrénées sur la ligne où se voient aujourd'hui les Cévennes. Ajoutons que c'est Jurassique que datent, en France, les montagnes de la Côte-d'Or, du Morvan, des Cévennes et du Jura

Le terrain jurassique ne recèle pas les dépôts accidentels de sel gemme et de gypse si fréquents dans le Triassique. Ses principales richesses minérales sont : les minerais de fer, le plus souvent oolithiques, composés soit d'hydroxydes ou de peroxydes de ce métal, soit de fer oligiste. Les terrains jurassiques abondent en outre en pierres calcaires utilisées pour les constructions, et en argiles plastiques qui fournissent à la céramique et aux manufactures de draps des matières d'excellente qualité. On sait qu'en France ce sont les terrains jurassiques qui constituent surtout la zone forestière.

L'extrême monotonie de la florejurassique montre qu'à cette époque une température à peu près uniforme régnait d'un pôle à l'autre de la terre : le Spitzberg et l'Inde, l'Europe centrale et la Sibérie orientale possédaient le même climat. Ce climat, tropical ou subtropical, semble avoir été assez tempéré. Les paysages de la période jurassique ne différaient pas encore sensiblement dans leur ensemble de ce qu'ils étaient au Carbonifère. Ils devaient même être moins gracieux, plus raides, plus monotones. Les Cycadées formaient le sous-bois des forêts où les même espèces d'arbres reparaissaient. sans cesse. Les Reptiles erraient en maîtres dans ces espaces boisés où les Marsupiaux ne pouvaient jouer qu'un rôle très secondaire.

Bien que les Mammifères terrestres et les Oiseaux semblent avoir été extrêmement peu nombreux, cette époque nous a légué les restes fossiles d'une petite espèce voisine des Sarigues (Marsupiaux). Quant au règne végétal, il a aussi un caractère particulier, mais beaucoup plus difficile à faire comprendre, sans entrer dans le détail des espèces végétales fossiles de cette période.  La partie de la Terre qui peut donner aujourd'hui l'idée la plus exacte du monde jurassique est l'archipel des îles Galapagos situé à 960 kilomètres environ à l'Ouest des côtes du Pérou; on l'a surnommé la Terre des Reptiles, tant est considérable le nombre des Tortues, des Serpents et des grands Lézards qui vivent à sa surface ou dans ses eaux. L'absence presque complète des Mammifères dans cet archipel explique la multiplication des Reptiles; la chaleur du climat, favorable à leur évolution, fait comprendre comment cette classe de Vertébrés a pu représenter le plus haut développement de la vie au Jurassique.

Les mers du Jurassique étaient, dit Beudant, habitées par les Reptiles sauriens, éminemment nageurs, nommés Ichthyosaures et Plésiosaures; les animaux, tous aquatiques, remplaçaient alors, par leur voracité, les Poissons sauroïdes de la mer dévonienne, qui avaient depuis longtemps disparu. Ce fut alors aussi que vécurent sur la terre les Ptérodactyles, reptiles volants. Dans ces mers abondaient les espèces d'Ammonites et de Bélémnites

Les divisions du Jurassique

Le grand nombre des couches superposées qui constituent l'ensemble des sédiments jurassiques en a rendu la subdivision très difficile. Les géologues allemands, considérant qu'à partir des roches jurassiques les plus anciennes la couleur de celles-ci est devenue de moins en moins foncée, ont établi empiriquement dans l'ensemble du système trois grandes divisions qui sont dans l'ordre chronologique de leur formation : le Jura noir à la base, le Jura brun au milieu et le jura blanc à la partie supérieure. Les géologues français n'ont admis généralement pour la totalité des couches jurassiques que deux grandes époques : la série du Lias (Jurassique inférieur) à la base, et le système oolithique au-dessus du précédent. La série du Lias correspond au Jura noir des géologues allemands; l'Oolithique comprend leur Jura brun et leur Jura blanc. Aujourd'hui, on en est revenu à la division du Jurassique en trois étages; l'Oolithique est divisé en Dogger (Jurassique Moyen) et en Malm (Jurassique supérieur). 

-Les époques, les étages et les sous-étages du Jurassique

Lias
Jurassique Inférieur
200 Ma - 176 Ma
Hettangien
Du nom de Hettange (Moselle).
Sinémurien
Du nom de la ville de Semur-en-Auxois.
Sinémurien proprement dit 
Lotharingien
Pliensbachien ou Charmoutien Carixien
Domérien
Toarcien (du nom de Thouars, en Vendée).
Dogger
Jurassique Moyen
176 Ma - 161 Ma
Aalénien (parfois assimilé au Bajocien inférieur)
Bajocien (anc. Oolithique inférieur)
Bathonien (anc. Grande Oolithe)
Callovien (anciennement rattaché au J. supérieur).
Malm
Jurassique Supérieur
161 Ma - 145 Ma
Oxfordien Argovien
Rauracien
Séquanien
Kimméridgien
Tithonien 
( = Portlandien = Volgien).
Bolonien
Aquitanien

En France, les couches qui  composent le Jurassique forment, par leur ensemble, dans une sorte de 8 ouvert au sommet de sa boucle supérieure. La partie interrompue de cette boucle a son complément par delà la Manche, en Angleterre, et elle constitue dans son ensemble une sorte d'ellipse dont Paris et Londres sont les deux foyers. Si du centre de cette courbe on s'avance vers le pourtour, on traverse successivement des régions de plus en plus anciennes : ainsi on rencontre d'abord les régions qui appartiennent au Malm (la zone portlandienne, puis la zone kimmeridgienne, la zone oxfordienne), puis celle du Dogger, et enfin la zone liasique qui constitue la bordure extrême de ce vaste bassin. Une disposition analogue se remarque autour du Massif Central et dans le bassin de la Garonne. Les Alpes occidentales sont formées en majeure partie de roches jurassiques au milieu desquelles se sont fait jour de puissants massifs granitiques, et la partie Ouest des Grandes Alpes présente à peu près la même constitution géologique; mais à mesure qu'on s'avance vers l'Est les granits dominent de plus en plus.

Les Lias.
Le Lias, qui repose immédiatement sur le Triassique ou sur les formations plus anciennes, commence par un lit de petits cailloux quartzeux blancs ou jaunâtres, au milieu desquels sont disséminés, en abondance, des débris de Reptiles et de Poissons, ainsi que des ossements du plus ancien Mammifère connu, le Microlestes antiquus, qui était un petit marsupial. Immédiatement au-dessus vient un grès grossier, qui constitue l'étage hettangien. Au-dessus de ces deux assises, on trouve le Lias proprement dit, ou Jura noir, consistant en couches alternatives de calcaires et de schistes marneux de couleur très sombre. Les calcaires sont compacts et pétris de Gryphées, d'où leur nom de calcaires à gryphées. Les lits inférieurs de ces calcaires sont d'un blanc jaunâtre; mais le reste de la masse offre une teinte bleuâtre très caractéristique. A ces calcaires sont superposées les marnes du Lias, noires, brunes, grises où bleuâtres, souvent bitumineuses et fétides. 

Les fossiles abondent dans le Lias comme dans tout l'ensemble des formations jurassiques. Les plus caractéristiques sont : les Encrines, tels que les Pentacrinites qui, avec leurs entroques, sont très répandus dans certains calcaires liasiques appelés pour ce motif calcaires à entroques: les gryphées, principalement la gryphée arquée, sont aussi extrêmement communes et donnent très souvent leur nom au calcaire du Lias. Parmi les Ammonites, celle de Buckland, appartient exclusivement à la formation liasique. Enfin de petites Belemnites abondent en certains points dans les marnes supérieures que l'on désigne alors sous le nom de marnes à Bélemnites. Ces Bélemnites sont les plus anciennes que l'on connaisse. Le terrain liasique forme la ceinture extérieure du grand bassin jurassique du Nord de la France et du Sud-Est de l'Angleterre. Il indique les rivages d'une mer calme, au fond de laquelle se sont déposées successivement les couches postérieures de la formation jurassique, et à mesure que chacune de ces couches prenait naissance, cette mer se rétrécissait d'autant; son centre n'a été comblé que par les dépôts du Crétacé et des terrains cénozoïques. Mais si l'on pouvait percer l'épaisseur de ces dépôts, on atteindrait les strates jurassiques qui forment le fond de la cuvette contenant le bassin franco-anglais. On a eu la démonstration de ce fait en forant les puits artésiens de Grenelle et de Passy (Paris). Il est encore révélé, du reste, par les accidents géologiques du pays de Bray et du Bas Boulonnais. 

Dès le début de la formation liasique apparut sur la Terre une nouvelle faune dans laquelle la prépondérance appartint aux Reptiles de taille gigantesque qui peuplaient alors les mers ou vivaient sur leurs rivages. Parmi ces Reptiles, il y avait d'immenses lézards de mer ou Enatiorauriens dont les deux genres les plus remarquables étaient l'Ichtyosaure et le Plésiosaure. Ils avaient des vertèbres biconcaves comme les Poissons, et leurs membres aplatis constituaient de puissantes rames analogues aux membres des Baleines. Leurs formidables mâchoires étaient armées de nombreuses et fortes dents coniques, qui en faisaient des carnassiers très redoutables. L'Ichtyosaure, par sa forme ramassée, sa longue tête, et l'absence presque complète de cou, pourrait être comparé à nos plus grands Cétacés actuels; le Plésiosaure, de dimensions encore plus considérables, contrastait avec le précédent par sa petite tête et par la longueur démesurée de son cou qui présentait un grand nombre de vertèbres. 

Les rivages étaient fréquentés par de gigantesques Crocodiliens au nombre desquels on remarque le Téléosaure qui possédait aussi des vertèbres biconcaves et dont la taille surpassait celle des Gavials actuels de l'Inde. A l'époque liasique, l'air était parcouru par de grands Reptiles volants qui constituaient le genre Ptérodactyle. La tête de ces fantastiques animaux avait la forme d'un long bec dont chaque mandibule était armée d'une trentaine de dents coniques et acérées; aux membres antérieurs, un doigt à peu près aussi long que le corps entier de l'animal supportait un repli de la peau qui faisait l'office d'une aile comme la membrane des Chauves-souris actuelles.

Les Poissons des mers liasiques étaient des Squales et des ganoïdes; mais ces derniers étaient déjà homocerques, c'est-à-dire qu'ils avaient les deux lobes de la queue également développés. Les Ammonites, qui avaient apparu pendant le Triassique, se multiplient dans le Lias pour devenir encore plus abondantes dans les couches jurassiques postérieures. L'une de leurs espèces, l'Ammonites bisulcatus, est propre au Lias et sert à le caractériser. C'est dans ce terrain qu'on rencontre pour la première lois de petites Bélemnites très pointues résultant de la fossilisation d'un organe corné situé dans l'intérieur du corps de Céphalopodes analogues aux calmars des mers actuelles. 

Parmi les plantes de la flore, on remarque surtout des Fougères qui avaient leurs frondes largement développées et s'associaient à des Cycadées au robuste feuillage.

Oolithique : Dogger et Malm.
Le système oolithique (qui comprend deux époques, le Dogger et le Malm), superposé au Lias, n'a que des strates argileuses ou calcaires; les conglomérats et les sables y font absolument défaut, et, en général, les couches argileuses succèdent aux couches calcaires avec une grande régularité. Néanmoins le calcaire est de beaucoup la roche prédominante et, comme il est ordinairement composé de grains arrondis plus ou moins gros au milieu desquels se trouve un petit noyau siliceux, grains que l'on a appelés des oolithes (pierres en forme d'oeuf), on a donné à tout l'ensemble le nom de système oolithique. 

Le Dogger.
Le Dogger, qui dure 15 millions d'années est aujourd'hui divisé en quatre étages (Tableau), les deux principaux étant le Bajocien et le Bathonien. Les fossiles les plus communs pendant cette époque sont : l'Ammonite de Valcot (Ammonites Valcotii) l'huître de Marsh (Ostrea Marshii), la Gryphée barque (Gryphaa cymbium), la Terebratula digona et la Terebratula cardium.

L'étage bajocien doit son nom au fait qu'on le rencontre dans les environs de Bayeux, et que là il se trouve avec des fossiles bien caractéristiques. Sa base consiste en un sable siliceux, fin et jaunâtre, mêlé de parcelles de mica, et possédant une puissance moyenne de 30 mètres. Des calcaires marneux, verdâtres, y sont intercalés par places. A cette première division succède un calcaire d'une épaisseur assez faible; il est brun, dur, tenace dans sa partie inférieure, et mêlé de petits globules de fer hydroxydé que l'on exploite en divers lieux comme minerai de ce métal; à sa partie supérieure il prend une couleur jaune, devient parfois noduleux et se montre imprégné de débris de coraux. Les fossiles y sont très abondants ou y trouve des Ammonites arrondies, couvertes de côtes fines et tuberculeuses. Parmi celles-ci l'Ammonites Hamphriesanus est la plus commune. Ce calcaire renferme aussi des Bélemnites de grande taille et des Gastéropodes turriculés, parmi lesquels on distingue surtout le Pleurotomaria conoïdea. Plus haut le calcaire devient tout à fait blanc, et résulte de l'agglomération d'Oolithes qui ne sont guère plus grosses qu'au grain de millet. Ce calcaire banc contient de nombreux débris de Polypiers et de Brachiopodes.

L'étage bathonien succède au Bajocien. Il est ainsi appelé parce qu'on en trouve le type le plus parfait près de la ville de Bath en Angleterre. Cet étage présente d'une structure plus compliquée que celle du Bajocien, car il comprend : 

1° Une première assise composée d'argiles jaunes, bleues ou blanches au milieu desquelles est souvent intercalé un calcaire argileux. Sa puissance dépasse quelquefois 40 mètres, et vers le milieu de sa hauteur, il existe un lit d'argile brune désigné sous le nom de terre à foulon. L'épaisseur de cette strate n'atteint pas 1 mètre; elle est surmontée d'argiles blanches qui s'élèvent jusqu'à ce qu'on appelait autrefois la Grande oolithe. 

2° Une seconde assise calcaire d'une puissance de 15 à 40 mètres et contenant la Grande oolithe proprement dite. Celle-ci, formée par l'agglomération de gros grains d'oolithe, est de couleur jaunâtre et partagée en bancs épais fournissant une excellente pierre de taille connue sous le nom de pierre de Caen. C'est avec cette pierre qu'ont été édifiés divers monuments du Calvados, la Tour de Londres et la cathédrale de Canterbury. Le sous-étage de l'argile à foulon et celui de la Grande oolithe sont surtout caractérisés par la présence de l'Ostrea acuminata. 

3° L'argile de Bradford, bleuâtre, marneuse et renfermant beaucoup de débris d'Encrines; elle a une épaisseur de 10 à 15 mètres. 

4° L'assise désignée par les Anglais sous le nom de forest marble, et formée par une alternance de couche sablonneuse et de couches calcaires

5° Enfin, une dernière assise calcaire dite corn-brash dans les ouvrages des géologues anglais, et qui présente fréquemment l'apparence de lames schisteuses

Le Malm.
L'étage oxfordien, qui tire son nom de la ville d'Oxford, est constitué par une puissante assise d'argile bleue et tenace qui atteint quelquefois jusqu'à 200 mètres d'épaisseur, et qui est parsemée de masses aplaties de calcaires marneux et de plaques de schistes bitumineux. Les principaux fossiles qui la caractérisent sont : la Gryphée dilatée (Gryphaea dilatata), l'Ammonite bien armée (Ammonites perarmatus), dont la coquille est garnie de deux rangs de fortes épines; l'Ammonite à carène cordelée (Ammonites cordatus), marquée de côtes sinueuses; l'Ammonite plissée (Ammonites plicatilis); le Trigonia clavellata, le Terebratula digona, le Terebratula Thurmannii, et une grande Nérinée, etc. On trouve dans l'argile d'Oxford de nombreux débris d'Ichtyosaures. Cette argile forme des falaises sur la côte de la Normandie aux environs de Dives et de Villers-sur-Mer, et les écueils connus sous le nom de Vaches-Noires en sont composés.

La fin de l'Oxfordien, dont on a fait un "sous-étge corallien", d'une épaisseur de 45 à 50 mètres, est composé de lits de sable, de grès et de couches d'un calcaire blanc souvent terreux, abondant en débris de Coraux auxquels cette formation doit le nom qu'on lui a imposé. C'est le Coral-rag des auteurs anglo-saxons. Les coraux qui apparaissent dans cette assise occupent souvent de vastes étendues; mais ils n'atteignent pas la hauteur des constructions de polypiers qui constituent les atolls actuels de l'Océanie. Les fossiles les plus abondants dans ce terrain sont des Nérinées; le Diceras corne de bélier (Diceras arietinum), le Cidaris florigemma, espèce d'Oursin dont les baguettes se retrouvent en grand nombre dans la formation.

L'étage kimmeridgien succède à l'étage oxofordien. C'est un dépôt argileux de 150 mètres d'épaisseur, ainsi appelé de la localité de Kimmeridge dans le Wiltshire (Angleterre). Les argilesqui le composent sont bleues ou jaunâtres et renferment des couches de schistes bitumineux qui fournissent parfois une houille de mauvaise qualité. Les fossiles caractéristiques de l'argile de Kimmeridge sont : la Gryphée virgule (Gryphaea virgula), l'Huître deltoïde (Ostrea deltoidea), le Cardium striatulum. Les ossements d'Ichtyosaures et de Plésiosaures, très rares dans le Corallien, redeviennent communs dans le Kimmeridgien. L'argile de Kimmeridge forme en France la base des falaises de Honfleur.

L'étage tithonien ou portlandien (du nom de la presqu'île anglaise de Portland, dans le Dorsetshire) a pour base une épaisse couche de sable dit sable de Portland, et il est couronné par des bancs épais d'un calcaire compact avec lequel ont été construits les principaux édifices de Londres, et notamment la cathédrale de Saint-Paul; on en fait aussi un ciment hydraulique renommé. Les principaux fossiles de cet étage sont de grandes Ammonites, telles que l'Ammonite géante (Ammonites gigas); plusieurs espèces d'Huîtres très aplaties, comme l'Ostrea expansa; enfin de nombreuses Trigonies, entre autres la Trigonie à bosses (Trigonia gibbosa).

La faune de l'Oolithique.
La faune générale du Jurassique moyen et supérieur dans lequel ou peut recueillir une quantité prodigieuse de fossiles, n'est qu'une expansion de la faune du Lias. Parmi les vertébrés, les reptiles conservent la prééminence. Tantôt plus rares et tantôt plus multipliés, selon les époques, les Enatiosauriens, les Ichtyosaures, les Plésiosaures, les Pliosaures peuplent encore les mers; des Crocodiliens appartenant au genre Téléosaure et au genre Cétiosaure dont une espèce mesurait plus de 15 mètres de longueur, hantaient les rivages marins. Il existait en même temps des Dinosauriens, bipèdes, les uns carnivores, comme le Mégalosaure, et les autres herbivores, comme le gigantesque Iguanodon. Des lézards volants, parmi lesquels on distingue les Ptérodactyles, dont la taille de quelques espèces surpassait celle du condor, et des Ramphorhynchus, étaient les rois des airs. 

Enfin ce fut pendant cette dernière partie du Jurassique qu'apparurent sur la Terre les premières tortues. Cette époque donna aussi naissance à la classe des Oiseaux : le premier en date fut le fameux Archaéopterix lithopraphica, qui doit être rapporté aux couches jurassiques supérieures. Ce singulier oiseau était à peu près de la taille d'un gros Corbeau, et les particularités de son squelette rappellent à tel point l'organisation des Reptiles, que les premiers naturalistes qui l'étudièrent le rangèrent dans la classe des Sauriens. Cependant il était manifestement pourvu d'ailes; mais celles-ci différaient considérablement de celles des Oiseaux actuels. Sa queue surtout s'éloignait tout à fait de celle des Oiseaux de nos jours. Tandis que chez ces derniers cet organe est très court et compte seulement quelques vertèbres soudées en une plaque osseuse et transversale sur laquelle s'insèrent en éventail les plumes rectrices, chez l'Archéoptérix, la queue, au moins égale à celle des Sauriens, et longue de 26 centimètres, était composée de 20 vertèbres allongées et amincies, disposées en une série linéaire. Chacune de ces vertèbres portait une paire de fortes plumes rectrices, toutes régulièment disposées sur deux rangs. 

Fait digne de remarque, c'est que chez les embryons de tous les Oiseaux de nos jours, la queue présente une grande analogie avec celle de l'Archaéoptérix. Nous avons déjà constaté l'apparition, à l'époque Liasique, d'un premier Mammifère marsupial, le Microlestes antiquus. Dans les dépôts oolithiques les genres de marsupiaux se multiplient, mais ils sont tous de petite taille : les uns, comme le Phascolotherium Buchiandi, dont une mâchoire est représentée, étaient insectivores; d'autres, tels que le Plagiaulax , possédaient la denture des Rongeurs; d'autres encore, au nombre desquels est le Galestes, paraissent avoir été des animaux carnivores.

Les Marsupiaux insectivores devaient être les plus abondants; car, dans l'île de Purbeck, on en a découvert 14 espèces dans une étendue de 500 mètres carrés et au sein d'une couche qui n'avait que quelques centimètres d'épaisseur. Il est probable que les Marsupiaux à dents de Rongeurs devaient être en minorité par la raison que les végétaux de l'époque, avec leurs tiges et leurs feuilles coriaces, ne devaient fournir qu'une faible ressource alimentaire. Les Poissons ressemblaient beaucoup aulx poissons liasiques : c'étaient des Squales et des ganoïdes homocerques. Cepenclant il existait déjà un petit nombre de Poissons osseux. Les Arthropodes sont représentés dans les différents étages du Dogger et du Malm par des Crustacés, des Arachnides et des Libellules. Les genres et les espèces qui dominent dans la classe des Mollusques sont les Ammonites, les Huîtres, de nombreux Gastéropodes. Les Térébratules et les Rhynchonellides étaient également très communes; les Polypiers se développaient en massifs de coraux d'une grande étendue, mais d'une assez faible élévation. Les rayonnés, et particulièrement les Oursins, les Crinoïdes; prenaient aussi une extension considérable.

La flore oolithique.
La flore du Dogger et du Malm est relativement assez pauvre, et cette indigence s'explique par la prépondérance des sédiments marins. Elle se compose surtout de plantes cryptogames, de Fougères et de Prêles. Comme nous l'avons déjà dit, les Fougères des terrains humides ont des frondes très développées et très découpées; dans les lieux élevés et secs, elles présentent des frondes maigres, petites ou coriaces. Aux Fougères s'associent des Cycadées qui, suivant leur habitat, offrent des différences analogues. C'est l'âge d'or des Cycadées; depuis lors elles n'ont cessé d'aller en s'amoindrissant. Les végétaux gymnospermes sont particulièrement représentés, pendant cette période, par des Conifères de grande taille dont les plus singuliers sont les Brachyphyllum. Viennent ensuite des arbres très élevés ressemblant à nos Araucarias ou à nos Cyprès. Enfin on voit déjà apparaître quelques rares plantes Monocotylédones

Mais, à la fin du Jurassique, les lacs se multiplient et une révolution végétale se prépare : les Cycadées et les Gymnospermes vont perdre de leur importance et les Dicotylédones commenceront à se multiplier. (DMC).



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