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Properce

Properce (Sextus Propertius), poète latin, naquit entre 54 et 43 av. J.-C. dans une ville de l'Ombrie, qui, d'après la description qu'il en donne, confirmée d'ailleurs par la découverte d'inscriptions funéraires locales, ne peut être qu'Assise. Il était à une famille plébéienne, ruinée, comme il arriva pour maint autre poète contemporain, par le partage des terres qui suivit la bataille de Philippes. Orphelin de bonne heure, il vint étudier à Rome; mais sa répugnance pour les harangues et les ambitions du Forum était extrême; il se voua uniquement aux lettres, pratiquant surtout les poètes alexandrins, en particulier Callimaque et Philétas, qui fournirent l'instrument à son talent, comme l'amour bientôt en éveillait l'âme.

Properce avait à peu près dix-huit ans, lorsqu'il rencontra une femme, belle et galante, nommée Hostia (probablement petite-fille du poète Hostius, ou qui se donnait comme telle), et s'éprit pour elle d'un amour passionné; c'est la « Cynthia » de ses Elégies. Les vicissitudes de cette liaison, heureuse quelques mois, puis rompue durant une année par le caprice de la maîtresse (c'est le discidium des critiques), puis renouée de nouveau, nous sont connues par les aveux poétiques de l'amant.
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Rome

« Une colline et de l'herbe, ô étranger, voilà ce qu'était, avant Énée le Phrygien, cet emplacement que tu embrasses de tes regards, et où la plus grande des cités, Rome, est assise aujourd'hui. En ce lieu que domine le temple sacré d'Apollon, protecteur de nos flottes, tombèrent jadis de lassitude les troupeaux fugitifs d'Evandre. C'est à des dieux d'argile qu'ont succédé, de siècle en siècle, ces temples éblouissants d'or. Alors on ne rougissait pas de coucher sous un toit rustique; alors le père des dieux, Jupiter Tarpéien, tonnait du haut de son roc nu et désert, et les rives du Tibre étaient comme étrangères à nos génisses.

A cet endroit qu'on appelle les Degrés, là où s'élève le palais de Rémus, un unique foyer était tout le vaste empire de deux frères. Dans cette salle majestueuse, resplendissante de la pourpre sénatoriale, des hommes aux âmes rustiques, aux vêtements de peaux, s'assirent autrefois. Une trompe de bouvier convoquait ces premiers citoyens de Rome, et c'était souvent dans une prairie que s'assemblait le sénat, composé d'une centaine de pâtres. Alors des voiles suspendues n'ondoyaient pas au-dessus d'un théâtre, et, comme dans nos solennités, le safran, des bords de l'avant-scène, n'exhalait pas son parfum. Nous n'avions nul souci d'aller chercher des divinités étrangères; le peuple prosterné tremblait au pied des autels des dieux de la patrie. Chaque année on célébrait, en mettant le feu à un tas de foin, la fête de Palès [...]. La pauvre Vesta était alors toute joyeuse d'être portée sur un âne couronné de fleurs; quelques vaches maigres traînaient nos vases grossiers; le sang de quelques porcs engraissés purifiait d'étroits carrefours, et le pâtre offrait aux dieux les entrailles d'une brebis au son du chalumeau.» (Properce, Elégies).

Le premier livre de ses élégies, le seul, apparemment, qu'il ait publié lui-même, parut à cette époque, et tout de suite le rendit célèbre. Le jeune poète fut admis dans le cercle de Mécène, qui semble l'avoir logé chez lui, aux Esquilies; il trouvait là d'autres poètes en renom, se lia intimement avec Ovide, connut probablernent Virgile. Le commerce de Properce et de Cynthie, jusqu'à une seconde rupture (définitive ? ou ne saurait l'assurer, mais que devait suivre, quelque temps après, la mort de Cynthie), dura plus de cinq ans. Ses amours finies, Properce, entraîné lui-même par ce courant épique et patriotique que favorisait la politique d'Auguste ( les thèmes traités par Tibulle en son livre II; par Ovide en ses Fastes), se tourna vers des sujets d'un caractère national, célébra les légendes et les antiquités de Rome.

Passé l'an 16, auquel il est fait allusion dans les Élégies VI, 6 et 11, on perd toute trace de Properce; et sa vie ne dut pas s'étendre beaucoup au delà de cette date. En tout cas, il est certain qu'il mourut jeune, célibataire, à Rome : et la plus grande partie de ses poésies virent le jour après lui.

Properce forme, avec Tibulle et Ovide (rien ne nous étant resté de Gallus, qui fut le premier en date), la triade des grands élégiaques latins. Comme Tibulle, et davantage peut-être, il a emprunté à l'élégie alexandrine, outre sa forme rythmique, plus d'un lieu commun mythologique ou érotique; mais cette imitation tout extérieure ne saurait atténuer le caractère très romain de l'oeuvre et la personnalité très vivante du poète. Properce, il est vrai, n'a point l'aisance spirituelle et l'agréable abondance
d'Ovide, non plus que le coloris nuancé et l'art délicieux de Tibulle; mais, moins doué que le premier, artiste inférieur à l'autre, il les dépasse fort par sa puissance de sentir, la qualité de sa souffrance, la hauteur de sa nature morale. Il y a dans sa manière quelque chose d'âpre, et aussi de profond. Sensuel, mais non pas, comme les autres, égoïste, l'oubli et le don de soi sont souvent au fond de ses cris et de ses plaintes d'amour. Properce est une âme grave, en proie tout entière à une passion tenace et unique. Ce vers qu'il a écrit peut lui servir de devise :

Cynthia prima fuit, Cynthia finis erit.

Et, de fait, cet amour éteint, il s'est tu pour l'amour. Si Properce ne représente ni le plus amusant, ni le plus poète des élégiaques classiques, on doit du moins l'estimer pour le plus Romain, de tous et le plus homme. Ajoutez que, pour la technique du mètre élégiaque, Properce, dans sa première manière - réformée dans le quatrième livre sous l'évidente influence d'Ovide - a réalisé la structure idéale du distique latin, suffisamment assoupli, du reste plus libre et plus varié que le distique élégant, mais sautillant et monotone, que le renom d'Ovide imposa au génie même de son ami, comme à tous les élégiaques ultérieurs.

Les poésies de Properce sont comprises en quatre livres, dont les trois derniers, sans doute posthumes, nous sont parvenus dans un assez grand désordre.

Lachmann a imaginé de porter ce nombre à cinq, en dédoublant le quatrième livre; et ce remaniement inutile, fondé sur des raisons très contestables, a été pourtant suivi par la plupart des éditeurs récents. Le texte de Properce résulte de deux familles de manuscrits :1° le Neapolitanus (extrême XIIe siècle) le plus ancien et le meilleur de tous, qui demeure à la base de la recension, ensemble le Vossianus et Ie Laurentianus; 2° le Daventriensis et le Vaticanus.

Les diverses questions auxquelles donnent lieu la vie et les oeuvres du poète ont été traitées, entre autres philologues, par Postgate, Select Elegies of Propertius (Londres, 1881), et par Fr. Plessis, auteur d'un excellent volume d'Études critiques sur Properce et ses Élégies (1884). (G. Doncieux).
 



En bibliothèque - Les meilleures éditions modernes de Properce (généralement réuni au Catulle et au Tibulle) sont celles de L. Müller (Leipzig, 1870), surtout de Haupt, revue par Vahlen (Leipzig, 1879), et de Patmer (Dublin, 1880). Un bonne traduction française de Properce a longtemps manqué. Un vide comblé par D. Paganelli, en 1929, aux éditions des Belles Lettres (réed. 1992, trad. seulement).

En librairie - Properce, Cyntia, Elégies amoureuses, Imprimerie nationale, 2003.

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