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Généralisation
. - La généralisation est l'opération intellectuelle
par laquelle l'esprit forme des idées
générales, en dégageant le général du
particulier, et à l'en séparant, afin de le voir séparément.
La généralisation est de deux sortes, médiate et immédiate.
Dans le premier cas, l'esprit part des notions concrètes et individuelles
des êtres ou des faits; puis, par l'abstraction
et la comparaison volontaire, il forme ensuite
les notions générales d'espèce,
de genre, de classe, etc.
:
1° L'expérience
ne nous offre que des objets on des êtres particuliers : tel ou tel
chêne, tel ou tel cheval. Par l'abstraction,
nous détachons de ces objets une ou plusieurs qualités
qui n'existent pas séparément dans la réalité.
2° Nous comparons
ensuite une ou plusieurs qualités abstraites
d'un objet avec une ou plusieurs qualités abstraites d'un autre
objet, et nous jugeons que ces qualités
sont identiques.
3° Enfin,
et c'est là ce qui constitue essentiellement la généralisation,
nous pensons cet ensemble de qualités abstraites
communes à plusieurs objets particuliers comme le type d'une classe,
c'est-à-dire d'un nombre indéfini d'objets du même
genre,
et nous formons ainsi une idée générale;
par exemple l'idée de chêne, l'idée de cheval.
(Les modes et les
rapports généralisés, et reconnus comme les mêmes
ou comme divers, deviennent des caractères communs ou différents.
La présence de caractères communs dans plusieurs objets fait
réunir ces objets en un groupe, auquel nous ajoutons par la pensée
tous ceux que nous supposons avoir les mêmes caractères; nous
appliquons à cet ensemble la notion d'unité,
et nous avons une espèce. De même, en saisissant les caractères
communs entre plusieurs espèces, et appliquant à l'ensemble
la notion d'unité, on obtient un genre, et ainsi de suite.)
Plus le nombre de qualités
abstraites prises pour former une idée générale est
restreint, plus il y a d'objets particuliers auxquels cette idée
générale est applicable. D'où cette formule que l'extension
et la compréhension d'une idée
générale sont en raison inverse l'une de l'autre. En effet,
l'extension d'une idée générale se mesure au nombre
d'êtres qu'embrasse cette idée; la compréhension, au
nombre des propriétés qu'il a fallu considérer pour
former l'idée générale.
La compréhension
renferme le nombre de qualités communes
aux individus contenus dans une classe; l'extension,
le nombre de ces individus. La généralisation
immédiate ne résulte pas de la comparaison; elle ne doit
rien à la volonté. C'est une opération
de la raison qui consiste à s'élever
au nécessaire et à l'absolu,
au moyen du contingent et du relatif : ainsi,
à l'occasion de l'idée d'un temps
limité, nous concevons nécessairement l'idée du temps
sans limite. Cette sorte de généralisation donne un résultat
tout différent de la première. Par celle-ci on obtient des
principes
qui résultent de recherches volontaires, longues et laborieuses;
dans le second cas, certains principes nous apparaissent d'eux-mêmes
et comme malgré nous; ils ont pour caractères d'être
spontanés, nécessaires, universels. Ce ne sont plus des idées
générales, mais universelles.
La généralisation
a une triple utilité :
1° elle
simplifie la connaissance en nous permettant
de réunir en une seule idée un grand
nombre d'idées particulières;
2° elle rend
le langage possible. Sans la généralisation,
il faudrait un nom spécial, un nom propre pour tout objet individuel;
3° elle est posée
comme la condition de la science. Comme l'a dit
Aristote,
il n'y a de science que du général. La science est l'explication
des choses, et expliquer, c'est ramener à une loi
générale.
Les philosophes ont
été, de tout temps, très divisés sur le point
de savoir quelle est la véritable nature des idées générales.
Ce problème a reçu trois solutions différentes : celle
des réalistes, qui enseignent que les
idées générales correspondent à des réalités
distinctes; celle des nominalistes, pour
qui les idées générales ne sont que des noms, des
souffles de voix, flatus vocis; enfin, celle des conceptualistes,
pour qui les idées générales sont des formes de la
pensée
humaine correspondant aux rapports qui existent entre les êtres
et qui sont réels comme les êtres eux-mêmes, quoiqu'ils
en soient inséparables.
(R. / NLI). |
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