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Ney

Michel Ney, duc d'Elchingen, prince de la Moscova, est une maréchal de France, né à Sarrelouis (Saarlouis, aujourd'hui dans le land de Sarre) le 10 janvier 1769, mort à Paris le 7 décembre 1815. Fils d'un tonnelier sans fortune, il ne reçut dans son enfance qu'une instruction fort élémentaire et, à partir de l'âge de treize ans, fut successivement clerc de notaire et employé subalterne de la compagnie des mines d'Appenweiller.
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Le Maréchal Ney.
Michel Ney (1769-1815).

II n'avait pas vingt ans quand sa vocation militaire, déjà très marquée, le détermina à s'engager dans un régiment de hussards en garnison à Metz (6 décembre 1788). La Révolution, dont il embrassa les principes avec ardeur, le tira, comme beaucoup d'autres, de l'obscurité. 

Les guerres de la Révolution lui permirent bientôt de se signaler par une intrépidité, un entrain, uns impétuosité mêlée de sang-froid et une sûreté de coup d'oeil qui lui valurent un rapide avancement. A la fin de la campagne de 1792, qu'il fit à l'armée du Nord, il était déjà lieutenant. Après avoir pris part avec éclat à la suivante commune aide de camp des généraux Lamarche et Collaud, il entra comme capitaine dans l'armée de Sambre-et-Meuse (26 avril 1794), fut mis par Kléber à la tête d'un corps de 500 éclaireurs et mérita par son activité le surnom d'Infatigable

Nommé chef de brigade pour sa belle conduite à la bataille d'Aldenhoven (2 octobre 1794), il prit part au siège de Maastricht, puis à celui de Mayence, où il fut grièvement blessé, se distingua en 1795, après le passage du Rhin, à la prise d'Altenkirchen et fut l'année suivante, pour avoir emporté la citadelle de Wurtzbourg, forcé le passage de la Rednitz et occupé Pforzheim, promu au grade de général de brigade (8 août 1796).

Il venait de servir vaillamment sous Hoche (notamment dans les journées de Neuwied, de Dierdorff, de Giessen), quand les préliminaires de Léoben, suivis de la paix de Campo Formio, le réduisirent au repos. Mais cette paix ne fut pas de longue durée. Les hostilités ayant recommencé entre la France et l'Autriche, Ney fut, à la suite de son heureux coup de main sur Manheim, nommé général de division (28 mars 1799), passa peu après à l'armée du Danube, reçut trois blessures à Wintherthur (23 mai) et, à peine guéri, fut chargé par intérim du commandement en chef de l'armée du Rhin (17 septembre 1799), à la tête de laquelle il opéra, le long de ce fleuve, dans la direction de Manheim, de vigoureuses diversions qui, retenant l'archiduc Charles, l'empêchèrent de se porter du côté de la Suisse et de contrarier les belles manoeuvres de Masséna contre Souvorov. Subordonné un peu plus tard à Lecourbe, puis à Moreau, il contribua puissamment, pendant la campagne de l'an VIII, aux victoires d'Engen, de Moeskirch, d'Hochstaedt, d'Ingolstadt, etc., et, pendant celle de l'an IX, à celle de Hohenlinden, qui réduisit la cour de Vienne à poser de nouveau les armes (3 décembre 1800).

Après la paix de Lunéville (février 1804), Ney, qui, comme beaucoup de ses camarades de l'armée du Rhin, n'avait appris qu'avec peine le coup d'État du 18 brumaire et était demeuré républicain, vint à Paris, où Bonaparte l'accueillit avec une faveur marquée et n'épargna rien pour le gagner, ce qui ne fut pas très difficile, car chez lui la fermeté politique et le caractère n'étaient pas, tant s'en faut, à la hauteur de la bravoure et de l'énergie militaires. Le premier consul lui fit épouser en juillet 1802 Mlle Auguié, amie intime d'Hortense Beauharnais, et le chargea peu après (octobre) d'une mission à la fois diplomatique et militaire qui amena bientôt les cantons suisses à conclure l'acte de médiation de février 1803. 

Après la rupture de la paix d'Amiens, Ney alla prendre à Montreuil-sur-Mer le commandement du 6e corps de la Grande Armée (28 décembre 1803). Nommé maréchal d'Empire (18 mai 1804) et, quelques mois plus tard, grand-aigle de la Légion d'honneur (février 1805), il prit, à la tête de son corps d'armée, la part la plus marquante à la campagne d'Allemagne, vainquit les Autrichiens à Guntzbourg (9 octobre 1805), emporta la position d'Elchingen, réputée inexpugnable (14 octobre), ce qui amena la reddition d'Ulm, puis, pendant que l'empereur polissait ses avantages jusqu'en Autriche et en Moravie, conquit le Tyrol et entama la Carinthie (novembre-Décembre).

Les campagnes de Prusse et de Pologne lui permirent de se surpasser encore. Le 6e corps participa sous lui à la bataille d'Iéna (14 octobre 1806), fit capituler Erfurt, puis Magdebourg, chassa les Prussiens de Thorn (6 décembre), rejeta Bennigsen derrière la Pregel, dégagea Bernadotte très compromis à Mohrungen, remporta de nombreux avantages sur les Russes, les coupa de Koenigsberg après Eylau (février 1807) et décida la victoire dans la journée de Friedland (14 juin). Le maréchal Ney acquit, à la suite de tant d'exploits, une immense popularité. On l'appelait le Brave des braves. Ce Pierre le Roux ou ce Lion rouge (ainsi nommé à cause de la couleur de ses cheveux) inspirait aux soldats une confiance sans limites.
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Ney à la bataille d'Eylau.
Ney à la bataille d'Eylau.

Napoléon, qui le pourvut d'énormes dotations et le créa duc d'Elchingen (mars 1808), n'entendait pas le laisser au repos. Dès le mois d'octobre 1808, il l'emmena en Espagne avec le 6e corps. Ney prit une part heureuse aux opérations de l'empereur sur Madrid, se porta ensuite sur la Galice, empêcha la jonction de Wellington avec La Romana, puis, après les malheurs de Soult au Portugal, se rabattit sur la Galice, qu'il occupa péniblement, et se maintint avec énergie contre les guérillas (1809-1810). La guerre d'Espagne, qu'il avait, du reste, désapprouvée, ne tarda pas à le décourager et à l'aigrir. La démoralisation que cette entreprise, si fâcheusement prolongée, répandit dans tous les rangs de l'armée française, n'épargna pas le maréchal Ney.

Il  était naturellement frondeur et quelque peu porté à l'indiscipline. Quand, vers le milieu de 1810, l'empereur le plaça sous les ordres de Masséna, chargé de reprendre l'offensive au Portugal, il ne contint qu'avec peine sa mauvaise humeur. Il contribua pourtant vaillamment à la prise de Ciudad Rodrigo et à la marche sur Lisbonne. Quand, après six mois perdus devant les lignes de Torres Vedras, Masséna dut se mettre en retraite, il commanda l'arrière-garde, se fit encore remarquer par son énergie et son sang-froid en mainte occasion (notamment à Redinha), mais donna un exemple par son insubordination à l'égard de son chef, auquel il finit par refuser formellement l'obéissance. Masséna dut lui retirer son commandement et le renvoyer en France (mars 1811).

Napoléon blâma Ney, mais n'osa le frapper. L'année suivante même, il lui donna une nouvelle marque de confiance en le mettant à la tête du 3e corps de la Grande Armée et en l'emmenant en Russie. Ney prit part avec son entrain et son énergie ordinaires aux batailles de Smolensk et de Valoutina (août 1812). Mais après ces succès, plus sage que l'empereur, il eût voulu que la Grande Armée, pour le moment, n'allât pas plus loin et qu'elle hivernât sur la Dvina et sur le Dniepr. Napoléon ne l'écouta pas. Ney commanda le centre de l'armée à Borodino (7 septembre), et c'est à lui principalement que fut due la victoire, en souvenir de laquelle l'empereur lui décerna le soir même le titre de prince de la Moscova

Après l'incendie de Moscou, quand la retraite fut devenue nécessaire, il commanda l'arrière-garde et protégea cette désastreuse opération avec un entrain, un sang-froid et un héroïsme qui eussent suffi à l'immortaliser. Au delà de Smolensk, coupé du gros de l'armée par Platov, il parut perdu. Mais il franchit le Dniepr sur la glace, abandonna son artillerie, électrisa ses troupes, fit le coup de feu comme un soldat et rejoignit enfin à Orscha, avec 3000 hommes, Napoléon qui célébra son retour à l'égal d'une grande victoire. Peu après, au passage de la Berezina, des milliers de Français durent la vie à son dévouement et à son intrépidité sans égale. Enfin, tandis que Napoléon, puis Murat, abandonnaient honteusement la Grande Armée, Ney en soutint les débris avec une abnégation exceptionnelle (décembre 1812-janvier 1813).

Dans la campagne de Saxe, nous retrouvons le prince de la Moscova à la tête du 3e corps, avec lequel il vainc les alliés à Weissenfels (1er mai 1813), participe aux victoires françaises de Lutzen, de Bautzen et de Wurschen (2-21 mai), entre à Breslau, puis, après l'armistice de Pleswitz, est ramené vers Dresde par l'empereur et doit, vers le Nord, s'opposer à la marche menaçante de Bernadotte. Battu à Dennewitz (5 septembre), il subit de vifs reproches de l'empereur, non sans récriminer pour sa part violemment et manifester un mécontentement et une désaffection que justifiait suffisamment l'incroyable obstination de Napoléon à repousser la paix ou à la rendre impossible. Ses sentiments intimes ne l'empêchèrent pas de faire ce qui lui était demandé à Leipzig, où il fut encore blessé, et de seconder l'empereur de toutes ses forces pendant la campagne de France, au cours de laquelle il prit part aux batailles de Brienne, de la Rothière, de Champaubert, de Montmirail, de Vauxchamps, de Craonne, de Château-Thierry, etc. (janvier-mars 1814). Mais après la capitulation de Paris, quand ce souverain, retiré à Fontainebleau, parla de continuer la lutte, Ney refusa brutalement de lui obéir et, de concert avec plusieurs autres maréchaux, le réduisit à abdiquer. Tout au plus voulut-il, avec Macdonald et Caulaincourt, se rendre à Paris pour essayer de faire agréer à l'empereur de Russie des conditions que ce souverain ne voulut plus même discuter après la défection de Marmont. Napoléon dut finalemennt signer une abdication sans réserve.

Le maréchal Ney, de qui on aurait pu attendre plus de hauteur d'âme et de dignité, n'attendit pas que son ancien maître eut pris le chemin de l'île d'Elbe pour courir au-devant des Bourbons et offrir au comte d'Artois, non sans quelque platitude de langage, ses hommages avec ses services. Aussi le gouvernement de la Restauration le combla-t-il d'honneurs. Ney fut en quelques semaines (mai-juin 1814) nommé membre du conseil de la guerre, commandant en chef des cuirassiers, dragons, chasseurs et chevau-légers, gouverneur de la 6e division militaire, pair de France, etc. Mais au bout de quelque temps les émigrés qui peuplaient les Tuileries lui firent sentir par leurs dédains et leurs impertinences le tort qu'il avait eu d'humilier en sa personne le drapeau tricolore devant le drapeau blanc. Son épouse eut à subir des mortifications qui lui furent cruelles. Aussi se retira-t-il bientôt dans sa terre de Coudrot, près de Châteaudun.

Il y était encore le 6 mars 1816, quand il reçut l'ordre de se rendre sans retard à Besançon, chef-lieu de son gouvernement militaire. Cette mesure était motivée par le retour de Napoléon, qui venait de débarquer à Golfe-Juan. Ney, qui en apprit la nouvelle en passant à Paris, désapprouve, d'abord très sincèrement la nouvelle folie de l'empereur, alla exprimer au roi Louis XVIII son entier dévouement et déclara, dit-on, à ce prince, que l'usurpateur méritait d'être mis à Charenton ou ramené dans une cage de fer.

Le maréchal gagna en toute hâte Besançon (10 mars), d'où la nécessité de barrer la route à Napoléon qui arrivait par Lyon l'obligea bientôt à se porter sur Lons-le-Saunier (12 mars). A ce moment et même le lendemain, ses sentiments royalistes persistaient encore. Ce n'est que dans la nuit du 13 au 14 mars que, gagné par l'entraînement bonapartiste qui s'emparait de toute l'armée et travaillé par les agents de l'empereur, il se décida, sans que ses deux lieutenants, Lecourbe et Bourmont, y fissent opposition, à opérer une volte-face qui, malgré bien des circonstances atténuantes, était, il faut en convenir, une incontestable trahison. Lui-même, par une proclamation solennelle, invita ses troupes, qui l'acclamèrent, à se rallier à Napoléon, qu'il alla rejoindre à Auxerre le 17 mars et qui lui fit l'accueil le plus affectueux. Vainement voulut-il faire à ce souverain ses conditions. Il était maintenant lié sans retour à la cause impériale. On ne fut donc pas étonné de lui voir conférer, au mois de juin suivant, le commandement des 1er et 2e corps de l'armée avec laquelle l'empereur alla de nouveau tenter la fortune en Belgique.

Pendant les quatre jours que dura sa dernière campagne, Ney fit, comme soldat, des prodiges de bravoure et d'entrain. Mais il n'eut pas aux Quatre-Bras, où il était chargé d'arrêter les Anglais pendant que Napoléon atteignait à Ligny l'armée prussienne, toute la sûreté de coup d'oeil et tout l'à-propos stratégique qu'on était en droit d'attendre de lui (16 juin). Le surlendemain, à Waterloo, la précipitation héroïque, mais regrettable, avec laquelle il disposa des réserves de la cavalerie pour l'assaut de Mont-Saint-Jean fut certainement une des causes de la défaite française. Après la bataille, Ney, véritablement affolé par le désastre, courut à Paris où, loin de chercher à relever les courages, il acheva de les abattre en criant beaucoup plus haut qu'il n'eût fallu que tout était perdu et qu'il ne restait plus qu'à rétablir les Bourbons. 

Aussi, Napoléon ayant abdiqué de nouveau, la commission exécutive ne lui donna-t-elle pas de commandement. Bientôt, les alliés étant entrés à Paris, le maréchal eut l'idée de quitter la France, Mais, arrivé à Lyon, il eut le tort de changer d'avis. Se croyant garanti par la convention du 3 juillet, qui paraissait lui assurer, à lui et à bien d'autres, amnistie pleine et entière, il alla tranquillement prendre les eaux près de Roanne. Mais bientôt, l'ordonnance de proscription du 3 juillet, qui le déférait nominativement à un conseil de guerre, le réduisit à se cacher. Un asile lui fut offert au château de Bessouis, dans le Lot. Il n'y était que depuis peu quand sa présence y fut révélée à un curieux par un sabre enrichi de pierreries qui lui avait été autrefois donné par Bonaparte et qu'il avait eu l'imprudence de laisser étalé à tous les regards. Dénoncé au préfet du Cantal, il fut arrêté le 5 août et conduit à Paris, où il fut aussitôt mis au secret (19 août). 

On était alors en pleine Terreur blanche. Le maréchal Brune venait d'être assassiné à Avignon, le général Labédoyère venait d'être fusillé. Après une assez longue instruction, Ney comparut devant un conseil de guerre où le maréchal Moncey avait noblement refusé de prendre place et où siégeaient plusieurs de ses compagnons d'armes des plus illustres, qui ne l'eussent certainement pas condamné à mort. Ses défenseurs, Dupin et Berryer père, eurent la fâcheuse inspiration de décliner la compétence de ce tribunal, sous prétexte que Ney, comme pair de France, n'était justiciable que de la cour des pairs. Le conseil de guerre, trop heureux de se décharger d'une responsabilité qu'il eût été plus courageux à lui d'assumer tout entière, se rendit à leurs conclusions (12 novembre).

Le malheureux maréchal fut déféré à la cour des pairs, où régnait alors une exubérance royaliste de vengeance et de haine qu'un sentiment de pudeur eût dû contenir en présence des armées étrangères campées dans la capitale. Ney avait incontestablement trahi les Bourbons. Mais il n'avait jamais trahi la France, qui ne pouvait oublier ses exploits et son héroïsme. Les Bourbons et leurs amis se seraient honorés en refusant de frapper devant les vainqueurs de Waterloo le grand soldat d'Elchingen, de Friedland, de la Moscova, de la Berezina et de Mont-Saint-Jean. Ils n'en jugèrent pas ainsi. La cour, à une immense majorité (139 voix contre 17), condamna le maréchal à la peine capitale (6 décembre 1815). Le lendemain matin, tandis que sa femme faisait de vains efforts pour obtenir audience de Louis XVIII aux Tuileries, il fut conduit presque furtivement par le commandant de la place de Paris, ancien émigré, dans l'avenue de l'Observatoire, alors presque déserte, et tomba frappé de balles françaises, après avoir intrépidement commandé le feu. C'est à quelques pas de l'endroit où il a péri qu'une statue (oeuvre de Rude), qui le représente, le sabre à la main, dans l'attitude du commandement, lui a été élevée sous le Second Empire (le 7 décembre 1853).

Le maréchal Ney n'a pas laissé de mémoires sur sa vie militaire et politique. Mais, peu après sa mort, son beau-frère, l'ancien préfet de l'Empire. Gamot, aidé du maréchal Davout et du général Foy, s'occupa très activement de réunir les matériaux nécessaires pour écrire son histoire. Ce travail, interrompu par sa mort, fut repris plus tard par les fils du prince de la Moscova et donna lieu, en 1883, à la publication de l'ouvrage intitulé : Mémoires du maréchal Ney (Paris et Londres, 2 vol. in-8). C'est une biographie intéressante, mais incomplète, car elle ne dépasse pas la bataille d'Elchingen, c.-à-d. le mois d'octobre 1805. (A. Debidour).

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Dictionnaire biographique
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