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Le Berry

Le Berry (Civitas ou pagus Bituricensis [Grégoire de Tours]) est une des anciennes provinces de France, presque au centre, répondait à la plus grande partie du pays des Bituriges Cubi, et avait pour bornes au Nord l'Orléanais, au Sud la Marche, à l'Ouest la Touraine, à l'Est le Nivernais; chef-lieu Bourges. Il se divisait en Haut- et Bas-Berry. On remarquait dans le Haut-Berry, outre Bourges : Dun-le-Roi, Châteauneuf, Vierzon, Sancerre; dans le Bas-Berry : Issoudun, Charost, La Châtre, Chateauroux, Argenton, Aigurande, Valençay, Saint-Aignan. Le petit Etat de Bois-Belle ou Henrichemont était une enclave du Haut-Berry. Aujourd'hui le Berry forme les départements de l'Indre et du Cher, et quelques fractions de ceux de Loir-et-Cher, et de la Creuse.

Les Bituriges, qui avaient pour capitale Avaricum, opposèrent une vive résistance à César. Après la conquête, leur pays fut paisiblement possédé par les Romains jusque vers 475, époque où il fut envahi par Euric, roi des Wisigoths. Clovis s'en empara en 507. Le Berry fut alors gouverné par des chefs militaires ou comtes, qui finirent par se rendre indépendants, et qui sous Charles le Chauve érigèrent cette province en comté héréditaire. Vers 1100, Arpin, vicomté de Bourges, vendit son fief à Philippe I, roi de France, pour partir à la croisade, et depuis ce moment ce fief ne fut détaché de la couronne que pour servir d'apanage aux princes du sang.

Érigé en duché-pairie par le roi Jean (1360), il fut d'abord possédé par son troisième fils, Jean de France, et ensuite par Charles (Charles VII), deuxième fils de Charles VI; par Charles, frère de Louis XI (1461); par Jeanne de France, qui épousa Louis XII (1499); par Marguerite de Navarre, soeur de François Ier; par Marguerite de Savoie, soeur de Henri II; le duc d'Anjou (Henri III) en 1570, et par la veuve de ce prince, la reine Louise. Après la mort de cette princesse (1601), le Berry fut réuni à Ia couronne. Ensuite, le titre de duc de Berry, devenu purement nominal, a été porté par un petit-fils de Louis XIV, puis par Louis de France (Louis XVI) ou encore par Ferdinand, fils de Charles X.

La protohistoire du Berry

Cette contrée était habitée, à une époque reculée, par les Bituriges Cubi. On ne possède que fort peu de renseignements sur l'histoire primitive de ce pays, néanmoins un certain nombre de vestiges permettent d'affirmer que le Berry fut habité bien avant l'arrivée des Romains. On y rencontre des dolmens et d'autres mégalithes, qui tous ont conservé des noms légendaires, nous citerons : 
Le menhir de la Pierre des Las, le menhir de la Pierre Longue ou la Pierre de la Bergère à Allouis, le demi-dolmen de la Pierre Levée ou la Grosse-Pierre à Graçay, le menhir de la Pierre à la femme à Saint-Georges-sur-Moulon, le dolmen de la Pierre des Fades à Saint-Maur-Chaveroche, le dolmen de la Table ou de la Pierre de la Roche à Villeneuve-sur-Cher. 
Les excavations, faites dans le sol à une profondeur de 6 à 8 m, qu'on appelle dans le pays des mardelles, sont plus tardifs et attribués aux Gaulois.

Epoque romaine

Les renseignements sont un peu plus précis quand on arrive à l'invasion romaine. Les Bituriges faisaient partie de la Celtique, ils avaient pour voisins au Nord les Carnutes; au Nord-Est les Eduens; à l'Est les Boïens; au Sud les Arvernes et les Lemovices; au Sud-Ouest les Pictaves; à l'Ouest les Turons. Ils ne prirent aucune part à la défense de leurs compatriotes lors de la campagne de César contre les Helvètes, mais ils eurent un rôle important pendant l'insurrection de Vercingétorix. On sait comment le chef gaulois tenta de résister dans Avaricum (Bourges) aux légions de César. Il avait espéré, en dévastant le pays, affamer l'armée romaine, mais il comptait sans la tenacité du consul. Avaricum fut prise et pillée, et Vercingétorix dut chercher un refuge dans les montagnes d'Auvergne. La XIe légion fut envoyée à Avaricum, où elle installa ses quartiers, sous les ordres du lieutenant T. Sextius.

On dut conserver à la province romaine les mêmes limites qu'à la province gauloise. Les Bituriges furent, déclarés libres, tandis que leurs voisins les Eduens avaient le titre d'alliés et de frères du peuple romain. Le commerce fut encouragé par les envahisseurs; c'est de cette époque que datent les routes dont on connaît assez de tronçons pour avoir pu en rétablir le tracé, c'étaient : 

1° celle de Bourges en Bourgogne, elle passait à Rians, Saint-Teols, Montigny, Azy et Saint-Satur; 

2° celle de Bourges à Orléans par Saint-Eloy, Allogny, Neuvy-sur-Barangeon; 

3° celle de Bourges à Autun et Lyon par Decize qui passait à Vernay, Sagonne et Sancoins, elle avait une bifurcation sur Clermont par Bourbon-l'Archambault et Moulins qui traversait Bussy, Dun-le-Roi, Bannegon. De Dun-leRoi, une autre route allait à Ainay-le-Vieil par Charenton; 

4° la route de Bourges à Clermont par Neris, qui traversait Alichamps, la Celle-Bruère, Drovant, Saulzais-le-Potier et Epineuil; 

5° la voie de Clermont à Poitiers qui passait par Château-Meillant; 

6° celle de Bourges à Poitiers par Argenton en traversant Saint-Florent et Saint-Ambroise.

Le sol a rendu un certain nombre d'inscriptions romaines qui donnent les noms d'officiers de la province. Parmi les villes qui se créèrent alors et qui avaient d'abord servi de camps, on peut citer Alichamps, Drevant, etc. Il reste des ruines des remparts gallo-romains de Bourges, des arènes et du théâtre, les arènes de Saint-Marcel, près d'Argenton, celles de Levroux. Enfin, on a retrouvé des médailles à la Celle-Bruère, Drevant, Ardennais et Saint-Priest (arr. de Saint-Amand), à Saint-Ambroix, Lunery et Bourges (arrondissement de Bourges), à Saint-Satur (arrondissement de Sancerre).

Périodes mérovingienne et carolingienne

Il ne reste pas de traces de la domination des Wisigoths dans le Berry. Conquis par Clovis, ce pays passa successivement sous ses successeurs dans l'héritage de divers princes; en 531, il appartenait à Childebert, en 532 à Thierry, en 558 à Clotaire; puis il fut morcelé à sa mort, la plus grande partie resta à Gontran. On constate pour la première fois à cette époque — vers 583 — un comte de Bourges. En 593, le Berry appartint à Childebert, puis à Thierry II, à Clotaire Il en 613 et à Dagobert. Après Dagobert, on est indécis sur le sort de la province. Lorsque Pépin fut seul roi, il entreprit une lutte contre Waïfre, duc d'Aquitaine, et prit Bourges qu'il fortifia et où il vint plus tard habiter. Ce fut à cette époque la capitale de l'Aquitaine. Son fils Carloman hérita du Berry à sa mort en 768, puis Charlemagne en devint le possesseur.

Plus tard, le Berry appartint à Louis le Débonnaire qui l'ayant abandonné à son fils Pépin, essaya en vain de le lui reprendre. Pépin II le remplaça en 838, il dut le défendre contre Charles, un autre fils de Louis le Débonnaire, qui s'en empara plus tard en 849, alors qu'il était roi de France. Après Charles le Chauve, ce fut en 855, à son fils Charles que passa le Berry, puis à Louis le Bègue, en 866. C'est à cette époque que Gérard de Roussillon fut comte de Bourges et à sa mort, Boson, à qui Louis le Bègue enleva son comté en 878 pour l'offrir au comte d'Auvergne dont le fils Guillaume le Pieux le reçut en 886. A sa mort (919) Guillaume son fils s'en empara, mais il fut supplanté vers 922 par Raoul, et mourut en 928; après lui, il n'y eut plus de comtes de Bourges.

Période féodale

Pendant le reste du Xe siècle le Berry n'eut pas de chef particulier, il appartint à un certain nombre de seigneurs qui s'y étaient installés en maîtres. Bourges cependant avait un vicomte qui paraît avoir eu une certaine autorité. Ces fonctionnaires avaient au début remplacé le comte pour une affaire déterminée puis ils devinrent ses représentants pour toute sa juridiction. A l'époque carolingienne la situation du vicomte fut nettement déterminée dans la hiérarchie administrative. Le roi Hugues essaya sans résultat de faire rentrer le Berry sous sa domination. Il faut citer parmi les plus riches seigneurs, celui de Sully, Eudes de Déols, ce dernier était si puissant qu'en 1037 il soutenait une guerre contre le vicomte de Bourges. Le roi de France avait néanmoins un droit de suzeraineté, car en 1054, Henri ler convoqua pour la guerre les gens de Bourges. Le dernier vicomte fut Eudes Arpin qui vendit vers 1120 sa vicomté au roi.

En achetant une grande partie de la vicomté de Bourges, le roi de France devint lui-même vicomte. C'était un grand point pour lui de posséder au delà de la Loire toute une contrée déjà organisée; il vint à Bourges en 1102 et envoya en 1108 son fils Louis contre un seigneur, Humbaud, qui dut se soumettre. Quand Louis le Gros devint roi, il continua à combattre la féodalité dans ses domaines, il a laissé comme administrateur des souvenirs dans le Berry. Dès 1113, il affranchit le village de Givaudins, donna une charte à Bourges et commença ainsi le mouvement d'émancipation municipale qui se produisit dans le Berry jusqu'au commencement du XIIIe siècle.

Louis VII, devenu duc de Guyenne par son mariage avec Aliénor d'Aquitaine se fit couronner à Bourges en 1137. En 1141, un conflit s'éleva entre le roi et le pape pour la nomination d'un archevêque. Il fallut qu'Innocent II mourut pour que le candidat du roi fut reconnu. Après une croisade malheureuse, Louis VII divorça en 1152 et le Berry fut apporté en dot à Henri Plantagenet qui devint roi d'Angleterre en 1154; pourtant le roi de France prétendait y conserver ses droits; en 1170 un débat s'engagea sur la possession de l'archevêché de Bourges qu'Henri II réclamait. Henri II se dirigea vers Bourges, mais Louis VII arriva à temps pour l'arrêter, une trêve fut conclue. Louis VII mourut en 1180. On conserve de nombreux actes de lui relatifs au Berry, les plus importants sont les confirmations en 1141 et 1145 des coutumes de Bourges. Il existe encore des pièces de la monnaie de cette ville, remontant à cette époque.

Dès le commencement de son règne, Philippe-Auguste vint soumettre Eble de Charenton, un vieux chevalier devenu la terreur des églises voisines de son château. L'année suivante, 1181, il confirma les privilèges de Bourges et de Dun. En 1183, Ebbe de Charenton ayant reçu dans son château une bande de routiers (La criminalité au Moyen âge), ceux-ci se mirent à ravager le pays; les confrères de la paix de l'Auvergne et du Limousin à qui se joignirent ceux du Berry, les détruisirent à Dun-le-Roi. Quand la guerre recommença en 1187 avec l'Angleterre, ce fut à Bourges que Philippe-Auguste convoqua le ban; il s'empara de plusieurs châteaux en Berry et assiégea Châteauroux, mais Henri II vint au secours de la ville, une trêve fut conclue; la lutte reprit bientôt; Philippe-Auguste obtint la soumission des habitants de Châteauroux, s'empara de Levroux, Palluau, la Roche-Guillebaud, Culan, Montluçon. Richard Coeur-de-Lion envahit à son tour le Berry, mais échoua devant Châteauroux. Après une nouvelle guerre entre les rois de France et d'Angleterre, un traité fut conclu en 1196 qui donnait une grande partie du Berry à Richard, mais il fut rompu à propos de l'hommage du seigneur de Vierzon que réclamait Richard et que Guillaume de Vierzon prétendait devoir au roi de France. Pendant une absence de Guillaume le roi d'Angleterre brûla son château la guerre reprit et Richard fut tué à Chalus en avril 1199.

Par un traité conclu en 1200, entre Jean sans Peur et Philippe-Auguste, le Berry revint au roi de France et fut la dot de Blanche de Castille. Le roi établit fortement son autorité dans la province qu'il possédait en entier, soit comme propriétaire, soit comme suzerain. C'est ainsi que le comte de Champagne lui rendait hommage pour le comté de Sancerre. De cette époque datent les baillis de Berry. Placés au-dessus des prévôts, ils avaient surtout des attributions financières. C'est à son bailli que le roi adresse en 1241 un mandement sur la monnaie de Bourges; plus tard, ils eurent aussi des fonctions judiciaires et politiques.

Sous Philippe-Auguste, le mouvement communal se continua; dans la dernière moitié du XIIe et au commencement du XIIIe siècle, un grand nombre de localités reçurent leur charte. C'est à un besoin d'argent des seigneurs qu'il faut attribuer la délivrance de ces franchises. A l'époque des Croisades les chevaliers étaient contraints d'équiper des troupes et ils accordaient des privilèges moyennant rétributions. C'est ainsi qu'en 1170 Rainaud de Graçay affranchit Monterre (Indre); en 1177 Robert de Mehun, Preuilly; Etienne de Sancerre en 1178, Beaulieu et Santranges; en 1190 Sancerre et Barlieu; en 1190 Eudes d'Issoudun, Issoudun; Gauthier de Charost, Charost en 1194 et Guillaume de Sancerre, l'Etang-la-Ville en 1190. Le roi lui-même avait confirmé les chartes de Bourges et de Dun-le-Roi. Cela continua pendant tout le XIIIe siècle.

Les dispositions de ces chartes ne varient guère, elles étaient calquées sur la charte qu'Archambaud de Bourbon avait octroyée à Villefranche de Montcenoux en 1117; une partie des articles concernaient l'administration municipale composée de quatre prud'hommes et d'un conseil de bourgeois dont le nombre des membres varie suivant les localités. Tous ces fonctionnaires sont élus par les habitants; d'autres articles règlent les privilèges que les bourgeois reçoivent en échange d'un don au seigneur : exemption de divers impôts, dispense d'aller à la guerre en dehors de la province, de plaider devant une juridiction éloignée. Il y a enfin un certain nombre de clauses relatives à la police.

La confirmation des coutumes de Bourges et de Dun-le-Roi par Philippe-Auguste en 1181 a été souvent publiée.

Nous n'avons à signaler pour le règne de Louis VIII, que la réunion à Bourges, en 1226, des troupes pour l'expédition des Albigeois; le roi mourut peu de temps après, à Montpensier en Auvergne. Pendant la régence de Blanche de Castille, des acquisitions furent faites ou des échanges au profit de la couronne, la suzeraineté de Sancerre devint directe. La province eut à subir en 1251 le passage des Pastoureaux. Après le pillage d'Orléans, ils se rendirent à Bourges et furent reçus par les habitants; ils se mirent à piller et à persécuter les Juifs, mais après le meurtre de leur chef, ils quittèrent la ville et furent en partie exterminés. Sous Louis IX les baillis de Bourges virent leurs pouvoirs singulièrement s'étendre. Les plus puissants vassaux durent se soumettre à leur juridiction.

Philippe III n'a laissé en Berry que le souvenir de son convoi funèbre.

Philippe le Bel, dès le commencement de son règne se mit à poursuivre les Juifs pour en tirer de l'argent, ceux du Berry ne furent pas épargnés. Avec les Juifs, les Templiers furent aussi poursuivis et leurs dépouilles furent encore plus considérables. 

Louis le Hutin régla le monnayage dans le Berry, où chaque seigneur frappait pour son compte, il n'en donna l'autorisation qu'à huit privilégiés, il convoqua les états généraux à Bourges en mai 1316. Philippe le Long résida souvent en Berry, c'est à Bourges qu'il convoqua en 1317 les députés des bonnes villes pour leur demander des secours d'argent, qu'en 1318 il obtint des nobles du Berry le quinzième de leurs revenus pendant un an. Nous savons par un document analysé par Dureau de la Malle qu'à cette époque (1318) le Berry comprenait huit cent quarante-quatre paroisses.

Avec Philippe VI commença la guerre des Anglais. Elle n'atteignit pas d'abord le Berry, mais en 1356, le prince de Galles envahit la province et essaya de prendre Bourges par ruse, il fut repoussé; il ne réussit pas davantage devant Issoudun ni Châteauroux et quitta le pays après avoir occupé Vierzon; peu de temps après avait lieu la bataille de Poitiers. Puis, ce furent des dévastations continuelles dans le Berry, la prise d'Aubigny en 1359, de Saint-Amand-Montrond, etc. Les seigneurs se font entre eux la guerre pour se procurer des ressources; le traité de Brétigny mit fin à ses désastres. Il fut convenu que les Anglais rendraient les villes qu'ils occupaient en Berry, la vérité est qu'ils les vendirent.

Le duché de Berry

Aussitôt après la paix de Brétigny le roi donna à son fils Jean, le Berry qui devint dès
lors un duché, pour le dédommager du comté de Poitiers qu'il avait dû céder à l'Angleterre. En conséquence la cour des monnaies fut supprimée, de nouvelles juridictions furent créées avant même que le duc se rendit comme otage en Angleterre d'où il revint à la fin de 1362.

En 1364, à la suite de la guerre déclarée à Charles V, le nouveau roi, par Charles le Mauvais; roi de Navarre, son frère Louis de Navarre organisa une expédition dans le centre; deux de ses lieutenants s'emparèrent de La Charité, un autre du Bec-d'Allier, pendant que Louis ravageait le reste du Berry. Un capitaine des Grandes Compagnies, John Aymery, ayant dû payer forte rançon dans une embuscade où il avait été pris, jura de regagner son argent; il alla assiéger Sancerre, mais le comte Jean se défendit vaillamment; un secours étant arrivé du Bourbonnais, Aymery fut pris entre les deux armées, blessé et fait prisonnier avec ses routiers. La Charité fut également reprise peu de temps après par le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi. En 1369, la guerre anglaise recommença. James Dusdley, sénéchal de Poitou, assiégea en vain Châteauroux, mais la ville de Sainte-Sévère était au pouvoir des Anglais et commandée par Jean d'Evreux, de là les Anglais partaient au pillage des environs. 

En 1371 les ducs de Berry et de Bourbon s'y rendirent et bientôt après Du Guesclin; les habitants capitulèrent avant que Jean d'Evreux n'eût eu le temps d'accourir de Poitiers; le connétable défit ensuite la troupe de secours et le pays fut débarrassé des Anglais.

Le duc s'occupa alors de l'administration de ses domaines, il créa en 1374 un sénéchal de Berry, établit en 1379 une Chambre des comptes à Bourges et s'installa lui-même royalement dans son château, collectionnant les manuscrits et les joyaux, dirigeant la construction de plusieurs riches demeures à Concressault, à Mehun-sur-Yèvre, sans compter la Sainte-Chapelle dont la construction, autorisée en 1392 par le pape, en 1400 par Charles VI, fut terminée en 1405. A la mort de Charles V, le duc de Berry se fit donner le gouvernement de la Guyenne et s'y rendit en 1381 en laissant son duché à la garde du maréchal de Sancerre. Celui-ci expulsa les Anglais de la Souterraine, les poursuivit en Bourbonnais et leur reprit le château de Saint-André, près de la Chapelaude. Le Berry n'en avait pas encore fini avec la guerre. Le duc Jean s'était déclaré contre le duc de Bourgogne après l'assassinat du duc d'Orléans. La lutte commencée aux environs de Paris fut reportée dans le centre par l'arrivée des troupes anglaises alliées des Bourguignons. En 1412, Montfaucon fut pris par eux, le duc de Bourbon essaya en vain de le reprendre. A la campagne suivante, le roi vint lui-même devant Bourges, après avoir assiégé Nérondes, puis Dun-le-Roi. Le siège dura longtemps et se termina par un traité au moment ou le duc de Clarence débarquait une armée à La Hogue pour aller au secours de ses alliés. Il était trop tard, il n'en vint pas moins jusqu'en Berry des soldats qui brûlèrent Saint-Amand et imposèrent au duc une contribution. Quand les Armagnacs furent reçus à Paris, le duc de Berry y entra avec eux, bientôt il y tomba malade et mourut en 1416. Le second fils de Charles VI n'eut sa succession que pendant un an et à sa mort le Berry fut donné à son frère Charles qui devait être Charles VII.

Les Anglais tenaient plusieurs châteaux-forts dans le Berry, le duc Charles résolut de les en chasser. En 1423, il emporta La Charité d'assaut, assiégea Cosne, mais dut abandonner le siège, quand le duc de Bedford se présenta avec l'armée du roi qui venait de mourir. La Charité fut reprise l'année suivante et Charles VII dut acheter quelques places fortes pour se maintenir dans sa province. Il était roi de France depuis 1422 et convoqua les états généraux à Bourges où étaient déjà toutes les cours royales. Le gouvernement y séjourna longtemps, au grand détriment des habitants qui, après avoir réclamé aux états généraux de Mehun en novembre 1425, étaient prêts à appeler les adversaires du roi. Quand en 1428, le maréchal de Boussac arriva à Bourges, les citoyens lui ouvrirent leur porte; les officiers royaux se réfugièrent dans la grosse tour dont on organisa le siège et le roi qui vint à leur secours négocia et dut faire des concessions. Quelques mois après, Jeanne d'Arc mettait le siège devant La Charité, sans pouvoir le maintenir. 

Nous avons encore à mentionner les dévastations du Berry par Rodrigue de Villandrando et Antoine de Chabannes, en 1435 et 1437. En 1436, le dauphin se maria à Bourges avec la fille de Jacques Stuart, mais quatre ans plus tard, il organisait la Praguerie qui ne résista pas à la venue du roi et se termina par le traité de Cusset. Charles VII mourut en 1461.

Dès que Louis XI fut roi il donna le duché de Berry à son frère Charles. Ce fut le nouveau duc qui fonda l'université de Bourges en 1463. Il fut de la Ligue du Bien public. On sait que Louis XI accourut en Berry, hésita à assiéger Bourges défendue par Blain-Loup et le bâtard de Bourbon, s'empara de Saint-Amand puis de Montrond , entra en Bourbonnais, prit au bout d'un jour Montluçon au bâtard de Bourbon. Mais des négociations aboutirent et la paix de Montlhéry fut signée. Le duc de Berry devenant duc de Normandie, le duché retourna au roi. Il appartint de 1472 à 1473 à François, son fils, qui ne vécut qu'un an, et Louis XI qui, en somme, avait gardé le gouvernement de la province, y fit sentir son autorité; des émeutes ayant eu lieu à Bourges, à cause des impositions exorbitantes qui la ruinaient, des commissaires furent envoyés qui firent des confiscations, les privilèges municipaux furent supprimés, les élections municipales n'eurent plus lieu. Il y eut dorénavant un maire et douze échevins nommés par le roi. De nouvelles agitations se produisirent malgré cela, à propos de l'établissement d'impôts nouveaux en 1475 et de la réforme des gabelles en 1478.

Dès le commencement du règne de Charles VIII, en 1484, la régente Anne de Beaujeu rendit aux habitants de Bourges leurs antiques franchises. Les députés du Berry ayant réclamé l'année suivante, aux états généraux de Tours, des mesures pour encourager le commerce dans leur province, il fut décidé que les quatre foires de Lyon seraient supprimées et on établit deux foires à Bourges, à Pâques et à la Toussaint. Malheureusement, elles ne purent durer. Mentionnons pour le règne de Charles VIII différents actes de progrès, en 1492 la réglementation des franchises de Bourges, l'approbation des statuts des tisserands de Dun-le-Roi en 1485, des cordonniers et pelletiers de Bourges en 1480, des tisserands d'Issoudun en 1490; l'établissement d'un marché hebdomadaire à Saint-Aignan en 1490 et la confirmation des privilèges d'Issoudun en 1492.

Après la dissolution du mariage de Louis XII, Jeanne de France reçut le duché de Berry, elle fit son entrée à Bourges en 1499, y créa le collège de Sainte-Marie et le couvent de l'Annonciade, elle mourut en 1505.

La fin du règne de Louis XII marque dans le Berry une période de construction et de renaissance architecturale. D'importantes réparations furent faites à la cathédrale de Bourges; c'est de cette époque que datent les châteaux de Meillant, d'Ars, de Belabre.

Le règne de la duchesse Marguerite d'Alençon, soeur de François Ier, fut favorable au Berry. Elle créa en 1518 les Grands Jours de Bourges qui ne durèrent, il est vrai, que jusqu'en 1534. Elle protégea de loin les arts et les lettres, mais ne résida pas à Bourges. La province eut à supporter une peste qui dura plusieurs années, sans compter les ravages des six mille diables, soldats licenciés de François Ier, qui prirent Neuvy-Saint-Sépulcre en 1524. La duchesse épousa en 1527 le roi de Navarre et mourut en 1549. Il faut signaler sous son règne, la rédaction en 1519 de la coutume de Berry.

A la mort de Marguerite d'Angoulême, Henri II donna le Berry à sa soeur Marguerite de Valois, qui gouverna sa province avec Michel de l'Hôpital comme chancelier. Lors de la création des présidiaux, en 1552, la duchesse composa celui de Bourges d'hommes compétents qu'elle trouva à l'université. L'année suivante, on fit des efforts sérieux pour organiser la navigation de l'Auron et comme la draperie était tombée complètement, Marguerite prit des mesures pour la faire revivre; elle était secondée dans ses essais de réformes par Claude Laubespine, son surintendant des finances, et d'autres personnages qui jouèrent plus tard un rôle important à la cour du roi. Mais elle se maria en 1559 avec Emmanuel Philibert, duc de Savoie, et quitta la France pour toujours. Bien qu'elle eut conservé la jouissance du Berry jusqu'à sa mort, en 1574, elle ne s'occupa plus de l'administrer.

La Réforme et la Ligue

La doctrine de la Réforme était déjà répandue dans le Berry quand François II devint roi; les protestants étaient nombreux à Bourges et à Issoudun; ils furent même assez audacieux pour célébrer en grande pompe la Cène, dans une salle des grandes écoles de Bourges, ce qui amena une cruelle répression du bailli de Berry, Louis de Chazerat. En 1561 les représailles continuent entre catholiques et protestants de Bourges; à Issoudun les huguenots sont les maîtres et persécutent leurs adversaires, ils ravagent les abbayes du voisinage; les protestants de Bourges, pour être maîtres de la ville, y appelèrent le prince de Condé (Les Guerres de religion). Pendant une absence du bailli un officier de Condé fut introduit par surprise, s'empara de la maison commune et pilla l'évêché. Ses amis s'attaquèrent à la cathédrale et détruisirent malheureusement les statues du portail. Le roi envoya une armée, Condé mit dans Bourges 10,000 hommes sous les ordres du capitaine d'Yvoi qui ne fit que piller à son tour les trésors des églises. Le siège dirigé par Charles IX aboutit à une capitulation et les royalistes maîtres de la ville se vengèrent à l'aise des protestants et la lutte continua jusqu'au traité d'Orléans en 1563. La guerre recommença en 1567. Les Sancerrois ravageaient la contrée, les habitants de Bourges partirent en expédition contre eux, mais échouèrent. C'est à cette époque que Claude de la Châtre devint gouverneur de Berry et la province fut dès lors attachée à la cause des Guises. Le pays fut ravagé par les troupes rivales et les châteaux pris et repris successivement. La paix de Saint-Germain apporta une tranquillité provisoire.

Même après la Saint-Barthélemy qui fut cruelle à Bourges, Sancerre était toujours à la Réforme, les habitants eurent même l'audace d'aller inquiéter ceux de Cosne et de La Charité, mais au mois de janvier 1573 un siège fut activement conduit, les Sancerrois durent accepter une capitulation, ce qui n'empêcha pas M. de La Châtre de ruiner ensuite Sancerre. C'est à ce moment que moururent Charles IX et la duchesse de Berry.

La veuve de Charles IX, Elisabeth d'Autriche, reçut d'Henri III le duché, mais n'en prit pas possession. A la suite d'une expédition du duc d'Alençon, un traité fut conclu en 1576 qui lui donna le Berry en apanage. Son passage n'a guère laissé de trace, il mourut en 1584.

Après la journée des Barricades, Bourges fut donnée au duc de Guise, puis se soumit au roi lorsqu'il fut assassiné. Le roi de Navarre vint alors prendre Argenton, mais La Châtre s'empara d'Issoudun, Montrond, Vierzon, Mehun, Celles-sur-Cher, et Antoine de la Grange, qui pourtant tenait Sancerre, ne l'empêcha pas de se faire accepter comme gouverneur de Berry, malgré la nomination par le roi de M. d'Arquian. Toute l'année 1590 fut occupée à de petits combats entre ligueurs et royalistes. M. d'Arquian, royaliste, dispute le pays à M. de La Châtre, et ce ne sont que sièges et pillages de châteaux jusqu'en 1594, où l'édit de pacification mit un terme à ces calamités. On autorisa l'exercice de la religion réformée dans plusieurs localités, en même temps La Châtre restait gouverneur; il n'y eut plus que quelques désordres des soldats licenciés.

Le Berry fut donné en 1596 à Louise de Lorraine, veuve d'Henri III, sous laquelle les protestants s'organisèrent sans bruit et créèrent plusieurs églises dans la province.

XVIIe et XVIlle siècles

En 1614, une assemblée du tiers-état eut lieu à Bourges, le 13 juillet, et les députés nommés quelques jours plus tard. Le grand événement de la fin de l'année fut la mort de La Châtre. En 1615, le prince de Condé traversa le Berry en le pillant, mais il ne put vaincre la résistance de plusieurs villes, les hostilités cessèrent bientôt d'ailleurs par un traité qui donnait au prince de Condé le gouvernement de Berry (1616). Il fut reçu à Bourges en grande cérémonie, y resta un mois et rentra à Paris, où s'opéra son arrestation. Ce fait amena une révolte des protestants chassés de Sancerre, qui reprirent leur ville, il fallut pour calmer des troubles à Bourges l'arrivée de M. de Montigny. nommé gouverneur à la place du prince de Condé. M. de Montigny, après une campagne contre le duc de Nevers, mourut à Bourges. Il fut remplacé par M. de Vitry qui dut lui-même, en 1617, céder la place au prince de Condé, redevenu libre, et qui reçut en 1620 le gouvernement de Bourbonnais. C'est à cette époque que naquit le grand Condé, à Montrond, il fut baptisé en 1626 à Bourges, où il fit plus tard ses études. Le Berry fut tranquille sous la paisible domination du prince de Condé, qui ne le quitta que pour quelques expéditions. Il faut y signaler de nombreux couvents et aussi une sorte d'épidémie de sorcellerie qui s'étendit à toute la contrée.

Le prince de Condé mourut en 1647 et fut remplacé par le duc d'Enghien, déjà glorieux. Mais ce dernier fut arrêté le 22 janvier 1650 et remplacé par François de Beauvilliers, comte de Saint-Aignan, qui fut bien accueilli par la bourgeoisie, mais dut prendre de force la grosse tour de la ville. En 1651, le grand Condé, soutenu par le Parlement, rendu à la liberté, reprit aussitôt son gouverment de Berry; les habitants de la province s'engagèrent à n'obéir qu'à lui. C'est de Montrond qu'il déclara la guerre et qu'il partit pour Bordeaux, laissant en Berry les ducs de Conti et de Nemours. Ceux-ci ne purent empêcher Bourges de se rendre au roi qui y entra en personne le 7 octobre 1651. Les habitants n'eurent pas à s'en réjouir, leurs libertés municipales leur furent enlevées, on mit à la place de l'ancienne municipalité des partisans du roi, la grosse Tour fut démolie. Conti s'étant réfugié à Montrond, on y envoya à son secours Palluau, à qui se joignit M. de Saint-Géran. C'est en vain que Coligny tenta de lever des troupes en Bourbonnais, Palluau l'arrêta et Montrond se rendit le 15 août 1652; le château fut rasé. Ce fut la fin de la Fronde dans le Berry.

Le prince de Conti avait reçu en janvier 1655 le gouvernement de Berry, mais il n'osa le garder et le donna au mois de mars au maréchal de Clerembault, qui le garda jusqu'en 1665. Il faut signaler sous son gouvernement des émeutes à Bourges en 1655 et en 1664, à l'occasion d'un droit établi sur le vin, mais en somme ce fut plutôt une période de repos et de prospérité. 

Avec le maréchal de Schulemberg, Colbert commença la réorganisation de la province; il y eut de violentes réclamations de la noblesse, quand parut l'édit qui imposait ceux qui n'étaient nobles que depuis 1600. Colbert fit établir des fabriques de draperies à Bourges, Châteauroux, Issoudun, Vierzon, Aubigny et leur donna des règlements sévères. Il s'occupa aussi d'améliorer l'état des routes. A la mort du maréchal de Schulemberg, en 1671, le Berry fut donné à Lauzun qui ne le garda que quelques mois, puis à M. de Marsillac, qui le garda jusqu'en 1689. C'est pendant son gouvernement qu'eut lieu la révocation de l'édit de Nantes. Le temple de Sancerre fut rasé, et, devant la pression de l'archevêque, Michel Phelippeaux de la Vrillière, de nombreuses conversions se produisirent; quant aux protestants convaincus, on les livra aux dragons verts.

En 1689, François de Rohan fut nommé gouverneur, en 1691. Ch. d'Aubigné; le comte d'Ayen, gendre de Ch. d'Aubigné, le remplaça en 1705; en 1715 le gouvernement fut donné à Louis d'Arpajon, remplacé lui-même en 1736 par Jean-Charles de Talleyrand-Périgord, en 1757 par Gabriel-Marie de Talleyrand-Périgord; enfin, en 1771, le gouverneur était L.-F.-Charles de Bourbon, comte de la Marche, prince de Conti.

Pour cette longue période si rapidement analysée, nous n'avons en effet rien à signaler de particulier. Le Berry subit, comme les autres provinces, des augmentations d'impôts, supporta les abus des fermes, pourtant on doit constater que des tentatives furent faites pour améliorer cette situation. On créa en 1731 une manufacture de draps et une fabrique de savon à Châteauroux, une fabrique d'étoffes à Bourges en 1757; en 1735, l'intendant M. Dodart essaya d implanter le mûrier dans le pays. En 1762, une société d'agriculture fut fondée à Bourges.

Tous des efforts furent faits surtout par les intendants. Quand Necker arriva au pouvoir et qu'il put appliquer ses projets de réforme, c'est au Berry qu'il accorda pour la première fois une assemblée provinciale, en 1778. Les états provinciaux se composaient de douze membres du clergé, douze nobles et vingt-quatre membres du tiers état, dont le roi désignait seulement le tiers; les deux autres tiers étaient choisis par les membres imposés par le roi. En dehors des réunions annuelles, une commission appelée bureau intermédiaire, placée à coté de l'intendant, surveillait l'exécution des décisions de l'assemblée. Ses attributions étaient surtout financières. Il y eut deux autres réunions de l'assemblée provinciale en 1779 et 1780; mais, après la chute de Necker, il n'y eut plus de convocations, et si le bureau intermédiaire subsista jusqu'en 1789, l'assemblée fut à peu près abandonnée, et pourtant cette tentative avait merveilleusement réussi, elle eut des résultats qui auraient de provoquer une pareille mesure pour toute la France. L'assemblée apporta des réformes sérieuses à l'agriculture, établit des fabriques de draperie à Châteauroux, de bonneterie à Bourges, de couvertures à Aubigny, Sancerre, Saint-Amand, elle étudia un projet du canal du Berry, répara les routes, supprima la corvée et fit une répartition proportionnée de la taille.

Quand il s'agit des élections aux états-généraux, Bourges demanda un nombre de députés du tiers état supérieur à celui des députés des autres ordres réunis; à Issoudun, on voulait non seulement le doublement du tiers, mais aussi le vote par tête; à La Châtre le doublement du tiers et la délibération en commun. A Châteauroux, en janvier 1789, les nobles renoncèrent à leurs exemptions d'impôts. Bourges envoya à l'assemblée préparatoire 20 députés; Issoudun, 10 ; Châteauroux et Vierzon, 8; Argenton, 6 ; et la réunion eut lieu le 16 mars dans l'église des Carmes, sous la présidence du bailli de Berry. Le 19 mars, la noblesse sacrifia ses privilèges en matière de contributions, mais il y eut plus de difficultés pour le rédaction des cahiers. Ceux du tiers étaient prêts dès le 23; ils demandaient le doublement, la délibération en commun, le vote par tête, le concours du roi et des états pour faire les lois, le vote des impôts pour un délai limité, jusqu'aux états-généraux suivants, la responsabilité des ministres en cas de malversation, la publication annuelle des comptes, le changement d'impôts, la création d'états provinciaux comme dans le Dauphiné, la suppression des maîtres d'arts et métiers, l'égalité des poids et mesures. Il était peu aisé avec un pareil programme de s'entendre avec la noblesse et le clergé, on ne songea même plus à la rédaction d'un cahier commun. On élut quatre députés du clergé, quatre de la noblesse et huit députés du tiers, deux fonctionnaires, deux médecins et quatre avocats du roi.

La genéralité de Bourges avait, en 1789, 479,525 habitants; Bourges en comptait 20,574; Issoudun, 12,584; Vierzon, 5200; Châteauroux, 8216; Saint-Amand, 4446; La Châtre, 4524. Elle payait 12,313,209 livres d'impositions pour la taille, la capitation, les vingtièmes, etc.

En 1790 le Berry forma les départements du Cher et de l'Indre. Une partie de la Creuse en fut également détachée; les anciennes élections devinrent les arrondissements et les principaux cantons. (G. Grassoreille).

Histoire artistique du Berry

De tous les grands monuments qui décoraient l'antique Avaricum sous la période gallo-romaine, il ne subsiste que des bases de murailles, des bas-reliefs et des inscriptions découverts à l'occasion des fouilles. La province a conservé des vestiges multipliés de voies romaines, des armes, des cippes, des médailles, des massiques, des traces de villas et de stations balnéaires, mais les seules ruines importantes sont celles situées à Drevant, station romaine bâtie sur les rives du Cher, auprès de la ville de Saint-Amand-Mont-Rond. Les mouments religieux sont plus nombreux à partir du XIe siècle; ils accusent tout d'abord dans leur ornementation, l'influence gallo-romaine à laquelle vient se mélanger l'imitation de l'art byzantin introduite en France par le Périgord et le Limousin. Mais bientôt le Berry réuni au domaine royal prit part à la rénovation artistique du XIIIe siècle et la grandiose cathédrale de Bourges ainsi que les autres édifices de la contrée appartiennent à l'école laïque de l'lle-de-France

Pendant les derniers siècles du Moyen âge, l'art dans le Berry s'éleva à une hauteur que nous aurions peine à imaginer, s'il ne s'en était conservé d'admirables témoignages. Il était alors l'apanage de membres de la famille royale qui s'entouraient d'une cour brillante. Le frère de Charles V, Jean de France, duc de Berry, y avait attiré une réunion d'artistes de diverses nations qui avaient créé pour lui des chefs-d'oeuvre dont il ne reste plus que des épaves. Après lui, l'argentier Jacques Coeur y fit édifier un hôtel qui demeure le spécimen le plus remarquable de l'architecture civile en France, vers le milieu du XVe siècle. Bourges servait alors d'entrepôt à un commerce actif qui des ports de la Méditerranée se dirigeait vers la Loire et vers la capitale. Mais la condamnation inique de ce grand négociant, les incendies désastreux qui assaillirent la ville, et enfin le changement des routes commerciales, tarirent les sources de la richesse du Berry, resté dès lors sans débouchés et sans industrie. 

La province connut une seconde période d'activité dans les premières années de la Renaissance. Aidé par des artistes Italiens et par une colonie venue du château d'Amboise, l'architecte Guillaume de Pellevoysin construisit à Bourges la tour neuve de la cathédrale ainsi que l'hôtel Lallemand et l'hôtel Cujas, ces deux charmantes créations du XVIe siède, tandis que la province voyait s'élever les châteaux de Meillant appartenant à Charles d'Amboise, de Valançay, d'Ars, de Boucard, d'Aynay, etc. Le Berry fut donné successivement en apanage à Jehanne de Valois, première femme de Louis XII, à Marguerite de Navarre, soeur de François Ier, et au duc d'Alençon, frère de Charles IX, qui y séjourna rarement. Il revint ensuite au domaine royal et fut gouverné par les princes de Condé, dont les entreprises contre le pouvoir central eurent une influence néfaste sur la prospérité de la province. 

A partir du XVIIe siècle, l'initiative artistique de la province disparut, étouffée par l'absorption de la centralisation parisienne. Le nom qui mérite d'être cité comme dernier représentant de l'école de Bourges est celui de Jean Boucher, peintre-dessinateur. Désormais les peintres et les sculpteurs furent réduits à exécuter des travaux monotones revenant régulièrement lors de l'élection des magistrats et sentant plus le métier que l'art. 

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle les études artistiques ont semblé vouloir refleurir dans ce qui avait été le Berry. De nombreuses fabriques de porcelaine se sont élevées, qui luttaient pour l'élégance de leurs produits avec celles de Limoges. On peut signaler également des verreries, des ateliers de serrurerie, de sculpture sur bois, d'où sont sorties des oeuvres remarquables. En même temps la ville de Bourges a créé une école importante des Beaux-Arts, pour s'associer à ce mouvement de réaction contre la torpeur où s'étiolaient les forces vives du pays depuis deux siècles. (De Champeaux).

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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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