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Porphyre

Porphyre est un philosophe néoplatonicien, né  en Syrie à Batonea, colonie tyrienne voisine de Tyr, ou peut-être à Tyr même, en 232 ou 233 ap. J.-C., où il fit sa première éducation; Longin, dont il fut le disciple de 352 à 262, changea son nom de Malk ou  Malchus - qui en syrien veut dire roi -, en celui de Porphyrios ou Porphyre -  qui en grec a le même sens (Eunap. Vit. Soph., p. 7, Boisseau). 

De 262 à 267, il entendit Plotin à Rome où il mourut vers 304, après avoir séjourné en Sicile de 267 à 270, Plotin le chargea de revoir ses ouvrages. Au lieu de ranger les 54 livres d'après leur composition chronologique, Porphyre les a partagés en six ennéades, pour faire honneur aux nombres parfaits, six et neuf, de sorte qu'il est indispensable; à qui veut connaître réellement Plotin, de les reprendre dans l'ordre où ils ont été écrits, où ils s'enchaînent et s'expliquent, en laissant apercevoir quelles questions s'est posées successivement Plotin et quelles réponses il y a données. 

De même l'Introduction aux Intelligibles explique clairement la doctrine de Plotin, mais parfois la diminue et la fait moins profonde. La Vie de Plotin nous fournit des renseignements précieux sur le maître et ses ouvrages, sur l'école et certains disciples. Si d'ailleurs Porphyre suit en général Plotin, il est, en certains cas, original. Ainsi par sa distinction du proéternel, de l'éternité, de l'éternel dans la pensée, du démiurge dans l'âme cosmique, il semble préparer le passage des trois hypostases (Procession) de Plotin aux triades de ses successeurs. 

En outre, il enseigne d'une façon plus précise que le maître, que la matière, opposée à la forme et placée au dernier degré de l'illumination, émane cependant du suprasensible, de l'âme. Puis, bien qu'il soit, pour l'école, le philosophe, par opposition au divin Jamblique, il donne cependant à sa philosophie un caractère plus religieux et plus théurgique. Le but à atteindre par elle, c'est le salut de l'âme; la purification, par laquelle on s'affranchit du mal, a lieu par l'ascèse, comme par la connaissance philosophique de Dieu

Si Porphyre ne s'est pas proposé, comme le croit Zeller, de restaurer l'hellénisme, il a certainement cherché à établir l'unité de toutes les doctrines grecques pour les opposer au christianisme. Ainsi la philosophie de Plotin est, selon lui, identique à celle de Platon et, pour l'essentiel, à celle d'Aristote. Il écrit sept livres pour établir l'unité des théories de Platon et d'Aristote; il commence la série de ces commentateurs néo-platoniciens qui s'occupent d'Aristote aussi bien que de Platon. Il compose l'introduction célèbre aux Catégories, l'Isagoge, des commentaires sur les Catégories, dont il donne un abrégé par demandes et par réponses, sur l'Interprétation, les Premiers Analytiques, la Physique, la Métaphysique, comme il explique le Timée et le Sophiste. Auteur d'une Vie de Pythagore, il prohibe la nourriture animale pour des raisons religieuses. Si dans la lettre à Anébon, il exprime des critiques et des doutes sur les dieux grecs,

les prières, les sacrifices, la divination, la démonologie, il écrit une philosophie d'après les oracles, reste attaché à la mythologie hellénique et laisse une place à la mantique et à la théurgie. Aussi est-il adversaire des chrétiens contre lesquels il dirige 15 livres pendant son séjour en Sicile. Jésus est, disait-il, un homme pieux et remarquable, mais les chrétiens sont insensés d'en faire un Dieu; les prophéties de Daniel sont des vaticinia ex eventu, écrites pour encourager l'insurrection contre Antiochus Epiphane. L'ouvrage de Porphyre fut brûlé en 435, par ordre de Théodose II; ceux de Méthodius, d'Eusèbe, d'Apollinaire, de Philostorge, qui le combattaient, se sont perdus. Et cet adversaire des chrétiens fut, par la suite, un des platoniciens dont la lecture provoqua la conversion de saint Augustin

Bien plus, il devint, par l'Isagoge et ses Commentaires, qui s'étaient transmis jusqu'à Boèce, le maître, au Moyen âge, des chrétiens d'Occident; l'Isagoge fut un manuel suivi jusqu'à la fin du XIIe siècle et fournit la question d'où naquit la querelle des universaux qui, sans occuper tous les scolastiques, s'imposa aux contemporains de Roscelin et d'Abélard, puis de Guillaume d'Occam et de ses successeurs. On prit Porphyre pour un disciple d'Aristote, on vit des péripatéticiens dans les commentateurs néoplatoniciens, et les scolastiques s'inspirèrent plus d'une fois des successeurs de Plotin en voulant expliquer Aristote et ils prirent, par suite, pour des oeuvres péripatéticiennes, des compilations tout entières formées de fragments puisés chez les néoplatoniciens grecs et arabes. 

Ainsi Porphyre a eu la singulière fortune de donner à l'oeuvre plotinienne la forme systématique sous laquelle elle a été étudiée jusqu'à nos jours et de contribuer à répandre les théories néoplatoniciennes parmi ceux qui se croyaient et qu'on crut longtemps des disciples d'Aristote. ll tient, par cela même, une place considérable dans l'histoire de la philosophie. (P. Picavet).



En bibliothèque - Les principaux ouvrages de Porphyre qui nous sont parvenus sont: une Vie de Plotin, en tête des éditions de Plotin, trad. par Lévesque de Burigny; une Vie de Pythagore, fragment d'une Histoire philosophique en 4 livres (cette Vie a été éditée par Holstenius, Rome, 1630, et par Kiessling, Leipzig, 1813); un traité de l'Abstinence des viandes (édité à Rome, 1630, et à Utrecht, 1761, par Roehr; trad. en français par Lévesque da Burigny, 1747); une Lettre à Anébon, prêtre égyptien, sur les dieux et les démons (dans le Poemander de Venise 1483, et à Oxford, 1678); une Introduction aux catégories d'Aristote (Paris, 1546, grec-latin), ouvrage qui, en conservant le souvenir des diverses opinions des anciens sur la nature des universaux, a donné naissance pendant le Moyen âge à la célèbre dispute des Réalistes et des Nominaux (il a été trad. par Barthélemy St-Hilaire dans sa Logique d'Aristote); les Principes des Intelligibles (Aphormae), abrégé de la doctrine néoplatonicienne, publ. par Holstenius, Rome, 1630, réédité par Fréd. Creuzer en tête du Plotin de la collection Didot, et trad., avec plusieurs autres morceaux de Porphyre, par E. Lévêque (dans le Plotin de Bouillet); des fragments de la Philosophie des oracles, rassemblés par G. Wolf, Berlin, 1856; l'Antre de Nymphes, et les Questins homériques (Venise, 1521), commentaire ingénieux de quelques passages du poète grec; une Lettre à Marcella son épouse, retrouvée et publiée en 1816 par A. Mai à Milan. Sa Vie a été écrite par Eunape et par V. Parisot (De Porphyrio, 1845).

En librairie - Porphyre, L'antre des Nymphes dans l'Odyssée, Verdier, 1990.

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