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Histoire de l'Île-de-France

L'Ile-de-France est une région administrative française centrée sur Paris  et aujourd'hui formée de huit départements (Essonne, Hauts-de-Seine, Paris, Seine-et-Marne, Seine-Saint-Denis, Val-de-marne, Val-d'Oise et Yvelines) a aussi été une ancienne province et gouvernement militaire de France. Lors de la division de la France en départements, les commissaires de l'Assemblée constituante reconnurent que le territoire du gouvernement général de l'Ile-de-France pouvait former cinq départements qu'ils appelèrent département de Paris (de la Seine à partir de l'an III), de Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne, de l'Oise et de l'Aisne. Cette division, ratifiée par l'Assemblée, correspondait, en effet, assez exactement à l'étendue de la province, sauf pour la partie septentrionale du département de l'Aisne, la région dont Saint-Quentin est le centre, et qui est picarde sans contestation, mais il s'en faut que l'Ile-de-France ait toujours eu un territoire aussi étendu qu'à la fin de l'Ancien régime. Son nom est dû à la situation du pays appelé jadis France et que des rivières entouraient de toutes parts, de façon à en faire une sorte d'île. Il faut donc, en premier lieu, savoir quelles furent les limites de ce pays. 

Deux historiens du XIXe siècle, Benjamin Guérard (Du nom de France et des différents pays auxquels il fut appliqué, ap. Annuaire de la Société de l'Histoire de France, 1849) et A. Longnon (L'Ile-de-France, son origine, ses limites, ses gouverneurs, t. I, p. I-43, des Mémoires de de la Société de l'histoire de Paris et de l'île-de-France), les ont étudiées dans d'excellents mémoires. La France fut d'abord, à l'époque mérovingienne, le territoire situé entre la Loire et le Rhin, territoire qui, après Charlemagne, fut distingué de la Neustrie, qui se trouvait entre la Seine et la Loire. Les recherches de Longnon sur les localités surnommées « en France » lui ont permis d'établir qu'au Moyen âge la France était limitée : au Sud par la Seine, à l'Ouest par l'Oise, au Nord par la Thève, affluent de l'Oise, à l'Est par la Beuvronne, affluent de la Marne, et au Sud-Est par la Marne. Vers 1850, paraît-il, les paysans de Maisons-Laffitte appelaient encore « vent de France » celui qui soufflait de l'Est, et plus récemment encore les habitants de Trilport, localité voisine de Meaux, déclaraient qu'ils allaient « en France » lorsqu'ils traversaient la Marne pour se rendre dans la direction du Nord-Ouest. Il semble donc certain que les cinq rivières que nous venons de citer, entourant de tous côtés la France d'alors, justifient la dénomination d'île donnée à cette région et qu'on ne saurait expliquer autrement. Le nom d'île-de-France n'apparaît cependant qu'assez tard (Longnon ne l'a pas rencontré avant 1429), et fort peu de temps avant l'époque où il allait ne plus avoir de signification.

Il faut, en effet, dater du traité d'Arras (1435) la constitution de la province, telle qu'elle fut, jusqu'à la Révolution. Par ce traité, le roi cédait au duc de Bourgogne toute la contrée appartenant au bassin de la Somme et qui dès lors dépendit du gouvernement de Picardie; l'île-de-France s'étendit donc jusqu'aux confins de cette province; on s'explique moins aisément comment elle s'agrandit au Sud et à l'Ouest, car les textes ne disent pas à quel moment les bailliages de Mantes et de Meulan, les comtés de Dreux et de Montfort lui furent annexés; quant à la Brie, à l'Est, il fallut une ordonnance royale du 27 septembre 1693 pour mettre fin aux contestations dont elle était l'objet de la part des deux gouvernements d'Ile-de-France et de Champagne : par cette ordonnance, la Brie fut divisée en Brie française et en Brie champenoise; celle-ci, comprenant Coulommiers, Château-Thierry et Montereau, fit désormais partie de la province de Champagne.

Le gouvernement couvrait une étendue de pays d'environ 200 km du Nord au Sud et autant de l'Est à l'Ouest. On y distinguait onze petites provinces n'ayant d'ailleurs aucun caractère administratif et dont plusieurs sont désignées par le nom de la ville principale : l'Ile-de-France proprement dite (Paris, Argenteuil, Saint-Denis); le Laonnois (Laon); le Noyonnais (Noyon); le Soissonnais (Soissons, Braisne, Coucy); le Valois (Senlis, Crépy, Villers-Cotterets); le Beauvaisis (Beauvais, Beaumont, Creil); ces cinq pays ayant été détachés au XVe siècle de la province de Picardie; le Vexin français (Pontoise, Magny, Chars); le Mantois (Mantes, Meulan, Rambouillet, Saint-Germain-en-Laye); le Hurepoix (Dourdan, Corbeil, Longjumeau, Sceaux); le Gâtinais français (Nemours, Fontainebleau, Moret); la Brie française (Brie-Comte-Robert, Lagny, Nangis, Villeneuve-Saint-Georges). Expilly y fait figurer encore le Thimerais (capitale Châteauneuf), mais ce pays paraît avoir plutôt dépendu du Perche. Il ajoute que le gouvernement de l'lle-de-France avait quelques enclaves dans des gouvernements voisins : Cosne, appartenant au Nivernais, Vervins à la Picardie, Sens à la Champagne.

On ne saurait préciser rigoureusement l'époque à laquelle fut nommé le premier gouverneur de l'île-de-France, surtout avec ce titre, car les personnages, tels que le comte de Clermont, le connétable de Richemont auxquels Charles VII délégua son autorité sur la région dont nous nous occupons et qui constitua un moment tout le royaume ou à peu près, ces personnages avaient en même temps d'autres attributions, ou plutôt leur rôle était purement militaire. Même au XVIe siècle, le gouvernement de Paris était encore réuni à celui de l'Ile-de-France, et ce n'est guère que sous Henri IV qu'ils furent divisés et que Soissons devint le siège du gouvernement militaire de l'Ile-de-France, Paris devant conserver jusqu'à la fin un gouvernement particulier.

Gouverneurs de l'Île-de-France. - Nous empruntons à Longnon la liste très complète qu'il a dressée des gouverneurs de l'île-de France, renvoyant à son travail pour les renseignements biographiques donnés sur chacun d'eux : 1419, Pierre de Luxembourg, comte de Saint-Pol. - 1429, Charles de Bourbon, comte de Clermont. - 1433, Étienne de Vignoles, dit La Hire. - 1435, Louis de Luxembourg, évêque de Thérouenne. - 1436, Artus de Bretagne, comte de Richement. - 1465, Charles de Melun, seigneur de La Borde. - 1465, Charles d'Artois, comte d'Eu. - 1466, André de Laval, maréchal de France. - 1472, Charles de Gaucourt. - 1479, Charles d'Amboise. -1482, Jean Allardeau, évêque de Marseille. -1483, Louis d'Orléans (ensuite Louis XII). - 1493, Gilbert de Bourbon, comte de Montpensier. - 1495, Charles d'Amboise. - 1496, Guillaume de Poitiers. - 1515, Charles de Bourbon, duc de Vendômois. - 1519. François de Bourbon, frère du précédent. - 1522, Pierre Filloli, archevêque d'Aix. -1526, Michel Antoine, marquis de Saluces.- 1529, François de La Tour, vicomte de Turenne. - 1532, Antoine de La Rochefoucauld. - 1534, François de Montmorency. - 1551, Gaspard de Coligny. - 1556, François de Montmorency. - 1579, René de Villequier. - 1587, François d'O. - 1594, Antoine d'Estrées. - 1600, le seigneur de Montigny. - 1607, Charles du Plessis, comte de Beaumont. - 1620, Hercule de Rohan, duc de Montbazon. - 1648, François-Annibal d'Estrées. - 1670, François-Annibal Il d'Estrées. - 1687, François-Annibal III d'Estrées. - 1698, Louis-Armand, duc d'Estrées. -1719, Henri-Louis de La Tour d'Auvergne, comte d'Evreux. - 1741. François-Joachim-Bernard Potier, duc de Gesvres. - 1757, Louis-Léon Potier, duc de Tresmes. - 1766, Louis-Joachim-Paris Potier, duc de Gesvres.
Il faut se garder de confondre la province d'Ile-de-France avec la généralité de Paris, et, par suite, les gouverneurs de cette province avec les intendants qui administrèrent la généralité. Celle-là était comprise dans celle-ci, et tant au point de vue administratif que financier y était subdivisée en dix élections : Senlis, Compiègne, Beauvais, Pontoise, Mantes, Montfort, Dreux, Étampes, Melun et Nemours. Pour se rendre compte de la différence au point de vue territorial, il suffit de se rappeler que la généralité formait en tout vingt-deux élections, de dimensions à peu près égales. L'énumération de celles de l'Ile-de-France montre assez que dans la généralité, la partie septentrionale de la province n'est pas comprise; elle dépendait de la généralité de Picardie.

La région qui a eu depuis si longtemps Paris pour capitale ne saurait être étudiée historiquement comme l'une quelconque des autres provinces de France; les événements dont elle a été le théâtre, le mouvement scientifique, artistique, littéraire qui s'y est toujours produit avec une intensité que l'on ne retrouverait pas ailleurs, ne lui appartiennent pas en propre, et l'exposé en est fait dans d'autres parties de cette publication, notamment aux articles France et Paris. Il est cependant deux ou trois points qu'il convient de signaler d'un mot : personne n'ignore que l'architecture gothique des églises françaises a eu pour berceau l'Ile-de-France et plus particulièrement le Beauvaisis dans la première moitié du XIIe siècle. Les églises de Saint-Germer, de Morienval, la cathédrale de Noyon, dans l'Oise, paraissent être les premières où le nouveau procédé ait été employé.

Le parler de l'Ile-de-France mérite aussi une mention; il se distingue par quelques traits des autres dialectes de la langue d'oil et subsiste encore aujourd'hui assez bien pour que l'accent et la langue parlée dans la Brie et le Gâtinais, par exemple, soient très différents de ceux que l'on constate dans la partie septentrionale on occidentale de l'ancienne province. Enfin, il serait inexact de dire que les Parisiens emploient un langage sans accent; c'est un accent régional comme les autres et il est facilement reconnaissable, au contraire, surtout par les habitants des régions éloignées du centre. Le patois ou argot propre à Paris et à ses environs immédiats est également très caractéristique, mais ce n'est pas ici qu'il convient de l'étudier. (Fernand Bournon)

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