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Scheiner

Christoph Scheiner est un astronome allemand, né à Wald, près de Mindelheim (Souabe), le 25 juillet 1573, mort à Neisse (Silésie) le 18 juillet 1650. Il entra en 1595 dans la Société de Jésus, professa les mathématiques et l'hébreu dans différents collèges de son ordre, à Fribourg, Ingolstadt, Innsbruck, puis résida à Rome (1624-1633), à Vienne (1633-1639), et, finalement, se retira à Neisse, où il fut recteur du collège, confesseur de l'archiduc Charles, etc. 

Le 21 mars 1641, à Ingolstadt, il aperçut des  taches à la surface du Soleil, et son provincial, le P. Busaeus, qui était un fervent admirateur d'Aristote, ne lui ayant pas permis, semble-t-il, de divulguer sa découverte, il se borna à en faire part, au mois de novembre suivant, à Marc Welser (Velserus), d'Augsbourg, dans trois lettres qu'il fit imprimer sous le pseudonyme d'Apelle (Apelles latens post tabulam) et qui, communiquées à Galilée, l'engagèrent avec celui-ci dans une violente dispute au sujet de la priorité de leurs constatations respectives (Galilée déclarait alors qu'il en avait aperçu 18 mois auparavant).

Il écrivit aussi contre ce Galilée à propos de l'immobilité de la Terre, qu'il soutenait.  Il est resté, quoi qu'il en soit, de ses recherches personnelles plus de deux mille observations, toutes fort précises, qui devaient, par la suite, grandement contribuer à la théorie des mouvements des taches en question. 

On doit, d'autre part, au P. Scheiner l'invention de nombreux instruments un hélioscope pour l'observation du Soleil, une lunette, une machine parallactique, le pantographe, etc. 
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Scheiner : Disquisitiones mathematicae.
Page de garde des Disquisitiones mathematicae,de Scheiner..

Il a publié: Tres epistotae de maculis solaribus (Rome, 1612 et 1613); Disquisitiones mathematicaede controversiis et novatibus astronomicis (Ingolstadt, 1614); Exegesis fondamentorum gnomonicorum (Ingolstadt, 1613); Oculus sive fondamentum opticum (Deux-Ponts, 1619), excellent traité d'optique; Rosa ursina sive sol (Bracciano, 1626-1630), etc.

Les trois lettres d'« Apelle» sur les taches solaires.
La première de ces lettres est du 12 novembre 1611. Scheiner dit qu'avec une lunette qui grossit de 600 à 800 fois en surface, il avait, il y a sept mois, regardé le Soleil et la Lune, pour en comparer les diamètres qui lui parurent égaux, et qu'il aperçut alors sur le Soleil quelques taches noires auxquelles il fit alors peu d'attention, parce qu'il avait un autre objet en vue. 

« Nous y sommes revenus le mois d'octobre dernier, et nous avons aperçu les taches dont vous voyez le dessin. Nous crûmes d'abord que ce pouvait être quelque ordure ou quelque défaut dans les verres. Nous employâmes plusieurs lunettes qui toutes nous montrèrent les mêmes apparences chacune sur son échelle propre. On avait beau tourner les lunettes sur leurs axes, les taches restaient immobiles, elles ne changeaient pas de position, si ce n'est par le mouvement diurne du Soleil; il fallut reconnaître qu'elles appartenaient au Soleil. Elles n'avaient point de parallaxe; elles disparurent au bout de quelques jours; je crois qu'elles allaient du levant au couchant, mais je sais qu'elles allaient du nord au sud. Les observations suivantes éclairciront ce point. Elles doivent être dans le Soleil ou dans un ciel autour du Soleil. Mais comment imaginer dans le Soleil des taches plus noires que dans la Lune? Si elles étaient dans le Soleil, il faudrait que le Soleil eût un mouvement de rotation; les taches reparaîtraient et elles n'ont pas reparu. Elles ne sont donc pas dans le Soleil; nous croyons que ce sont des étoiles qui éclipsent le Soleil. Ces observations ne sont pas très exactes; on les a dessinées à vue, et sans prendre aucune mesure; on a fait les taches plus grandes qu'elles ne sont. Quand le Soleil est près de l'horizon, on peut le regarder impunément dans la lunette; quand il est plus élevé, on couvre l'objectif d'un verre plan vert. »
Scheiner et Galilée prétendaient avoir vu les taches en avril 1611. Galilée a des témoins, Scheiner n'en cite aucun, et d'ailleurs le long intervalle entre les observations d'avril et celles d'octobre, ses doutes en octobre, prouveraient qu'il avait mis bien peu d'importance à ce qu'il aurait vu en avril, et qu'alors, supposé qu'il eût remarqué quelques taches noires sur le Soleil, il a pu les attribuer de même à quelque ordure ou à quelque défaut dans les verres, et sa découverte ne daterait véritablement que d'octobre. Il suffit de cette remarque pour faire perdre le procès à Scheiner. Il est assez singulier qu'il ne se souvienne pas bien si les taches allaient à l'orient ou à l'occident, ce qui prouve qu'il n'aurait véritablement observé que la figure de ces taches. Il n'est pas aussi heureux dans ses conjectures que Galilée; il était moins bon géomètre, astronome moins exercé; mais il n'y a pas de raison suffisante pour le taxer de plagiat. S'il avait une lunette, il a pu voir les taches; il n'y a pas grand mérite à cela.

La deuxième lettre est du 19 décembre. Scheiner calcule que d'après les éphémérides de Magini, Vénus doit passer sur le Soleil, y produire une tache ronde de 3' de diamètre et plus grande que les taches observées; que le mouvement de Vénus doit être contraire à celui des taches. Galilée lui répond avec grande raison que le mouvement doit être le même. Le jour était serein, Vénus ne s'est pas montrée, Scheiner en conclut qu'elle est au-dessus du Soleil. Il promet de se rendre attentif aux passages de Mercure comme à ceux de Vénus (Les passages devant le Soleil de Mercure et de Vénus); il les croit tous deux au-dessus du Soleil.

La troisième lettre est du 26 décembre. L'auteur prend un ton plus affirmatif. Les taches ne tiennent point au Soleil. Elles n'emploient que 15 jours à le traverser; elles devraient revenir au bout de 15 jours 2h22, il n'en a vu revenir aucune. Elles n'ont pas de parallaxe, elles ne sont donc pas dans la région de la Lune; elles ne sont pas dans celle de Mercure, pas même dans celle de Vénus; elles tournent très près du Soleil. Ce ne sont ni des nuages ni des comètes. Ces taches doivent être grandes, opaques et profondes; elles doivent avoir des phases que l'éclat du Soleil empêche de distinguer.

Les satellites de Jupiter doivent être de même nature, leur nombre doit être de plus de quatre; ils doivent parcourir des cercles différents, inclinés tantôt au nord, tantôt au sud; voilà du moins une conjecture plus heureuse. 
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Scheiner : satellites de Jupiter.
Observations des satellites de Jupiter,
d'après Ch. Scheiner, Disquisitiones mathematicae, 1614.

Il soupçonne quelque chose de semblable pour Saturne. Depuis le Soleil jusqu'à Mercure, il doit y avoir plusieurs planètes, et nous ne pouvons apercevoir que celles qui viendraient à passer sur le Soleil.

Dans un autre écrit, intitulé Accuratior disquisitio ejusdem Apellis (16 janvier 1612), Scheiner commence par le calcul de la conjonction de Vénus qui n'a pu être observée. Maginus aurait-il commis une erreur de 7' à 8' sur la latitude? Scheiner ne peut s'en persuader; il est bien sûr aujourd'hui que le passage de Vénus n'a pu avoir lieu. Il croit avoir trouvé un cinquième satellite, il le dédie à son patron Velserus, le même auquel Galilée avait adressé ses trois lettres. Scheiner s'était un peu trop pressé.

Scheiner revient aux taches. On peut les observer en faisant passer par un trou les rayons du Soleil , et en recevant l'image sur un papier; on le peut par réflexion en recevant l'image du Soleil sur un miroir qui la renverra sur un mur, ce qui serait suffisant pour apercevoir les taches, mais non pour en déterminer exactement la position; il rapporte l'observation d'une éclipse de Soleil, dans laquelle la Lune était environnée d'un cercle lumineux qui se prolongeait au-delà du Soleil. Les taches du Soleil étaient plus noires que la Lune, la partie de la Lune qui couvrait le Soleil était blanchâtre et transparente comme un cristal, elle laissait voir le Soleil; mais cette partie de l'observation a été faite sans lunette. Scheiner en conclut que les taches du Soleil sont plus noires que la Lune.

L'éditeur rassemble ensuite plusieurs lettres pour prouver que c'est Galilée qui a le premier vu les taches du Soleil. Aguilon, dans son Optique, en attribuait la découverte à Scheiner. Le prince Frédéric Cési s'étonne de cette prétention, vu que les jésuites savent fort bien que c'est Galilée qui les a montrées le premier. Gucchia écrit le 16 juin 1612, qu'il y a plus d'un an que Galilée lui a montré les taches. L'archevêque Dini atteste qu'il était au jardin Quirinal en avril ou mai 1611, quand Galilée fît voir les taches. Une autre lettre d'un frère Fulgence prouverait beaucoup si elle indiquait le jour où Galilée a montré les taches; cependant cette date s'y trouve au moins implicitement, puisqu'on s'y moque du jésuite qui veut se faire honneur de la découverte. Enfin deux lettres de Jean Pieroni, ingénieur de l'empereur, attestent que le P. Guldin, jésuite, se souvient parfaitement que c'est lui qui a donné à Scheiner la connaissance de la découverte des taches par Galilée. Ce dernier témoignage qui confirme ce que Galilée dit dans l'une de ses lettres à Velserus, ne laisse plus aucun doute. Ce qui est incontestable, c'est que Galilée a trouvé la chose de son côté, et l'a trouvée le premier; la question est seulement de savoir si Scheiner est plagiaire. La chose paraît assez vraisemblable, il y a grande apparence au moins que le jésuite n'est pas de bonne foi. Il n'a jamais prétendu que Galilée lui dût la connaissance des taches, il ne paraît prétendre qu'à la gloire de les avoir trouvées aussi de lui-même et la question est peu importante. Nous verrons plus bas ce qu'il a fait pour cette théorie, dans son gros volume de la Rose ursine.

Mentionnons encore dans les textes de Scheiner publiés sous le pseudonyme d'Apelle quelques éléments dont Galilée n'a pas eu occasion de parler. Scheiner se demande si le Soleil aurait ses montagnes et ses vallées comme la Lune et la Terre; il indique un moyen pour observer impunément le Soleil; il consiste dans l'interposition d'un verre un peu épais et de couleur verte ou d'azur. C'est le moyen employé pas les marins bataves quand ils prennent hauteur. Ce moyen avait été indiqué par Apian, dans son Astronomicum; le devait-il aux Bataves? Scheiner ne dit pas depuis quel temps cette pratique s'était introduite dans la marine. Il est possible qu'Apian en ait eu quelque connaissance, car la manière dont il en parle nous laisse dans le doute s'il en a fait usage lui-même.

Il pense que les taches ne sont pas adhérentes au Soleil, quoique l'opinion contraire soit assez spécieuse.

Il n'est pas éloigné de croire que les planètes pourraient avoir une lumière et une couleur qui leur serait propre. Il ne nie ni n'affirme le mouvement de Vénus et de Mercure autour du Soleil; il n'ose pas nier la rotation du Soleil autour de son axe, ni le mouvement de. la Terre autour du Soleil. Cependant, le Dictionnaire historique (Caen, 1793, article Galilée) dit expressément, on ne sait d'après quelle autorité, que Scheiner, jésuite allemand, jaloux de l'astronome florentin, à qui il avait vainement disputé la découverte des taches du Soleil, se vengea de son rival en le déférant à l'Inquisition de Rome, en 1615. Nous avons bien quelques raisons de douter de la bonne foi du jésuite; mais il faudrait des preuves plus claires pour lui imputer la lâcheté de déférer son rival à l'autorité, pour une opinion qu'il n'ose pas rejeter lui-même.

Refractiones coelestes.
Nous avons du même auteur un autre ouvrage intitulé Refractiones coelestes, sive Solis elliptici phaenomenon illustratum, in quo variae atque antiquae astronomorum circa hanc materiam difficultates enodantur, dubia multiplicia solvuntur, via ad mulla recondita eruenda sternitur. Ingolstadii, 1617. L'ouvrage commence par un grand nombre de lemmes et de propositions qui n'offrent rien de nouveau. C'est au XXIIIe chapitre qu'il est enfin question de la contraction du diamètre solaire, qui ne peut être parfaitement rond qu'au zénith; à l'horizon, il est sensiblement elliptique; les réfractions élèvent les astres et allongent la durée du jour.

Il donne quelques observations du Soleil défiguré; il décrit l'instrument dont il s'est servi pour observer les phénomènes. C'est un carton qui reçoit l'image du Soleil transmise par une lunette portée sur un support assez grossier. Cet instrument lui a servi depuis pour les taches du Soleil.

Il rapporte une éclipse totale de Lune, observée à l'horizon par un effet de la réfraction.
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Scheiner : Réfractions célestes.
Page de garde des Réfractions célestes de Scheiner.

Scheiner indique plusieurs moyens pour déterminer la réfraction, mais aucun de ces moyens ne promet la moindre précision; il ne rapporte aucune observation réelle qu'il ait tentée dans cette vue; il ne donne que des idées vagues et qui ne sont pas trop exactes, pour trouver la réfraction par l'ellipticité observée du disque solaire : moyen fort imparfait, qui n'en a pas moins été reproduit par la suite.

Rosa Ursina.
Scheiner est encore l'auteur d'un énorme volume sur les taches du Soleil; le titre est Rosa Ursina, sive Sol ex admirando facularurn et maculamm suarurn phaenomeno varius, nec non, circa centrum suum et axem fixum ab occasu in ortum annua, circa que alium axem mobilem ab ortu in occasum conversione quasi menstrua, super polos proprios, libris quatuor, mobilis ostensus. A Christophoro Scheiner Germano Suevo e Societate Jesu ad Ursinum Bracciani Ducem [...] Impressio caepta 1626, finita vero 1630 id. junii.

On sait par les Lettres de Galilée, que Scheiner s'était trompé d'abord en attribuant aux taches un mouvement d'orient en occident; il est à croire que ce n'est pas sans dessein, que, pour déguiser cette erreur, il insère dans son titre, que le Soleil a un double mouvement autour de deux axes difïerents. Le mouvement mensuel est le plus rapide et le plus sensible; l'autre n'est que le mouvement du Soleil ou de la Terre dans l'écliptique. Le plus rapide décide en quel sens vont les taches; le plus lent fait qu'elles paraissent décrire des ellipses plus ou moins étroites, suivant la position relative de la Terre et de l'axe de rotation.

Dans le premier livre, l'auteur repousse de toutes ses forces le soupçon du plagiat que lui avait reproché Galilée; il affirme toujours qu'il a vu les taches dès le mois d'avril 1611, mais il n'en cite aucune preuve, il ne nomme aucun témoin. En admettant qu'il dise vrai, il n'avait du moins fait aucune observation réelle; il s'était contenté de les suivre dans sa lunette; Galilée lui-même n'en avait pas fait beaucoup plus, si ce n'est qu'il les avait aussi montrées a d'autres, et que ses conjectures paraissent avoir été plus heureuses que celles de Scheiner. Averti par Velserus, que Scheiner avait continué ces observations, il les reprit lui-même, mais d'une manière passagère, au lieu que Scheiner en a fait son unique occupation pendant 18 ans. Alors il put se faire des idées plus justes, reconnaître l'inclinaison de l'équateur solaire, et donner une théorie plus complète et moins vague que celle de Galilée. Mais, en écrivant quinze ans après ses premiers essais, il confond à dessein les époques pour ne se montrer que sous un jour plus avantageux. Galilée, mécontent de se voir disputer sa découverte, tâche de dissimuler le peu de parti qu'il en a tiré; il traite son adversaire avec un peu trop d'humeur; le jésuite rusé profite des avantages que lui ont procurés quinze ans d'observations suivies; il glisse rapidement sur ses premières idées, se garde bien de reproduire ses Lettres; il n'en cite que les passages qui conviennent à son plan. Son plagiat n'est pas bien démontré, ses droits à la première découverte le sont moins encore. 

Le titre, la préface et toutes ces allégories et ces allusions, au nom et aux armoiries de son protecteur, indiquent d'abord un flatteur et ne rehaussent pas son caractère. Il est extrêmement prolixe; au reste son style est clair et facile à suivre, s'il n'abusait trop souvent de la patience de son lecteur. Son premier livre n'est qu'un factum contre Galilée; on n'y trouve en sa faveur aucune preuve autre que celles qui peuvent résulter de ses premières lettres. 

Dans le second livre, il traite des difficultés qu'offre l'observation des taches. La première vient de l'éclat du Soleil; et il raconte que le premier inventeur de la lunette, par l'usage indiscret qu'il avait fait de son instrument, avait fini par devenir aveugle; tel fut aussi le sort de Galilée, mais ce malheur ne lui était pas encore arrivé : il ne perdit la vue que quelques années plus tard. Scheiner ne nous dit pas le nom de cet inventeur. On sait par les ouvrages de Metius, que son père s'était fait une lunette avec laquelle il se faisait un plaisir de regarder le ciel et de le montrer aux curieux; il ne rapporte de lui aucune observation, aucune découverte, et ne dit pas qu'il soit devenu aveugle. Cette anecdote parait glissée à dessein d'ôter à Galilée l'invention de la lunette; et dans le fait, si le récit de Metius est vrai, Galilée ne fut pas le premier mathématicien qui se fit une lunette; il ne fut pas longtemps le seul, car voilà Scheiner qui en possède une assez tôt pour disputer la découverte des taches. Simon Marius dispute de même la découverte des satellites; il avait éprouvé quelque difficulté à se procurer une lunette batave; elles étaient rares en Allemagne, elles l'étaient moins sans doute en Hollande, et aucun de ceux qui les construisirent n'eut d'obligation à Galilée qui n'a rien écrit.

Le moyen des pilotes hollandais pour observer le Soleil, sans danger, n'était ici d'aucun usage; il fallait recevoir l'image sur un carton pour la dessiner exactement. Galilée en avait indiqué le moyen; Scheiner le décrit avec plus de détail. Nous tâcherons de fixer l'époque précise où il en fut en pleine possession.

Sa lunette est placée sur un support qu'on incline selon la hauteur du Soleil et qui porte un carton perpendiculaire à l'axe optique. L'objectif de la lunette est bi-convexe et l'oculaire bi-concave; une espèce d'astrolabe donne l'heure par la hauteur du Soleil. Les observations les plus sûres se feraient à midi, parce que la hauteur du Soleil varie peu; mais le Soleil est quelquefois si haut, qu'on éprouve de la difficulté à l'observer dans la chambre; en plein air on distingue moins bien les taches; il convient même d'obscurcir la chambre. Trop près de l'horizon le Soleil serait elliptique, il faut suivre le mouvement diurne. Il est utile que le carton qui reçoit l'image puisse se mouvoir autour de son propre centre; un fil-à-plomb, par son ombre, indiquera le vertical du Soleil, on peut déterminer l'angle de l'écliptique avec ce vertical et tourner le carton selon les variations de cet angle. 

Tous les exemples donnés par Scheiner sont de 1625; rien ne prouve donc qu'il fût en possession de ces méthodes antérieurement à l'écrit de Galilée.

Dans le livre III on voit des observations de 1618, 1621, 1622, 1623, 1624 1625, 1626 et 1627; elles sont faites à Rome, ou envoyées d'ailleurs par quelques-uns de ces élèves à qui il dit avoir, en 1612 et années suivantes, enseigné à tracer le vertical et l'écliptique; quelques-unes viennent d'Ingolstadt, où il dit qu'il a laissé ses anciennes observations qu'il n'a pas osé faire venir pendant la guerre. L'excuse pouvait être valable en toute autre occasion; mais dans cette circonstance où il voulait s'assurer de la priorité, il fallait produire des observations propres à la démontrer. S'il craignait qu'elles se perdissent, il pouvait en faire venir des copies; il suffisait de rapporter deux ou trois observations de 1612. Il y a grande apparence qu'il n'avait rien laissé à Ingolstadt, et qu'il n'a fait que ce qu'il publie.

A la page 206 on voit le retour d'une tache.

A la page 215 on voit que le temps de la rotation est de 26 à 27 jours.

A la page 242 une facule se change en tache, elfe est presque ronde et se voit pendant onze jours.

Après deux cents pages d'observations qui n'offrent rien de remarquable, il décrit une machine parallactique, construite par le jésuite Griemberger, pour l'observation des taches. La machine parallactique est décrite dans l'Almageste de Ptolémée et dans la Mécanique de Tycho. Il n'y a de plus à celle de Griemberger que le carton qui reçoit l'image du Soleil et la lunette qui remplace l'alidade.

Il donne ensuite le moyen de trouver par l'analemme l'angle de l'écliptique avec le cercle de déclinaison, il donne même la construction d'un instrument pour trouver cet angle. Ce même instrument donne les déclinaisons des points de l'écliptique. Les démonstrations sont extrêmement détaillées; elles tiennent 36 pages, après quoi viennent les tables.

Dans le quatrième livre il entreprend la théorie du mouvement des taches, et tout en disant qu'il veut être bref, il noie tout dans un déluge de mots et de propositions inutiles.

Il établit que ces taches n'ont pas de parallaxe sensible; d'où il conclut qu'elles sont plus éloignées de la Terre que Mercure et Vénus. La chose est vraie, mais il et bien douteux que ses observations aient pu lui en donner la preuve.

Les taches, par leur mouvement géocentrique, paraissent aller d'orient en occident, comme les planètes inférieures en conjonction. Il avait dit le contraire anciennement.

Aucune tache n'est visible hors du Soleil; elles sont donc à la surface du Soleil? (On dirait de même, Mercure et Vénus deviennent invisibles quand ils sont hors du Soleil; donc, ils sont adhérents au Soleil). Donc, le Soleil tourne sur lui-même; car les taches ont le même mouvement que les facules, et celles-ci appartiennent évidemment au Soleil. C'est ce qu'avait dit Galilée dans son histoire des taches. Scheiner cite ce passage pour y ajouter des notes qui ne paraissent pas de bonne foi.

On n'a vu aucune tache stationnaire ni rétrograde; elles ne sortent guère d'une zone bornée; toutes les routes des taches sont semblables dans les mêmes circonstances.

Les taches qui se meuvent sur les mêmes parallèles, ont des routes qui paraissent semblables et de même durée; à six mois de distance les routes sont les mêmes, mais renversées.

Les routes sont rectilignes à la fin de novembre et au commencement de décembre, à la fin de mai et au commencement de juin.

La sphère dans laquelle tourne les taches; n'est pas plus grande que le Soleil, et lui est concentrique.

Le mouvement des taches est uniforme, malgré les petites irrégularités de leur mouvement apparent vers les bords du disque.

Il croit voir des traces de parallaxe, mais la parallaxe relative est in sensible. Cette dernière proposition est certaine; on ne voit pas trop ce qui a pu lui indiquer quelque parallaxe.

La réfraction, qui déforme si visiblement le Soleil, doit déplacer la tache sensiblement. Placez l'image du Soleil sur un carton, et remarquez la place d'une tache : le mouvement diurne ne permettra pas à l'image de rester immobile; si la tache est au centre elle suivra une ligne droite; si elle est loin du centre elle décrira une ligne oblique; ainsi, la réfraction opérée par les verres de la lunette déplace un peu la tache.

Cette inégalité de réfraction se manifeste encore par le changement, dans la distance des taches entre elles.

Les expériences, qu'il multiplie pour prouver son assertion, ne recourent pas à des moyens bien fiables.

L'augmentation et la diminution des taches n'est pas purement optique, elle est réelle en partie; leur teinte varie comme leur figure; quelques-unes ont le noyau plus noir que les bords. On voit ensuite de longues dissertations sur la nature et la formation des facules et des taches.

A la page 546 on voit les recherches de diverses taches.

Une tache vue en mars 1625, a été revue le mois suivant; une autre vue en mai, est revenue en juin; une troisième vue en juin, est revenue en juillet; une quatrième vue en juillet, est revenue en août : il en conclut une révolution (synodique) de 26 à 27 jours.

Seconde partie du livre IV. Théorie un peu meilleure que celle du censeur d'Apelle.

Le pôle de rotation décrit un petit cercle autour du pôle fixe; la distance de ces pôles est de 6 à 8°, jamais au-dessus ni au-dessous. Il suppose 7° (on trouvera plus tard 7°20"); la révolution du pôle est d'un an; il partage l'erreur de Copernic sur le mouvement conique de l'axe; Galilée, qui l'a enfin rejetée pour la Terre, paraî l'avoir conservée pour le Soleil; les pôles sont sur les bords du disque, le 1er décembre environ , dans la région occidentale de l'horizon austral. Il se trompe d'environ dix jours.

La révolution des taches va de 25 à 28 jours. On voit par ses limites combien les observations sont grossières. Il appelle zone royale celle au-delà de laquelle on ne voit plus de taches; il l'assimile à la zone torride de la Terre, mais elle est de 60° au lieu de 47°.

Il rapporte ensuite de mauvaises observations du diamètre du Soleil. Quelques taches sont grandes, dit-il, comme l'Europe, d'autres comme l'Asie, d'autres comme la Terre entière.

Page 601. Il semble n'avoir aucune idée de la révolution propre ou du temps réel de la rotation, mais seulement de la révolution apparente et synodique.

Il croit le diamètre, déterminé par Tycho, beaucoup trop petit.

Il explique, par une quantité extraordinaire de taches, la prétendue éclipse miraculeuse de la mort de Jésus.

On ne voit dans le reste de l'ouvrage que des dissertations vagues et insignifiantes sur la couleur du Soleil. Point de théorie véritable de la rotation. Il n'a déterminé l'inclinaison, le noeud et la durée, que par les temps où la route est rectiligne. (L. S. / Delambre).

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