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Les Félidés
Félins
Aperçu
Systématique
Félidés actuels
Paléontologie
Le chat*
Les Félins ou Félidés (Felidae) constituent une famille de l'ordre des carnivores, dans la classe des mammifères. Parmi leurs traits caractéristiques figurent leur tête ronde, leur mâchoire dotée de 30 dents, et leurs griffes généralement rétractiles. La taille des Félidés varie beaucoup, depuis celle du Lion et du Tigre jusqu'à celle du Chat domestique ou un peu moins. Les Félidés sont répandus sur tout le globe à l'exception des régions polaires, de la région australienne et de la grande île de Madagascar où ils sont remplacés par le Cryptoprocte qui se range parmi les Eupléridés. Toutes les espèces américaines (à l'exception du Lynchus canadensis, très proche des autres Lynx) sont distinctes de celles de l'ancien continent, et Buffon avait déjà remarqué que les grands Félidés du nouveau continent étaient généralement plus petits que ceux de l'ancien monde.

Le nombre des formes actuellement connues de cette famille est d'environ trente-sept espèces bien définies, et ce nombre est plus que doublé si l'on tient compte des formes fossiles. Les espèces actuelles sont habituellement distribuées en trois sous-familles : les Panthérinés, les Félinés et les Acinonychinés. Dans le passé, existaient également deux autres grandes sous-familles (les Proailurinés, ancêtres de tous les Félidés actuels, et les Machairodontinés, qui étaient les fameux "tigres à dent de sabre"). Les principaux genres vivants et éteints peuvent se regrouper de la façon suivante :
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Néofélidés
Félidés actuels
Panthérinés Lion, Tigre, Panthère, Jaguar.

Once.

Félinés Chat, Ocelot, Serval, Jaguarondi, Margay.

Lynx, Caracal. 

Puma.

Acinonychinés Guépard.
Paléofélidés
Groupes disparus
Prolailurinés Prolairus.
Machairodontinés Smilodontinés : Smilodon, Méganthéréon.

Homotheriinés  : Homotherium, Machairodus.

Metailurinés  : Dinofelis, Metailurus.

La répartition ci-dessus est celle adoptée dans la page du site donnant le tableau systématique de la familles des Félidés. On trouvera un regroupement différent, basé sur la proximité génétique des espèces dans la page consacrée aux Félidés actuels.

Les Félidés sont des animaux admirablement proportionnés pour l'attaque et pour la lutte. Leurs mâchoires, courtes, sont mues par des muscles très forts; elles portent à chacune deux fausses molaires comprimées et tranchantes, suivies d'une grande carnassière pointue, une très petite tuberculeuse supérieure, et enfin des canines énormes. Ils ont des membres, souples et robustes terminés par des ongles rétractiles (sauf les Guépards), qui se redressent ou se cachent, à la volonté de l'animal; la peau repliée du bout des doigts, par l'effet de ligaments élastiques; ils ne perdent jamais leur pointe ni leur tranchant, et cette conformation en fait des animaux très redoutables, surtout les grandes espèces. Leur langue est couverte de papillescornées qui, chez les grandes espèces, déchirent en léchant; leur tête est petite et arrondie, munie d'oreilles bien développées; leurs formes et leurs attitudes sont généralement élégantes, leurs mouvements rapides, leur force plus grande que leur taille ne le ferait croire au premier abord. Leur pelage est paré de couleurs vives et tranchées, souvent marbré et tacheté d'une façon symétrique et régulière.

Les espèces de petite et de moyenne taille vivent souvent sur les arbres, d'où elles guettent les oiseaux et les petits quadrupèdes, sautant et grimpant admirablement. Les grandes espèces, le Lion, par exemple, grimpent aussi aux arbres à l'occasion, par exemple pour y dévorer en paix une proie, mais n'y chassent pas. De façon générale, au lieu de forcer leur proie à la course comme les Chiens ou de se contenter de cadavres comme les Hyènes, les Félidés attendent leur proie à l'affût,  tapis derrière un rocher, un fourré, ou s'en approchent en rampant dans l'herbe, cherchant toujours à la surprendre et à la terrasser d'un seul bond, car la plupart courent mal et renoncent rapidement à poursuivre leur victime quand ils ne l'ont pas atteinte en quelques bonds; ces bonds sont du reste énormes et leur permettent de franchir des distances considérables. Ils  saisissent leur victime et la déchirent à l'aide de leurs ongles aigus, puis l'égorgent d'un seul coup à l'aide de leurs puissantes canines.

Les Félidés vivent isolés ou par couples. Les lions peuvent former de petites bandes autour d'un mâle dominant; au moment du rut, c'est plutôt une cohorte d'une dizaine de mâles que l'on voit entourer une lionne. La plupart des Félidés sont nocturnes, comme l'indique la forme en fente allongée de leur pupille, mais il existe sous ce rapport des différences qui ont été utilisées pour les classifications. Malgré cette aptitude à voir relativement bien dans l'obscurité, les Félidés ont la vue d'une portée médiocre. Si leur odorat est moins développé que celui du Chien, en revanche, chez eux l'ouïe est d'une finesse extrême, ils perçoivent les sons les plus légers. Toutes les parties de leur corps sont d'une flexibilité et d'une souplesse remarquables. Leurs  moustaches paraissent leur transmettre des impressions très délicates.
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Lion.
Un lion. © Thierry Labat.
Caractères anatomiques

Les caractères génériques et spécifiques ne sont chez les Félidés que des marques extérieures accessoires, en comparaison des différences que l'on constate dans les autres familles :  le lion avec sa crinière ou le lynx avec les pinceaux de poils qui ornent ses oreilles, ne sont pas moins félidés que le léopard ou le chat domestique. Quant au Guépard, qui, de tous, porte, le moins l'empreinte générale de la famille, c'est bien lui aussi un parent des Chats, même si dans le passé certains naturalistes ont voulu voir en lui (à tort) un intermédiaire entre les Félidés et les Canidés.

Les Félidés sont très vigoureux et très agiles; chacun de leurs mouvements dénote la force et l'adresse. Presque toutes les espèces de cette famille se ressemblent par leurs formes extérieures et leurs habitudes, quoique chacune d'elles se distingue par quelque particularité plus ou moins caractéristique. Toutes ont la démarche facile, mais lente, prudente et silencieuse; elles courent très vite (le Guépard, capable dit-on de pointes à 110 km/h,  serait le plus rapide des animaux terrestres) et peuvent faire des sauts qui ont, en étendue, dix à quinze fois la longueur de leurs corps. A de rares exceptions près, tous les Félidés grimpent avec une agilité extraordinaire. Quoiqu'ils redoutent instinctivement l'eau, tous nagent, ou du moins est-il très rare que l'un d'eux périsse dans l'eau. Ils raccourcissent ou enroulent à volonté leurs corps gracieux, et se servent avec beaucoup d'adresse de leurs pattes, pour saisir leur proie au milieu de la course ou du saut. 

Leurs membres, enfin, sont relativement vigoureux; ainsi, les plus grandes espèces renversent d'un seul coup de patte des animaux plus grands qu'elles, et les traînent facilement à des distances de plusieurs kilomètres.

La denture.
Les félidés sont parfaitement armés; leurs dents sont formidables. Les canines à peine recourbées, grandes et fortes, dépassent toutes les autres et constituent des armes terribles. A côté d'elles, les petites incisives disparaissent presque, et les molaires, surmontées de tubercules pointus et tranchants qui engrènent les uns avec les autres, ont complètement cessé d'être des mâchelières

Toute la force des mâchoires se trouve appliquée en avant par suite de la brièveté du crâne et du raccourcissement des mandibules, raccourcissement qui porte surtout sur la région postérieure munie ordinairement de dents molaires ou tuberculeuses : mais ici, en arrière de la carnassière qui est très forte, ces tuberculeuses sont atrophiées ou font défaut chez l'adulte : les Félidés, en effet, ne font que déchirer et avaler, sans mâcher, la chair dont ils se nourrissent. Par suite du raccourcissement de la mâchoire inférieure, le muscle masséter s'insère relativement très en avant, ce qui explique la grande force de cette partie antérieure armée des incisives et des canines.

Chez la grande majorité des espèces, les dents de l'adulte sont au nombre de trente, ainsi réparties : six incisives et deux canines à chaque mâchoire, quatre molaires (molaires et prémolaires) de chaque côté à la mâchoire supérieure, et trois à la mâchoire inférieure. La formule dentaire de l'adulte est dès lors la suivante :

I. 3/3 , C.  1/1 , Pm.  3/2, M. 1/1 X 2  = 30 dents.


Dents du Chat domestique. - a. carnassière supérieure; b, dent carnassière inférieure.

La denture de lait n'en diffère que par l'absence de la tuberculeuse inférieure. Certains types, constituant de petits groupes à part, ont jusqu'à 36 dents, et d'autres n'en ont que 28 en tout à l'âge adulte. La carnassière supérieure est grande, à bord externe trilobé, à talon interne médiocre; la tuberculeuse qui suit est petite et transversale. La carnassière inférieure a deux pointes ou lobes correspondant aux deux antérieurs de la carnassière supérieure; elle est ordinairement dépourvue de talon. La première prémolaire supérieure est toujours très petite et visiblement sans usage, la seconde est pointue et coupante et les deux prémolaires inférieures lui ressemblent sous ce rapport : ces dents sont faiblement trilobées, le lobe médian beaucoup plus développé ayant seul une importance fonctionnelle. Le canal intestinal est très court, en rapport avec cette denture et le régime de l'animal. L'intestin mesure ainsi de trois à cinq fois la longueur du corps.

La langue des félidés est en harmonie avec cette denture. Sa face supérieure est couverte de papilles inclinées en arrière et vêtues d'une sorte d'étui corné, qui la rendent rude comme une râpe. De cette manière, la bouche est doublement armée comme celle de certains serpents et des poissons les plus carnassiers, qui ont, outre les mâchoires, le palais garni de dents. Quoique les aspérités de la langue des chats ne soient pas des dents, elles sont toujours assez fortes pour déchirer une peau tendre en la léchant pendant quelque temps; elles viennent, d'ailleurs, en aide aux dents pour faciliter la mastication, celles-ci ne pouvant que déchirer les aliments sans les broyer.

Les griffes.
Cependant les dents ne sont pas les vraies armes des Félidés : leurs griffes sont des instruments bien plus redoutables lorsqu'il s'agit de saisir ou de blesser mortellement leur proie, ou encore de se défendre contre leurs ennemis. Leurs pieds, larges et arrondis, sont relativement de longueur médiocre, ce qui tient à ce que la dernière phalange des doigts est relevée. Il résulte même de cette disposition que les griffes ne peuvent ni s'user ni s'émousser lorsque l'animal se déplace. Pendant le repos et pendant la marche ordinaire, les griffes sont rétractées. Mais lorsque l'animal s'irrite et au moment où il veut faire usage de ses moyens d'attaque, il contracte les muscles fléchisseurs de la phalange, allonge le pied, et le transforme en arme. C'est à cause de cette structure particulière du pied que les Félidés ne laissent pas sur le sol l'empreinte de leurs griffes. Les bourrelets épais et élastiques qui garnissent les pattes en dessous, rendent leur marche silencieuse.

La rétractilité des ongles est obtenue par un mécanisme spécial. Un ligament élastique relève, à l'état normal, la phalange unguéale sur la seconde phalange, de telle sorte que la pointe de l'ongle se trouve cachée dans les poils de l'extrémité du doigt : on dit alors que l'animal fait patte de velours. Lorsque l'animal veut griffer ou se cramponner, les muscles fléchisseurs des doigts font basculer en avant la phalange unguéale et saillir la griffe, qui se montre à nu dans toute son étendue. Il y a cinq doigts en avant et quatre seulement en arrière. 
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Griffes du Lion. - a, a' rétractées; b, b' allongées.

Les sens et la voix

L'ouïe et la vue sont, chez les Félidés, les sens les plus développés. C'est l'ouïe qui les guide lorsqu'ils vont à la chasse; ils perçoivent et apprécient nettement de faibles bruits à de grandes distances; entendent le pas le plus silencieux, le plus faible déplacement du sable, et découvrent souvent ainsi leur proie sans la voir. L'oreille externe, par sa structure, indique déjà la délicatesse de l'ouïe, car, quoiqu'elle ne soit presque jamais bien grande, elle est souvent ornée d'appendices, de poils, qui ne servent sans doute pas à recueillir les sons, mais qui semblent donner à cet organe une importance capitale.

La vue est moins favorisée que l'ouïe, quoiqu'on ne puisse pas dire qu'elle soit faible. Les yeux des Félidés ne distinguent probablement pas de très loin, mais ils sont excellents pour les objets rapprochés. La pupille, chez les grandes espèces est ronde et s'élargit circulairement pendant la colère; chez les petites espèces, elle a la forme d'une ellipse et peut se dilater énormément. Sous l'influence d'une forte lumière, elle se contracte de manière à ne plus paraître qu'une fente étroite; lorsque l'animal est irrité et surtout lorsqu'il est dans l'obscurité, elle se dilate et prend une forme presque complètement circulaire. Dans ce dernier cas, la plus faible clarté est rassemblée au fond de l'oeil et réfléchie par la rétine, comme par un miroir concave. C'est ainsi qu'on explique que les yeux du chat brillent dans les ténèbres.

Après l'ouïe et la vue, le toucher est le sens le plus parfait des Félidés. Les moustaches et les poils qui saillent au-dessus des yeux, sont les principaux organes de cette fonction. Les pinceaux qui surmontent les oreilles du lynx sont peut-être utilisés de la même façon. Lorsqu'on coupe les moustaches à un chat, on le met, par cela même, dans une position difficile; il est comme ahuri et témoigne un certain malaise, une inquiétude, qui ne cessent que lorsque ces moustaches ont repoussé. Les pattes peuvent aussi exercer le toucher; enfin tout leur corps est sensible. Les circonstances extérieures ont beaucoup d'influence sur les chats et provoquent leur mécontentement ou le bien-être qu'ils ressentent. Les caresse-t-on, en glissant la main sur leur pelage soyeux, ils se montrent presque toujours très satisfaits; ils témoignent, au contraire, leur déplaisir lorsqu'on les mouille ou qu'on les excite désagréablement.

L'odorat et le goût ont à peu près le même développement; le goût, cependant, l'emporte peut-être sur l'odorat. Ainsi, malgré leur langue si rude, la plupart des chats se montent très sensibles à toutes les excitations du palais, mangent avec plaisir des mets faiblement salés ou sucrés et sont surtout gourmands de sang et de lait; il n'y a, au contraire, que des aliments très odorants qui puissent exciter chez eux le sens de l'olfaction. La passion avec laquelle certains chats mangent de la valériane et de la germandrée, plantes très odoriférantes, prouve que leur odorat est fort peu développé. Tandis que tous les animaux à odorat un peu fin s'éloignent avec dégoût de ces plantes, les chats, au contraire, se plaisent à se rouler sur elles, comme s'ils éprouvaient un certain enivrement.

La voix des Chats.
La voix des Félidés est forte et retentissante, assez variée, comme on en peut juger par celle du Chat domestique dont le miaulement ordinaire se modifie complètement quand l'animal est irrité ou dans le temps de la reproduction : la voix prend alors les inflexions les plus singulières et les plus inattendues au point d'imiter la voix humaine; le bruit de rouet, ou ronron, indique le contentement et prépare au sommeil. Les Guépards sont capables de ronronner des heures durant, seulement occupés à cela et à contempler le vide... Attaqué ou surpris, le Chat fait entendre un sifflement particulier : on dit qu'il jure. La voix des grandes espèces s'entend de fort loin et prend le nom de feulement pour le Tigre et, dans certains cas, de rugissement pour le Lion. Le rugissement est au demeurant assez rare et le Lion fait entendre la plupart du temps une sorte de gros miaulement.

Mœurs, habitudes et régime

Les Félidés habitent les plaines et les montagnes, les endroits secs et. sablonneux aussi  bien que les contrées marécageuses, les forêts et les champs. On en rencontre même à des hauteurs considérables; quelques-uns vivent dans les savanes couvertes de buissons et dans les déserts; d'autres préfèrent les bords des fleuves, des rivières et des lacs : le plus grand nombre habitent cependant les bois. Les arbres leur conviennent admirablement; ils peuvent se dissimuler dans leurs branchages pour, de là, tomber à l'improviste sur leur proie, ou pour échapper à leurs ennemis. Les petites espèces se cachent dans les crevasses des rochers, dans les arbres creux et les terriers abandonnés par d'autres mammifères, tandis que les grandes se réfugient au milieu des buissons. Quoique les espèces sauvages habitent de préférence les contrées isolées, elles s'approchent souvent avec hardiesse des habitations, soit pour attaquer l'humain même, soit , bien plus souvent, pour s'emparer des animaux domestiques. Les Félidés quittent leur repaire à la tombée de la nuit, ceux-ci pour aller rôder au loin, ceux-là pour se mettre en embuscade sur des routes fréquentées par les êtres dont ils font leur proie. Pendant le jour, ils attaquent très rarement et se retirent lorsqu'on les poursuit. Leur véritable vie, ce qui, du reste, est en rapport avec leur organisation générale, commence et finit avec les ténèbres. Si les uns ont des retraites bien cachées, qu'ils fréquentent habituellement, les autres n'ont pas de repaire fixe, et choisissent la première cachette qui s'offre à eux lorsque le jour les surprend au, milieu de leurs courses.

Les Félidés révèlent une intelligence et une sensibilité toujours surprenantes. Chez la plupart des espèces, les sentiments les plus nobles ne sont certainement pas ceux qui se manifestent le plus fréquemment; pourtant notre Chat domestique, lorsqu'on le traite bien, témoigne que ceux de sa famille sont capables d'acquérir une certaine éducation et une espèce de noblesse de sentiments. Ce chat nous donne souvent des preuves de son intelligence subtile et de son attachement pour l'humain. Ordinairement, nous ne prenons pas la peine d'étudier attentivement les facultés de ces animaux, et nous acceptons de confiance les préjugés qui règnent contre eux. Le caractère de la plupart des espèces est un mélange de réflexion calme, de ruse pénétrante, de passion carnassière et de courage téméraire; cependant il y a aussi des Félidés d'une noble fierté, courageux comme le Lion, doux comme le Guépard, placide et impénétrable comme le Chat. Dans la société de l'humain, leurs habitudes se modifient; ils reconnaissent son autorité, se montrent reconnaissants envers leur maître et aiment à en être caressés; en un mot ils s'apprivoisent complètement, quoique par moments leurs instincts primitifs reprennent le dessus. C'est sur l'éveil de ces instincts que l'on se fonde pour accuser les Félidés de fausseté et de perfidie, car l'humain même qui a l'habitude de tourmenter et de maltraiter les animaux, ne veut pas leur accorder le droit de secouer, ne fût-ce qu'un instant, le joug qu'il leur impose.

A la chasse.
Toutes les  classes de vertébrés fournissent à la nourriture des Félidés; mais les mammifères sont les plus exposés à leurs attaques. Quelques espèces poursuivent de préférence les oiseaux; quelques autres, plus rares, mangent des reptiles, surtout des tortues; d'autres, enfin, se nourrissent de poissons. Les invertébrés n'ont presque pas à souffrir de leurs chasses; ce n'est que par hasard que telle ou telle espèce attrape un crustacé ou un insecte. Tous les Félidés mangent de préférence les animaux qu'ils ont eux-mêmes tués. Très peu d'entre eux s'attaquent aux charognes; il faut que la proie soit fraîche et en quelque sorte saignante pour qu'ils y touchent. 

Presque toutes les espèces de Félidés se distinguent par des habitudes sanguinaires; certaines espèces, paraît-il, lorsqu'elles le peuvent, se nourrissent même exclusivement de sang et s'enivrent en quelque sorte avec ce liquide. Les Félidés attaquent tous leur proie de la même manière. Ils traversent à pas silencieux leur domaine, regardant attentivement dans tous les sens. Le moindre bruit éveille leur attention et les excite à en pénétrer la cause. Ils s'approchent en rampant de l'animal qu'ils convoitent, en ayant soin d'aller toujours contre le vent; lorsqu'ils en sont assez près, ils se jettent brusquement sur lui par un ou plusieurs bonds, lui donnent quelques coups de griffe dans la nuque ou sur les flancs, le jettent à terre, le saisissent avec les dents et les mordent plusieurs fois de suite de toute la force de leurs mâchoires. Puis, ils desserrent les dents, sans pourtant lâcher leur proie; ils l'examinent au contraire attentivement et lui font encore quelques morsures, si elle n'est pas complètement morte. Beaucoup d'entre eux poussent alors des cris rauques, qui expriment aussi bien la satisfaction, l'avidité ou la colère. La plupart ont la féroce habitude de tourmenter pendant quelque temps leur victime; ils lui donnent un peu de liberté, la laissent courir quelques pas, puis la saisissent de nouveau pour la laisser encore courir, et continuent ce jeu jusqu'à ce que la pauvre martyre succombe à ses blessures. Il s'agit bien de jeu et non de cruauté, puisqu'évidemment ils n'ont aucune conscience de la souffrance qu'ils infligent.

Quoiqu'ils courent généralement bien, ils ne poursuivent jamais leur proie lorsque leur première attaque a été vaine. Les plus grandes espèces évitent les animaux qui peuvent leur résister sérieusement, et ne les attaquent que lorsque l'expérience leur a démontré que la victoire leur reste toujours. Le Lion lui-même, le Tigre et le Jaguar craignent d'abord l'humain et le fuient en général. Les individus âgés, incapables de chasser, peuvent, au contraire, s'attaquer aux humains.

Les Félidés ne dévorent presque jamais leur proie sur place; après l'avoir tuée, ou l'avoir rendue incapable de se sauver, ils la traînent dans quelque endroit bien solitaire, où ils la mangent tout à leur aise. Lorsque leur domaine est riche en gibier,  ils se montrent très difficiles, font choix de ce qui leur plaît le mieux dans la bête qu'ils ont sacrifiée, et en abandonnent la plus grande portion à d'autres carnassiers, aux mendiants affamés qui entourent leur table; en cas de besoin seulement, ils retournent le second jour achever le cadavre de leur proie de la veille.

Une enfance féline.
Si parfois les Félidés ne font qu'un petit, l'on peut dire que c'est là un fait exceptionnel : en général, ils en ont plus d'un. Leur nombre, par portée, varie entre deux et six; quelques espèces dépassent même ce dernier chiffre. Les petits viennent au monde aveugles chez les uns, voyants chez les autres. La mère les élève; le père ne s'en occupe qu'accidentellement. Une mère avec ses petits est un des spectacles les plus attrayants dont le naturaliste puisse jouir. On voit la tendresse maternelle dans tous les actes de la femelle; chacun de ses cris exprime son amour pour sa progéniture et sa voix a quelque chose de tendre et de doux qu'on n'avait pas remarqué jusque-là. La mère observe ses nourrissons si attentivement, les entoure de tant de soins, que l'on sent combien son affection doit être profonde. 

On a du plaisir à voir comment elle leur inculque, dès leur jeunesse, l'amour de la propreté; elle les nettoie, les lèche, les lisse du matin au soir et ne souffre pas la moindre tache sur leur robe, ni la moindre ordure dans le voisinage du repaire. Elle les défend au péril de sa vie; aussi les plus grandes espèces deviennent toutes très dangereuses après la parturition. Chez les petites espèces, la mère est souvent obligée de défendre sa nichée contre le père, qui s'attaque à elle dans les premiers jours, et la dévore lorsque, par hasard, il peut pénétrer dans le repaire. C'est à cette crainte, qu'inspire le mâle, qu'il faut attribuer le soin avec lequel tous ces animaux cachent leurs petits. Il n'en est plus de même lorsque ceux-ci ont un peu grandi, le mâle alors ne leur fait plus rien. Alors, aussi, commence une vie pleine de gaieté et d'amusement pour ces êtres espiègles.

Leurs premiers mouvements et leurs premiers jeux dénotent déjà l'instinct félin, et ne sont que des préludes aux chasses auxquelles ils se livreront plus tard. Tout ce qui remue attire leur attention; aucun bruit ne leur échappe; ils dressent les oreilles au plus léger bruissement. La queue de leur mère est leur premier jouet; ils observent chacun de ses mouvements et cherchent à les arrêter en la saisissant. La mère se prête à ces attaques et les provoque même

Quelques semaines après, on voit la famille tout entière se livrer aux jeux les plus folâtres, la mère, - aussi bien la lionne que la chatte domestique - redevient littéralement enfant. Souvent toute la bande se roule en pelote, et l'un cherche à saisir la queue de l'autre. Avec l'âge, les jeux deviennent plus sérieux, les petits apprennent peu à peu que la queue est une partie d'eux-mêmes et cherchent à exercer leurs forces sur d'autres objets. La mère leur apporte alors de petits animaux à moitié ou même complètement vivants, qu'elle leur abandonne pour mettre leur instinct en jeu et les dresser à la rapinerie. Enfin la femelle, quelquefois la femelle et le mâle, les conduisent avec eux à la recherche du gibier, et leur apprennent les ruses, les détours, les moyens d'attaque prompts et sûrs, en un mot tout l'art de la chasse. Ils ne quittent leur mère ou leurs parents que lorsqu'ils peuvent se suffire complètement, et mènent alors pendant longtemps une vie solitaire et errante. (A. E. Brehm / E. Trouessart).

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