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L'art arabo-musulman
Les Beaux-arts

Ce n'est pas dans le Coran, mais dans les entretiens de Mahomet, recueillis par ses disciples et transmis parmi les docteurs de la loi, que les idoles et les images ont été frappées de réprobation. Si la peinture des.êtres vivants et la statuaire ont été proscrites, il faut bien avouer que les musulmans n'ont pas observé la loi : car les Arabes eurent des artistes distingués et des écoles en renom, et Makrizi nous apprend qu'il avait écrit la biographie des peintres. Suivant Mouradja-d'Ohsson, les portes de la mosquée construite à Jérusalem par le calife Abd-el-Melek (685- 705) étaient décorées d'images du Prophète; sur les murs intérieurs on avait peint diverses scènes de l'Enfer et du Paradis : c'était, sans doute, l'ouvrage d'artistes byzantins, ainsi que la monnaie qui porte l'effigie du même calife. Mais des Arabes imitèrent les peintres venus de Constantinople ou de la Grèce : les images de Mahomet, des personnages de l'Ancien Testament, des califes, des grands capitaines, des poètes célèbres, se multiplièrent dans les pays musulmans de l'Orient; les ateliers de Behnessa, de Kalmoun, de Dabik, de Damas, etc., s'en emparèrent pour les reproduire sur les soieries, les velours et les tapis. 

On représenta également sur les tissus tantôt des chasses, des fêtes, des concerts, des danses, tantôt des combats, des luttes, des festins. Au Xe siècle fleurirent plusieurs peintres fameux Ibn-Aziz de Basso rah; Kasir, originaire de l'Irak; Abou Bekr Mohammed, fils d'Hassan; Ahmed ben-Youçouf, Mohammed ben-Mohammed, etc. Yazouri, vizir de l'Égypte à la même époque, recherchait les manuscrits à miniatures, dont les auteurs pouvaient rivaliser avec les imagiers de l'Occident. Le goût des musulmans pour la peinture fut du rable; car Tamerlan forma à Samarcande un véritable musée, dont les peintures les plus estimées étaient d'Abdalhy, artiste de Bagdad. Chardin vit en Perse beaucoup de portraits auxquels les rigoristes sectateurs du Prophète avaient enlevé l'oeil gauche, pensant éluder ainsi la loi, en ne conservant que des images infidèles à la réalité. De vastes scènes étaient peintes à Ispahan sur le portail du marché, dans les édifices publics et dans le palais du roi. Au XVIe siècle, Abd-el-Rizan était le plus renommé des peintres auxquels la Perse doit ses miniatures si fines et si achevées.

De tout l'art musulman, il nous reste quelques manuscrits ornés de peintures. L'un, qui a pour titre la Consolation des maux, et pour auteur Mohammed  en Abi Mohammed ben-Zapher (XIIe siècle), est à la Bibliothèque de l'Escurial, et a été décrit par Casiri. Un autre, qui contient les Séances, de Hariri, et qu'on rapporte au XIIIe siècle, se trouve à là Bibliothèque nationale de Paris. La salle du Jugement, au palais de l'Alhambra, présente de curieuses peintures.

Khomaroïch, sultan d'Égypte, de la dynastie des Thoulounides, avait un palais tout rempli de statues en bois ornées d'or et de pierreries. Yacouti raconte qu'au sommet du dôme de la mosquée de Bagdad on voyait la statue d'un cavalier armé d'une lance, et qu'à la porte de la mosquée d'Émèse était une statue moitié homme et moitié scorpion. En Espagne, le calife Abdérame III plaça au milieu du palais de Zahra la statue de sa favorite sous les traits de la Flore antique; la fontaine de ce palais était entourée de 12 figures d'animaux en or et en pierres précieuses, exécutées à Cordoue. L'art arabe a répandu à profusion dans l'Alhambra les ornements les plus capricieux et les sculptures les plus délicates. 

L'architecture arabo-musulmane a imité d'abord, semble-t-il, celle des édifices romains; mais, plus tard, des artistes byzantins paraissent avoir exercé une influence prépondérante. Les plus beaux restes sont constitués par l'Alcazar et la Giralda de Séville, par l'Alhambra de Grenade, par quelques mosquées anciennes du Caire. quelques ruines de Tlemcen et la mosquée de Sidi-bou-Medin à El-Obbâd, prés de Tlemcen. La maison d'habitation n'a guère sur la rue d'autre ouverture que la porte, donnant sur un vestibule qui fait un coude, de manière qu'on ne puisse voir du dehors dans l'intérieur. Sur les quatre côtés d'une cour centrale, ornée de colonnettes, en arrière desquelles court une galerie, des chambres barlongues prenant jour : la même disposition se retrouve à l'étage ou aux deux étames. Un bassin ou une fontaine jaillissante occupe le centre de la cour des maisons riches.

La musique

Antérieurement à Mahomet, les poésies arabes étaient chantées; mais nous ne possédons aucun renseignement positif sur l'art musical de cette époque ancienne. S'il faut en croire les auteurs orientaux, les Arabes, devenus maîtres d'une grande partie de l'Asie au VIIe siècle, adoptèrent la musique des Persans; ils produisirent de célèbres chanteurs, et les Abbassides Abou-Giafar et Abou-Naser-Méhémet-al-Farabi composèrent des chants devenus fameux. On croit qu'une sorte d'harmonie fut connue des Arabes vers la fin du XIe siècle. Le philosophe Al-Farabi charma la cour de Seif-Eddaulah par le jeu de son luth; il a laissé un Traité de Musique, qui est à la Bibliothèque de l'Escurial. Abou-Bekr Ibn-Badja fut aussi renommé en Espagne pour la musique qu'Al-Farabi en Orient.

Le système musical de ce peuple admet des intervalles plus petits que ceux de la musique européenne. 

" Les uns, dit Villoteau (De l'état actuel de l'art musical en Égypte), divisent l'octave par tons, demi-tons et quarts de ton, et comptent par conséquent 24 sons différents dans l'échelle musicale. D'autres y admettent des demi-quarts de ton, ce qui produit 48 sons; quelques-uns enfin prétendent que le diagramme général des sons comprend 40 sons. Mais la division la plus généralement reçue étant celle des tiers de ton, il s'ensuivrait que ces 40 sons comprendraient deux octaves et un tiers pour toute l'étendue de ce système."
Les oreilles des Européens apprécient difficilement la justesse des intervalles arabes. De plus, comme les Orientaux ne passent jamais d'un son à un autre, quelle que soit la distance qui les sépare, sans parcourir tous les, intervalles intermédiaires, il en résulte, dans leur chant, de continuelles glissades de la voix, qui ajoutent au charme à cette musique. Les Arabes prodiguent en outre les ornements, tels que trilles, groupes, mordants, appoggiatures, etc. Quant à l'harmonie, on peut dire qu'elle est absente : on exécute à l'unisson ou à l'octave, ou encore on passent l'archet sur toutes les cordes des instruments à la fois. Ils La notation musicale recourt aux lettres de l'alphabet.

Les Arabes possèdent, comme les Européens, trois classes d'instruments de musique. Les instruments à cordes, qui se pincent ou se jouent avec un plectre, sont l'eoud et le tanbour; ceux qui se jouent avec un archet sont la kemangeh et le rebab; il y a, de plus, deux instruments qui paraissent être l'origine du clavecin et de l'épinette, le qânon et le santir. 

Parmi les instruments à vent, on remarque le zamr, l'erâquieh, la flûte, le zouggarah et le nefyr. Les instruments de percussion sont très nombreux; citons les cymbales, les crotales, les castagnettes, le tambour de basque, le tambour, les timbales. (B.).

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