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La Touraine

La Touraine est une ancienne province de France, un des trente-deux gouvernements sous l'Ancien Régime; bornée par le Maine et le Vendômois au Nord, le Blésois au Nord-Est, le Berry au Sud-Est, le Poitou au Sud et au Sud-Ouest, l'Anjou au Nord-Ouest. Capitale : Tours

Cette province se divisait en Haute Touraine, au Nord de la Loire, et Basse Touraine, au Sud de la Loire. La Touraine a été surnommée, à cause de sa fertilité, le jardin de la France. Elle tire son nom des Turons, Turones, ses premiers habitants.

Après avoir eu ses comtes particuliers et avoir appartenu aux comtes de Chartres et de Blois, la Touraine passa au comte d'Anjou en 1044, et aux rois d'Angleterre avec ce comté, fut réunie à la France par Philippe Auguste en 1203, et érigée en duché-pairie en 1550 par le roi Jean, en faveur de son fils Philippe, tige des derniers ducs de Bourgogne. Elle a été ensuite donnée plusieurs fois en apanage

Elle forme aujourd'hui le département d'Indre-et-Loire.

Une description de la Touraine, en 1 volume in-folio, publié à Tours, chez Mame, 1855, par l'abbé Bourassé, sous le titre la Touraine, est un chef-d'oeuvre de typographie.

Histoire de la Touraine

Epoque protohistorique. 
Les historiens anciens sont silencieux sur les Turones, nom des habitants de la Touraine à l'époque gauloise. Cependant le pays était, semble-t-il, assez peuplé de longue date et l'activité grande. Les monuments mégalithiques sont nombreux : nous ne citerons que le très beau dolmen de la Roche dés Fées à Mettray; au Grand-Pressigny, on a trouvé les traces d'un important atelier de silex taillés qui devait fournir, non seulement à la consommation locale, mais même à l'exportation. Les Turones, tels que nous les connaissons par César (Bello Gallico, II, 35 ; VII, 4, 75), étaient bornés par les Aulerci' Cenomanni, les Carnutes, les Bituriges, les Pictons, les Andecavi et semblent avoir fait partie de la confédération des Aulerci. Quelques monnaies de bronze portant l'inscription Turonos ont été trouvées; leur capitale n'est mentionnée nulle part; c'était sans doute un de ces oppidula si nombreux en Gaule, mais sans grande importance. Tacite les appelle imbelles Turones, Sidoine Apollinaire les qualifie de bello timente; en effet, ils n'ont pas résisté à César pendant la première période de la guerre des Gaules, et le proconsul n'a jamais dû venir dans leur pays qui fut occupé sans coup férir; deux légions y hivernèrent de 57 à 56. Cependant ils adhérèrent à la révolte générale de 52 et participèrent à la formation de l'armée qui devait porter secours à Vercingétorix enfermé dans Alésia; ils envoyèrent 8000 hommes.

Epoque gallo-romaine.
Après la conquête, la cité des Turones fit partie de la Lyonnaise; sa capitale, qui reçut le nom de Caesarodunum, devint un centre assez important, si nous en jugeons par les monuments qui y furent élevés; de nombreuses voies s'y croisaient; en particulier celle qui réunissait Genabum (Orléans) à Juliomagus (Angers); d'autres rayonnaient vers Autricum (Chartres), Limonum (Poitiers), Avaricum (Bourges) et de là vers Lyon, etc. La cité des Turones fut assez calme et ne prit guère part qu'à la révolte de Sacrovir; on lui reprocha même de l'avoir fait échouer, en devançant la date fixée pour l'explosion. Les légions de Varron intervinrent et n'eurent pas de peine à comprimer la révolte. Depuis cette époque et pendant longtemps, l'histoire de la Touraine n'offre aucun événement intéressant : Valentinien fait de Caesarodunum la capitale de la Ille Lyonnaise, c.-à-d. qu'elle devient la métropole des peuples suivants : les Cenomani, Redones, Andecavi, Namnetes, Corisopitis, Curiosolites, Veneti, Osismii, Diablintes, qui correspondent aux provinces de Bretagne, Maine, Anjou et Touraine. Ces pays ont dépendu jusqu'en 1859 de l'archevêché de Tours.

Le christianisme fut introduit en Touraine à une époque qui reste peu précise. La légende rapportée par Grégoire de Tours veut que saint Gatien ait été envoyé à Caesarodunum vers 250 ap. J.-C.; il passe pour le premier évêque et serait mort en 300. Ces dates semblent les plus probables, entre celle du Ier siècle et celle de 323 que plusieurs historiens indiquent. Mais le véritable apôtre de Touraine fut saint Martin, évêque vers 371, qui fonda aux environs de Tours la célèbre abbaye de Marmoutier, et dont la sépulture, à Tours même, attira dans la suite un nombre considérable de pèlerins et en fit un centre religieux important. Pendant ce temps, la capitale du pays changeait de nom, comme cela s'est produit dans presque toute la Gaule romaine, et prenait celui de la cité, Turonum ou Tours

Au IVe siècle, les invasions ravagèrent le pays, mais ne s'y arrêtèrent pas. Cependant, au commencement du Ve siècle, les Wisigoths, établis dans le Sud de la Gaule, s'avancèrent vers la Loire. Ils mirent une première fois le siège devant Caesarodunum en 428, mais furent repoussés par Majorien, lieutenant de Valentinien III; ils finirent, sons le règne d'Euric, par s'emparer du pays vers 473 ou 480, et la Touraine, du moins la partie située au Sud de la Loire, fit, par la suite, partie du royaume wisigothique. Mais le joug des Ariens déplaisait fort aux Tourangeaux demeurés orthodoxes; les évêques entrèrent en conflit avec les rois, surtout lorsque Clovis s'étant converti, ils virent en lui le représentant de leur foi.

La tradition veut que les deux évêques Volusien et Verus aient été exilés par Alaric II, pour avoir appelé le chef des Francs. Celui-ci cependant n'employa pas tout de suite la force; une entrevue eut lieu dans l'île d'Amboise entre Clovis et Alaric II (504), et les limites des deux États furent fixées. Quelques chroniqueurs voient dans les « danges de Sublaines » des sortes de bornes-frontières établies par les deux rois. En 507 enfin, Clovis envahissait le royaume des Wisigoths, et Tours lui ouvrait ses portes sans difficultés, saint Martin ayant prouvé, par de prétendus miracles que Clovis acheta cher, dit la légende, que sa protection s'étendait sur les armées orthodoxes. C'est à Tours que Clovis reçut les envoyés d'Anastase lui apportant les insignes consulaires ou patriciens.

Epoque mérovingienne et carolingienne.
L'histoire de la Touraine pendant la période mérovingienne est, comme celle de toute la Gaule, extraordinairement confuse. La province fit partie des Etats de Clodomir d'Orléans, puis, après la mort de ce roi (520), de ceux de Childebert. C'est dans le bourg de Saint-Martin que Clotilde se retira après la mort de son mari et l'assassinat des enfants de Clodomir; c'est là qu'elle serait morte le 3 juin 545. Clotaire réunit de nouveau toute la Gaule sous son autorité, mais, après sa mort (561), les troubles reprirent, plus graves, et la Touraine passa constamment, par suite des guerres que se livrèrent les successeurs de Clotaire, d'un royaume à l'autre. Elle dépendit d'abord du royaume de Caribert de Paris, puis, à la mort de celui-ci (567), elle fut rattachée à l'Austrasie (Sigebert); Chilpéric la lui disputa et les deux rois personnellement, où Mummole, Roccolène, Mérovée, en leur nom, s'emparèrent, à plusieurs reprises de la capitale qui, malgré la présence sur son trône épiscopal de Grégoire de Tours, ne put éviter de nombreux pillages. L'évêque même courut grand risque lorsque le comte Leudaste le dénonça à Chilpéric. En 587, lors du traité d'Andelot, la Touraine dépendait de nouveau du royaume d'Austrasie; en 596, elle obéissait à Thierry III, roi d'Orléans et de Bourgogne. Dagobert Ier régna sur toute la Gaule, mais, en 630, il en abandonna la partie méridionale, l'Aquitaine, à son frère Caribert II; il garda toutefois la Touraine. Celle-ci, sauf Loches, qui était occupée en 742 par les Aquitains, suivit les destinées des royaumes francs, en particulier de celui de Neustrie.

L'invasion arabe atteignit la Touraine, mais y fut arrêtée. Les envahisseurs, après avoir pillé Poitiers et brûlé Saint-Hilaire, voulaient, paraît-il, faire subir le même sort à Saint-Martin de Tours, quand Charles-Martel intervint. Les historiens ne sont pas d'accord sur le lieu où se livra la grande bataille appelée bataille de Poitiers, où les troupes d'Abd-ar-Rahmân furent défaites; certains d'entre eux voudraient la placer en Touraine, les uns dans les plaines de Sublaines, près d'Amboise, les autres dans les landes de Miré, près de Ballan, entre le Cher et l'Indre, et les récits des Arabes semblent confirmer cette tradition. L'hypothèse la plus probable est qu'il y eut plusieurs engagements dans des lieux différents.

Pépin le Bref et Carloman, successeurs de Charles-Martel, entrèrent en conflit avec Hunald d'Aquitaine et, en 742, s'emparèrent de Loches qu'ils ruinèrent; un retour offensif fait en 765 par le comte de Poitou, allié de Waïfre, successeur de Hunald, échoua devant Tours dé fendue par l'abbé Wulfard. A la mort de Pépin le Bref, la Touraine fit partie du royaume de Charlemagne qui, en 774, réunit, par la mort de Carloman, la totalité des pays francs. On attribue au grand empereur la construction des levées (779); il vint plusieurs fois à Tours; en 800, il y partagea ses Etats entre ses enfants, la Touraine faisait partie des Etats de Charles, fils aîné de l'empereur, et il y perdit sa femme Luitgarde qui fut enterrée dans l'église de Saint-Martin; c'est à ce fait qu'on attribue l'origine du nom de tour Charlemagne, donnée à une de celles de la basilique; en même temps, il nommait un savant ami, Alcuin, écolâtre de Saint-Martin; l'école attachée à la basilique était alors et fut dans la suite une des plus renommées de la chrétienté. Un fait important pour la Touraine marqua le règne de Louis le Débonnaire : dans la division de l'Empire carolingien en dix missatica, ou ressorts de missi dominici, Tours fut la capitale du missaticum Turonicum; le même empereur renouvela l'ordre de son père et fit construire les levées de la rive gauche de la Loire. En 846, Noménoé, chef des Bretons, voulant être absolument indépendant, institua dans son pays un archevêché de Dol, retirant ainsi toute la Bretagne à l'influence de l'archevêque de Tours; ce fut l'occasion d'un procès devant la cour de Rome, qui ne fut terminé qu'en 1199 par une décision pontificale donnant pleinement satisfaction à l'archevêque de Tours.

Le IXe siècle fut marqué par les invasions des Vikings : leur première apparition eut lieu en 853; ils pillèrent Marmoutier et en massacrèrent les religieux; la même année, ils échouèrent dans une tentative pour s'emparer de la ville même de Tours, mais pillèrent les faubourgs : Saint-Martin et vingt et une autres églises furent brûlées. Ils revinrent plusieurs fois, par la suite : en 903, ils brûlèrent Amboise et Bléré, attaquèrent Tours, mais en furent repoussés, et complètement écrasés à la bataille de Sanctus Martinus de Bello ou Saint-Martin-le-Beau.

Le comté de Tours. 
Depuis longtemps, la Touraine était administrée par des comtes, fonctionnaires royaux; avec les progrès de la féodalité, ce comté devint indépendant sous des comtes héréditaires et liés au roi par la simple vassalité. Après la série des ducs de France de la famille des Robertiens, Thibaut le Tricheur ou le Vieux réunit sous son autorité les comtés de Tours, Chartres, Blois et les villes de Chinon, Montaigu, Vierzon, Sancerre, Saumur, etc. (940 ou 941). Il mourut en 978. Son fils Eudes Ier lui succéda et régna sur les comtés de Tours, Chartres, Beauvais, Meaux et Provins. Mais son beau-frère Foulques Nerra, comte d'Anjou, lui fit une rude guerre. Il voulait prendre la Touraine et s'allia à Audebert, comte de Périgueux; ils s'emparèrent de Tours, mais furent chassés par les habitants. C'est à cette époque, et pour assiéger pour ainsi dire les possessions d'Eudes, que Foulques Nerra fit construire les châteaux de Langeais, Semblançay, Montbazon, Sainte-Maure et Montrésor (991998). Eudes fut battu à Châteaudun (994), Foulques ne put encore s'emparer de Tours, mais prit et brûla Chateauneuf, et en même temps Saint-Martin; Tours capitula enfin (994). Bien qu'ayant repris Montbazon (995), et peut-être Langeais. Eudes mourut la même année, sans avoir pu rentrer en possession de toutes ses villes.

Son fils aîné, Thibaut Il, lui succéda; Berthe ou Bertrade, veuve d'Eudes, avait épousé le roi Robert II le Pieux; celui-ci, qui avait soutenu Foulques Nerra contre Eudes, reprit à son ancien allié Tours et ses environs, et les rendit à son beau-fils (997) qui mourut en 1004. Il ne laissait pas d'enfant, et le comté de Tours passa à son frère Eudes II. Celui-ci entra en conflit avec Robert le Pieux pour Melun, voisine des possessions de Champagne (Meaux et Troyes) dont il venait de s'emparer, avec Robert II de Normandie, mais la lutte fut surtout vive avec Foulques Nerra. Celui-ci possédait toujours en Touraine les villes de Montrésor, Sainte-Maure, Amboise, Loches, La Haye, Semblançay, fortifiait Montrichard, etc. Eudes II l'attaqua, le prit près de cette ville, mais le laissa échapper (1016); pendant qu'Eudes restait dans ses terres de Champagne, Foulques revenait à la charge, mettait le siège devant Tours, prenait Saumur, Montbazon, profitant de ce qu'Eudes était en guerre avec le roi Henri Ier (1030) ; Eudes fut tué en 1037 à Bar, pendant une guerre contre le roi de Germanie' Conrad le Salique. Il s'était peu occupé de la Touraine; on lui attribue cependant la construction du pont de pierre de Tours.

Thibaut III, fils aîné d'Eudes II, reçut les comtés de Tours, Chartres et Blois, pendant que son frère cadet héritait de la Champagne. Mais Thibaut, continuant la politique de son père, politique constante du reste dans la famille de Blois-Champagne, refusa l'hommage à Henri Ier, roi de France; celui-ci lui enleva la Touraine et la donna à Geoffroy Ier Martel. comte d'Anjou, qui vint mettre le siège devant Tours (1013). Ce siège dura, dit-on, dix-huit mois; Thibaut, aidé par son frère, vint au secours de sa ville, mais il fut battu à Nouy et fait prisonnier à Courçay (22 août 1044). Sur l'intervention du roi, la paix fut signée entre les deux adversaires, mais Thibaut devait céder la Touraine, à Geoffroy-Martel, à titre de fief (1044). A partir de ce moment, la Touraine ne fut guère qu'une dépendance de l'Anjou, dont les comtes régnèrent sur elle.

A la mort de Geoffroy Ier Martel (1060), son neveu, Geoffroy II le Barbu, hérita de ses biens; allié à son frère Foulques Réchin, il battit le comte Guillaume VI de Poitou à Chef-Boutonne (1061); mais il se brouilla avec Foulques et commença une malheureuse guerre : fait prisonnier, remis en liberté, il reprit les armes en 1068, et pris, cette fois encore, il fut enfermé au château de Chinon où il mourut en 1097 ou en 1103. Foulques Réchin était comte d'Anjou et de Touraine; il garda ses possessions, malgré une attaque du comte de Blois, allié au comte du Maine et soutenu par le roi Philippe Ier; il dut cependant renouveler son hommage pour la Touraine au comte de Blois, et abandonner quelques terres à Philippe Ier. Son règne fut troublé par des guerres avec Guillaume le Conquérant (1073), qui fut obligé de reconnaître sa suzeraineté sur le Maine, avec le comte d'Amboise, avec le seigneur de Maillé, mais surtout par des querelles d'ordre religieux : excommunié par Grégoire VII, qui ne le trouvait pas assez docile, il rentra en grâce et chassa, sur l'ordre du pape et de Philippe Ier, l'archevêque Raoul, surnommé l' « Ennemi de Dieu ». Lors de la prédication de la première croisade, Urbain II vint à Tours où il tint un concile du 16 au 23 mars 1096; Foulques, malgré son ancienne excommunication, y reçut la rose d'or. Il mourut le 14 avril 1109.

Son fils Foulques II le Jeune, ou le Jérosolimitain, lui succéda. Il reçut l'investiture de la Touraine et de l'Anjou du roi Philippe Ier, et le Maine par son mariage (1110). Le roi d'Angleterre Henri Ier essaya de lui enlever ce dernier comté et, ne pouvant y réussir dans une guerre directe, souleva contre lui ses vassaux; Foulques, non seulement parvint à réprimer ces révoltes (achat de Montbazon en 1114, prise de Preuilly, 1116), mais même, après une guerre heureuse contre Etienne de Blois, allié de Henri Ier, où il s'empara d'Alençon (1115), il obligea celui-ci à signer la paix. La fille du comte d'Anjou, Mathilde, épousait le fils du roi d'Angleterre et lui apportait en dot le Maine. Foulques profita de la paix pour aller à la croisade (1120) avec une trentaine de chevaliers. A son retour, son gendre périt dans le naufrage de la Blanche Nef, et Henri Ier envoya Mathilde en gardant le Maine (1121). Foulques voulut marier sa deuxième fille avec Guillaume Cliton, mais le légat du pape s'y étant opposé, il le maltraita, et fut excommunié par Honoré II. 

Les rapports avec l'Angleterre s'améliorèrent dans la suite par suite du mariage de la fille de Henri Ier, l'« Emperesse » Mathilde, veuve de Henri V d'Allemagne, avec Geoffroy le Bel ou Plantagenet, fils de Foulques II (1128). C'est la même année que Foulques fut choisi par Beaudouin, roi de Jérusalem, comme son gendre et son héritier. Il partit, laissant ses biens à Geoffroy Plantagenet (1129), succéda à son beau-père en 1131 et mourut roi de Jérusalem en 1142. Sous son règne, en 1122, les habitants de Châteauneuf, ville qui s'était fondée, distincte de Tours, autour de la basilique de Saint-Martin, essayèrent de secouer le joug du chapitre de Saint-Martin et formèrent une commune à la tête de laquelle ils mirent dix jurés. Excommuniés, ils engagèrent une bataille pendant laquelle la basilique et une partie de la ville furent incendiées; le calme se rétablit, mais pour peu de temps, et les révoltes furent constantes au XIIe siècle.

Geoffroy IV le Bel, surnommé Plantagenet, succéda à son père. Il dut engager de longues luttes avec Thibaut de Blois, avec le comte d'Amboise et le seigneur de l'Ile-Bouchard, dont il prit le château. Pendant ce temps, sa femme, Mathilde, combattait en Angleterre Etienne de Blois, devenu roi d'Angleterre à la mort de Henri Ier; elle réussit à faire reconnaître son fils aîné Henri comme héritier du trône d'Angleterre. Lorsque Geoffroy mourut, il légua par testament l'Anjou, la Touraine et le Maine à son second fils, Geoffroy, l'aîné devant être roi d'Angleterre (1151).
Geoffroy V se brouilla avec son frère Henri Il; il s'entendit en effet avec Louis VII de France pour exiger par la force sa part de l'héritage paternel (1152); Henri vint en Touraine, s'empara de Montsoreau, puis fit la paix avec Geoffroy, auquel il ne voulut laisser que Chinon, Loudun et Mirebeau (1154); deux ans plus tard, il lui reprit même ces villes. Une autre rivalité les mettait aux prises, car Geoffroy avait voulu enlever Aliénor d'Aquitaine lorsque, après son divorce, elle passait par Port-de-Piles pour rentrer en Poitou; elle épousa peu de temps ensuite Henri Il lui-même à Tours. Geoffroy se consola de la perte de ses possessions en acceptant des Nantais le titre de comte de Bretagne; il mourut à Nantes en 1158.

Touraine anglaise. 
Henri II d'Angleterre se trouva être, par la spoliation de son frère, comte de Touraine. Ce fut un bienfaiteur du pays, comme du Poitou; il exhaussa et élargit les levées de la Loire, augmenta la ville de Tours en y réunissant quelques faubourgs, y bâtit des ponts sur la Loire et le Cher, lui donna une administration régulière. Mais des troubles graves et des guerres sanglantes étaient la conséquence de la mauvaise entente entre Henri et Aliénor, sa femme, qui excitait ses fils contre leur père; Louis VII, puis Philippe-Auguste, toujours prêts à saisir les occasions favorables, soutenaient les révoltés. Une expédition fut rendue nécessaire en 1173-1174 par la révolte du prince Henri; les deux rois eurent à cette dernière date une entrevue à Montlouis. Une nouvelle guerre eut lieu en 1189; Richard Coeur de Lion, fils cadet de Henri II, s'allia à Philippe-Auguste; ils s'emparèrent de Chaumont, Amboise, Rochecorbon, passèrent la Loire à gué au-dessous de Tours, à Saint-Cyr, prirent Châteauneuf et Tours elle-même, que ne put défendre le château construit par Henri II (3 juillet 1189). La paix fut signée dans une entrevue au château de Colombiers (Villandry) le 4 juillet Philippe-Auguste et Richard gardaient Tours et le Mans en otages; deux jours après, le 6 juillet, Henri II mourait à Chinon; il fut enterré à Fontevrault.

Richard Coeur de Lion, monté sur le trône d'Angleterre, reçut de Philippe-Auguste la Touraine (1190), mais la paix ne dura guère. Les deux rois partirent pour la croisade, la décision en fut prise dans une entrevue à Tours; revenu le premier, Philippe-Auguste profita de la captivité de Richard pour s'allier avec Jean sans Terre qui voulait s'emparer de l'Angleterre. Par un traité signé en janvier 1193, le roi de France recevait, en échange de son appui, Tours et la Touraine jusqu'à l'Indre, l'hommage de Montrichard et d'Amboise, les seigneuries de Montbazon, Loches et Châtillon-sur-Indre. Mais Richard, ayant recouvré la liberté, entra en Touraine en 1194, et reprit Châteauneuf, Loches, etc.

La mort de Richard, en 1199, amena une série de guerres en Touraine : Artus de Bretagne avait été reconnu comme duc par la noblesse du pays, ainsi que par celle de l'Anjou et du Maine; il fut aidé par Philippe-Auguste, qui reçut son hommage (1200) et prit quelques places, mais il fut fait prisonnier par Jean sans Terre, qui entra à Tours (1202). La guerre continua entre les rois de France et d'Angleterre; dans le même mois d'août 1202, Tours fut prise trois fois, les 4, 20, 31 par les deux armées et resta au roi d'Angleterre pendant que le comte d'Amboise, pour le compte du roi de France, s'emparait de Châteauneuf (10 novembre). Après la condamnation de Jean sans Terre, Philippe-Auguste reprit, sans trop de peine, la capitale, puis, après des sièges qui durèrent un an, les villes de Loches et de Chinon (1205). Le comté tout entier fut réuni à la couronne par Guillaume des Roches, seigneur de Rochecorbon, nommé sénéchal héréditaire par Philippe-Auguste (août 1204). Par le traité de Chinon (9 octobre 1214), Jean sans Terre abandonnait la Touraine.

Le règne de Philippe-Auguste fut marqué, en outre, par la création à Tours de grands baillis (1203), par la fin de la longue querelle entre les archevêques de Tours et de Dol, terminée en faveur du premier par une bulle d'Innocent Ill (1199), et par la suppression définitive de la commune de Châteauneuf (1194 et 1212); les habitants recevaient cependant quelques concessions.

La Touraine française.
Avec la réunion au domaine la Touraine ne jouera plus un rôle effectif, mais ressentira les contre-coups de l'histoire de la France. Louis VIII, Louis IX, Philippe le Hardi vinrent quelquefois dans la province; ils y réunirent des armées pour faire la guerre, soit aux seigneurs désobéissants du Midi, soit aux rois anglais. Philippe le Bel y assembla, en mai 1308, les Etats généraux pour y décider du sort des Templiers, dont le grand maître et quelques autres furent enfermés à Chinon. La sénéchaussée héréditaire fut supprimée par la cession qu'en fit Amaury III de Craon au roi (1312). Sous Philippe le Long, des troubles graves furent amenés par une épidémie : les juifs et les lépreux, rendus responsables, furent atrocement torturés à Tours et à Chinon (1321).

La guerre de Cent ans éclata, mais elle ne fut jamais bien active en Touraine; pendant les premières années même, on sembla ne pas s'en apercevoir, et peu d'événements importants se produisirent dans la province; en 1347 fut nommé le premier lieutenant général, qui fut Guy VII, comte de Forest; la peste noire fit une apparition, mais micius se habuit quam alibi communiter (1348); elle avait été importée par des pèlerins venus du Poitou pour demander protection à saint Martin; elle reparut en 1361. Une charte de Jean Il le Bon, datée de Beauvais le 30 mars 1354, décida la réunion dans une même enceinte des deux villes jusqu'alors distinctes de Tours et de Chateauneuf; pour construire la nouvelle enceinte, il fallut détruire plusieurs églises, ce qui amena un conflit grave avec l'archevêque; la question ne fut tranchée qu'en 1361 par des lettres patentes de Charles, régent de France, qui donnaient en même temps l'administration de la ville à six prud'hommes élus.

Cependant la guerre s'approchait de la Touraine : en 1356, à la nouvelle de la défaite de Poitiers, l'alarme fut grande, on fortifia les villes; en 1360, les Anglais occupaient Busançais, I'lle-Bouchard, La Roche-Posay, Langeais et Palluau qu'ils durent évacuer à la suite du traité de Brétigny; mais ils revinrent en 1364, année où ils s'emparèrent de Montlouis et de Chenonceaux; Du Guesclin vint au secours de Tours et la protégea (1365); en 1368-1369, le Captal de Buch menaça la capitale, défendue par Jean V de Sancerre; les seigneurs tourangeaux, commandés par Jean de Bueil et Du Guesclin, chassèrent les Anglais de Preuilly et de La Roche-Posay.

Si la Touraine n'avait plus de princes indépendants, elle fut érigée en duché et constitua des apanages pour les fils de France : en 1360, elle fut donnée à Philippe le Hardi, fils de Jean le Bon, qui la garda jusqu'en 1363, époque où il reçut la Bourgogne; de 1370 à  1384, elle fut le partage de Louis, deuxième fils de Jean le Bon; elle revint ensuite à la couronne, mais pour peu de temps, car, en 1386, elle était donnée à Louis, deuxième fils de Charles V, qui fut duc de Touraine jusqu'en 1392 où il reçut l'Orléanais. Pendant la même période, elle s'accroissait du Loudunais (1376). Un traité signé à Tours (février 1392) confirma celui de Guérande qui avait réglé quelques années auparavant les affaires de Bretagne.

Les troubles du règne de Charles VI eurent leur contrecoup en Touraine : le duc de Bourgogne s'empara, en 1413, de Chinon, qui fut vite reprise du reste; mais la haine qui existait entre Isabeau de Bavière et son fils Charles, duc de Touraine depuis 1416, amena une véritable guerre à Tours et dans les environs. Isabeau, reléguée par son fils à Tours (1417), se fit enlever de Marmoutier par Jean sans Peur et rentra avec lui dans la ville, aidée par le peuple, malgré l'opposition de la bourgeoisie (2 novembre); les Bourguignons y restèrent neuf mois, pillant le pays, et en état de guerre constante avec les garnisons voisines qui tenaient pour le duc de Touraine; Isabeau, par lettres patentes du 15 juin 1418, confisqua son apanage à son fils, mais celui-ci finissait par reprendre sa capitale après un siège de cinq semaines, au commencement de 1419.

La Touraine, siège du gouvernement.
A partir de ce moment, la Touraine va jouer en France un rôle prépondérant : par force d'abord — la plus grande partie du royaume étant aux mains des Anglais — par goût ensuite, les Valois vont habiter la vallée de la Loire : Chinon, Loches, Tours, Amboise partageront avec Blois l'honneur — un peu coûteux du reste — de loger les rois et d'enlever à Paris le siège du gouvernement. En 1422, à la mort de Charles VI, en même temps que, par application du traité de Troyes, Henri VI d'Angleterre était proclamé roi de France, Charles VII se faisait couronner roi à Bourges, mais si on l'appela dans la suite le « roi de Bourges », il aurait plutôt mérité le titre de roi de Touraine, car c'est dans les châteaux de cette province qu'il établit le plus souvent sa résidence. Cependant le duché de Touraine eut, pendant ce règne, des titulaires en 1424, la reine, épouse de Charles VII, la même année le comte Douglas, Ecossais de la garde du roi; l'année suivante, Louis III, duc d'Anjou (5 janvier 1425). Les Anglais faisaient pourtant de grands progrès et prenaient possession de Châteaurenault, Saint-Christophe, Rochecorbon et Langeais, ne laissant au duc, et par conséquent au roi, que la rive gauche de la Loire. Sous le règne de Charles VII, les principaux événements furent l'arrivée de Jeanne d'Arc à Chinon, son séjour à Tours où un ouvrier nommé Polnoir lui fit sa célèbre bannière; elle en partit à la fin de mars 1429, escortée d'un assez grand nombre d'habitants qui voulaient participer à son aventure hallucinée. C'est à Tours que furent réunis les Etats généraux de 1429 (juin) où fut décidée la levée de la taille nécessaire pour le voyage de Reims; en 1433, une conjuration de seigneurs tourangeaux, sous la direction de Richemont, réussit à s'emparer de Louis de La Trémoille et à en débarrasser le roi et le royaume; en 1455, des Etats généraux y ratifièrent le traité d'Arras avec la Bourgogne; en 1440, la Praguerie y menaça le roi lui-même. Charles VII décida la rédaction des coutumes de Touraine, qui fut faite de 1453 à 1461 à Langeais.

Louis XI hérita du goût de son père pour la Touraine : arrivé à Tours le 7 octobre 1461, il fit du château des Montils, appelé dans la suite le Plessis-lès-Tours, sa résidence préférée; il accorda la noblesse héréditaire aux maire et échevins de la ville, se fit garder par une garde civique fournie par les habitants de Tours, aux frais de la ville naturellement; quelques assemblées de notables, quelque Etats généraux y siégèrent, mais le fait le plus important fut l'introduction dans la capitale de la province de l'industrie des soieries : dix-sept ouvriers nîmois y furent installés, logés et meublés par le roi, les bourgeois devant se cotiser pour leur fournir du travail. La grande prospérité industrielle de Tours fut la conséquence de cette décision prise par Louis XI. C'est au Plessis que celui-ci mourut, et des obsèques solennelles lui furent faites à Saint-Martin.
Charles VIII résida le plus souvent à Amboise; cependant c'est au Plessis qu'il vint d'abord, et c'est à Tours que siégèrent, dans une des salles de l'archevêché, les Etats généraux de 1484 (10 janvier-14 mars). Le mariage du roi avec la jeune duchesse Anne de Bretagne eut lieu le 16 décembre 1491 à Langeais; leurs enfants naquirent et moururent en Touraine et furent enterrés à Saint-Martin d'où on transporta leur tombeau à la cathédrale. Le traité de Senlis (23 mai 1493) fut garanti par le corps de ville de Tours qui s'engagea, en cas de violation de ce traité par le roi, à abandonner sa cause. Charles, de retour de son expédition de Naples, mourut à Amboise le 7 avril 1498.

Sous Louis XII peu d'événements méritent d'être cités; cependant Ludovic Sforza fut enfermé à Loches et y mourut en prison; le roi de Naples, François II, nommé duc d'Anjou et de Touraine, mourut an Plessis-lès-Tours le 9 septembre 1504. En mai 1506, des Etats généraux siégèrent dans le même château et décidèrent le roi à rompre les désastreux traités signés deux ans auparavant à Blois; les fiançailles de Claude de France et de François d'Angoulême, conséquence de cotée rupture, y furent célébrées en grande pompe. Louis XII fit procéder, par une commission de représentants des trois ordres de la province, à la refonte des coutumes de Touraine. Sous son règne, les châteaux d'Amboise, de Chaumont furent construits, agrandis ou embellis. Le règne de François Ier fut marqué en Touraine par peu d'événements deux tenues des grands jours y furent faites en 1533 et 1547, un synode provincial s'y réunit en 1527 pour voter la contribution du clergé à la rançon des fils du roi, retenus à Madrid comme garants du traité signé par leur père en 1526; enfin les châteaux de Chenonceaux, d'Azay-le-Rideau, de Villandry, d'Ussé, etc., s'élevèrent dans les environs.

Avec Henri II, la Touraine reçut l'organisation qu'elle garda jusqu'à la fin de l'Ancien régime : le présidial fut installé le 7 juin 1552; Tours devint la capitale d'une des dix-sept généralités, elle s'étendait sur les provinces de Touraine, Anjou et Maine; les coutumes y furent de nouveau revues par une commission de trois membres du Parlement de Paris, un collège fut installé à Tours, dont le corps de ville fut remanié par lettres patentes d'octobre 1553; enfin la construction et l'entretien des levées ou turcies furent confiés à une délégation des bourgeois (1551).

Mais, après cette assez longue période de calme, de nouveaux troubles furent amenés par la Réforme. Celle-ci trouva en Touraine un grand nombre de prosélytes. Déjà, sous François Ier dès 1525, des sectateurs de Luther y existaient ; en 1532, une femme, nommée Catherine Mareschal, fut brûlée; l'affaire des placards éclata à Amboise en 1534; en 1545, quelques personnes étaient suppliciées à Tours et, en 1547, le roi envoyait dans cette ville quelques compagnies de soldats, espérant ainsi intimider les religionnaires. Mais l'effet ne fut pas atteint, et de nombreuses conversions se produisaient, particulièrement dans la noblesse et dans la bourgeoisie, cette dernière surtout parait avoir été presque entière convertie. Les troubles ne commencèrent véritablement que lorsque, après l'avènement de François II, la question politique se mêla à la question religieuse. La conjuration d'Amboise marqua le début de cette période, et l'on sait avec quelle rigueur elle fut réprimée. A la mort du jeune roi (1560), Marie Stuart, sa veuve; fut investie du duché de Touraine avec 600.000 écus de douaire.

Sous Charles IX, la guerre de religion éclata vraiment : si la Touraine en souffrit peu directement, les armées opérant surtout en Poitou, de très nombreux troubles et des plus graves y éclatèrent. Les passions étaient très exaltées, et des massacres réciproques ensanglantèrent la capitale et les environs. Mais les renseignements sont des plus contradictoires, chacun des deux partis en présence ayant exagéré ses pertes. En 1569, Condé s'empara de Tours (2 avril), et un pillage des trésors des églises fut la suite de cet événement, ainsi que de nombreux actes d'iconoclastie. Le 10 juillet, le maréchal de Saint-André reprenait la ville ainsi que toutes les places de Touraine, les prisonniers étaient massacrés à Tours pendant les mois de septembre et d'octobre avec d'atroces raffinements de cruauté. Les années suivantes furent marquées par une petite guerre sur les frontières du Poitou, qui se termina, le 3 octobre 1569, par la bataille de Moncontour. Sur la Saint-Barthélemy, les auteurs sont peu d'accord : les uns parlent de « horrible massacre qui fut exécuté [...] surtout à Tours où le clergé animait sans cesse le peuple contre les protestants » (Manuscrit de la bibl. munic. de Tours, n° 1256); d'autres disent qu'il « ne fit couler dans la province ni une larme ni une goutte de sang » (Chalmel, abbé Chevalier, etc.). La vérité est probablement dans l'assertion de d'Aubigné que Tours, Amboise et Blois « tuèrent un petit nombre » (Dupin de Saint-André, le Protestantisme en Touraine). La plupart des auteurs at tribuent au gouverneur René de Prie, soit un refus d'obéissance aux ordres venus de Paris, soit plutôt une attitude passive. En tout cas, les registres municipaux de cette période ont disparu. Une émigration assez considérable suivit l'année 1572.

Les troubles reprirent cependant : les protestants tourangeaux avaient reçu le droit d'exercer leur culte à Langeais, puis à Maillé (Luynes); mais les catholiques les massacrèrent à leur retour en ville (1575); l'édit de pacification de Beaulieu, près de Loches (1576), rétablit un ordre relatif. La Ligue trouva en Touraine un assez grand nombre de membres; en février 1577, les corps de la province la jurèrent à Tours devant M. de Chavigny, commissaire du roi. L'assassinat du duc de Guise (décembre 1588) devait amener la lutte ouverte : Henri III vint à Tours, y transféra le Parlement de Paris, ainsi que la Chambre des comptes, en représailles de la journée des Barricades; ces deux cours y restèrent jusqu'au 24 mars 1594. Enfin, obligé de se rapprocher de Henri de Navarre, il eut une entrevue au Plessis-lès-Tours le 30 avril 1589, entrevue d'ou sortit l'alliance ouverte entre les deux rois. Peu de jours après, Mayenne, qui s'était emparé de Montoire, attaquait Tours, prenait le faubourg de Saint-Symphorien, mais était obligé de lever le siège à l'approche du roi de Navarre (8 mai 1589).

La Touraine sous les Bourbons. 
Avec l'avènement de Henri IV, la Touraine commença à respirer et jouit d'une grande tranquillité dans la suite. Malgré une tentative des Ligueurs pour entraîner Tours à refuser de reconnaître le nouveau roi, celui-ci y fut reçu dès le 21 novembre 1589 et y trouva un bon accuei ; ce fut même Tours qui, lors du sacre de Henri IV (1594), la sainte Ampoule étant entre les mains des Ligueurs à Reims, força les moines de Marmoutier à prêter celle qu'ils possédaient et qui, transportée à Chartres, servit à la cérémonie. L'édit de Nantes amena la pacification religieuse définitive. Les catholiques de Tours, soutenus par le clergé et par le corps de ville qui avait peur de troubles, tentèrent bien d'en empêcher l'application, mais Henri IV, mis au courant, imposa sa volonté, et quatre églises furent établies en Touraine, à Tours, l'Isle-Bouchard, Châtillon-sur-Indre et Preuilly. En même temps, du reste, un grand nombre de couvents s'ouvraient dans le pays, en particulier à Tours, où les capucins et les jésuites s'établirent en grande pompe.

Peu d'événements marquèrent le règne de Louis XIII; cependant, lors de la seconde révolte des grands (1615), Condé envahit le Sud de la Touraine, mais il fut arrêté par la paix de Loudun; son arrestation, peu de temps après, amena la révolte du comte de Rochefort à Chinon, mais celui-ci dut bientôt capituler devant l'armée royale; lors de la fuite de Marie de Médicis et la prise d'armes de ses amis, Louis XIII séjourna à Tours, et, après la paix d'Angoulême, la mère et le fils eurent une entrevue de réconciliation au château de Couzières, près de Montbazon (5 septembre 1619). La paix fut scellée par l'érection de la ville et du château de Maillé en duché-pairie pour Luynes, dont ils prirent le nom (14 novembre 1619). Les protestants de Touraine ne prirent pas part à la guerre de 1621; cependant quelques troubles eurent lieu à Tours lors de l'enterrement d'un protestant, nommé Martin Lenoir. Louis XIII dut venir en personne rétablir l'ordre.

Un seul fait eut de l'importance sous le règne de Louis XIV, ce fut la révocation de l'édit de Nantes (1685). Les protestants étaient nombreux dans la province, et, se voyant fermer les carrières libérales, s'étaient tous adonnés au commerce et à l'industrie. Celle des soieries était en particulier presque exclusivement entre les mains des religionnaires. Sans adopter les chiffres de certains auteurs qui évaluent à 40.000 le nombre des personnes vivant à Tours de l'industrie de la soierie, avant la révocation, il est certain que cette industrie était des plus prospères et qu'elle fut presque tuée par cet acte. Les 7000 métiers de 1668 tombèrent à 1600 en 1686, le nombre des apprentis admis par an dans la corporation descend de 282 en 1670à 64 en 1685, à 36 en 1689 et à 15 en 1694. Il y eut peut-être d'autres causes à cette déchéance, mais la proscription des protestants fut la principale : le nombre des fidèles descendit de 1500 en 1685, malgré l'émigration déjà active, dont 400 industriels, à 400 en tout en 1698; la population de Tours, d'après le recensement de 1698, aurait baissé de 10.000 habitants depuis 1685. Toutes les autres industries subirent le même effet; tannerie, draperie, etc., diminuèrent d'une façon effrayante. Quelque déplorable qu'ait été cet acte, il faut reconnaître qu'il ne semble pas avoir été accompagné en Touraine de persécution violente; les auteurs protestants ne signalent pas de dragonnades. Seul, le Temple fut détruit en présence de l'archevêque, par une population «-débordante d'enthousiasme », le 5 novembre 1585.

Au XVIIIe siècle, l'ordre régna en Touraine, malgré une misère atroce'à laquelle ne put pas remédier l'habile administration de certains intendants comme du Cluzel. Une expérience des assemblées provinciales demandées par Turgot fut faite en 1787; celle de Touraine ouvrit ses séances le 6 octobre et refusa nettement de voter une augmentation d'impôts. La convocation des Etats généraux fut accueillie par la province avec enthousiasme. Les élections eurent lieu en mars 1789. Dans l'assemblée des électeurs, les nobles votèrent, le 17 mars, la célèbre déclaration suivante : 

« L'ordre de la noblesse de bailliage de Touraine, considérant que ses membres sont hommes et citoyens avant que d'être nobles, ne peut se dédommager, d'une manière plus conforme à l'esprit de justice et de patriotisme qui l'anime, du long silence auquel l'abus du pouvoir ministériel l'avait condamné, qu'en déclarant à ses concitoyens qu'il n'entend plus jouir à l'avenir des privilèges pécuniaires que l'usage lui avait conservés. Il fait par acclamation le voeu solennel de supporter, dans une parfaite égalité, et chacun en proportion de sa fortune, les impôts et contributions générales qui seront consentis par la nation, ne prétendant se réserver que les droits sacrés de la propriété et lés distinctions essentielles dans une monarchie, pour être plus à môme de soutenir les droits et la liberté du peuple, le respect dû au monarque, et l'autorité des lois »
De la Touraine à l'Indre-et-Loire.
En tant qu'entité administrative, la Touraine a disparu à la Révolution. Le département d'Indre-et-Loire fut formé en 1790 de territoires appartenant à l'ancienne province de Touraine. Cependant ses limites ne sont pas les mêmes; d'une part, la Touraine a cédé quelques districts au département voisin, l'Indre; d'autre part, celui d'Indre-et-Loire en a reçu de l'Orléanais (une mince bande au Nord de Châteaurenault), du Poitou (Richelieu) et de l'Anjou (Bourgueil et Château-la-Vallière). Depuis 1789, ce territoire n'a été le théâtre que d'un petit nombre d'événements historiques. Les plus marquants furent les inondations de la Loire (particulièrement en 1856) et le séjour du gouvernement de la Défense nationale à Tours durant les trois derniers mois de 1870.

Administration de l'ancienne province

Le gouvernement de la Touraine était entre les mains d'un gouverneur général, assisté d'un lieutenant général et d'un lieutenant de roi. La Touraine faisait partie de la généralité de Tours et se divisait en six élections, celles d'Amboise, Loches, Chinon, Richelieu, avec un subdélégué supplémentaire à I'lle-Bouchard, Loudun et Tours. Au point de vue judiciaire, le présidial de Tours, qui s'étendait sur toute la province, sauf une partie du bailliage de Montrichard, dépendant du présidial de Châtillon-sur-Indre, ressortissait au Parlement de Paris; il avait juridiction sur les bailliages de Tours, Amboise, Loudun et une partie de celui de Montrichard et sur les quatre sièges royaux de Tours, Loches, Chinois et Langeais. Ces tribunaux jugeaient d'après la coutume particulière de la province rédigée à Langeais en 1460, confirmée en 1461, réformée en 1507 et 1559, Un tribunal de commerce existait à Tours. Il y avait des mairies et échevinages à Tours, Amboise, Chinon, Loches et Loudun, des greniers à sel à Tours, Amboise, Chinon, Loches, Langeais, Montrichard, La Haye, Neuvy, Sainte-Maure et Preuilly. Un grand maître des eaux et forêts de Touraine et un maître particulier résidaient à Tours. Le célèbre hôtel des Monnaies, qui frappait la monnaie tournois et avait juridiction sur la Touraine et sur une partie du Maine, fut supprimé en février772. Au point de vue commercial, la Touraine faisait partie des cinq grosses fermes. (J. Kergomard).
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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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