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Les
gens
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| Thackeray
(William Makepeace), écrivain né à Calcutta Trois filles lui étaient nées; sa femme, d'une santé délicate, était tombée dans une sorte de langueur morbide d'où rien ne la pouvait tirer, et il fallut la mettre dans une maison de santé. Ce coup frappa profondément William Thackeray qui chérissait sa femme. Son penchant pour la satire en fut accru et ses traits les plus plaisants devinrent amers. Il chercha l'oubli de son bonheur brisé dans un surcroît de travail, dans un voyage en Orient, dans les raffinements de tendresse dont il entourait ses fillettes. Il n'oublia jamais. Il se mit à poursuivre le snobisme et les snobs avec une ardeur et une ténacité particulières, comme s'il se fût complu à mettre en relief les moindres ridicules d'une société qu'il exécrait, parce que, malgré toutes ses imperfections, ses vices, ses petitesses, elle semblait jouir du bonheur qui le fuyait. Ses Snob Papers le rendirent tout à fait célèbre. La Foire aux vanités (Vanity fair,1847-48), son chef-d'oeuvre, n'ajouta rien à sa renommée. Ce « roman sans héros-», comme disait l'auteur, est conçu dans le même esprit d'amertume et de dénigrement : c'est bien le plus merveilleux étalage qui soit de toutes les vanités humaines, de tous les mensonges qui se cachent sous des apparences flatteuses, de tous les odieux manèges auxquels aboutit la poursuite de la considération que donne la richesse, de toutes les palinodies, de toutes les faussetés qui se commettent pour «- tenir un rang dans le monde », en résumé de toutes les ignominies que voilent les conventions sociales. « Tous ces gens - dit Raoul Frary, en parlant des personnages qui s'agitent dans ce roman - sont menés uniquement par l'orgueil et la cupidité; tous ne pensent qu'à avoir le plus d'argent possible, soit pour le plaisir d'amasser, soit pour faire figure; tous sont bas, arrogants, menteurs, chasseurs de dots, chasseurs d'héritages, ils s'agitent autour des millions comme des chiens autour d'un os, mordant, rampant ou faisant ripaille. »Cette oeuvre eut grand succès, on y ajouta cette malice de reconnaître sous les déguisements des personnages des contemporains connus. Par exemple Charlotte Brontë passa pour avoir fourni les traits de Becky, la principale héroïne, ce qui était d'ailleurs absurde. Cependant Thackeray, ayant été gravement malade en 1849, songea plus que jamais à l'avenir de ses enfants, et comme il trouvait que ses oeuvres ne lui avaient pas assez rapporté, il donna une série de conférences sur les humoristes anglais : elles eurent tant de succès qu'il entreprit une tournée en Amérique où il fut accueilli avec enthousiasme (1852-53). Il y retourna en 1855, En 1857, il se présenta, sans succès, à Oxford à une élection pour la Chambre des communes. Il était pourtant l'un des littérateurs les plus en vue de l'époque et il rivalisait de popularité avec Dickens. Les deux grands romanciers avaient été amis; mais ils finirent par se brouiller lorsque chacun d'eux eut un parti qui s'évertuait à prouver leur supériorité respective. Thackeray devint en 1860 rédacteur
en chef du Cornhill Magazine. Il se surmenait et sa santé,
déjà compromise, s'en ressentit : il était arrivé
tout de même à son but, la fortune, et il put se faire construire
une belle maison à Kensington, en 1861. Il n'en jouit pas longtemps
: une congestion au cerveau l'enleva deux ans après. On lui fit
des funérailles imposantes, et un buste, acheté par souscription
publique, fut placé à Westminster.
William Thackeray. De ses trois filles, l'une était morte en bas âge; les deux autres épousèrent, l'une Richmond Ritchie, l'autre Leslie Stephen. L'euvre de William Thackeray ne s'est pas universellement imposée, même en Angleterre. Elle y est excessivement admirée, ou dénigrée sans mesure. En fait, Thackeray est bien l'écrivain anglais le plus original de la première moitié du XIXe siècle. Son humour est du meilleur aloi, il a du génie dans l'ironie, il saisit à merveille le ridicule et le grotesque; surtout il burine ses personnages avec une vigueur et une netteté d'aquafortiste. Ses contemporains lui ont reproché de ne savoir pas composer ses romans, c.-à-d. de ne pas savoir commencer, suivre et dénouer une intrigue; de donner une série de biographies, très poussées à vrai dire, mais sans lien entre elles et fantastiquement enchevêtrées. On serait plutôt tenté de dire aujourd'hui que William Thackeray a été l'un des premiers écrivains à essayer de faire sortir le roman de son cadre classique. De plus, comme il sait à merveille communiquer la vie à ses personnages, il n'a nul besoin de suivre les procédés traditionnels pour nous intéresser et nous émouvoir. (R. S.).
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© Serge Jodra, 2005. - Reproduction interdite.