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Histoire de l'Hérault
jusqu'en 1900
[Géographie de l'Herault].
Les vestiges les plus anciens de l'existence de l'humain dans le territoire de l'Hérault actuel se trouvent surtout dans la partie montagneuse du département, au Nord et à l'Ouest. Là s'ouvrent des cavernes où ont été recueillis les produits les plus rudimentaires de l'art et de l'industrie, contemporains sans doute de l'époque où les volcans d'Agde et de Saint-Thibéry étaient en pleine activité et où le renne comptait parmi les habitants des forêts du pays qui devait être la Gaule. Les plus remarquables de ces cavernes sont celles des environs de Minerve, de Montarnaud, de Vailhauquès, et celles du Roc de Thaurac, près de Saint-Bauzille-de-Putois, dans lequel s'ouvre la fameuse grotte des Doumiselles (ou des Demoiselles). Celle-ci, habitée par l'ours et le rhinocéros avant l'apparition de l'humain dans la région, n'a fourni aucune trace du passage de nos ancêtres.

Dans le plateau du Larzac et sur ses pentes, quelques menhirs et de beaux dolmens, surtout à l'est et au Nord-Est de Lodève, restent les témoins d'une civilisation un peu plus avancée. Les peuples qui ont élevé ces monuments ne se contentaient plus d'armes ou d'ustensiles en pierre, en bois et en os : ils savaient travailler quelque peu l'or et le bronze. Immédiatement après eux viennent des tribus et des nations nommées par l'histoire.

Le premier peuple historique dont on ait constaté les souvenirs est celui des Ibères, peuple aussi étrange par sa langue et ses moeurs que par le mystère dont son origine est toujours enveloppée. Leur idiome s'est conservé dans le nom de Beterrae ou Biterris, qui est le Béziers de nos jours. Cette ville fut sans doute fondée par eux au moment ou menacés d'une invasion ligure ils éprouvèrent le besoin de fortifier leurs positions stratégiques. Dès lors Béziers fut une des meilleures places Le guerre du Midi.

Déjà attaqués par les Ombraniciens (Umbranici), qui parvinrent à s'établir dans le cours supérieur de l'Orb, les Ibères furent refoulés par les Ligures jusque dans le bassin de la Garonne. On ignore si c'est aux Ombraniciens ou aux Ligures qu'il faut attribuer les curieuses murailles de Murviel, à l'ouest de Montpellier, construites suivant un système de maçonnerie assez analogue à celui de certaines villes de l'Ombrie. Selon quelques géographes modernes, Murviel occupe l'emplacement de la ville de Longostalo, indiquée par les auteurs latins et dont il reste des monnaies à légendes grecques.

Tandis que les Ibères, les Ombraniciens et les Ligures se disputaient le continent, les Phéniciens fondaient des colonies et des comptoirs commerciaux sur la côte. C'est à eux que doivent naissance les ports de Magalo (Maguelone) et de Blascôn (Brescou).

Il est probable que le séjour des Ligures dans le continent fut d'assez courte durée : à leur tour, vers le VIIe ou le VIe siècle avant J.-C., ils furent refoulés par deux invasions successives des Volces Tectosages et Arécomiques, venus de la Gaule Belgique. La première invasion amena l'occupation, par les Tectosages, des pays compris entre la Garonne et l'Hérault; la seconde répandit les Arécomiques entre l'Hérault et le Rhône. Béziers devint avec Carcassonne le grand boulevard de défense des Tectosages, qui paraissent avoir ajouté aux villes anciennes de leurs possessions orientales Cessero (Saint-Thibéry). Les Arécomiques fondèrent ou agrandirent Luteva (Lodève), Latera (Lattes) et, selon quelques auteurs, Sextantio, qui plus probablement ne date que de la domination romaine. Quelque temps avant l'invasion gauloise, les Massaliètes avaient fondé leur première colonie, Agathê Tychê (la bonne fortune), plus tard Agathê Polis (la bonne ville), qui, éloignée de la mer aujourd'hui, a transformé son nom antique en celui d'Agde.

Hannibal traversa, en l'an 218 avant J.-C., le territoire des Volces, qui, non contents de lui livrer passage, permirent à quelques-uns des leurs de le suivre en Italie.

Cent ans plus tard, en 121, les Volces Arécomiques, découragés par la défaite des Arvernes, dont ils étaient alors les clients, se soumirent aux Romains; ce fut quelques mois plus tard le tour des Tectosages, et dès 118 fut constituée la Province romaine, ou Gallia Braccata, dont Narbonne, cité importante des Tectosages, devint la capitale.

Les Romains ne créèrent pas dans le territoire de l'Hérault d'établissement considérable, à moins que Sextantio ou Substantio, près de Montpellier, ne doive leur être attribuée. Ils se contentèrent d'embellir les villes déjà existantes, de développer leur commerce ou leur industrie et de tracer des routes sur le bord desquelles se formèrent des relais ou stations telles qu'Ambrussum (le pont Ambroix, sur le Vidourle), Forum Domitii (Frontignan?), Piscennae (Pézenas), Caprariae (Cabrières) et Altimurium (Murviel), qu'ils rebâtirent. La plus considérable des voies romaines était la via Moneta ou via Domitia, qui tirait ce dernier nom de Domitius Ahenobarbus, le vainqueur des Arvernes. Il est probable qu'elle suivait l'ancienne voie gauloise par laquelle Hannibal était venu d'Espagne.

Béziers reçut de Jules César, en 52, une colonie de la septième légion et garda quelque temps officiellement le nom de Colonia Septimanorum. Agde, colonie de Marseille, ne fut incorporée à la république romaine qu'après la soumission de sa métropole à César, en 49. Cette même année, une nouvelle colonie fut envoyée à Béziers. Un peu plus tard, Lodève agrandie s'appela un instant Forum Neronis, le Marché de Néron. Lorsque la Narbonaise ou Province romaine fut divisée, au IVe siècle après J.-C., le territoire situé entre le Rhône et les Pyrénées fit partie de la Narbonaise première ou Septimanie. Le territoire de l'Hérault se partagea entre les cités de Nîmes, de Lodève et de Béziers; ces trois villes avaient dès lors leurs évêchés; on en donna plus tard à Agde et à Maguelone. Le territoire de Béziers formait deux pagi ou districts, dont l'un avait pour chef-lieu Cabrières.

Le christianisme ne fut prêché dans l'Hérault qu'à la fin du IIIe siècle et pendant le IVe. Saint Paul, premier évêque de Narbonne, saint Aphrodise, premier évêque de Béziers, les martyrs saint Florentin, saint Modeste et saint Thibery, qui souffrirent à Cessero, et saint Baudile de Nîmes en furent les plus zélés propagateurs. A peine implanté dans le pays, il y fut altéré par l'hérésie d'Arius, qui niait la divinité du Christ. Des évêques ariens se réunirent en concile à Béziers, en 559, et l'empereur Constance II, qui leur était favorable, força les évêques catholiques de la Gaule de se joindre à eux. Le grand saint Athanase. patriarche d'Alexandrie, vint porter à ses collègues de l'Occident le secours de sa puissante éloquence et de sa vertu incorruptible, mais il ne put triompher. L'arianisme régnait déjà dans la Narbonaise lorsque les Wisigoths, ariens eux-mêmes, y établirent leur domination.

Les Vandales, les Suèves, les Alains ne firent que passer dans la Narbonaise, de 408 à 410; ils y saccagèrent les villes et y martyrisèrent, suivant la tradition, saint Venustus ou Venoux, premier évêque d'Agde.

Les Wisigoths arrivèrent en 412 dans le Midi de la Gaule, avec l'intention de s'y fixer. Ne pouvant les en chasser, le faible empereur Honorius leur céda la Narbonaise et toute l'Aquitaine. L'administration des Wisigoths fut douce, éclairée dans toutes les questions civiles et politiques, mais intolérante dans les questions religieuses. Le roi Euric surtout fut un persécuteur déclaré des évêques fidèles à la cause catholique. Aussi les prélats du Midi soupiraient-ils, dès la fin du Ve siècle, après une conquête franque, depuis que Clovis avait embrassé la religion de Rome et s'en était constitué le champion. Aussi Alaric II, successeur d'Euric, se montra-t-il plus bienveillant; il autorisa même en 506 la réunion, à Agde, d'un grand concile où se rendirent un grand nombre d'évêques.

En 507, Clovis marcha à la conquête des pays situés au sud de la Loire. La victoire de Vouillé lui livra toute l'Aquitaine; mais Théodoric, roi des Ostrogoths et possesseur de la Provence, sut retenir la Narbonaise au pouvoir d'Amalaric, son parent, fils d'Alaric Il. La Narbonaise prit dès lors les noms de Gothie, ou pays des Goths, et de Septimanie, ou pays des Sept-Diocèses (Narbonne, Elne, Béziers, Agde, Lodève, Maguelone et Nîmes, auxquels il faut joindre Carcassonne, dont l'évêché ne date que de la fin du Ve siècle). Les fils et les petits-fils de Clovis ne renoncèrent pas a la Septimanie; mais quant au territoire actuel de l'Hérault, leurs expéditions furent infructueuses, hormis celle de Théodebert, qui réunit pour un demi-siècle (533-580) la cité de Lodève a la monarchie franque.

De nouveaux barbares arrivèrent en 719, et cette fois par le Midi. Après avoir détruit la puissance wisigothique en Espagne, les Sarrasins vinrent dans la Septimanie en effacer les derniers restes. La clef du pays, Béziers, tomba, en 725, au pouvoir du chef musulman Ambessa, et dès lors rien ne résista plus à l'envahisseur. Charles Martel sentit la nécessité de chasser les Arabes de tous les points qu'ils pouvaient occuper en Gaule et de rétablir la domination des Wisigoths entre le Rhône et les Pyrénées. Après sa victoire de Poitiers et ses succès au Sud de l'Aquitaine, Charles vint en Septimanie à la tête de ses Francs, en 757, reprit Béziers, mais se crut obligé de démanteler les places d'Agde et de Béziers, et de détruire plusieurs villes du littoral, notamment la ville et le port de Maguelone, dont les ruines restèrent à peu près désertes durant trois siècles. Les évêques de cette ville durent s'établir à Substantion.

Cependant, les Arabes avaient conservé quelques postes importants et notamment la ville de Narbonne, d'où ils fatiguaient les habitants de la Septimanie par des incursions dévastatrices. De 751 à 759, Pépin le Bref vint mettre fin à cette anarchie et obtint des seigneurs wisigoths, notamment d'Ansemond, qui possédait Béziers, Agde et le territoire de Maguelone, la suzeraineté de la Septimanie, sous la réserve que les anciennes constitutions y seraient maintenues.

Charlemagne incorpora la Septimanie au duché d'Aquitaine, que gouverna, de 790 à 806, saint Guillaume ou Guilhem. Ce seigneur vint terminer ses jours dans l'abbaye de Gellone, qu'il avait fondée, et qui devint célèbre après sa mort sous le nom de Saint-Guilhem-le-Désert. Peu d'années auparavant, saint Benoît, fils d'un comte de Maguelone, avait jeté, à Aniane, non loin de Saint-Guilhem, les bases d'une réforme monastique, bientôt répandue dans tout l'Occident. Les abbayes non moins importantes de Saint-Chinian, de Saint-Thibéry, de Villemagne et de Saint-Pons datent : la première de 826, la seconde et la troisième de la même époque environ, la quatrième de 935. Tous ces foyers d'étude et de vie intellectuelle contribuèrent puissamment aux progrès de la civilisation dans la Septimanie.

Détachée de l'Aquitaine en 817, la Septimanie eut pour souverain, de 820 à 844, l'infortuné Bernard, qui trahit plusieurs fois son bienfaiteur, Louis le Débonnaire, et fut condamné à mort. Guillaume, puis Bernard II lui succédèrent; ce dernier périt comme son grand-père, en 879, pour s'être révolté contre les rois de France, Louis III et Carloman. Il n'était plus souverain de toute la Septimanie, qui dès 863 avait été partagée en deux marquisats distincts, dont l'un, celui qui comprenait le territoire de l'Hérault, conserva seul le nom de Gothie. Bernard III, successeur de Bernard II, fut remplacé par son fils Guillaume, avec qui finit le marquisat de Gothie, en 918. Alors s'élève la puissante maison des comtes de Toulouse, dont les domaines s'étendaient entre la Garonne d'un côté, la Méditerranée et le Rhône de l'autre.

Les comtes de Toulouse, pas plus que les rois de France, ne surent maintenir l'unité politique dans leurs vastes possessions, où se formèrent des fiefs nombreux. Les plus considérables étaient : le comté de Melgneil ou de Mauguio, qui appartint longtemps aux évêques de Maguelone, et ou se frappaient les monnaies dites melgoriennes, très répandues dans le midi de la France; la vicomté d'Agde, transmise aux évêques de cette ville par Ansernond; la seigneurie de Montpellier, dont les huit premiers possesseurs, de 975 à 1204, portèrent tous le nom de Guilhem; la baronnie de Lunel, et surtout la vicomté de Béziers, qui, réunie au XIe siècle à celle de Carcassonne, devint redoutable aux comtes de Toulouse eux-mêmes, car elle comprenait les deux plus fortes places de l'ancienne Septimanie.

Le XIe et le XIIe siècle furent une époque de tranquillité, à part quelques luttes intestines entre les seigneurs de Montpellier et les évêques de Maguelone, et une révolte des habitants de Béziers contre leur vicomte. Au XIIe siècle, l'agriculture fit de grands progrès sous l'impulsion des moines cisterciens ou bernardins et de ceux de Prémontré, qui fondèrent les abbayes de Valmagne, de Foncaude près de Saint-Pons, et de nombreux prieurés auxquels il faut ajouter le monastère de Saint-Michel, de l'ordre de Grandmont, à l'est de Lodève. Ce fut au XIIe siècle que prit naissance la faculté de médecine de Montpellier, sous l'impulsion des Juifs, nombreux alors dans cette ville ainsi que dans celles de Narbonne et de Béziers. La guerre des Albigeois mit un terme à cette prospérité.

L'hérésie des Albigeois s'était assez peu répandue dans la Septimanie; mais les grands seigneurs du Midi étaient assez disposés à la favoriser. Le principal d'entre eux, le comte de Toulouse Raymond VI, ayant attiré sur lui les foudres de l'Eglise et les armes des Français du Nord, ses vassaux le soutinrent de leur courage et de leur fidélité; parmi eux venaient au premier rang le roi d'Aragon, Pierre Il, que son mariage avec l'héritière de Guilhem VIII avait fait en 1204 seigneur de Montpellier, et le vicomte de Béziers et de Carcassonne, le brave Raymond-Roger. Comme celui-ci était le maître des deux plus redoutables forteresses du comté de Toulouse, c'est sur lui que se portèrent en 1209 les premiers efforts de l'armée française.

De toutes les petites villes et des campagnes environnait tes, catholiques et hérétiques s'étaient réfugiés en foule à Béziers. L'armée croisée était également redoutable aux uns et aux autres.

« Les chefs de la croisade dépêchèrent l'évêque de la cité vers ses ouailles. L'évêque assembla les habitants dans l'église cathédrale de Saint-Nazaire, et, leur représentant le grand péril où ils étaient, il leur conseilla de rendre la ville au légat et de livrer entre ses mains les hérétiques, que lui, évêque, connaissait bien et avait couchés par écrit. » 
Ils refusèrent. 
« Vénérable père, dit un des consuls, nous sommes ici tous chrétiens et ne voyons parmi nous que des frères. » 
L'évêque reporta cette réponse au camp, et les croisés délibérèrent sur le châtiment à infliger à la cité rebelle. L'extermination fut résolue. Quelques chevaliers cependant demandèrent grâce pour les catholiques. Mais le légat Arnaud-Amaury trancha, dit-on, la question par ces paroles célèbres : 
« Tuez-les tous! Dieu reconnaîtra les siens. »
Les croisés s'approchèrent de la ville, et les Biterrois sortirent à leur rencontre, avec plus de bravoure que de prudence. Ils furent repoussés, rejetés dans la ville, où leurs ennemis pénétrèrent pêle-mêle avec eux.
 « Ils se retirèrent, autant qu'ils le purent, dans l'église de la Madeleine. Les capelans (chanoines) de cette émise firent tinter les cloches jusqu'à ce que tout le monde fût mort. Il n'y eut glas, ni cloches, ni capelans revêtus de leurs habits sacerdotaux, qui pussent empêcher que tout fût passé au tranchant de l'épée, et il ne s'en sauva point un seul; ce fut la plus grande pitié que jamais on eût vue ni ouïe. La ville pillée, ils y mirent le féu, et tout fut dévasté et brûlé, eu serte qu'il n'y demeura chose vivvante. » (Henri Martin).
Ce fut en 1209, le 22 juillet, que se passa cette épouvantable tragédie. Raymond-Roger, investi bientôt après dans Carcassonne, y soutint un siège à la suite duquel il fut pris et jeté dans une prison, où il mourut.

Simon assiégea ensuite le château de Minerve, bâti sur un rocher inaccessible auquel la Cesse et le Brian servaient de fossés. Le château avait une nombreuse garnison et servait d'asile aux parfaits, c'est-à-dire à ceux qui étaient entièrement initiés aux mystères du culte albigeois. Après un blocus de sept semaines, les défenseurs de Minerve demandèrent à capituler, mais les assiégeants ne firent grâce de la vie qu'à ceux qui consentirent à abjurer (1210).

Simon de Montfort ne recueillit pas le fruit de son ambition. Tué devant Toulouse, en 1218, il laissa un fils impuissant à continuer la lutte, et celui-ci transmit ses prétendus droits au roi de France, qui les accepta. L'héritière du dernier comte de Toulouse, Raymond VII, fut mariée au frère cadet de saint Louis, Alphonse, dit de Poitiers, qui mourut sans postérité en 1271.

Philippe le Hardi réunit aussitôt à la couronne tout le pays qui, dès lors, devait porter le nom d'Occitanie ou Languedoc. Déjà saint Louis, du vivant d'Alphonse, s'était adjugé directement les villes et fiefs de Béziers, d'Agde et de Melgueil; par scrupule de conscience, il avait désintéressé pour la vicomté de Béziers l'héritier légitime, Raymond-Roger Trencavel, en lui offrant une forte somme d'argent. Par voie d'échange, Philippe le-Bel acquit plus tard, en 1295, la baronnie de Lunel. Une sénéchaussée fut établie à Béziers, qui peu à peu se releva de ses ruines et se repeupla, mais assez lentement. En 1210, le pape Nicolas IV institua l'université de Montpellier, supprimée à la Révolution.

Montpellier cependant continuait à relever de l'Aragon, d'abord comme possession directe des rois, ensuite comme faisant partie des domaines d'une branche cadette dont les chefs prirent le titre de rois de Majorque; leur royaume comprenait, en effet, outre Montpellier et Perpignan, les îles Baléares, situées à l'Est de l'Espagne. Jayme ou Jacques III, le dernier de ces princes, ayant perdu Perpignan et les Baléares dans une guerre avec Pierre IV d'Aragon, sacrifia pour les recouvrer, en 1349, Montpellier, qu'il vendit cent vingt mille écus d'or à Philippe de Valois.

Un nouvel évêché, celui de Saint-Pons-de-Thomière, fut fondé en 1317, par le pape Jean XXII.

La domination française imposa dans le Languedoc la paix et l'ordre soit administratif, soit judiciaire. Cependant, sous Charles V, le duc d'Anjou pressura pendant quinze ans les populations du Languedoc, qui n'obtinrent son rappel qu'en 1580. Sous Charles VI, le duc Jean de Berry, profitant d'abord de la minorité et plus tard de la faiblesse du roi, s'y rendit coupable d'exactions tout aussi criantes, qui lui firent enlever pour quelque temps le gouvernement de cette province.

Une sénéchaussée nouvelle, celle de Montpellier, fut créée par Henri II; déjà sous François Ier, en 1536, cette ville, dont l'importance croissait rapidement, était devenue la capitale de l'ancien diocèse de Maguelone. La ville de Maguelone, envahie sans cesse par la mer, était devenue peu habitable, et ses prélats, qui l'avaient péniblement rebâtie au XIe siècle, durent se résigner à l'abandonner pour toujours.

Les guerres de religion furent terribles dans tout le Languedoc, gouverné de 1563 à 1614 par Henri de Montmorency, comte de Damville. Les protestants commencèrent par s'emparer des villes de Béziers (1561), de Saint-Pons (1562), d'Agde (même année), de Montpellier (1567) et de Lodève (1573), où ils se livrèrent à toutes sortes d'excès, maltraitant les populations, pillant ou livrant aux flammes les maisons et les monuments publics. Plusieurs monastères, tels que Foncaude, Saint-Chinian et Aniane, furent détruits et leurs religieux massacrés ou mis en fuite. Les vengeances des catholiques ne furent pas moins cruelles. Si elles se portèrent moins sur les édifices, elles s'appesantirent davantage sur les personnes. Damville, resté catholique par ambition, quoique un instant favorable aux calvinistes, multiplia partout les supplices, et les villes et les campagnes furent les témoins de ses atrocités, dont la Saint-Barthélemy ne fut guère qu'un épisode.

Agde, Béziers, Lodève et Saint-Pons retombèrent entre les mains des catholiques, mais Damville ne put s'emparer de Montpellier, qu'il assiégea étroitement, de 1577 à 1579, et que délivra la paix de Nérac. Par ce traité, Gignac et Lunel furent laissés aux protestants comme places de sûreté, et Montpellier obtint la liberté de s'administrer en vraie république et de se créer une université protestante. De cette période aussi date le Jardin des Plantes, le plus ancien de la France, fondé par Henri IV en 1593, un demi-siècle avant celui de Paris. L'édit de Nantes acheva, en 1598, la pacification religieuse de la France.

Malgré la modération de Richelieu, les protestants, alarmés des tentatives de Louis XIII et de son ministre pour rétablir la prépondérance du culte catholique dans le Midi, et conduits par des ambitieux qui ne songeaient à autre chose qu'à se créer pour eux-mêmes des souverainetés indépendantes, levèrent, en 1615, l'étendard de la révolte. 

« Les premiers actes furent terribles. Les prêtres et les jésuites furent jetés dans les fers, les couvents forcés et les moines exposés tout nus aux outrages de la soldatesque calviniste, les églises changées en écuries, les vases sacrés profanés et fondus. Ducros, président de la Chambre mi-partie de Grenoble, arriva à Montpellier pour essayer de calmer les esprits, mais les Calvinistes, conduits par le ministre Siffrein, l'égorgèrent dans sa maison. » (J. Brieu, Histoire du département de l'Hérault).
Louis XIII vint en personne mettre le siège devant Montpellier, au commencement de 1622. Les travaux furent poussés avec vigueur, et l'on se signala des deux côtés par des prodiges de bravoure. La capitulation ne fut signée que le 20 octobre; elle accordait aux protestants la pleine confirmation de l'édit de Nantes quant à la liberté religieuse, mais supprimait la république de Montpellier et autorisait le roi à construire à côté de la ville une citadelle, dont la première pierre fut posée le 10 juillet 1624.
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Personnages célèbres

Ve siècle. - Saint Maixent (447-515), né à Agde; fondateur du célèbre monastère (Deux-Sèvres) qui prit plus tard le nom de Saint-Maixent.

IXe siècle. - Saint Benoît d'Aniane, réformateur de la discipline monastique, fils d'un comte de Maguelone (750-821).

XIIIe siècle. - Jacques Ier, roi d'Aragon (1213-1276), né à Montpellier. - Guillaume Durand (1230-1296), né à Puimisson; évêque de Mende, théologien et écrivain mystique. - Jacques Ier, roi de majorque (1248-1511), né à Montpellier.

XIVe siècle. - Saint Roch (1295-1527), né à Montpellier.

XVIe siècle. - Guillaime Rondelet (1507-1566), médecin et naturaliste, ne à Montpellier.

XVIIe siècle. - Pierre-Paul Riquet, baron de Bonrepaux (1604-1680), né à Béziers; illustre ingénieur, le créateur du canal du Midi. - Sébastien Bourdon (1616-1671), peintre, né à Montpellier. - Jacques Esprit (1611-1678), né à Béziers ; membre de l'Académie française. - Paul Pellisson (1624-1693), né à Béziers ou peut-être à Castres (Tarn); littérateur, membre de l'Académie française.

XVIIIe siècle. - André Hercule de Fleury (1655-1745), né à Lodève; cardinal, précepteur puis ministre de Louis XV. - Jacques Vanière (1664-1739), jésuite, poète latin, né à Causses-et-Veyran. - Dortous de Mairan (1678-1771), né à Béziers; physicien, géomètre et littérateur, membre de l'Académie des sciences et de l'Académie française. - Louis-Bertrand Castel (1688-1757), né à Montpellier; jésuite, mathématicien et physicien. - Le maréchal de Castries (1727-1801), ne à Castries. - Les médecins Gigot de la Peyronie (1678-1747), François Chicoyneau (1672-1752) et Barthez (1734-1806), nés à Montpellier. - Joseph-Marie, comte Vien (1716-1809), né à Montpellier, peintre chef d'école, membre de l'Institut, directeur de l'Académie à Rome. - Joseph Cambon (1754-1820), né à Montpellier, présida plusieurs fois la Convention; c'est à lui qu'est due la création du grand livre de la Dette publique. - Henri de Latude (1725 -1805), littérateur, célèbre par sa longue captivité à la Bastille, né au château de Creyssels, commune de Mèze.

XIXe siècle. - Jean-Jacques-Régis de Cambacérès, duc du de Parme (1753-1824), ne à Montpellier; homme d'État, archichancelier de l'Empire, président perpétuel du Sénat, membre de l'Institut. - Son frère Étienne-Hubert (1756-1818), archevêque de Rouen, cardinal, sénateur, pair de France pendant les Cent-Jours, et son oncle, l'abbé de Cambacérès  (1721-1802), prédicateur, sont nés également a Montpellier. Fabre d'Olivet (1768-1825), littérateur, né à Ganges. - Pierre -Antoine-Noël-Bruno, comte Daru (1767-1829), né à Montpellier ; homme d'État, poète et historien. - Le baron Pierre Berthezène (1775-1847), né à Vendargues, général, gouverneur d'Alger, pair de France. - Marcel de Serres (1780-1862), géologue, né à Montpellier. - Jean-Pons-Guillaume Viennet (1777-1868), né à Béziers; poète, journaliste, homme politique, membre de l'Académie française. - Marie-Jean-Pierre Flourens (1794-1867), ne à Maureillan ; célèbre physiologiste. - Auguste Comte (1798-1857), né à Montpellier, célèbre philosophe, géomètre, créateur de la doctrine du Positivisme. - Émile saisset (1814-1865), philosophe, né à Montpellier. - Le baron Séguier (1805-1876), physicien, mécanicien, ne à Montpellier. - Antoine-Jérôme Balard (1802-1876), né à Montpellier; chimiste, célèbre par sa découverte du brome, corps simple métalloïde qu'on n'était pas encore parvenu à isoler. - Jules Renouvier (1804-1860), ne à Montpellier; archéologue. - Victor Coste (1807-1873), né à Castries; naturaliste; il s'est surtout, occupé de pisciculture. - Les peintres Glaize et Alexandre Cabanel, nés à Montpellier en 1807 et en 1825. - Guillaume-Louis Figuier, ne à Montpellier en 1819; chimiste et vulgarisateur, s'est surtout attaché à présenter dans ses oeuvres la science sous une forme attrayante.

Un nouveau soulèvement du Languedoc fut provoqué, en 1627, par l'ambitieux Henri de Rohan; mais il fut battu, le 19 janvier 1628, sous les murs de Montpellier, qui furent aussitôt démantelés. Lodève et Saint-Pons, qui avaient également pris les armes à la voix de Rohan, perdirent à leur tour leurs fortifications, de même qu'un grand nombre de bourgs et de villages, qui s'étaient ceints de remparts, les uns à la suite de la guerre des Albigeois, les autres pendant les guerres religieuses du XVIe siècle.

Quelques luttes meurtrières eurent encore lieu par suite de l'intolérance du gouvernement de Louis XIV. Le temple calviniste de Montpellier ayant été démoli en 1682, par ordre du Parlement de Toulouse, une émeute éclata qui fut bientôt étouffée dans le sang. Lors de la guerre des Camisards, un complot s'ourdit pour livrer Montpellier aux révoltés des Cévennes, mais le duc de Berwick le découvrit et en fit périr par le feu les principaux auteurs. En 1709, les Anglais, voulant porter secours aux Calvinistes, s'emparèrent d'Agde et du port de Sète, alors en formation; mais la défaite des Camisards rendit vaine leur entreprise, et, attaqués à la fois par les troupes de Bâville, du duc de Noailles et de Roquelaure, ils durent se rembarquer.

A part ces troubles et quelques persécutions religieuses dont furent victimes les protestants, la seconde moitié du XVIIe et le XVIIIe siècle furent une époque de grande prospérité pour le Bas-Languedoc. Le canal du Midi fut creusé, de 1666 à 1681, par un enfant de Béziers, Riquet. Montpellier, devenu le chef-lieu d'une généralité et ou se réunissaient les États du Languedoc, fut doté d'un aqueduc et orné de beaux édifices, dont les plus remarquables sont ceux qui forment la place du Peyrou.

La Révolution de 1789 n'occasionna aucun trouble sérieux dans le département de l'Hérault, mais elle entraîna la suppression des évêchés de Saint-Pons, de Lodève, d'Agde et de Béziers; il n'y resta plus que le diocèse de Montpellier, seul rétabli par le Concordat de 1801. (A. Joanne).



Olivier Astruc et Paula Astruc, Hérault, nouveaux mystères, Editions De Borée, 2010. -Plus de 40 chapitres autonomes, du Moyen Âge à l'histoire contemporaine, pour s'étonner, jubiler et parfois frémir à l'évocation d'anecdotes souvent méconnues au cour de ce département aussi singulier que pluriel. En marge de l'histoire officielle, Paula et Olivier Astruc ont délibérément choisi de s'aventurer dans les broussailles des chemins de traverse; à la recherche d un passé simple recomposé. Déjà consacrée par le succès des Mystères de l'Hérault, cette démarche originale trouve son prolongement dans ce nouvel ouvrage, composé selon le même principe : une traque jubilatoire dans les coulisses de notre histoire. Nos deux auteurs se revendiquent volontiers comme « histoiriens ». Braconnant allègrement dans les archives officielles, autant qu au ras de l'humilité de témoignages populaires, ils nous invitent à une surprenante balade vivement colorée dans les sous-bois les plus mystérieux de l'identité héraultaise. (couv.).
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