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Nansen
(Fridtjof), explorateur né près de Christiania (aujourd'hui
Oslo )
le 10 octobre 1861, mort en 1930. Fils d'un avocat., il cultiva beaucoup,
dans sa ,jeunesse, les exercices physiques, pour lesquels il délaissa
souvent l'étude, s'appliqua cependant aux sciences naturelles, dont
il prévoyait l'utilité pour ses futures expéditions,
fut reçu docteur de l'Université de Christiania en 1881,
et, la même année, fit un premier voyage, au Groenland (21
mars-21 juillet), à bord du Viking, et au cours duquel il
tua 500 phoques et 14 ours blancs.
Nommé en 1882
conservateur du musée de Bergen ,
il se prépara en 1886-87, par de longues excursions dans les montagnes,
à un second voyage au Groenland, partit d'Eyjafjördr (Islande ),
sur le Janon, le 4 juin 1888, débarqua le 17 juin. au Sud
du cap Dan, sur la banquise, aborda la côte même du Groenland.
près de l'île Urnivik, le 10 août, et traversa la presqu'île
dans toute sa largeur, de l'Est à l'Ouest, par 65° Nord environ.
Il était de retour en Norvège le 9 novembre. Dès l'année
qui suivit, il dressa les plans d'une nouvelle expédition, dont
il avait depuis longtemps le projet et qui avait pour but, sinon d'atteindre
le pôle, du moins de percer le mystère des régions
avoisinantes.
Grâce à
une subvention que lui alloua le parlement norvégien, et à
des souscriptions particulières, il put faire établir une
petite goélette à trois mâts, de 400 tonneaux seulement,
mais d'une solidité à toute épreuve, le Fram,
la pourvut de vivres pour cinq années et, avec douze compagnons
sûrs pour tout équipage, s'embarqua à Christiania
le 24 juin 1893, faisant route vers les bouches de la Léna (15 septembre),
puis vers l'archipel de la Nouvelle-Sibérie (20 septembre), avec
le dessein de se faire prendre dans une banquise, qui lui ferait refaire
le trajet de la Jeannette (1881). Trois années durant, on
n'eut de nouvelles ni de Nansen, ni du Fram. Poussée par la dérive,
la banquise qui portait le Fram l'avait amené, vers la fin
du mois de février, jusqu'au 84° 4' Nord. Mais les progrès
étaient ensuite devenus insensibles, on paraissait même rétrograder
légèrement vers le Sud, et, après un nouvel hiver,
le Fridtjof Nansen, n'emmenant avec lui qu'un seul compagnon, Hjalmar Johansen,
étudiant en philosophie de l'Université de Christiania, qui
s'était enrôlé dans l'expédition comme simple
matelot, s'enfonça avec 28 chiens, 2 kayaks, 3 traîneaux et
110 jours de vivres, vers le pôle Nord (14 mars 1895), laissant le
Fram
et ses autres compagnons sous le commandement du capitaine Otto Sverdrup.
Dès le premier
jour, les deux voyageurs se trouvèrent aux prises avec des difficultés
qui auraient fait reculer les plus intrépides. Ils n'en continuèrent
pas moins leur marche en avant, ne gagnant bientôt plus que 3 à
4 milles chaque jour vers le Nord, à cause surtout d'une dérive
de la banquise qui les entraînait au Sud, et, le 7 avril, ils se
trouvèrent par 93° Est et 86° 14' Nord, la plus haute latitude
qui ait encore été atteinte. Ils n'étaient qu'à
360 kilomètres du pôle. Il fallut pourtant battre en retraite.
Bientôt, désorientés parmi les solitudes glacées
(leurs montres s'étaient arrêtées et ils ne pouvaient
plus relever qu'inexactement leur position), ayant tué leurs derniers
chiens et n'ayant plus ni vivres, ni vêtements, Nansen et Johansen
allèrent droit devant eux, se nourrissant de phoques et d'ours blancs,
et bravant chaque jour plusieurs fois la mort. Enfin le 17 juin 1896, 461
jours après avoir quitté le Fram, ils rencontrèrent,
comme par miracle, l'expédition de Frederick Jackson qui explorait
la terre François-Joseph et qui leur fournit les moyens de gagner
Hammerfest et, de là, Tromsö, où ils arrivèrent
le 27 août 1896, un jour seulement après le Fram, que la dérive
avait porté jusqu'au 85° 46' Nord, par 71° 5' Est. (25 octobre
1895) et qui avait retrouvé la mer libre à peu près
en même temps que Fridtjof Nansen avait rencontré l'expédition
Jackson.
Nansen a été
dans son pays et à l'étranger l'objet d'ovations enthousiastes
et des plus hautes distinctions. Élu membre correspondant de l'Académie
des sciences de Paris
dès le 24 juin 1895, il a été nommé en 1897
professeur de zoologie à la Faculté des sciences de Christiania .
Au commencement de la même année, il a entrepris en Europe
et aux États-Unis
une tournée de conférences ayant pour sujet sa prodigieuse
épopée. Il en a d'ailleurs écrit lui-même le
récit. Paru d'abord dans le Daily Chronicle, il a été
publié ensuite en volume sous le titre : Vers le pôle,
trad. franç. par Ch. Rabot (Paris, 1897, in-8). C'est l'une des
narrations les plus émouvantes qu'il soit donné de lire.
Nansen avait donné précédemment : A travers le
Groenland, également trad. en franç. (Paris, 1893, in-8).
A partir de cette
époque, Fridtjof Nansen met son immense notoriété
au service de l'indépendance de la Norvège
(qui se séparera de la Suède en 1905). Après la première
Guerre mondiale, il conduit en 1920, la délégation norvégienne
de la Société des Nations à Genève, où,
avec le titre de haut-commissaire de la SDN, il s'occupe principalement
du problème posé par le rapatriement des très nombreux
prisonniers de guerre qui ont résulté du conflit. En
1922, Fridtjof Nansen sera encore à l'origine de l'institution d'un
passeport pour les apatrides (personnes déplacées), connu
sous le nom de
passeport Nansen.
(L. S.). |