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| Dictionnaire | |
| Croyance,
foi.
- La croyance et la foi sont des actes d'adhésion de l'esprit
à certaines propositions. Les deux
termes sont à peu près synonymes. La foi, cependant, dans
le langage ordinaire, relève du religieux Les philosophes et les logiciens peuvent
bien faire des distinctions entre la certitude et la foi. Ceux qui ont
la foi n'accorderont jamais qu'ils ne sont pas certains, que leur foi n'enveloppe
pas la certitude. Il semble cependant que tout le monde peut admettre que,
si la foi atteint la certitude, elle y arrive par d'autres chemins que
la science proprement dite ou la raison. Avoir foi en une personne, en
une institution, en une idée, en un système;
avoir foi dans l'avenir; avoir une foi politique ou religieuse, toutes
ces expressions supposent et impliquent que l'esprit fait usage d'autre
chose que de la raison pour atteindre la vérité,
qu'il est éclairé d'une autre lumière que celle qui
brille pour la seule intelligence. Ceux qui ne veulent pas convenir du
caractère subjectif et personnel de
la foi expliquent l'adhésion pleine et entière qu'ils donnent
à la vérité qui leur apparait soit par un hasard heureux,
par une sorte d'intuition ou de divination,
soit plutôt par l'action exercée sur eux par un être
bienveillant et bon, par une faveur, par un privilège, par une grâce,
surtout, comme il arrive pour la foi religieuse, la foi par excellence,
par une révélation. Une telle doctrine diffère d'ailleurs
du mysticisme D'autres ne font pas difficulté d'avouer que le sentiment et même la volonté sont pour beaucoup dans la production de la foi. Loin de voir dans l'intervention de ces mobiles subjectifs une cause d'infériorité ou un motif de suspicion, ils revendiquent pour le coeur, pour « les raisons que la raison ne connaît pas », le privilège d'atteindre bien plus sûrement que la raison raisonnante à la vérité absolue. Il faut, disent-ils avec Platon, croire avec l'âme tout entière. La vérité (du moins, la vérité morale, la seule qui soit, à proprement parler, objet de foi) ne se découvre pas à qui ne la cherche pas : il faut aller au-devant d'elle, l'aimer, la vouloir, s'offrir à elle. Mais si, dans cette doctrine, la foi est autre chose que la raison, elle n'en est pas séparée. Les vérités qui sont objet de foi sont démontrées, au moins partiellement, par la raison. La foi ne se substitue pas à la raison, comme dans le fidéisme, mais elle achève l'oeuvre commencée par la raison. La démonstration rationnelle, pour rigoureuse qu'elle soit, est incomplète ; elle laisse place à quelque obscurité ; elle n'obtient pas pleinement le consentement, quoiqu'elle force l'assentiment. A la foi seule il est donné d'aller plus loin, d'arriver à la pleine lumière qui échauffe en même temps qu'elle éclaire et qui réjouit le coeur en même temps qu'elle satisfait définitivement l'esprit. Soit que l'on considère la foi comme
essentiellement opposée à la raison par son origine, soit
qu'on la regarde comme une sorte d'extension de la raison, provenant, selon
l'expression de Malebranche, de ce que «
nous avons du mouvement pour aller plus loin», la foi diffère
de la raison et, dès lors, se pose un problème inconnu à
l'Antiquité, mais qui, après l'avènement du christianisme De nos jours, semble-t-il, la question
se pose tout autrement, et les termes en sont pour ainsi dire renversés.
La science et la raison,
après tant de progrès accomplis et de vérités
supposées définitivement acquises, loin de s'incliner devant
la foi, ou même de consentir à traiter d'égal à
égal avec elle, ont plutôt une tendance marquée à
l'exclure, à la dédaigner, à la tenir pour non avenue.
C'est une disposition assurément trop répandue chez nos contemporains,
qui les porte à ne tenir compte que de ce qui est démontré
ou plutôt (car la foi a la prétention de reposer sur des démonstrations)
de ce qui est vérifiable par l'expérience.
Il semble cependant, du moins aux esprits sans parti pris, qu'il y, ait
là un fâcheux excès. Après une période
d'enthousiasme, de confiance illimitée dans la science, et en quelque
sorte d'ivresse, presque tout le monde reconnaît aujourd'hui que
la science ne peut suffire à tout; qu'il y a nombre de questions
qui, par leur nature, lui échappent et probablement lui échapperont
toujours; qu'elle est absolument impuissante à donner la solution
de certains problèmes, surtout de ceux qui intéressent et
inquiètent le plus la société moderne, les problèmes
moraux
et ceux que la sociologie s'est donné
pour tâche d'éclaircir. D'ailleurs, la science n'atteint jamais
que des abstractions. Elle est toujours relative.
De plus, elle repose sur des principes qui,
au fond, ne sont que des actes de foi: même on a pu soutenir, par
de forts bons arguments, que toutes nos affirmations, quelles qu'elles
soient, renferment un élément de croyance très analogue
à la foi. La métaphysique
essaye bien, aidée des seules forces de la raison, d'apercevoir
l'être même dans sa réalité
En tout cas, les moyens dont la métaphysique dispose sont limités, et elle n'est pas à la portée de la foule. De quel droit enfin interdirait-on à l'humanité de trouver dans la foi les consolations et les espérances que la science et la métaphysique sont impuissantes à lui donner? Après tout, la science et la métaphysique elle-même reposent sur ce postulat implicite que le fond de l'être est intelligible. que rien n'existe qui ne soit accessible et pénétrable à la pure intelligence. Mais ce postulat lui-même peut être contesté. Il y a peut-être dans l'absolu comme en nous autre chose que de la pensée. C'est pourquoi ceux-là semblent les mieux inspirés qui, à l'exemple de Kant et de ses disciples, et malgré les protestations "au nom de la foi", de philosophes tels que Jacobi et Herder, commencent par circonscrire nettement le domaine de la raison, par tracer sévèrement, non pas arbitrairement, mais à la suite d'analyses précises et approfondies, les limites qu'elle ne doit et ne peut franchir, mais n'interdisent pas à la foi de dépasser ces limites à ses risques et périls, pourvu qu'elle ne donne jamais que pour ce qu'elle est et ne prétende pas se confondre avec la science. La foi n'a rien à perdre; elle a tout à gagner à éviter les conflits et même les rencontres avec la science. Dans cette sphère qui lui appartient en propre, ses droits sont respectés, sa légitimité est proclamée, son influence heureuse peut s'exercer en toute liberté. C'est ainsi, non par une pénétration réciproque, comme le voulait encore Leibniz, mais au contraire par une distinction précise que la raison et la foi peuvent coexister sans se nuire et que peut se résoudre le problème tant discuté des rapports de la raison et de la foi. (Victor Brochard).- |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.