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Le cubisme

Le cubisme est un mouvement artistique du premier quart du XXe siècle, qui a été essentiellement pictural, et auquel sont attachés en premier lieu les noms de Pablo Picasso, de Georges Braque et de Juan Gris, ainsi que ceux de Fernand Léger, Robert Delaunay, Jean Metzinger et Albert Gleizes. Il a également existé une sculpture cubiste (Picasso, Alexandre Archipenko, Jacques Lipchitz, Henri Laurens, etc). 
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Gris : Nature morte ΰ la guitare.
Nature morte à la guitare, par Juan Gris (1912).

La préoccupation centrale des cubistes est la figuration des volumes. L'objet représenté n'est plus considéré d'un point de vue unique, mais d'une multitude de points de vue, qui cohabitent (de façons diverses) sur la toile. L'objet n'est plus ainsi asservi à la subjectivité d'un observateur qui impose son regard particulier (au travers des lois de la perspective, par exemple), mais retrouve, espèrent les artistes, une forme d'autonomie; il est représenté tel qu'en lui-même - tel qu'il peut être pensé, et non comme il est perçu. La grande loi qui domine l'esthétique cubiste est la suivante : la conception l'emporte sur la vision.

« Ceux qui allaient devenir les cubistes interviennent : révolte contre des usages, - ces rites surannés dont leur intelligence, éclairée par une connaissance profonde des choses de la peinture leur avait révélé l'inutilité; libération de cette entrave que de telles coutumes mettaient à la réalisation d'un art désiré depuis toujours et dont de multiples contingences avaient jusqu'ici retardé l'avènement (les nécessités de l'iconographie, de documentation, etc.). Il s'agissait, en vérité, d'atteindre enfin au seul idéal que se soient au fond toujours proposé les grands artistes : le lyrisme. Et l'on se proposa d'atteindre au lyrisme par les seuls moyens picturaux, ne consentant plus à user des procédés de l'allusion qui, par le jeu des associations du souvenir, transportent le spectateur dans un autre système d'émotion, lyrique parfois, mais que le littérateur détermine plus aisément. On parle alors de peinture pure et l'on dénonce la littérature comme l'ennemi.

Il est nécessaire d'insister sur le fait que les années au cours desquelles s'élaborèrent ces conceptions, marquent un moment décisif de l'histoire de l'art. La perturbation fut immense et tout ce qui s'est fait depuis s'en ressent : on est pour ou contre. C'est de 1906 à 1912 que se dégage le cas du cubisme au milieu des libertés presque totales apportées par le fauvisme. Mais tandis que celui-ci donnait toutes libertés sur un phénomène non libéré en soi, - la représentation (figure, paysage, etc.), - quelques-uns sentirent ou comprirent que ce n'était en somme que des libertés à l'intérieur d'un code usuel; ils se préoccupèrent de voir si ce code lui-même avait des raisons d'être et conclurent qu'une liberté capitale encore manquait, celle permettant d'éliminer le sujet extérieur et de faire vraiment des tableaux et non plus des figurations plus ou moins imitatives. »  (Ozenfant et Jeanneret / Le Corbusier, La peinture moderne, 1925).

On a coutume de diviser l'histoire du cubisme en plusieurs étapes :

• Le cubisme cézannien (1906-1909)

Cette étape, qu'on appelle aussi précubiste, installe les deux questions qui fondent la nouvelle esthétique : celle, classique, de l'autonomie de l'oeuvre et celle du traitement des volumes. La réponse à la première apparaît surtout comme une profession de foi et un axiome : il peut et doit exister une peinture n'ayant de comptes à rendre qu'à elle-même. 

Quant au problème de la représentation de l'espace et des volumes, c'était déjà la préoccupation de Cézanne, et c'est  dans le prolongement de ses recherches que s'inscrivent les premiers tableaux cubistes ou précubistes, ceux de Georges Braque en particulier (Nature morte au pichet, Maisons à l'Estaque). Pablo Picasso, de son côté, réalise les Demoiselles d'Avignon, supposé représenter des prostituées d'un bordel de la rue d'Avignon, à Barcelone, et où l'artiste esquisse ses premières réponses à la question du traitement du relief (hachures sur les visages des deux personnages de droite).
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Picasso : les Demoiselles d'Avignon.
Braque : Grand Nu.
Braque : Maisons ΰ l'Estaque.
Pablo Picasso :
les Demoiselles d'Avignon.
(1906-1907).
Georges Braque :
Grand Nu 
(1907-1908).
Georges Braque : 
Maisons à l'Estaque
(version de 1908).

Le Grand Nu de Braque, puis ses nouvelles vues de l'Estaque, confirment la fécondité de ce mouvement naissant, et que l'on connaît désormais sous le nom de cubisme

Ce nom « lui fut donné par dérision en automne 1908 par Henri Matisse qui venait de voir un tableau représentant des maisons dont l'apparence cubique le frappa vivement. (Apollinaire, Les peintres cubistes, 1913).

« Le nom de « cubisme » resta et passa dans la pratique de la langue; les deux peintres ainsi raillés, Braque et Picasso, s'en soucièrent fort peu.

Ils sont les fondateurs du cubisme. Dans le développement de la peinture moderne leur apport est étroitement apparenté et se confond même. De leurs entretiens amicaux sortit maint progrès que tantôt l'un, tantôt l'autre réalisa dans la pratique. Tous les deux sont de grands artistes, dignes d'admiration. L'art de Braque est plus tranquille que celui de Picasso, qui est nerveux et tourmenté [...].

En 1906, Braque, ainsi que Derain, Matisse et beaucoup d'autres s'efforçaient encore d'atteindre à l'expression par la couleur au moyen d'arabesques agréables en rejetant le corps au second plan. Le grand exemple de Cézanne était encore incompris. La peinture menaçait de s'abaisser à l'ornementation. Elle voulait être « décorative », elle voulait « décorer le mur. » (Daniel Henry, Der Wegz um Kubismus, 1920).

A partir de 1908, plusieurs peintres s'engagent sur la voie ouverte par Braque et Picasso. Le plus notable est peut-être Juan Gris, qui va rester en tout cas le plus constant représentant de cette forme de peinture. Et même s'il va encore attendre un an ou deux avant de montrer ces oeuvres, il rejoint, cette même année, Picasso dans les ateliers du Bateau-Lavoir, rue Ravignan (place Emile Goudeau), à Montmartre.

En 1909, de nouveaux noms commencent à illustrer la peinture cubiste : Jean Metzinger et Albert Gleizes vont construire leur oeuvre en parallèle tout en se faisant les théoriciens du mouvement, tandis que Montparnasse commence à devenir, après Montmartre, le nouveau rendez-vous des artistes. Des peintres tels que Fernand Léger, Robert Delaunay, Henri Le Fauconnier, côtoient dans les ateliers de la Ruche, des sculpteurs tels qu'Alexandre Archipenko et Henri Laurens. Le galeriste Daniel-Henri Kahnweiler leur offre un espace d'exposition. Une sorte d'école cubiste commence à prendre forme, qui intéresse aussi des écrivains comme Blaise Cendrars et surtout Guillaume Apollinaire. 
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Juan Gris : Hommage ΰ Picasso.
Hommage à Picasso, par Juan Gris (1912).

• Le cubisme analytique (1910-1912)

La question de l'espace et de sa perception devient centrale. Les recherches conduisent à les artistes à des expressions très abstraites, et on a qualifié parfois cette période d'hermétiste. L'observation de l'objet représenté (figure humaine, nature morte) ne se fait plus d'un point de vue unique. L'idée même de perspective, déjà mise à mal depuis un moment, est désormais annihilée. Le cadre rectangulaire dans lequel elle se développait éclate, comme éclate l'espace lui-même, et l'on exprime cela sous une forme presque caricaturale, en peignant des tableaux sur des toiles ovales ou circulaires. 

Picasso (Le Guitariste) et Braque (Violon et Cruche, Piano et Mandore), avançant du même pas, se répondant sans cesse l'un l'autre pendant cette période, sont une fois de plus les initiateurs de cette démarche : ils  mutiplient les points de vue. Les volumes, examinés sous plusieurs angles, sont méticuleusement analysés et définis sous forme de plans multiples, avant d'être déployés sur le plan unique du tableau. Pour définir l'espace cubiste, Apollinaire parle, en 1911, de quatrième dimension.

Les artistes réfléchissent aussi sur la couleur. Une réflexion qui aboutira complètement lors de l'étape suivante. Mais déjà, ils considèrent que la couleur est une sensation pure; elle n'existe pas en dehors de nous-mêmes. Lorsque vous pensez à un ou à plusieurs objets, vous ne les concevez que sans couleur, absolument transparents! L'on voit par la pensée un mélange véridique des objets assemblés comme si nulle opacité ne venait s'interposer et troubler le merveilleux groupement. Le peintre agit donc suivant les lois de la raison, en peignant des objets opaques absolument transparents. Mais s'ils sont transparents, où est la couleur? On ne l'ajoute que pour l'agrément, à titre purement conventionnel et pour souligner et définir plus nettement l'idée peinte. Un conception de la couleur, qui place donc le cubisme en opposition avec les fauvisme : si l'on utilise la couleurs, ce sera de façon minimaliste, n'usant généralement que de tons éteints.
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Delaunay : la Ville de Paris.
La ville de Paris, par Robert Delaunay (ca. 1911).

En 1910, le cubisme semble installé. Une première rétrospective de l'oeuvre de Picasso est organisée à Paris; une exposition consacrée à ce dernier et à Braque est organisée en Allemagne; une autre, organisée un peu plus tôt à Bruxelles, avait reçu d'Apollinaire l'aval pour que soient employés officiellement les termes de cubisme et cubistes. Le Salon des Indépendants accueille lui aussi les toiles des peintres déjà définis comme cubistes, et désormais rejoints aussi par par les frères Duchamp (Marcel Duchamp, Jacques Villon et Raymond Duchamp-Villon), qui vont bientôt créer (1911) à Puteaux ce qu'on appellera le groupe de la Section d'or (ou groupe de Puteaux). 
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Le Fauconnier : l'Abondance .
Gleizes : la Femme aux phlox.
Metzinger : Deux Nus.
Henri Le Fauconnier :
l'Abondance 
(1910-1911).
Albert Gleizes :
Femme aux phlox.
(1911).
Jean Metzinger : 
Deux Nus.
(1910).

Le groupe de la Section d'or attire à lui Gleizes, Metzinger, Delaunay, La Fresnaye, Fernand Léger et quelques autres artistes, qui, avec ceux de Montparnasse, se voient attribuer une salle (la salle n° 41) au Salon des Indépendants  de 1911.

« La première exposition d'ensemble du cubisme, dont les adeptes devenaient plus nombreux, eut lieu en 1911, aux Indépendants, où la salle 41 réservée aux cubistes causa une profonde impression. On y voyait des oeuvres savantes et séduisantes de Jean Metzinger; des paysages, l'Homme nu et la Femme aux phlox d'Albert Gleizes; le portrait de Mme Fernande X. et les jeunes filles par Mlle Marie Laurencin. La Tour de Robert Delaunay, l'Abondance de Le Fauconnier [l'oeuvre la plus remarquable de l'exposition], les Nus dans un paysage de Fernand Léger. » (Guillaume Apollinaire, Les peintres cubistes).
Les mêmes (sauf Delaunay) se retrouvent quelques mois plus tard au Salon d'Automne (salle n°8). 
« L'exposition des cubistes au Salon d'Automne fit un bruit considérable, les moqueries ne furent épargnées ni à Gleizes (la Chasse, Portrait de Jacques Nayral), ni à Metzinger (la femme à la cuiller), ni à Fernand Léger. » (Apollinaire, Note écrite en septembre 1912). 
D'autres expositions collectives eurent lieu en novembre 1911 à la Galerie d'Art Contemporain, rue Tronchet, à Paris. L'année suivante, la galerie La Boétie expose les artistes de la Section d'or; les oeuvres de Braque, de Picasso, de Juan Gris, d'André Lhôte et de Louis Marcoussis (Ludwig Markus) sont également présentées. 
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Salon d'automne, 1912.
Oeuvres cubistes exposées au Grand Palais, lors du Salon d'automne 1912.

Le Salon des Indépendants de 1912, accueille Juan Gris pour la première fois. Au mois de mai, à Barcelone, on  accueille avec enthousiasme les jeunes Français; enfin, au mois de juin, à Rouen, une exposition est organisée par la Société des Artistes normands,qui fut marquée par l'adhésion de Francis Picabia à la nouvelle école.

• Le cubisme synthétique (1912 - 1918)

A partir de 1912-1913, une nouvelle étape commence, qui se caractérise par un souci de revenir à la représentation du réel. La couleur retrouve son importance. On aide également à la lecture du tableau et à l'identification des objets représentés en ajoutant à l'oeuvre proprement picturale des lettres isolées, des mots, des manchettes de journaux, et surtout d'objets  (sable, de la limaille de fer, des imitations de bois, du marbre, papiers collés), un peu comme l'anciens Egyptiens, dans leurs hiéroglyphes, utilisaient des signes déterminatifs, qui ne se prononçaient pas, mais qui précisaient le sens d'un idéogramme ou d'un mot écrit phonétiquement. 

Le tournant de 1912

« En 1912, [le] cubisme (qui se reconnaît à un usage particulier des formes prismatiques d'assez petites dimensions et de couleurs neutres) crée des ouvrages vraiment monumentaux. La réclusion au désert des sacrifices avait porté Braque et Picasso à des accents héroïques. Cris surtout instinctifs où le travail de la raison n'avait sans doute pas assez de part pour permettre à cet art de se développer alors sur lui-même. 1912, c'est aussi le moment héroïque où les dernières entraves sont rompues. Moment où furent créées des oeuvres décisives - on le mesurera bien, plus tard. Ensuite on quittera peu à peu le désert, on ne suivra plus aussi durement la voie de l'austérité absolue.

1912 est un point culminant, si l'on admet que les plus grandes oeuvres ont quelque chose de dépouillé, d'économe, d'austère, de serein, de général, de hautain, d'intense, le dédain des moyens de séduction; et jamais on ne l'eut plus parfaitement. Après 1912 les tempéraments individuels s'affirment et les oeuvres se différencient; chacun apporte sa modulation, sa ligne personnelle. Des recrues nombreuses se joignent aux premiers inventeurs; des personnalités de talent généreux apportent des vues nouvelles sur l'esthétique cubiste, des moyens nouveaux aussi. L'art pictural passe par une époque d'abondance et de forte santé fortement étayée par la dure charpente bâtie par Picasso et Braque. La peinture devient moins pure et plus sensuelle.

Il est connu que le public ne suivait pas; à peine tolérait-il les impressionnistes. A part la notoriété bruyante, ces grands peintres ne reçurent aucune récompense à leur admirable effort; le succès qui devait venir à certains ne leur fut accordé qu'alors qu'ils s'étaient fort éloignés de leurs nobles conceptions de 1912.

Le public ne comprenait encore rien à ces oeuvres qui étaient le meilleur de ce que produisait la nouvelle peinture. Mais si l'on sait observer, on mesurera combien l'oeil du public fut tout de même changé; il se mit a accepter sans résistance certains objets, certains ornements qui sont une décoction du cubisme pur; et parmi les peintres, même parmi ceux qui raillent ce mouvement historique, aucun (de ceux qu'on peut prendre en considération) ne peignait désormais comme on peignait avant 1912.

[...] Malgré les rires du public et sa conviction  qu'il était en face d'une mystification, le monde des artistes était profondément remué et crut percevoir enfin une orientation assurée venant heureusement apporter des certitudes, un système susceptible de résoudre les troublantes questions qui faisaient pierre d'achoppement depuis si longtemps. 

Comme toujours les maîtres, c'est-à-dire ceux qui ont cherché avec la puissance de leur 

intuition et les lumières d'une science profonde, ceux qui, en vérité, ont tout connu et ont tout créé ayant su tout sacrifier, seuls apportent des solutions; la foule des élèves, souvent des suiveurs, aveuglée par son admiration même ou par cette confiance peu critique qui va naturellement où semble poindre la réussite, ne fait qu'adopter une formule, des manières de procéder, en un mot elle ne fait qu'épouser des apparences; un beau jour la poule ayant avidement couvé l'oeuf qu'elle n'avait pas pondu, voit naître un canard et s'enfuit épouvantée.

C'est ainsi que se développera pendant plusieurs années une production intensive de peinture d'apparence cubiste; puis petit à petit, à ces moments fatals de crise où l'idée pure s'enchevêtre dans mille difficultés contraires, on s'aperçoit que la salle se vide et que d'innombrables disciples sans conviction s'embarquent dans quelque nouveau bateau plus confortable, peint de frais ou repeint à neuf.

C'est ainsi que se fait la sélection de ceux qui ont quelque chose à dire et de ceux qui, n'ayant rien à dire, se contentent de se donner l'illusion d'être nouveaux en imitant les oeuvres qui les séduisent : ils ne font que chanter mal la chanson du jour.

Les vrais créateurs ne suivent pas la mode : ils la font. Ils ne font d'ailleurs pas la mode exprès; c'est la qualité d'une oeuvre qui porte à l'admiration, la signale et la fait imiter. Le vrai artiste apporte quelque chose; c'est le seul qui reste, et celui-là seul; au fond, le verdict sur invention et contrefaçon en matière d'art se rend vite, et ce verdict est impitoyable pour ceux dont l'invention a été nulle.

Ainsi donc, les formules révolutionnaires proposées par les grands initiateurs de 1911 cueillirent au passage quantité de jeunes qui en toute bonne foi en étaient à passer cette crise que chacun traverse, où ayant décidé d'être peintre et ayant déjà beaucoup appris on se sent beaucoup de choses nouvelles et vivantes à dire, mais que l'on ne sait comment transmettre, où n'ayant derrière soi que des moyens usés, on cherche des moyens frais capables d'exprimer purement.

Aussi vit-on en très peu de temps affluer ces chercheurs de filons, heureux de sentir enfin sur leur boussole anxieuse les effets stabilisateurs d'un pôle magnétique. Cette fois-ci le public sceptique se trouve en face d'un fait incontestable : le ralliement en masse autour d'une idée. Au milieu de cette masse forcément hétéroclite, de vrais artistes traçaient leurs sillons, pas toujours parallèles les uns aux autres, mais tous dirigés dans un même secteur et jalonnant ainsi de quelques véritables chefs-d'oeuvre les divers chemins d'une peinture en total renouvellement.. »  (Ozenfant et Jeanneret, La peinture moderne, 1925).

C'est Picasso, désormais installé boulevard Raspail, et Braque, qui une fois de plus ouvrent la voie, avec l'utilisation des papiers collés et du pochoir. Braque, bientôt accompagné par Juan Gris et Henri Laurens, recourt aux papiers collés (Compotier et Verre), mais il introduit également d'autres matières, à titre d'échantillons. L'année suivante, Picasso, avec La Guitare et Bouteille de Bass, propose une oeuvre adossée à la même problématique.
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Marcoussis : Nature morte au damier.
Nature morte au damier, par Louis Marcoussis (1912).

Cette évolution ne répond qu'en partie au souci de lisibilité des oeuvres. Elle traduit une évolution plus profonde du cubisme. Parvenus à l'entière maîtrise des nouvelles techniques picturales qu'ils ont inventées, les artistes ont fini par épuiser le champ du cubisme analytique. Ils peuvent maintenant le dépasser en renversant complètement leur méthode d'approche : l'analyse cède la place à la synthèse. On ne décortique plus minutieusement les formes; on les idéalise, on les conceptualise. Dans le cubisme synthétique, l'oeuvre n'est plus, comme dans le cubisme analytique une sorte de catalogue des apparences de l'objet représenté, mais l'expression de la conscience qu'en a l'artiste. 
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Lιger : l'Oiseau bleu.
Lhote : l'Escale.
Picabia : la Danse.
Fernand Léger :
l'Oiseau bleu
(1912).
André Lhote :
L'Escale.
(1913).
Francis Picabia : 
La danse.
(1913).

Pendant cette période, le cubisme continue de se faire connaître hors de France. Braque, Picasso et Duchamp exposent leurs toiles en 1913 à l'Armory Show, à New York. Quand la guerre éclate, plusieurs artistes sont mobilisés (Braque, Léger, Lhote, Gleizes, Metzinger, Villon), d'autres s'engagent (Marcoussis, de nationalité polonaise). Duchamp, réformé, et Picabia partent pour les Etats-Unis. Picasso, à Paris, et Gris, à Collioure, de nationalité espagnole, restent à l'écart du conflit. C'est l'époque où paraissent les premières sculptures cubistes (Picasso, Laurens). 

• Le cubisme d'après-guerre (1918-1927)

La Première Guerre mondiale, au cours de laquelle plusieurs artistes porteurs de ce mouvement sont détournés de leur art a marqué un coup d'arrêt au développement du cubisme. Après le conflit, et jusque vers le milieu des années 1920, des oeuvres cubistes sont encore produites, par Braque, Picasso et Juan Gris, en particulier. Mais désormais, si l'on excepte Gris, fidèle à ce mode d'expression jusqu'à sa mort en 1927, et les artistes de la Section d'or actifs jusqu'en 1925, de plus en plus, les artistes, nourris et enrichis par les acquis de cette période, suivront des voies nouvelles. Duchamp et Picabia s'investissent dans l'aventure dadaïste, Mondrian s'installe dans la peinture non-figurative, Metzinger et La Fresnaye retournent à la peinture figurative. Le cubisme cède progressivement la place à d'autres mouvements (la peinture moderne, 1840-1940), parfois ses héritiers directs, tels le purisme d'Ozenfant et le Corbusier.

Repères cubistes : artistes et oeuvres

Peintres

Georges Braque (1882-1963)
• Le Grand nu, 1907-1908
• Le Viaduc à L'Estaque, 1908
• Les Usines du Rio-Tinto à L'Estaque, 1910
• Violon et Cruche, 1909-1910
• Piano et Mandore, 1910
• Compotier et cartes, 1913
• La Clarinette, 1912-1913,
• Le Courrier, 1913
• Aria de Bach, 1913-1914
• Violette de Parme, 1914

Robert Delaunay (1885-1941)
• Saint-Séverin (série),1909-1910
• Tour Eiffel (série), 1909-1911
• Villes (série), 1910-1911
• Ville de Paris, 1910-1912
• Les Trois Grâces, 1912
• Fenêtres (série), 1912
• Le Disque,1912
• Formes circulaires, 1912-1913 

André Derain (1880-1954)
• Martigues (paysages), 1908

Marcel Duchamp (1887-1968)
• Portrait de joueurs d'échecs, 1911
• Jeune Homme triste dans un train, 1911
• Nu descendant un escalier (deux versions), 1911 et 1912

Henri Le Fauconnier (1881-1946)
• Portrait de Paul Castiaux, 1910
• L'Abondance, 1910-1911
• Le Chasseur, 1912

Roger de La Fresnaye (1885-1925)
• Le Cuirassier, 1910
• Paysages de Meulan, 1911-1912
• Nature morte aux anges, 1912
• Portrait d'Alice, 1912
• La Conquête du ciel, 1913
• Natures mortes, 1913-1914
• Le 14-Juillet, 1914
• L'Homme assis (= l'Architecte), 1914

Albert Gleizes (1881-1953)
• L'Arbre, 1910
• La Chasse, 1911
• Portrait de Jacques Nayral, 1911
• L'homme nu, 1911
• La femme aux phlox, 1911
• Les Baigneuses, 1912
• L'Homme au balcon, 1912
• Le Dépiquage des moissons, 1912
• Portrait de Figuière, 1913
• Femmes cousant, 1913
• Paysage à Toul, 1915

Juan Gris (1887-1927)
• Le livre, 1911
• Hommage à Picasso, 1912
• Nature morte à la guitare, 1912
• Les Trois Cartes, 1913
• Violon et gravure, 1913 
• Violon et guitare, 1913
• Nature morte aux roses, 1914
• Le petit déjeuner, 1914-1915
• Broc et verre, 1916
• Le Pierrot, 1922

Auguste Herbin (1882-1960)
• Paysage à Céret, 1913

Franz Kupka (1871-1957)
• Plans verticaux, 1912
• Amorpha, 1912

Fernand Léger (1881-1955)
• La Couseuse, 1909-1910
• Nus dans la forêt,1909-1910
• La Noce, 1910-1911
• Les Fumeurs, 1911
• La Femme en bleu, 1912
• Contrastes de formes, 1913
• L'Escalier, 1913
• Paysage, 1914
• Femme en rouge et vert, 1914

André Lhote (1885-1962)
• L'Escale, 1912
• Rugby, 1917
• Le Moulin à café, 1917

Louis Marcoussis (1878-1941)
• La Belle Martiniquaise, 1912
• Nature morte au damier, 1912
• Le Bar du port, 1913 
• Le Musicien, 1914

Jean Metzinger (1883-1956)
• Deux Nus, 1910
• Le Goûter, 1911
• L'Oiseau bleu, 1913
• La Danseuse au café, 1912 
• Les Baigneuses, 1913 

Francis Picabia (1879-1953)
• La Procession à Séville, 1912
• Danses à la source, 1912

Pablo Picasso (1881-1973)
• Les demoiselles d'Avignon, 1906-1907
• La Grande dryade, 1908
• Femme nue assise, 1909-1910
• Le guitariste, 1910
• Guitare et Bouteille de Bass,1913

Alfred Réth (1884-1966)

Jacques Villon (1875-1963)
• La Table servie, 1912
• Instruments de musique, 1912
• Jeune Fille au piano, 1912
• Jeune Fille, 1912 
• Soldats en marche, 1913
• L'Équilibriste, 1913-1914 


Sculpteurs

Alexandre Archipenko (1887-1964)
• Femme se coiffant, 1915

Joseph Csaky (1888-1971)
• Têtes (série), 1911-1914

Raymond Duchamp-Villon (1876-1918)
• Le Cheval majeur, 1914

Henri Laurens (1885-1954)
• Bouteille et verre, 1918
• Compotier aux raisins, 1918

Jacques Lipchitz (1891-1973)
• La femme au serpent, 1913

Pablo Picasso
• Tête de Fernande, 1909

 
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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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