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Walpole

Sir Robert Walpole, comte d'Orford, est un homme d'État anglais, né à Houghton (Norfolk) en 1676, mort à Houghton le 18 mars 1745. Fils de Robert Walpole, membre du Parlement et chef des whigs (Tories et Whigs) à Norfolk, il suivit les cours d'Eton et de l'Université de Cambridge; mais il ne poussa pas ses études à fond. Son père l'avait destiné à l'Eglise, mais changeant d'avis, il l'employa à l'administration de ses domaines. En 1701, il fut élu au Parlement; après des débuts malheureux, il ne tarda pas à prendre de l'autorité dans l'assemblée et les leaders whigs l'admirent dans leurs conseils. En 1708, il était nommé secrétaire à la guerre. 

Très modéré, très fin, il se distinguait dans les négociations entre les partis et excellait à ramener l'entente entre les membres du cabinet. Lors du fumeux procès de Sacheverell, il se prononça, sans succès contre les poursuites qui, conformément à ses prévisions, amenèrent la chute des libéraux (1710). Leader de l'opposition à la Chambre des communes, il y fut violemment attaqué par les tories (conservateurs) qui cherchèrent à prouver que le cabinet libéral avait introduit le déficit dans le budget. Walpole répondit par deux pamphlets mordants : The debts of the Nation stated and considered et The thirty five millions accounted for, qui produisirent sur le public une impression considérable. Furieux, les tories l'accusèrent de concussion et de vénalité. Après un procès sommairement injuste, il fut condamné à l'expulsion des Communes et fut enfermé plusieurs mois à la Tour de Londres

Réélu en 1713, il publia une virulente attaque contre le ministère, A short history of the Parliament, qu'il dut imprimer lui-même, aucun imprimeur n'ayant osé le faire. Il prit la défense de Steele, et à l'avènement de Georges Ier il devint trésorier général de l'armée, puis entra au Conseil privé (1714). Lord Townshend, son beau-frère, était chef du gouvernement et il n'agissait que par les conseils de Walpole. La majorité était libérale, aussi Walpole prépara-t-il un formidable acte d'accusation contre le dernier cabinet tory qui aboutit à l'accusation de haute trahison contre Bolingbroke, le duc d'Ormonde, le comte de Strafford et le Comte d'Oxford. Le 11 octobre 1715, il était nommé premier lord de la Trésorerie et chancelier de l'Échiquier. Il réprima avec énergie le mouvement insurrectionnel de 1715, mais les intrigues de Sunderland et de Stanhope finirent par lui aliéner l'esprit du roi et, dégoûté des difficultés qu'on soulevait sans cesse sous ses pas, il rendit les sceaux le 10 avril 1717.

Il se jeta furieusement dans l'opposition, votant souvent avec les tories les plus avancés, dénonçant la quadruple alliance (1718), et par la vigueur de ses attaques que repoussaient mal des ministres d'une valeur bien inférieure à la sienne, gagnant sur la Chambre une autorité de plus en plus grande. En même temps, il acquérait dans des spéculations une fortune énorme et prenait une influence prépondérante sur la princesse Caroline de Galles, associée à ces spéculations. Cette singulière alliance le réconcilia avec le roi. La dégringolade formidable du South Sea Stock qu'il avait prédite obligea le gouvernement à recourir à ses bons offices pour relever le crédit public et la banque d'Angleterre gravement compromis (1720). Il y réussit et redevint chancelier de l'Echiquier (1721). Il laissa à son beau-frère Townshend la direction des affaires étrangères, se réservant le maniement, sans contrôle, des affaires intérieures. Son administration fut extrêmement brillante; depuis Thomas Cromwell l'Angleterre n'avait pas connu un ministre plus habile en matières commerciale et financière.
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Robert Walpole.
Robert Walpole (1676-1745), par Stephen Slaughter.

Il fut vivement combattu par Carteret qui intrigua contre lui avec les confidents allemands du roi. Il fut assez fort pour obtenir le renvoi de Carteret qui fut remplacé comme secrétaire d'Etat par le duc de Newcastle (1724). Mais il se forma contre lui une opposition formidable dirigée par tous les hommes de talent qu'il écartait de propos délibéré de son cabinet. Les fameuses « lettres du Drapier » de Swift furent dirigées contre lui. Bolingbroke, qui avait essayé de se rapprocher de lui et dont le concours avait été repoussé, se donna la tâche de grouper tous les mécontents. Walpole résistait à cette coalition avec une habileté infinie. Il faisait flèche de tout bois, ressuscitant l'ordre du Bain pour gagner des partisans, et excitant le public contre Puteney en révélant les termes du traité de Vienne de 1725. Ses ennemis redoublèrent d'efforts, fondèrent le Craftsman (1726), dont chaque numéro fut un acte d'accusation contre Walpole, contre sa famille, contre la corruption érigée en système de gouvernement.

L'avènement de George ll, qui ne l'aimait pas (1727), parut devoir lui porter un coup fatal. Mais Walpole spécula avec bonheur sur l'avarice du roi et se l'attacha en faisant augmenter sa liste civile, et en obtenant la signature du traité de Séville (1729), qui ruina les dernières espérances des jacobites. Il redevint plus puissant que jamais et put se débarrasser de Townshend (1730), dont le caractère dominateur lui était devenu odieux. Enrayée, l'opposition l'attaqua sur l'alliance avec la France qui était le pivot de la politique étrangère qu'il dirigeait aussi depuis plusieurs années. Elle ne réussit pas davantage. Seulement il encourut l'impopularité en voulant remanier les droits de douanes sur le tabac et les vins, dans l'idée de faire de Londres un port libre et le marché du monde. Brûlé en effigie, accablé de pétitions, il fut obligé de renoncer à son dessein (1733).

II prit sa revanche en amenant la pacification générale dans la question de la succession à la couronne de Pologne (1734), où le roi eut volontiers prêté assistance à l'empereur, et contraignit ses ennemis même à lui rendre justice. Puis il se mit à dos le prince de Galles qui voulait qu'on augmentât sa dotation (1737); la mort de la reine annonça le déclin de son influence sur le roi, On le vit bien quand, malgré tous ses efforts, George IV fit déclarer la guerre à l'Espagne (1739), et voulut encore intervenir dans les complications européennes qui suivirent la mort de l'empereur Charles VI (1740). L'opposition se crut alors assez forte pour proposer nettement le renvoi de Walpole (1741). 

Grâce à une extraordinaire diplomatie, il parvint à écarter ce péril et obtint de grosses majorités en gagnant l'appui des jacobites qu'il avait jadis si fort combattus. Mais les élections de 1741 lui furent défavorables et il finit par être mis en minorité d'une voix sur une misérable question de validation de pouvoirs (1742). Le roi, qui ne l'aimait pas mais qui l'estimait fort, fondit en larmes en acceptant sa démission. Walpole fut créé comte d'Orford et conserva une énorme influence politique. Le roi continua à le consulter et ses ennemis, maintenant au pouvoir, ayant tenté de soumettre ses actes à un comité secret, l'accusant de corruption et de dilapidation des fonds publics, cette tentative échoua complètement. 

Il mourut des suites du surmenage qu'il s'était imposé pendant sa longue administration. Il avait réussi à maintenir pendant près de vingt années une paix extrêmement profitable à l'Angleterre, en s'appuyant surtout sur l'alliance avec la France qui était pourtant contraire aux sentiments de la nation. Dans le domaine de la politique intérieure, il réalisa des réformes dont les conséquences furent incalculables : entre autres, le transfert des pouvoirs primordiaux de la Chambre des lords à celle des communes, le principe de la responsabilité collective du ministère, grâce auquel les ministres ne dépendirent plus du caprice du souverain. Il fut l'un des promoteurs du libre échange et de la politique coloniale moderne. 

Orateur excellent, clair, précis, se jouant des chiffres et rendant intelligibles les spéculations les plus ardues, il n'aimait pas beaucoup la littérature, bien qu'il ait protégé les gens de lettres comme Pope, Congrève, Gray, Young, et il lisait fort peu. Il avait la passion de la chasse, dépensait sans compter, et, par un travers assez singulier, s'imaginait être très économe; il construisit une superbe habitation à Houghton, réunit une collection de tableaux estimée à plus de 100.000 livres sterling, et laissa 40.000 livres sterling de dettes qui ne furent complètement payées qu'en 1778. (GE).

Horace Walpole, comte d'Orford,  est écrivain et homme politique anglais, né à Londres le 21 septembre 1717, mort à Londres le 2 mars 1797, troisième fils du précédent.  Elevé à Eton où il se lia intimement avec les Montagu, avec Thomas Gray, Ashburton, etc., puis à Cambridge, il fit le tour obligé sur le continent en compagnie de Gray et séjourna longtemps en Italie, surtout à Florence. Membre du Parlement, en 1741 il prit peu d'intérêt à la politique. Il était avant tout dilettante et passionné pour les arts. En 1747, il fit l'acquisition d'une propriété, Strawberry Hill, près de Twickenham, et passa la plus grande partie de sa vie à agrandir et à orner sa maison dont il fit un remarquable musée. Il y établit aussi une imprimerie et édita un assez grand nombre d'ouvrages de choix, anciens et modernes et ses propres oeuvres. En 1765, il fit un long séjour à Paris où il se lia avec la fameuse Mme du Deffand
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Horace Walpole.
Horace Walpole (1717-1797), par  Pierre Subleyras.

Déjà très connu par son esprit, sa finesse, son goût raffiné, l'agrément de ses petits vers et de ses badinages littéraires, il donna en 1764 un roman gothique, The Castle of Otranto, qui eut un succès inouï et exerça une influence des plus marquées sur l'évolution de la littérature anglaise, car de lui sont venus Walter Scott et tout le mouvement romantique. En 1768, il donnait Historic doubts on Richard the Third et une tragédie pleine de beautés et d'inconséquences, Mysterious Mother; en 1773, une jolie petite comédie, Nature will prevail. Après cela, l'événement le plus important de son existence fut son amitié, qui dura jusqu'à la mort, avec deux charmantes et intelligentes jeunes filles, les misses Berry, Agnès et Mary, qu'il appelait communément ses « deux straw-berries, ses amours, ses chères deux ».

Il était trop dilettante pour produire une oeuvre de très grande portée, mais tous ses écrits élégants, clairs, spirituels sont d'une lecture agréable et profitable. Walpole fut surtout un chroniqueur et, dans le style épistolaire, il n'a pas de rival. Citons : Anecdotes of painting in England (1762-1771, 4 vol.); Fugitive pieces in verse and prose (1758); Memoirs of the reigns of George II and George III (1822-1845); Journal of the reigns of George III (1859); Reminiscences (1805); Letters (1857-1859; 9 vol.). Mary Berry a publié un recueil de Works (1798, 5 vol. in-4)  (H. S.).

Spencer Horatio Walpole est un homme politique anglais, né le 11 septembre 1806, mort à Ealing le 22 mai 1898. Avocat renommé, il fut élu en 1846 membre de la Chambre des communes, où il prit bientôt une grande influence. 

Secrétaire d'État à l'intérieur dans les trois cabinets Derby de 1852, 1858 et 1866, il est célèbre par le rôle qu'il joua lors de l'agitation pour la réforme parlementaire. Il était d'avis que le gouvernement n'avait pas le droit de s'opposer par la force aux meetings de la ligue populaire, mais lord Derby entraîna le cabinet à une politique opposée et il s'ensuivit force désordres à Hyde Park (1866). 

En 1867, la ligue décida de tenir un nouveau meeting le 6 mai, le gouvernement le lui défendit, mais la ligue passa outre, et le cabinet n'osa prendre contre elle aucune mesure répressive à la grande stupéfaction du public qui rendit fort injustement Walpole responsable de ces tergiversations. Celui-ci abandonna alors le portefeuille de l'intérieur, et, après 1868, se tint à peu près entièrement à l'écart de la vie politique.
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Caricature de Spencer Horatio Walpole (1806-1898),
d'Adriano Cecioni, publiée par le magazine Vanity Fair en 1872.
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