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Histoire de la Haute-Garonne
[Géographie de la Haute-Garonne]
A considérer la situation reculée du bassin supérieur de la Garonne près de la frontière espagnole, on ne se douterait pas du rôle décisif qu'a joué, dans les destinées de la France, a plusieurs reprises, ce petit coin de terre qui à partir de 1790 a formé le département de la Haute-Garonne. Il en est peu qui aient vu se dérouler des événements politiques aussi importants et dont les résultats aient été plus durables. Ce territoire, il est vrai, touche à l'Espagne qui ne fut pas toujours amie de la France, mais les conflits entre les deux pays ne tiennent précisément aucune place dans l'histoire des Pyrénées centrales : là n'était pas la route des armées d'invasion.

C'est vers les montagnes qu'ont été trouvés les vestiges des habitants primitifs du pays. Les grottes d'Aurignac, de Gourdan-Polignan et quelques autres ont révélé l'existence d'une population d'humains qui vivait au nord des Pyrénées avec des animaux depuis longtemps disparus de l'Europe occidentale, tels que l'éléphant, le rhinocéros, le renne, ou même avec des espèces complètement éteintes. A cette époque cependant, la région élevée de la Haute-Garonne dut être beaucoup moins peuplée que de nos jours : de vastes lacs remplissaient les vallées de Luchon, de Fronsac et de Rivière, tandis que d'immenses glaciers descendaient des montagnes jusqu'aux abords d'Aspet, de Saint-Gaudens et de Montréjeau.

L'Antiquité

Les Volces Tectosages, frères des Volces Arécomigues dont Nîmes devint la capitale, et branche intermédiaire entre les grande familles gauloise (Les Celtes) et cimbrique (Les Germains), arrivèrent sur les bords de la Garonne vers le VIe ou le Ve siècle avant notre ère. Ce furent eux sans doute qui bâtirent dans la plaine la ville de Tolosa, bientôt leur métropole, d'où ils partirent, l'an 280 avant J.-C., réunis à quelques autres tribus gauloises, pour piller les riches contrées de la Grèce; une moitié de l'expédition se mit au service d'un roi de Bithynie et reçut pour récompense le territoire appelé dès lors Galatie (Galates était le nom grec des Gaulois), où les Tectosages fondèrent Ancyre (277). Ceux qui revinrent rapportèrent les dépouilles du temple de Delphes , qu'ils jetèrent dans un grand lac sacré, dont le Capitole de Toulouse, dit-on, occupe aujourd'hui l'emplacement.

Les Tectosages durent prendre part à d'autres expéditions dont l'histoire a moins conservé le souvenir; mais ils finirent par porter à leur tour la peine des embarras incessants que les Gaulois créaient à la république romaine : ils subirent le joug de Rome, en 118, et furent incorporés a la Province romaine, dont Narbonne devint la métropole. Toutefois, à la nouvelle de la grande invasion des Cimbres, ils reprennent les armes, en 106, et font prisonnière leur garnison romaine; mais ils sont de nouveau subjugués, et l'avide Cépion profite de sa victoire pour faire dessécher le grand lac toulousain et s'emparer des trésors que des siècles y avaient accumulés. Ces rapines furent bientôt expiées : il se laissa battre par les Cimbres, fut privé de ses biens, et subit un si grand nombre d'infortunes qu'on a dit désormais de tout homme poursuivi par le destin : habet aurum tolosanum, « il a de l'or de Toulouse ».

Les Romains rétablirent une garnison à Toulouse, qui, durant toute leur domination demeura administrativement soumise à Narbonne. Les Tectosages qui l'habitaient ou l'environnaient reçurent d'eux le nom de Tolosates; l'autre partie de ce peuple, voisine de Carcassonne, dut à sa situation près du fleuve Atax, l'Aude actuelle, celui d'Atacini.

La population de la Garonne supérieure, celtibérienne, c'est-à-dire moitié gauloise, moitié espagnole, n'avait pas été attaquée par les Romains, qui, ignorant son vrai nom, l'appelaient les Garumni, du nom du fleuve. Pour ces peuples, l'histoire positive ne commence qu'en l'an 72. Harcelé à son retour d'Espagne, où il venait de réprimer la révolte de Sertorius, par les populations du versant méridional des Pyrénées, Pompée, qui réussit à les vaincre, les força de franchir les montagnes, où ils se constituèrent en nation, sous le nom de Convènes (Convenae, gens venus de divers lieux), dans la cité de Lugdunum (auj. Saint-Bertrand de Comminges), et où ils donnèrent leur nom à la contrée entière des Garumni.

Lorsque César envahit la Gaule, les Aquitains, dont les Convènes faisaient partie, profitèrent, en l'an 56, des embarras qu'éprouvait le général romain au nord de la Loire pour prendre les armes. Mais Crassus, envoyé par le proconsul, battit les Sotiates, qu'il rencontra les premiers, et les autres peuples se hâtèrent d'offrir leur soumission. Leur obéissance n'en fut pas moins précaire; ils s'associèrent aux mouvements insurrectionnels de l'Espagne contre le gouvernement d'Auguste et ne se soumirent qu'après avoir été de nouveau vaincus, par le consul Messala Corvinus, en l'an 29. L'année suivante Auguste vint présider à Narbonne une assemblée générale des représentants des villes gauloises; à la suite de cette assemblée il fixa, en l'an 27, les divisions territoriales de la Gaule. Les Aquitains de la rive gauche de la Garonne, qui, avec les Convènes, répandus également sur la rive droite, et huit autres peuples, formaient la Novempopulanie, très mécontents de se voir réunis administrativement aux autres peuples du sud de la Loire, obtinrent d'Auguste le maintien d'une province distincte, dont Auch fut la métropole et Lectoure le chef-lieu financier. Ainsi fut consacrée la séparation politique de Toulouse et du haut pays.

« La domination romaine, dit Anthyme Saint-Paul, sut remplacer l'indépendance perdue par une longue prospérité. De larges voies furent créées; la principale, dont il reste de nombreux vestiges, reliait Toulouse à Lyon de Comminges par Vernosol (Lavernose), Calagurris (Martres-de-Rivière?), Saint-Martory, Valentine et Labroquère; elle se continuait jusqu'aux thermes Onesiens, dont l'emplacement, selon la plupart des érudits, était exactement celui qu'occupe aujourd'hui Bagnères-de-Luchon. De nombreux vestiges attestent encore que les vallées et les plaines se couvrirent de maisons de campagne, habitées soit par de riches patriciens de Rome, soit par des Gaulois qui avaient adopté les moeurs italiennes. Toutefois le polythéisme apporté par les conquérants ne déracina pas du pays convène le culte des divinités ibériennes et des génies locaux, dont les noms, jusqu'à nos jours, sont souvent restés attachés à des villages, à des collines ou à des vallées. Le dieu Lixon, plus que jamais célèbre, revit dans Luchon; Gar a laissé son nom à une belle montagne [massif du Cagire], Baezertus au Hameau du Bazert (commune de Gourdan), Boccus Harouso au village de Boucou (commune de Sauveterre). Les noms d'Abellion, Aherbelst, Alardost, Astoilun, Baicorix, Baïosis, Barce, Carr, Dah, Edelat, Expercenn, Iscit, Lahe, Lellerenn, Sexarbor, Xuban, nous sont conservés par de précieux autels votifs : le Comminges est le pays de France qui a fourni aux archéologues le plus grand nombre de monuments de cette nature. »
Toulouse s'inspira davantage de la civilisation romaine. A la fin de l'Empire, ses établissements d'instruction publique, le talent de ses professeurs, son goût pour les arts brillaient du plus vif éclat. Elle se distinguait aussi dès cette époque par son zèle pour la foi chrétienne, qu'elle devait à saint Saturnin, son premier évêque, et que de saints prélats surent y maintenir, malgré les persécutions des païens d'abord, des hérétiques par la suite. En 419, en effet, Toulouse devenait le centre d'un grand royaume arien, celui des Wisigoths, qui s'étendit sur presque toute l'Espagne. Ces Germains, rapidement romanisés, surent faire de Toulouse un des principaux foyers de lumières en Europe. Ce fut l'apogée de la prospérité de Toulouse; mais cent ans ne s'étaient pas encore écoulés qu'elle déchut d'un si haut rang: la bataille de Vouillé, en 507, en fit le siège d'un simple comté bénéficiaire des états de Clovis.

Le Moyen âge

Un fils de Clotaire, vrai ou supposé, vint de Constantinople, en 584, réclamer sa part de la succession paternelle. Il convoitait surtout les provinces méridionales de la Gaule, que Clotaire avait partagées, comme celles du nord, entre ses quatre héritiers (561). Le prétendant, Gondowald, devait établir, de la Loire aux Pyrénées, un vaste royaume régi suivant les lois romaines; si telle n'était pas sa pensée, c'était assurément celles des principaux champions de sa cause, presque tous Gallo-Romains de naissance et désireux de voir revivre les souvenirs de l'Antiquité; c'était aussi celle des peuples qui se pressèrent autour de ses étendards. Couronné à Brive, Gondowald vint prendre possession de Toulouse. Gontran, maître de la plupart des contrées du Midi, envoya contre le prétendant une nombreuse armée, et Gondowald, pour appuyer sa résistance, concentra ses troupes dans la principale place forte des Pyrénées centrales, Lugdunum Convenarum, ou Lyon de Comminges. Il s'y vit assiégé, et ses principaux partisans furent les premiers à vendre sa tête. Tel fut, en 585, le dernier épisode de la grande lutte de la civilisation romaine contre la barbarie septentrionale. La ville qui en avait été le théâtre fut complètement détruite. Avant le désastre, elle renfermait près de trente mille habitants, des édifices somptueux, et, comme Toulouse, elle était le siège d'un évêché.

La ruine de Lyon de Comminges ne rendit toutefois ni complète ni définitive la soumission de la Gaule du Midi à celle du Nord. Les rois francs eux-mêmes rétablirent dans l'Aquitaine (nom donné désormais à tous les pays s'étendant entre la Loire et les Pyrénées) un état qui, avec sa vassalité officielle, sut conserver une grande indépendance. Dagobert en fit un apanage pour son frère cadet Caribert, qui prit le titre de roi de Toulouse (630-631) et eut pour successeurs, comme simples ducs d'Aquitaine : Childéric (631-637); Boggis et Bertrand (637-688); Eudes (688-735), qui se laissa battre par Charles Martel (719), vainquit les Sarrasins devant Toulouse en 721, fut obligé d'appeler à son secours son ancien ennemi, mais ne put leur résister en 732, et ne parvint pas à chasser complètement les envahisseurs; Hunald, et Waïfre, vivement combattus par Pépin le Bref et par Charlemagne, et enfin complètement vaincus par ce dernier, en 768. Treize ans après (781), Toulouse, qui avait été la capitale de ce duché, devenait celle du nouveau royaume d'Aquitaine, que gouvernèrent Louis le Débonnaire jusqu'à son élévation à la dignité impériale (814), Pépin Ier, fils de Louis (815-839), Pépin II (839-855), Charles, fils de Charles le Chauve (855-865), et Louis le Bègue, qui, par son avènement au trône de France, en 877, réunit de nouveau le Midi au Nord. Mais cette réunion était si peu effective qu'à cette époque commença à grandir la maison des comtes de Toulouse, qui devint suzeraine de presque toute la partie méridionale de l'ancienne Gaule.

De 850 à 1249, c'est-à-dire pendant quatre cents ans, le comté de Toulouse compta quinze souverains : Frédelon (850-852), qui porta le titre de duc d'Aquitaine; Raymond ler, frère de Frédelon (852-864); Bernard (865-875); Eudes (875-918); Raymond II (918-923); Raymond III (923-950); Guillaume Taillefer, qui succéda à son père dès l'âge de trois ans, régna quatre-vingt-sept ans (950-1037), et fut le père de la reine Constance, femme du roi de France Robert le Pieux; Pons (1037-1060); Guillaume-Pons (1060-1088); Raymond IV de Saint-Gilles (1088-1105), un des principaux chefs de la première croisade; Bertrand (1105-1112); Alphonse-Jourdain (1112-1148); Raymond V (1148-1194); Raymond VI (1194-1222) et Raymond VII (1222-1949).

Durant la même époque à peu près, le pays des Convènes, que des altérations successives de langage (Commenae, Comenae, Comenge) firent nommer le Comminges, eut aussi ses comtes particuliers, dont la dynastie survécut de deux siècles à celle des comtes de Toulouse. Les comtes de Comminges n'eurent pas d'abord de capitale : Lugdunum n'était encore qu'un désert semé de ruines, et, lorsque le plus illustres des évêques du diocèse, saint Bertrand, l'eut relevé à la fin du XIe siècle, sans toutefois lui rendre son antique importance, il en conserva la souveraineté temporelle et la transmit à ses successeurs. Après avoir résidé dans leurs châteaux de Fronsac, de Saint-Julien et de Salies (ce dernier garda toujours leur atelier monétaire), les comtes établirent leur domination sur les plaines de la Garonne jusqu'aux portes de Toulouse, et là fondèrent Muret, chef-lieu de leurs domaines. Aucun des comtes de Comminges n'a été particulièrement célèbre. Presque tous, jusqu'au XIVe siècle, portèrent le nom de Bernard. Ils rendirent hommage tantôt aux ducs de Gascogne, maîtres de la Novempopulanie, tantôt aux comtes de Toulouse, tantôt, pour quelques-unes de leurs vallées, aux rois d'Aragon. Ce fut comme vassal des comtes de Toulouse que Bernard V se vit obligé de prendre part à la lutte qui ensanglanta le Midi durant les premières années du XIIIe siècle.

La puissance des comtes de Toulouse, qui, par ses accroissements rapides, avait paru devoir un instant contrebalancer celle des rois de France, n'était pas, en réalité, assise sur de fortes bases. Le roi Louis VII dut venir en personne, en 1159, délivrer leur capitale, assiégée par Henri II d'Angleterre. Cette faiblesse de l'autorité temporelle et les négligences des évêques eurent des conséquences. L'hérésie des manichéens se répandit dans le pays d'Albigeois, d'où le nom que prirent les sectaires; bientôt elle eut des adeptes dans tous les pays du nord des Pyrénées.

A la fin du XIIe siècle, les Albigeois possédaient une organisation complète, sous la direction de leurs évêques, et avaient tenu un concile à Saint-Félix-de-Caraman (1167); déjà ils avaient cherché, en plusieurs endroits, à se soustraire aux lois et même à s'affranchir de tout lien social. L'Église condamna canoniquement les nouvelles doctrines aux conciles de Toulouse (1148) et de Lombers près d'Albi (1165), et organisa des prédications pour les combattre. Ce fut tout particulièrement dans ce but que l'Espagnol saint Domingo ou Dominique, après avoir lui-même converti un certain nombre de dissidents, institua, a Toulouse même, l'ordre célèbre des Frères Prêcheurs, plus tard appelés Dominicains ou Jacobins. Le succès ne répondit pas aux efforts, et les seigneurs féodaux furent invités a employer les menaces. Ils refusèrent. Le légat pontifical, Pierre de Castelnau, fut un jour trouvé assassiné près du Rhône; on imputa ce meurtre à Raymond VI, et la croisade fut proclamée. 

« Dans toute la France et même hors de France, dit Guizot, les passions religieuses et ambitieuses se soulevèrent à cet appel : douze abbés et vingt moines de Cîteaux se dispersèrent de tous côtés prêchant la croisade; seigneurs et chevaliers, bourgeois et paysans, laïques et clercs, accoururent. La passion des croisés fut ardente et persévéverante : la guerre contre les Albigeois dura quinze ans (1208-1225), et des deux chefs dont l'un l'ordonna et l'autre l'exécuta, le pape Innocent III et le comte Simon de Montfort, ni l'un ni l'autre n'en vit la fin. Durant ces quinze années, dans la région située entre le Rhône, les Pyrénées, la Garonne et même la Dordogne, presque toutes les villes, tous les châteaux forts furent pris, perdus, repris avec la cruauté du fanatisme et l'avidité de la conquête. Bientôt ce ne fut plus seulement contre les Albigeois et leurs hérésies, ce fut contre les princes nationaux de la France méridionale et leurs domaines que se poursuivit la croisade. » 
Simon de Monfort, dont l'indomptable courage fut ternis par une ambition que ne retenait aucun scrupule, employa jusqu'auprès du roi de France et du pape les plus odieuses perfidies pour excuser les mesures extrêmes qu'il prit contre son principal adversaire, Raymond VI, toujours faible et indécis. Le jeune Raymond VII eut plus d'énergie que son père; par ses soins, la résistance est organisée, Simon est éloigné momentanément de Toulouse (1211), les comtes de Foix et de Comminges sont appelés auprès de leur suzerain, le roi d'Aragon prévenu des dangers que court son gendre, et une position stratégique est choisie près de Muret. Les deux armées s'abordent dans un choc terrible, et, malgré le courage des troupes toulousaines, les croisés remportent une victoire complète; le roi Pedro d'Aragon est trouvé parmi les morts. 

C'était le 12 septembre 1213, une des dates les plus importantes de l'histoire, car elle établit définitivement la suprématie du Nord sur le Midi, de Paris sur Toulouse, de la civilisation française encore fruste et brutale sur les derniers restes encore brillants et raffinés de la civilisation romaine, de la langue d'oïl sur la langue d'oc. Dès lors, les événements se précipitent. Toulouse laisse entrer aussitôt dans ses murs Simon de Montfort, et, après s'être soulevée, lui rouvre encore ses portes en 1215. Investi du comté de Toulouse, cette même année, Simon en fait hommage à Philippe Auguste en 1216; mais il ne jouit pas longtemps de son triomphe. Invinciblement attachés à leurs maîtres, les Toulousains prirent encore les armes en leur faveur, et Montfort se préparait à les réduire, lorsqu'il fut atteint par une pierre qu'une femme avait lancée du haut des remparts. Il expira aussitôt, le 25 juin 1218. Son fils Amaury ne sut pas se maintenir, surtout après que Raymond VII eut succédé à son père, en 1222. Alors commença l'intervention effective des rois Philippe Auguste et Louis Vlll, et la guerre fut réellement terminée par le traité de Paris en 1229. Par ce traité, Alphonse, le second fils de Louis VIII, fut fiancé à Jeanne de Toulouse, fille de Raymond VII, et reconnu seul héritier de ses titres et de ses domaines.

Raymond VII, vassal soumis des rois de France, et Alphonse, digne frère de saint Louis, le premier de 1222 à 1249, le second de 1249 à 1271, s'attachèrent à réparer les maux causés par la guerre et à compléter les résultats de la croisade en achevant d'extirper l'hérésie. Dans ce but fut créée l'Université de Toulouse, où brilla saint Thomas d'Aquin; à la diffusion de la philosophie et de la science, à la réforme des moeurs, on crut devoir ajouter des mesures de répression impitoyable. En 1229 fut institué le tribunal de l'Inquisition

« Un prêtre dans chaque paroisse, assisté de deux ou trois laïques, devait rechercher rigoureusement les hérétiques. En 1235, le pape Grégoire IX transporta les fonctions d'inquisiteurs aux Frères Prêcheurs, qui ne relevaient que du pape. Confiée à des hommes plus fanatiques qu'éclairés, l'Inquisition inonda de sang les villes de la contrée, excita des ressentiments implacables et fut cause de terribles soulèvements en 1234 et 1235. Dès le milieu du XIIIe siècle, les résistances des magistrats et des officiers du roi commencèrent à se dessiner. Vers 1240, les capitouls de Toulouse, las de la tyrannie des Dominicains, leur signifiaient d'avoir à vider le pays, si mieux n'aimaient cesser toutes poursuites, menace qui eut pour résultat de leur faire adjoindre par le pape un Frère mineur dans chaque ville. » (Lalanne, Dictionnaire historique)


Le dernier comte de Toulouse et les rois de France se montrèrent plus généreux et plus éclairés dans l'organisation administrative du Midi. La commune de Toulouse, à la tête de laquelle étaient les célèbres capitouls, fut affermie sur ses antiques privilèges. 

« Dans le pays toulousain et dans le Comminges, a écrit A. Saint-Paul, les villes anciennes furent dotées de franchises tellement étendues, que plusieurs se crurent de vraies républiques et en prirent souvent le titre. Le commerce et l'industrie furent encouragés par les dispositions les plus libérales. Mais ces villes étaient peu nombreuses à l'issue de la guerre des Albigeois : quelques-unes avaient été détruites par les envahisseurs; d'autres avaient été progressivement abandonnées depuis l'époque romaine; d'autres n'étaient encore, à vrai dire, que des places fortes. Les seigneurs, soit laïques, soit ecclésiastiques, jugeant que l'augmentation du nombre des communes ne pouvait qu'aider considérablement à la prospérité du pays tout entier, se mirent à bâtir, chacun dans ses domaines, avec l'agrément et souvent avec la participation des rois de France, des villes nouvelles qu'on appela bastides,  et dont la plupart se reconnaissent encore à leurs rues régulières se croisant à angle droit et formant au centre une place rectangulaire entourée d'arcades. Ainsi naquirent dans l'espace d'un siècle : Le Fousseret, en 1226, création de Raymond VII; Carbonne, en 1256, création des abbés de Bonnefont; Villefranche-de-Lauragais, en 1271, dernière création d'Alphonse; Montrejeau (Mons Regalis, mont royal), fondé en 1272 par le roi Philippe le Hardi et les puissants barons de Montespan; Grenade, en 1291, due aux abbés de Grandselve; Beauchalot, en 1328; Revel, en 1332; Boulogne-sur-Gesse, création des abbés de Nizors; Montesquieu-Volvestre, Plaisance, Puymaurin, Saint-Félix-de-Caraman, Saint-Lys, Villemur, Villeneuve-de-Rivière, Villenouvelle, etc. Ces villes, celles du moins qui réunirent assez d'habitants, jouirent des privilèges municipaux les plus étendus; il y eut même de nombreux villages déjà existants qui reçurent des chartes de franchises. »
Enfin, en 1271, après la mort d'Alphonse, le territoire compris entre la Garonne et le Rhône fut réuni au royaume de France et porta officiellement le nom de Languedoc. Une Cour souveraine de justice fut instituée à Toulouse, en 1302, mais ne fonctionna définitivement qu'à partir de 1419. Le Parlement de Toulouse, le plus ancien et le plus important de tous ceux de la province, jouit seul des mêmes droits que celui de Paris; ses arrêts « savants et rigides » lui valurent une célébrité toute particulière.

Le comté de Comminges subsista jusqu'à l'extinction de la dynastie qui le gouvernait depuis le IXe ou le Xe siècle. Muret resta sa capitale administrative; l'ancienne métropole des Convènes, Lyon, changea son nom antique, aussitôt que son
second fondateur eut été canonisé par le pape Alexandre III (1179); elle s'appela dès lors Saint-Bertrand. Des crimes domestiques signalèrent la fin de la maison de Comminges. Marguerite, unique héritière du comte Pierre-Raymond II, se débarrassa de son premier mari, et fut jetée par le second, Mathieu de Foix, dans une tour où elle subit une longue et dure captivité. Après la mort de Mathieu, en 1453, le comté de Comminges fut incorporé à la province de Gascogne.

Les Temps modernes

Les guerres de religion du XVIe siècle furent presque aussi terribles pour le Toulousain et le Comminges que celle des Albigeois; seulement, comme leurs ravages s'étendirent à la France entière, elles ont moins occupé les historiens du Midi. En 1562, les protestants surprirent Toulouse et entraient déjà dans ses murs, lorsque Montluc, averti à temps, survint avec toute son armée et les obligea à la retraite, après un effroyable carnage dans les rues de la ville. Dix ans plus tard, la Saint-Barthélemy faisait plus de 300 victimes à Toulouse. Les protestants furent plus heureux à Saint-Gaudens, en 1569, et à Saint-Bertrand, où ils pénétrèrent trois fois, eu 1586, 1589 et 1594, malgré le courage de l'évêque Urbain de Saint-Gelais et la forte position de la ville, qui perdit alors ses richesses et la plus grande partie de sa population.
Après la chute des protestants comme parti politique, le Parlement de Toulouse porta contre eux, en l'adoucissant à peine, la rigueur qu'il avait déployée, aux XIVe et XVe siècles, contre les Cathares. Sa haine contre les hérétiques l'aveugla au point de lui arracher un jour une sentence qui a pris rang parmi les plus funestes erreurs de la justice. En 1762, la clameur populaire accusa un vieillard calviniste, nommé Calas, d'avoir tué son fils, et les magistrats, sur des preuves insuffisantes, condamnèrent ce malheureux père au supplice de la roue. 
« Sa veuve, réfugiée en Suisse, sut exciter l'intérêt de Voltaire, qui prit en main la cause, souleva. dans une lutte qui est l'un de ses plus grands titres de gloire, l'opinion publique contre l'assassinat juridique prononcé a Toulouse et parvint à faire réviser le procès à Paris. Le 9 mars 1765, un tribunal de maîtres des requêtes déclara à l'unanimité Calas innocent, annula l'arrêt rendu contre lui et restitua ses biens à sa famille, à laquelle Louis XV accorda une somme de trente mille livres. » (Lalanne).
La Révolution fit cruellement expier aux conseillers du Parlement la mort de Calas : cinquante d'entre eux périrent sur l'échafaud. 

En 1790 fut créé le département de la Haute-Garonne. Il était d'abord plus considérable qu'aujourd'hui, car il possédait l'arrondissement de Castelsarrasin tout entier. Cet arrondissement lui fut enlevé, en 1808, par la formation du département de Tarn-et-Garonne.

A peine organisé, le département de la Haute-Garonne entre sur la scène politique. En 1799, le comte de Paulo réunit dans son château de Terraqueuse, près de Calmont, quelques royalistes, voit bientôt se grossir leur nombre et marche avec eux sur Muret, qu'il proclame « la capitale des États du Roi. » Sa petite armée, n'osant attaquer Toulouse, malgré les intelligences qu'elle s'y était ménagées, se répand vers le Midi, bat près de Saint-Martory quelques détachements républicains, s'empare de Saint-Gaudens, mais se trouve prise à Montrejeau entre deux corps de troupes, l'un venu de Toulouse à la poursuite des insurgés, l'autre se portant à leur rencontre du côté de Tarbes. Les Vendéens du Midi sont complètement battus, et deux mille d'entre eux jonchent de leurs cadavres les rives de la Garonne et de la Neste.

Il était réservé à Toulouse de voir, à la fin du premier Empire, une journée plus sanglante encore. Le 10 avril 1814, l'armée anglaise de Wellington, arrivée victorieuse d'Espagne et forte de cent mille hommes, y rencontra le maréchal Soult et ses trente mille soldats, sur les hauteurs qui dominent la ville à l'Est. Le choc fut terrible, et, bien que 18,000 Anglais eussent trouvé la mort sur le champ de bataille,  les troupes françaises durent quitter leurs positions. Cette journée n'eut aucun résultat politique et n'empêcha pas l'abdication de Napoléon quelques jours après.

C'est par un désastre d'un autre genre que se termine l'histoire de la Haute-Garonne. A la fin de juin 1875, tous les affluents pyrénéens de la Garonne grossirent à la fois, par suite de fortes pluies chaudes et de la fonte subite des neiges des montagnes. Toutes les plaines furent envahies et ravagées, des maisons renversées; Saint-Cyprien, le principal faubourg de Toulouse, fut, complètement détruit et plus de 300 personnes y périrent sous les ruines de leurs demeures. Des secours promptement organisés ont permis aux survivants de  réparer leurs pertes. (A. Joanne / Ch. Delavaud).

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